Tignes veut faire une piste de ski in­door ? Quel scan­dale ! D’ac­cord, mais pour­quoi ? En­quête ex­clu­sive (vu à la té­lé) sur le bilan éner­gé­tique d’un snow­hall.

PISTES DE SKI IN­DOOR

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LA CONSOM­MA­TION ÉNER­GÉ­TIQUE DES SKI-DÔMES EST TOU­JOURS POINTÉE DU DOIGT, SANS JA­MAIS POUR­TANT QU'ON S'Y IN­TÉ­RESSE RÉEL­LE­MENT...

En no­vembre der­nier, la sta­tion de Tignes ré­vé­lait son pro­jet de construire le pre­mier ski dôme dans les Alpes. Avec le gla­cier de la Grande-Motte qui perd de plus en plus de sur­face, le slo­gan « le ski 365 jours par an » pren­drait alors tout son sens avec une piste de ski in­door. Le Ski-line, tel qu'il se­rait bap­ti­sé, au­rait une forme li­néaire avec une piste en­nei­gée ar­ti­fi­ciel­le­ment en basse sai­son en plus d'une pis­cine à vagues en aval. Le tout pren­drait place sur une piste dé­jà exis­tante, le stade de sla­lom de l'ESF Val Cla­ret, le pro­jet épou­se­rait donc le re­lief n'en­gen­drant pas de spec­ta­cu­laires tra­vaux de ter­ras­se­ment.

La Com­mis­sion des Uni­tés Tou­ris­tiques a ra­pi­de­ment don­né un avis fa­vo­rable à Tignes ce qui, comme on peut le de­vi­ner, a vite fait mon­ter au cré­neau les mou­ve­ments de pro­tec­tion de la na­ture qui crient à l'ex­cès cli­ma­ti­cide. Moun­tain Wil­der­ness, As­so­cia­tion Na­tio­nale de la Pro­tec­tion de la Mon­tagne, se montre ca­té­go­rique : « Ce pro­jet est le stade ul­time de l’ab­sur­di­té, de l’an­ti-mon­tagne ab­so­lu : éner­gi­vore, consom­ma­teur d’eau, il est à l’op­po­sé d’un dé­ve­lop­pe­ment du­rable et par­ti­cipe à la mort de la mon­tagne par le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique et l’ar­ti­fi­cia­li­sa­tion de la na­ture. » Il semble bon et dans l'air du temps de par­ta­ger cette opi­nion, si bien que la plu­part des com­men­taires que l'on re­trouve sur le web ou dans les mé­dias peuvent se ré­su­mer à « c'est une honte pour l'en­vi­ron­ne­ment » et « faire ça en mon­tagne, c'est idiot ». Dire que l'idée ne dé­range pas est un point, af­fir­mer qu'elle est ab­surde et éner­gi­vore en est un autre, sur le­quel nous nous sommes pen­chés. Parce qu'en fait, pour­quoi cette af­faire de fri­go se­rait-elle si éner­gi­vore que ça ?

L'EXEMPLE DU SNOW­HALL D'AM­NÉ­VILLE

Le Snow­hall est la seule piste de ski in­door en France avec 620 mètres de long et 35 mètres de lar­geur. L'in­fra­struc­ture est si­tuée sur un an­cien cras­sier, à une quin­zaine de ki­lo­mètres de Metz en Lor­raine. Puisque l'im­pact sur l'en­vi­ron­ne­ment est le pre­mier re­proche fait à ce genre de struc­ture peu conven­tion­nelle dans le pay­sage fran­çais, je­tons un oeil à sa consom­ma­tion éner­gé­tique, sans a prio­ri. Se­lon les chiffres four­nis par l'opé­ra­teur, la piste de ski in­door consomme au­jourd'hui près de 3,6 M kWh/an en éner­gie élec­trique pour la créa­tion de la neige et le re­froi­dis­se­ment de la piste (30kWh/skieur pour 120 000 skieurs en 2016). En com­pa­rai­son, une pis­cine mu­ni­ci­pale clas­sique* consomme en moyenne 3 M kWh/an dont 600 000 kWh/an en élec­tri­ci­té. Alors oui, la piste de ski in­door est lé­gè­re­ment plus éner­gi­vore mais on reste bien dans le même ordre de gran­deur, les consom­ma­tions étant tout aus­si im­por­tantes. Et quand bien même la dif­fé­rence at­tein­drait-elle le fac­teur 2 ? Fau­drait-il s'in­di­gner pour au­tant ? Pour­quoi ré­ser­ve­rait-on un trai­te­ment spé­ci­fique pour les pistes de ski in­door ? Un kWh n'a donc pas la même va­leur mo­rale si ce n'est pé­cu­niaire lors­qu'il per­met de chauf­fer une pis­cine ou de re­froi­dir la glace d'une pa­ti­noire que s'il s'agit d'en­tre­te­nir de la neige dans un bâ­ti­ment ré­fri­gé­ré ? Eton­nant prin­cipe...

La pos­sible créa­tion d'une nou­velle piste de ski in­door à Tignes fait aus­si dé­bat pour l'em­pla­ce­ment : un dôme en pleine mon­tagne, ça ne fait pas l'una­ni­mi­té, loin de là. Vincent Nei­rinch de l'as­so­cia­tion Moun­tain Wil­der­ness confiait il y a

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