IN­TER­VIEW

Snow Surf - - Édito/sommaire -

Louif a- t- il trou­vé son Pa­ra­dis ?

Louis Fé­lix Pa­ra­dis c’est un peu comme Ryan Gos­ling dans Drive, un mec sé­rieux, pince-sans-rire, qui éco­no­mise sa pa­role. Mais comme Ryan au vo­lant de sa voi­ture, Louif sur sa board fait par­ler la poudre et mas­sacre tous les spots qui se trouvent sur son pas­sage. Son image et son ride sont tou­jours sous le contrôle des hautes exi­gences qu’il se fixe. Ce qui le pous­se­ra sû­re­ment à re­faire 50 fois le même trick jus­qu’à at­teindre la per­fec­tion.

Son style unique et son board- control ul­tra- tech­nique, le place pour moi en nu­mé­ro 1 du jib mon­dial. Si ses potes l’ap­pellent « Le Pa­tron » ce n’est pas pour rien. Lui qui a gran­di avec le top 8 des jib­beurs qui en­semble cette an­née, sortent leur vi­déo Dé­jà- Vu, une vraie ré­vo­lu­tion. Vic­tor Daviet, le new co­mer fran­çais, a in­ter­viewé Louif pen­dant le ca­ta­logue shoot Sa­lo­mon à Saas Fee.

Vic : On vient de fi­nir The Reels et tu as eu le prix de meilleur jib­beur de l’an­née. Ça te fait plai­sir ?

Louif : C’est tou­jours sur­pre­nant ! C’est le pre­mier prix que je re­çois de ma vie, et je suis su­per ho­no­ré d’avoir été choi­si par un ju­ry de cette en­ver­gure. Je suis su­per content et je l’ac­cepte, mais c’est tou­jours dur pour moi. Ma cri­tique la plus dif­fi­cile c’est moi- même !

Et The Reels tu en penses quoi du coup ?

C’était su­per co­ol ! En tout cas, pour tous les gens de l’in­dus­trie du snow­board. Tout le monde était là et ça fait vrai­ment plai­sir de pou­voir par­ta­ger, voir et dis­cu­ter du tra­vail ac­com­pli pen­dant la sai­son avec les autres prods de films de snow­board. Après je n’ai pas croi­sé beau­coup de ba­dauds, à part quelques lo­caux. J’es­père que l’évè­ne­ment va gran­dir et tou­cher un peu plus le grand pu­blic. Mais bon ce n’est

LOUIF PA­RA­DIS

pas très grave vu qu’il y a des évè­ne­ments comme le Snowgarden qui sont là pour ça. En tout cas, je suis su­per content d’avoir pu voir au­tant de films de snow, une oc­ca­sion que je n’au­rais peut- être pas eu au­tre­ment.

Il y a des films qui t’ont par­ti­cu­liè­re­ment plu ?

J’ai bien ai­mé les vi­déos Al­mo et KBR, la vi­déo jib de Quiksilver. Y en avait aus­si d’autres que j’avais dé­jà vues.

Eh bien moi, j’ai vu votre vi­déo Dé­jà-vu, le ni­veau en jib est com­plè­te­ment fou ! C’est quoi le concept ?

On a tous gran­di sur la même mon­tagne au Qué­bec, au dé­part nous étions une dou­zaine. J’ai d’abord ren­con­tré Laurent ( LNP) et Ben ( Bilocq), j’avais au­tour des qua­torze ans. Mais nous nous sommes liés d’ami­tié as­sez ra­pi­de­ment avec Alex ( Can­tin), Will ( La­vigne) et les autres. Franck April a été le der­nier. À l’époque dé­jà, on se fil­mait entre nous, mais plus en pe­tits crews. Et puis tran­quille­ment, nous nous sommes ren­du compte que nous avions tous le même in­té­rêt.

Du coup vous avez mon­té un pro­jet vi­déo ?

Exac­te­ment et en 2006 on a sor­ti The Band Wa­gon. On s’était fait re­pé­rer par la boîte de prod Su­gar Shack. Et après ça, nous avons un peu ex­plo­sé, cer­tains ont conti­nué avec Su­gar Shack et les autres sont par­tis avec d’autres boîtes de prod ! Jus­qu’à l’an­née der­nière !

Et vous avez dé­ci­dé de fil­mer à nou­veau en­semble ?

Oui ! On l’a même dé­ci­dé il y a presque deux ans. Du coup on a pu l’an­non­cer à l’avance, pour évi­ter de cau­ser des pro­blèmes aux boîtes de prods pour les­quels on fil­mait avant.

Ça au­rait pu être un pro­blème…

Oui mais vu qu’on les a pré­ve­nues à l’avance tout s’est bien pas­sé. Mais nous avons vrai­ment at­ten­du le bon ti­ming. On n’au­rait pas eu la cré­di­bi­li­té de le faire avant ! Cha­cun a pu faire son pe­tit bout de che­min, Will avec les vi­déos Rome, Nic ( Sau­vé) avec Fo­rum et moi avec Vi­déo Grass. Fi­na­le­ment, le plus dur au­ra été de ras­sem­bler l’ar­gent pour faire notre vi­déo entre potes.

MA CRI­TIQUE LA PLUS DIF­FI­CILE C’EST

MOI-MÊME !

Le ni­veau est sa­cré­ment éle­vé pour une vi­déo de potes ?

On se mo­tive les uns les autres, comme dans tous les pro­jets. Mais le fait que nous avons tous gran­di en­semble rend la co­hé­sion plus forte. C’est sûr que c’est plus drôle et mo­ti­vant parce qu’on se connaît, on se ta­quine, on ose aus­si beau­coup plus se dire les choses. Fi­na­le­ment, on est sur la même lon­gueur d’onde, on s’entraide, et il n’y a pas vrai­ment de com­pé­ti­tion. Ou bien tout du moins une com­pé­ti­tion ami­cale, 100 % po­si­tive et très mo­ti­vante !

Ça fait deux ans de suite que tu gagnes les X Games Real Snow ! Vas-tu re­par­tir pour une 3e an­née ?

Je t’avoue que je prends la dé­ci­sion cette semaine, j’étais sup­po­sé don­ner ma ré­ponse au­jourd’hui ( c’était le 15 oc­tobre, N. D. L. R.). J’at­tends l’avis de mon fil­meur Hay­den, savoir s’il est chaud de le faire ! Je penche vers le oui à chaque fois, même si l’été je me dis l’in­verse. En pen­sant faire d’autres choses plus per­son­nels, et puis fi­na­le­ment quand j’ai l’in­vi­ta­tion, il me vient les idées et une cer­taine mo­ti­va­tion. Donc je dis oui si mon fil­meur est d’ac­cord ! Com­ment ça se passe ? Nous on voit les vi­déos en jan­vier et vous avez dé­jà je ne sais com­bien de ban­ger ! Est-ce que tu te mets la pres­sion ? Est-ce que vous

shoo­tez tous les jours à fond ?

Je com­mence dé­jà à m’échauf­fer à Bre­cken­ridge dans le Co­lo­ra­do dé­but no­vembre, on fait du park. Et vers la fin no­vembre je com­mence à re­gar­der les en­droits où il y a de la neige. C’est dur car il n’y a ja­mais vrai­ment de neige abon­dante à un en­droit. Une an­née, j’ai même été jus­qu’au Ja­pon pour trou­ver les condi­tions ! L’an­née pas­sée, nous sommes al­lés à Ed­mon­ton en plein mi­lieu du Ca­na­da. On com­mence donc le 1er dé­cembre et on doit re­mettre notre vi­déo le 2 jan­vier, donc ça nous donne un mois pile !

Du coup ça doit être une sa­crée pres­sion !

Oui quand même ! Mais c’est un chal­lenge très mo­ti­vant !

Tu dois être content quand tu as fi­ni ?

Ouais, mais en même temps je reste un peu scep­tique, je ne sais pas s’il y a as­sez de tricks ou non. Le meilleur mo­ment fi­na­le­ment c’est quand je dé­couvre ce qu’ont fait les autres !

Frank April a ga­gné le choix du pu­blic cette an­née et toi ce­lui du ju­ry ! Vous vous êtes cham­brés un peu ?

C’était fou, on n’a pas ar­rê­té ! À un mo­ment don­né nous nous sommes re­trou­vés face à face dans le choix du pu­blic alors entre potes t’ima­gines bien ce que ça peut don­ner. De toute fa­çon, le choix du pu­blic c’est de la po­li­tique, avec Fa­ce­book, Ins­ta­gram, etc. C’est ce­lui qui a le plus de fol­lo­wers qui gagne, mais vu que je ne suis pas très bran­ché ré­seaux so­ciaux…

POUR DÉJÀ_VU ON A VRIAIMENT AT­TEN­DU LE BON TI­MING. ON N’AU­RAIT PAS EU LA CRÉ­DI­BI­LI­TÉ DE LE

FAIRE AVANT !

Les X t’ont ap­por­té beau­coup de no­to­rié­té ?

Ça m’a fait un nom c’est sûr ! Le grand pu­blic a été tou­ché, tous les gens qui n’au­raient pas for­cé­ment vu mes parts vi­déos. Mais sur­tout pour moi ce fut une source de mo­ti­va­tion, un chal­lenge per­son­nel. Ce­la me force à at­ta­quer la sai­son à 200 %, au lieu de com­men­cer tran­quille­ment. Un bon coup de pied dans le cul, qui te fait com­men­cer un peu plus sec ! ( rires)

Mais du coup, les X Games ont ap­por­té un cô­té com­pé­ti­tion au street qui n’en avait pas ?

Ça pousse clai­re­ment le ni­veau vers le haut ! Après je ne suis pas trop pour le fait de ju­ger une vi­déo part par rap­port à une autre, au bout du compte ce n’est pas vrai­ment com­pa­rable. La créa­ti­vi­té de l’un contre la créa­ti­vi­té de l’autre, mal­gré le fait que tu puisses dire si l’un ou l’autre a eu un meilleur mois de dé­cembre. C’est dur à com­pa­rer, on n’est pas sur les mêmes spots, ni avec les mêmes condi­tions, même si on a un peu les mêmes contraintes. Ça reste très sub­jec­tif.

Chaque an­née dans tes parts, tu ar­rives à avoir quelques tricks qui font la dif­fé­rence. Com­ment trouves-tu ton ins­pi­ra­tion ? Qu’est-ce qui t’in­fluence ?

Beau­coup de choses m’in­fluencent, le skate sur­tout, mon en­vi­ron­ne­ment quo­ti­dien. Après j’es­saie de ne ja­mais me ré­pé­ter d’une an­née sur l’autre. Je n’ai vrai­ment pas en­vie de tom­ber dans le cli­ché du ri­deur qui fait la même part

LE MEILLEUR MO­MENT

FI­NA­LE­MENT C’EST QUAND TU DÉ­COUVRES CE QU’ON FAIT LES AUTRES !

d’an­née en an­née. Une fois que j’ai fait un trick je le mets de cô­té, et je passe à autre chose ! Avant, mes mo­dèles étaient des in­no­va­teurs comme JP Wal­ker ou Da­vid Be­ne­deck qui chaque an­née ar­ri­vaient à te sur­prendre.

Et au­jourd’hui, il y a des ri­deurs qui t’ins­pirent ?

Beau­coup ! Dans ceux que j’ai vus ré­cem­ment il y a Jed ( An­der­son), et quelques Scan­di­naves. Si­non, sur­tout mes potes de Qué­bec, Will, Ben, etc. ceux avec qui j’ai gran­di, ça a été l’in­fluence la plus di­recte !

Et en France ?!

Je suis très im­pres­sion­né par les vi­déos parts sor­ties cette an­née, Vic­tor De Le Rue, Tho­mas Del­fi­no et toi aus­si Vic­tor. Un exemple qui m’a mar­qué c’est Bran­don Co­card qui avait été no­mi­né au trans­world award pour la ré­com­pense du trick le plus fou de l’an­née, c’était pour le 50- 50 sur un down rail su­per long en Suisse dans la vi­déo Ab­sinthe de l’an­née der­nière. Alors que l’an­née d’avant Fred Cou­derc avait dé­jà fait le même trick dans la der­nière vi­déo Ho­mies. J’ai hâte pour vous que la Al­mo soit en ligne pour que le reste du monde puisse la voir. On a vu un peu de ba­ck­coun­try dans ta part cette an­née, ça t’a don­né en­vie ?

J’ai­me­rais beau­coup pro­gres­ser et en faire plus sou­vent. Mais c’est quand même dans l’en­vi­ron­ne­ment street que j’ai le plus de fa­ci­li­té. Ce­pen­dant, j’ai le goût de sor­tir de ma zone de confort et d’al­ler un peu plus en ba­ck­coun­try.

C’était une pre­mière vraie ses­sion BC pour toi ?

Pas vrai­ment. C’était au Ja­pon, on chil­lait juste avec Taka ( Ha­ru Na­kai). J’en avais dé­jà fait un peu, mais pas vrai­ment de quoi le mettre dans une part.

T’es le bien­ve­nu si ça t’in­té­resse en tout cas.

J’ai­me­rais beau­coup ! Le pro­blème c’est que ça me pren­drait trop de temps. C’est pour ça que j’ai­me­rais fil­mer sur deux ans. Faire un peu moins de street et plus de ba­ck­coun­try, et ar­ri­ver avec quelque chose de so­lide des deux cô­tés.

T’es prêt à shap­per à fond ?

Faire des cubes ! ( rires)

On se moque sou­vent des Qué­bec­quois et de votre ac­cent ! Est-ce que vous vous mo­quez de nous aus­si ?

À chaque fois on ri­gole de vos expressions, au­tant que vous des nôtres ! Le « cul rouge » me fait beau­coup rire.

J’AI LE GOÛT DE SOR­TIR DE MA ZONE DE CONFORT ET D’AL­LER UN PEU PLUS

EN BA­CK­COUN­TRY.

D’ailleurs en par­lant de « cul rouge » ! On a fait que jouer à une seule chose de­puis qu’on est ar­ri­vé à Saas Fee, c’est le MUFF qui est la ver­sion nor­da­mé­ri­caine du cul rouge. Tu peux nous en par­ler ? C’est Brian Fox qui me l’a mon­tré, on a com­men­cé, et on est de­ve­nu ac­cro di­rect ! Je me ba­lade tou­jours avec mon bal­lon, et l’hi­ver quand on est en trip, toutes les ex­cuses sont bonnes, en at­ten­dant que tout le monde soit prêt le ma­tin, une pause sur une aire d’au­to­route, après une ses­sion, ou sur le par­king de la sta­tion avant de mon­ter ri­der.

Tu es­pères pas­ser pro en MUFF ?

( rires) C’est un bon échauf­fe­ment, et le fait que si tu perds il y a des consé­quences ( le per­dant contre un mur se fait ti­rer des­sus par tous les autres par­ti­ci­pants N. D. L. R.), ça met un peu de pi­ment !

Des re­mer­cie­ments ?

Oui, mes spon­sors Sa­lo­mon, Bon­fire, Da­kine, Ash­bu­ry, Nu­clear, Mi­zu, Drink Wa­ter, Leatherman, Po­ler, la Bou­tique du skate. Ma co­pine, mes potes, Snow­surf et toi Vic­tor…

Louif dé­couvre les plai­sirs de la pou­dreuse, back­side air Ja­pon. © Alex Pa­ra­dis

Louif prend une photo a Sen­daï là où le tsu­na­mi a frap­pé le Ja­pon de plein fouet. © Per­ly

Wall ride sor­tie 36 back me­lon en­ga­gé. © Alex Pa­ra­dis

Il fal­lait es­qui­ver la poutre en dia­go­nale au-des­sus du ki­cker pour ne pas se la prendre en pleine tête.

Front lip 270 out sous un pont ja­po­nais. © Per­ly

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