LES DO­LO­MITES

Piz­za, Grap­pa, Po­li­zia, le crew Ab­sinthe à la dé­cou­verte de la «Dolce Vi­ta»

Snow Surf - - Édito/sommaire -

Pon­cées par Ab­sinthe

L’Ita­lie res­tait pour moi un mys­tère, jus­qu’à l’hi­ver der­nier où, fin jan­vier et mi-mars, nous avons pu pro­fi­ter de deux trips. Je ne parle pas de la “dolce vi­ta” que j’avais dé­jà cô­toyée maintes fois. Mais si on m’avait dit que j’al­lais faire les meilleures pho­tos de ma sai­son 2013 au coeur des Do­lo­mites, je vous au­rais sû­re­ment ri au nez. L’idée gam­ber­geait de­puis quelque temps dans la tête de Da­vid Vla­dy­ka, le ca­me­ra­man d’Ab­sinthe. Mais les condi­tions n’étaient ja­mais bonnes, jus­qu’à l’an­née pas­sée...

Mat Cre­pel s'en­vole pour la lune en ro­déo

back 720 nose grab à Arab­ba.

Et ni une ni deux, me voi­là em­bar­qué à tra­vers les routes si­nueuses et in­ter­mi­nables des cols d’Ita­lie. Les sta­tions des Do­lo­mites qui se trouvent à une heure et de­mie de voi­ture au nord de Ve­nise sont en fait la conti­nui­té sud du mas­sif du Ty­rol au­tri­chien. Un ter­rain très ro­cailleux, avec des fa­laises gi­gan­tesques. Sou­vent,

J’IMA­GINE LA PO­LICE À SKI, UN GY­RO­PHARE SUR LE CASQUE, EN TRAIN D’ES­SAYER DE NOUS RAT­TRA­PER.

le temps est as­sez clé­ment et la neige tourne as­sez vite, mais l’an­née der­nière tout le monde a pu consta­ter les condi­tions ex­cep­tion­nelles! C’était même là- bas le se­cret spot, quand tout le monde cher­chait de la neige fraîche dans les Alpes, les Do­lo­mites étaient ga­vées. Les trips de snow c’est tou­jours comme un coup de po­ker. Savoir lire les condi­tions mé­téo, ne pas tar­der, pour fi­na­le­ment faire le bon choix. Pour ce­la, j’ai pu comp­ter sur l’ex­pé­rience sans faille de Vlad qui, tel un vieux loup de mer des mon­tagnes, peut vous pré­dire les condi­tions à ve­nir pour les 15 pro­chains jours.

BA­CK­COUN­TRY IN­TER­DIT

Le pre­mier spot, Arab­ba, est une toute pe­tite sta­tion où nous avons été ac­cueillis par le fils du pa­tron des re­mon­tées qui nous a ser­vi de guide pen­dant nos cinq jours sur place. La taille du do­maine skiable est im­pres­sion­nante et le re­lief a l’air très va­rié. Pour­quoi n’en­tend- on ja­mais par­ler des sta­tions d’Ita­lie? Pour­tant il y a plus de 220 sta­tions dans tout le pays, et les snow­parks poussent comme des cham­pi­gnons! C’est triste à dire, mais de­puis les frères Krat­ter, la scène snow­board ita­lienne est bien si­len­cieuse. Ça fait dé­jà quelques jours de­puis les der­niers flo­cons et je ne re­marque pas beau­coup de traces qui sortent des pistes. Nous ex­plo­rons les en­vi­rons et au­tour de la grosse ca­bine le pay­sage est ma­gni­fique avec une neige de pre­mière qua­li­té. Sur­pris, je ques­tionne mon hôte: “Per­sonne ne fait de ba­ck­coun­try ici ?” Là, sur­pris que je ne sois pas au cou­rant, il m’ex­plique : “Il est in­ter­dit de sor­tir des pistes, la po­lice veille. Si elle vous voit, vous pou­vez avoir une amende.” Voi­là donc le pour­quoi du com­ment. Bi­zar­re­ment, j’ima­gine la po­lice à ski un gy­ro­phare sur le casque, en train d’es­sayer de nous rat­tra­per. Le re­pé­rage de la sta­tion va nous prendre une bonne de­mi- jour­née, scru­ter le ter­rain pour re­pé­rer les dômes à ki­cker, les lignes et les zones de pillow. L’ex­ci­ta­tion monte tant les spots sont nom­breux. Syl­vain et Mat en­thou­sias­més veulent se mettre au tra­vail im­mé­dia­te­ment. Vu que la jour­née est bien en­ta­mée il faut que ce soit vite shap­pé, et nous je­tons notre dé­vo­lu sur un step down qui se trouve à la vue de tous. Ce se­ra un bon test pour voir

Mat Schaer es­quive la po­lice en gap 180 back. Arab­ba.

si l’ins­pec­teur gad­get vient nous cher­cher des noises. Tout se passe bien ! Un pe­tit spot pour se chauf­fer, et à part quelques tou­ristes cu­rieux au­cun signe de la BAF ( Bri­gade an­ti- free­ride).

GA­VAGE À L’ITA­LIENNE

Ce qui est bien avec les Ita­liens, c’est qu’ils savent vivre. Leur ca­rac­tère cha­leu­reux, pas­sion­né et ex­cen­trique les rend dé­pay­sants à sou­hait. Il y a une vraie culture cu­li­naire ( même si nous res­tons les meilleurs), piz­za, pâtes, huile d’olive, char­cu­te­rie et autres plats ty­piques. Du coup on se gave, on bouffe comme des ogres, on boit des vins ex­cel­lents, et ce­ci pour un prix dé­fiant toute concur­rence. À Arab­ba, nous lo­geons dans un tout pe­tit vil­lage où l’épi­ce­rie est te­nue par un pe­tit vieux d’au moins 80 ans. Pour moins de cinq eu­ros, on ache­tait as­sez de fro­mage, de char­cu­te­rie et de pain pour nour­rir six per­sonnes. Arab­ba n’a ja­mais été vi­si­té par une prod quelle qu’elle soit, du coup c’est un peu l’aven­ture. La zone que nous dé­cou­vrons le deuxième jour vaut le coup d’oeil ! Au bout d’un grand pla­teau lé­gè­re­ment pen­tu, une cas­sure nette en­chaîne avec plu­sieurs dômes et de pe­tites lignes. Mat et Syl­vain dé­cident de com­men­cer par les pe­tites lignes, c’est sur le che­min de la re­mon­tée qu’il dé­couvre deux su­pers spots, le pre­mier est une cuillère su­per raide, et le deuxième un gap entre une cliff et un dôme. On ride le pre­mier spot et on shappe le deuxième pour le len­de­main. Il fait presque nuit quand la lune est en plein mi­lieu d’un cou­cher de so­leil qui met le feu au ciel et aux som­mets ita­liens

EN PLUS D’AVOIR UN SPOT ES­THÉ­TIQUE À SOU­HAIT, MES GARS SONT CHAUDS. C’EST LA SES­SION DE L’AN­NÉE.

com­pa­rables aux mon­tagnes des contes de Dracula. Je ne suis pas le pre­mier à m’émou­voir de­vant de beaux pay­sages, mais là, je dois re­con­naître que c’est vrai­ment ma­gni­fique ! L’élan du gap fait la to­ta­li­té du pla­teau, une pente très lé­gère et très longue. Dif­fi­cile pour Mat qui ouvre de se rendre compte de sa vi­tesse avant la sor­tie du kick. Et ce qui de­vait ar­ri­ver ar­ri­va, il prend tout droit de­puis en haut, sort à mach 2 du kick et over­shoote. L’am­pli­tude est énorme, je prends une sé­quence mais le vol est tel­le­ment long que mon ap­pa­reil bloque en plein mi­lieu, c’est la pre­mière

fois que ça m’ar­rive. Je le re­garde hal­lu­ci­né dis­pa­raître der­rière le dôme. On en­voie tou­jours une boule de neige en ré­cep­tion pour pou­voir se don­ner une idée de l’en­droit où il faut pla­quer. Mat a at­ter­ri 25 m après la boule. Heu­reu­se­ment, sain et sauf grâce au bon mètre de neige fraîche. Il re­monte en cou­rant, c’est alors que je me rends compte qu’en plus d’avoir un spot es­thé­tique à sou­hait, mes gars sont chauds. C’est la ses­sion de l’an­née. Une fois leur vi­tesse ca­lée, ils s’en donnent à coeur joie et plaquent à chaque es­sai. Mat Schaer pointe en­fin le bout de son nez et re­mo­tive un peu l’équipe fa­ti­guée par l’in­ten­si­té ex­cep­tion­nelle de ces trois jours. On trouve un spot entre deux cailloux. Vlad et moi shoo­tons du bord de la piste. C’est bien sûr à ce mo­ment que la po­li­zia dé­cide de se poin­ter. Une ca­ri­ca­ture du gen­til et du mé­chant flic, ils nous les cassent car nous sommes à pied sur la piste, et nous ex­plique que ce­la est “très dan­ge­reux”. Mais s’en vont dès que nous bou­geons de l’autre cô­té du fi­let. Heu­reu­se­ment qu’ils ne nous virent pas, car la lu­mière est in­croyable. Mat trouve

Vic­tor De­le­rue fait tout pé­ter en slash à Cor­ti­na don Pe­zo.

d’ailleurs un deuxième spot : un triple pillow d’une classe folle. ( cf. sé­quence)

LE COUR­CHE­VEL ITA­LIEN

Le deuxième trip en Ita­lie se fait bien plus tard dans la sai­son. On est mi- mars et les condi­tions com­mencent à se dé­té­rio­rer dans les Alpes. Vlad y est dé­jà re­tour­né entre- temps. Et on rentre tout juste, mais c’est le seul en­droit où les condi­tions sont en­core bonnes. On re­fait donc nos ba­gages avec Nils Ar­vid­sson et Vic­tor De Le Rue, di­rec­tion Cor­ti­na d’Am­pez­zo, qui est un peu le Cour­che­vel ita­lien. Il est un peu tard pour as­sis­ter aux or­gies “bun­ga bun­ga” de Sil­vio Ber­lus­co­ni qui pos­sède un cha­let dans la sta­tion. Mais la neige fraîche est au ren­dez- vous! Nous lo­geons en pen­sion com­plète à l’hô­tel Ar­gen­ti­na au pied des pistes, pour un prix dé­ri­soire de 50 eu­ros par jour. Le buf­fet du pe­tit- dé­jeu­ner est à se dam­ner, nous en pro­fi­tons pour nous faire des sand­wichs pour le mi­di que nous ca­mou­flons dis­crè­te­ment dans des serviettes, mais je crois que nous ne trom­pions per­sonne car ils n’en avaient tout sim­ple­ment rien à faire. Vlad est dé­jà ve­nu vi­si­ter la zone et a dé­jà des spots en tête. Le ter­rain est par­fait mais les gens qui viennent à Cor­ti­na ont d’autres centres d’in­té­rêts que de trou­ver des dômes de rêve pour faire des ki­ckers, ou

“DE LA POW EN MASSE ET DES ZONES À SOUILLER."

Vic­tor De Le Rue

des pillows de ma­lade. Eux pré­fèrent se ba­la­der sur la piste dans leur com­bi Cha­nel avec leur chap­ka en vraie four­rure vis­sée sur le crâne. Et vu le prix du for­fait jour­née ( aux alen­tours de 40 eu­ros) on peut com­prendre que ce­la fasse un peu cher pour l’Ita­lien moyen. Le champ est donc libre, au­cun stress à avoir sur­tout que la zone est bien ca­mou­flée, la po­lice ne vien­dra ja­mais nous cher­cher là. Le pre­mier jour de beau, Vic­tor est ma­lade, du coup on se re­trouve seul avec Nils. On lui en a fait voir de toutes les cou­leurs, après avoir ri­dé un ki­cker où il a po­sé un 720 front first try, on a été faire des pillows. Il s’est don­né à 200 % et est ren­tré à la mai­son les­si­vé. Et puis ce n’est pas très mo­ti­vant de ri­der tout seul.

Pour ac­cé­der à notre fa­meuse zone, nous de­vons tra­ver­ser une arête as­sez aé­rienne. Ce qui nous per­met d’ar­ri­ver par le haut et de ga­gner au moins 30 mi­nutes de marche d’ap­proche. Vic­tor trouve une po­cket pour un slash, ça fait deux ou trois jours que le vent souffle, et au mo­ment où il dé­clenche son vi­rage une

“LES DO­LO­MITES, CE SONT LES CLI­CHÉS ITA­LIENS QU’ON AIME, PIZ­ZA, PAS­TA, GRAP­PA, BRUNETTES, PAR­LER FORT, ET LES CA­RAC­TÉ­RIS­TIQUES SNOW­BOARD QU’ON ADORE: PILLOWS,

COU­LOIRS, POUDRE, CLIFFS, VIERGE, SO­LEIL... TROP BON!!" Syl­vain Bour­bous­son

pe­tite plaque craque. Rien de très grave car la pente s’ar­rête quelques mètres des­sous lui. Ce­la reste tout de même un bel aver­tis­se­ment. Nous re­dou­blons de vi­gi­lance et évi­tons toutes les zones souf­flées. Nous pas­sons la jour­née en­tière à shap­per deux ki­ckers pour le len­de­main. 7h du ma­tin, le ré­veil sonne ( eh oui la vie de pro- ri­deur/ ca­me­ra­man/ pho­to­graphe n’est pas tous les jours fa­cile). J’ouvre les yeux et je vois Vlad qui me fixe, la clope au bec, l’oeil vif et dé­jà prêt de­puis au moins une bonne heure. Je lui lance un “t’es un grand ma­lade!” Il es­quisse un sou­rire qui en dit long. Le so­leil brille, nous ar­ri­vons en haut du pre­mier kick. Vic­tor a bouf­fé du lion. À part un turn, il n’a pas en­core vrai­ment d’image, mais il n’est pas ve­nu jus­qu’ici pour rien. Et il nous le prouve en po­sant cinq tricks, ce­la donne dans l’ordre, 900 front, cab3, 720 back, switch 180 back et switch 540 back. Un rous­tage de spot dans les règles de l’art. Nils aus­si as­sure et plaque un 900 back sur le deuxième spot. Nous re­tour­nons à la voi­ture sa­tis­faits et les cartes mé­moires pleines !

DOLCE VI­TA

Le trip au­ra été court mais très pro­duc­tif, mais ce soir c’est notre der­nier soir et en

plus c’est l’an­ni­ver­saire de Vlad, on était tous cre­vés mais il ne nous a pas vrai­ment lais­sé le choix. Après un res­to d’en­fer, on se fait la tour­née des bars, et on fi­nit dans un pia­no- bar su­per chi­cos, plein de jo­lies filles et de “Charles- Hen­ry” en polo- pull en laine sur les épaules, qui re­prennent en coeur les plus grands tubes d’Eros Ra­maz­zot­ti. Je n’ai rien contre eux, mais une bande de snow­boar­deurs al­coo­li­sés

“LE FREE­RIDE IN­TER­DIT,

LA PO­LICE SUR LES PISTES, ON ÉTAIT POUR SÛR LES MECS LES PLUS GHET­TOS D’ITA­LIE."

Mat Cré­pel

au mi­lieu ça fai­sait un sa­cré dé­ca­lage. Vlad au­ra te­nu cinq mi­nutes avant de se faire vi­der par le ser­vice de sé­cu­ri­té qui, vu leurs têtes de tueurs à gage, de­vait ap­par­te­nir de près ou de loin à la ma­fia si­ci­lienne. Le len­de­main ma­tin, la tête au fond du seau, il est temps de par­tir même si les condi­tions sont en­core bonnes car de nou­velles aven­tures nous at­tendent. Pour conclure, je lais­se­rai la pa­role à notre Suisse pré­fé­ré aka Mat Schaer qui ré­sume si bien nos aven­tures ita­liennes. “De l’épi­cière du coin vê­tue de son ta­blier, à la milf en com­bi Dolce & Gabbana de Cor­ti­na, des pas­tas et piz­zas, au speck et à l’ap­fel­stru­del, du Sch­pritz à la grap­pa, des im­menses do­maines skiables tout neufs re­liés sur des ki­lo­mètres aux pe­tits vil­lages de mai­sons ty­piques, des cou­loirs in­ter­mi­nables aux spots à ki­ckers par­faits en pas­sant par des champs de pillows hors du com­mun, les Do­lo­mites, au coeur de l’Eu­rope, pré­sentent un dé­cor va­rié : un bon mé­lange d’Ita­lie, d’Au­triche et même de Suisse et d’Eu­rope de l’Est.” Alors n’hé­si­tez plus pour vos pro­chaines va­cances, si les condi­tions sont bonnes, ve­nez goû­ter à la dolce vi­ta, vous faire ex­plo­ser la panse, jouer à cache- cache avec la po­lice, vous mettre des pillows comme au Ca­na­da, tom­ber amou­reux d’une Ita­lienne aux che­veux noirs et au re­gard de braise.

Syl­vain Bour­bous­son hand­plant. Arab­ba.

Nils Ar­vid­sson 720 front 1st try. Cor­ti­na don Pez­zo.

L’over­shoot de Mat Cré­pel

Nils et Vlad

Vic­tor a eu chaud aux fesses.

Nils Ar­vid­sson 720 back

Syl­vain Bour­bous­son cab 3 classe ita­lienne. Arab­ba.

Vic­tor De­le­rue ro­déo back 9. Cor­ti­na don Pe­zo.

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