La face ca­chée du Beaufortain.

Quand le rêve est à por­tée de main, fau­drait être bien con pour ne pas en pro­fi­ter. Une pe­tite sta­tion qui pro­pose un for­fait ran­don­neur pas cher et qui vous donne ac­cès à un do­maine de fou en une seule re­mon­tée. Si si, ça existe à Arêches-Beau­fort.

Snow Surf - - Édito_sommaire -

Tho­mas Del­fi­no va cher­cher les pains au choc.

Vic­tor Daviet (ci-des­sous) Tho­mas Del­fi­no (page de droite) : concours de le­ver de bras.

PRÉ-FACE

Sûr, faut un peu le­ver la patte et trans­pi­rer un tan­ti­net. Et en­core, si vous voyiez com­ment ce pe­tit mois pas­sé là-bas a sculp­té mon corps de bu­veur d’apé­ro ani­sé (on est du Sud ou on l’est pas) en ath­lète apol­lo­nien, Mes­de­moi­selles, vous vous ru­riez sur le moindre mâle sor­tant de ces contrées mon­ta­gnardes rien que pour lui tâ­ter la croupe. Lais­sez-moi donc vous contez une pe­tite semaine dans cette contrée, loin du Sud ani­sé, dans un pays où la vache semble être plus sa­crée qu’en Inde (rap­port au fro­mage sen­tant).

VOYAGE VOYAGE

Il est tôt, genre 5 heures du ma­tin. La clé dans le contact et un ther­mos de ca­fé à la main, quatre heures de ba­gnole et un ar­rêt pe­tit-déj/sand­wich me sé­parent du ren­dez-vous. J’ar­rive sur le par­king du centre du vil­lage où le gang m’at­tend. Le temps de ré­cu­pé­rer les clés, les for­faits et de po­ser les sacs dans l’ap­part. Un pe­tit air de va­cances dites-vous ? J’au­rais ai­mé, mais nous com­men­çons la jour­née par un dé­brie­fing sur le té­lé­siège. Une fois en haut, com­mence un re­pé­rage du ter­rain pour la semaine qui vient. Vic­tor Daviet : “Là nous nous aper­ce­vons as­sez vite que nous sommes tom­bés sur pe­tite mine d’or pour snow­boar­deur af­fa­mé de ba­ck­coun­try. Il y a tous les types de spots réunis dans une seule sta­tion. Avec à gauche des pillows style Ca­na­da, à droite des spots à ki­ckers de l’es­pace digne de Whist­ler, et en haut, des lignes de free­ride qui rap­pellent le Cau­case.” On passe dans les bois, en frô­lant les arbres au mi­ni­mum his­toire de pas abî­mer la neige pour les pho­tos. On n’a pas fait l’ar­mée, nous autres, mais des fois on s’in­flige une dis­ci­pline ! Puis les bois se dé­den­si­fient, puis ça de­vient large et hop, d’un coup, tous ré­for­més P4, tous ! On sac­cage tout pour les pho­tos ! Ça vole dans tous les sens, des pillows, du « dré dans l’pen­tu », des sla­loms entre les sa­pins, et du « dré dans l’sa­pin » pour qui aime em­bras­ser les élé­ments de dame na­ture. « Sor­tie co­hé­sion d’équipe » comme ils disent dans les grosses boîtes… je t’en fou­trais des grosses boîtes !

UNO ET MÉ­TÉO

Drr­riiing ! Il est 7 h 45. Nous sommes six dans ce pe­tit ap­par­te­ment qui com­porte un sa­lon et deux chambres. En­core sur le coup de mon em­bras­sade élé­men­taire de la veille, je traîne un peu au lit. Le bruit de l’eau qui fré­mit dans la cas­se­role, puis l’odeur des boots qui sèchent sur le ra­dia­teur, me dé­cident à m’ex­tir­per du du­vet pour ou­vrir la fe­nêtre. De­hors il neige. As­sis à table, Tho­mas est cap­ti­vé par l’écran de son or­di­na­teur. En par­fait geek de la mé­téo, c’est un peu notre Jacques Kess­ler à nous. Neige jus­qu’à de­main. Au­jourd’hui c’est re­pos. Puis on craque, com­ment ré­sis­ter à cette odeur ? On n’est pas là pour mal­trai­ter les mouches ! Pas­sage en caisse, un pe­tit

coup de té­lé­siège et on s’en­fonce dans les bois. Tout est tel­le­ment lu­dique que le moindre pe­tit re­lief nous oc­cupe une bonne heure. On n’a pas vrai­ment en­vie de s’ar­rê­ter, alors on ne s’ar­rête pas. Mais le jour est cou­ché de­puis plus d’une heure (ça ar­rive même aux meilleurs) et on y voit que dalle. Des­cente aux bri­quets.

MIS­SION CA­TA­PULTE

Il est 7 h 45, deux jours plus tard. Je te dis deux jours plus tard parce qu’hier, on a pas­sé la jour­née à pel­le­ter et que je ne veux pas te bas­si­ner avec des pelles et des blocs à la pelle. Les ran­don­neurs qui pas­saient par là, rap­port à notre construc­tion, par­laient d’« Un beau trem­plin ». Nous on l’a bap­ti­sé « La ca­ta­pul­ta ». Deux jours plus tard donc, de­hors il fait grand beau et grand froid. Evan, le ca­me­ra­man de la jour­née a du mal à dé­bou­chon­ner de la cir­cu­la­tion gre­no­bloise alors on va mon­ter un peu plus tard. J’en pro­fite pour aé­rer mes boots dans les rues du vil­lage. J’y croise la doyenne du pa­te­lin, on tape le bout de gras cinq mi­nutes, sym­pa l’an­cêtre. Alors pour illus­trer mon pa­pier d’un peu d’his­toire lo­cale, je lui tire le por­trait. Evan ar­ri­vé, on pointe en bas du té­lé­siège, puis on s’en grille une, trin­kil, en lou­ze­dé, la rou­tine quoi. Une fois là-haut, quelques éti­re­ments et ça se met à as­ti­quer la ca­ta­pulte sé­vère. Vic­tor Daviet : “Le nom ca­ta­pulte n’est pas là par ha­sard. Car c’est sans doute l’un des plus gros ki­ckers que nous n’ayons ja­mais shap­pé, et pour sûr, le plus po­pé de tous ( la vé­ri­té, même à l’Ar­tic Chal­lenge ils n’avaient ja­mais vu ça). Le but de cette ca­ta­pulte était clai­re­ment d’al­ler très haut, de s’en­voyer en l’air, voire même d’al­ler dé­cro­cher la lune. Le spot s’y prê­tait par­fai­te­ment, nous l’avions shap­pé au la­ser et il y avait de la pow en masse dans le lan­ding. Tous les élé­ments étaient en­fin réunis pour que tout se passe bien. Main­te­nant il ne res­tait plus qu’à lâ­cher les gaz et à drop­per. Fa­cile à dire… mais quand on sait qu’on va se faire ex­pé­dier à plus de 7 mètres de haut, ça fout un peu la pres­sion ! Mais grâce à la dé­bi­li­té de notre team de choc, on a vite dé­ten­du l’am­biance ( pour vous don­ner une pe­tite idée, Vic­tor m’a fait ça* * des­sus juste avant le first try.). L’heure du pa­pier/ cailloux/ ci­seaux a son­né, c’est moi qui fait le first try. Je re­monte, je me concentre, un pe­tit dic­ton « A Bran­ler » et go je me lance. En l’air tout se passe pour le mieux et je re­plaque un front 1080 double cork mute first try ( la chance d’une vie). C’est la fo­lie ! Le jump est par­fait et ce n’est que le dé­but du feu d’ar­ti­fice ! Tho­mas se lance en cab et lance un énorme Cab Double Cork 1080 à la Tra­vis Rice qu’il pla­que­ra au bout du 3e es­sai. Vic­tor DLR, quant à lui, en­fon­ce­ra le clou avec un gros gros bs

Il neige et il fait beau, Tho­mas Del­fi­no back 7 bio.

1080 double cork. Et en fin de ses­sion nous avions un double cork cha­cun sur un spot de ma­lade. Une fois sur le par­king, nous n’ar­ri­vions tou­jours pas à réa­li­ser ce qui s’était pas­sé. Et je peux vous dire que des jour­nées comme ça, elles res­tent gra­vées. D’ailleurs nous avions tel­le­ment ai­mé cette sen­sa­tion « d’homme ca­non » que deux se­maines plus tard nous y sommes re­tour­nés avec Vic­tor DLR et toute l’équipe d’Al­mo pour le shap­per en­core plus gros et en­core plus po­pé. Et re­be­lote gros jack­pot !!! Le ki­cker a en­core une fois par­fai­te­ment fonc­tion­né. Vic­tor a po­sé un gros fs 1080 et un back 5 sta­le­fish bien style. Quant à moi, j’ai pro­fi­té du gros pop pour me re­tour­ner le cer­veau en triple back­flip puis en­chaî­ner avec d’autres tricks un plus style ( re­gar­dez la vi­déo Al­mo pour voir tous les tricks).”

DU FRO­MAGE JUS­QU’AU BOUT DES PIEDS

Sur ces émo­tions riches en évè­ne­ments, Tho­mas et Vic de Le Rue nous quittent, et c’est Fred Cou­derc qui ar­rive d’Hel­vé­tie pour une jour­née. Res­tent donc Vic­tor Daviet et Fred. On en a un peu plein le dos de pel­le­ter comme des ba­gnards, mais conscients que l’his­toire du snow­board mon­dial est en train de se jouer une belle mé­lo­die sur notre dos, on y re­tourne. Vic­tor se paye une pe­tite ligne, puis on tombe sur une belle cor­niche qu’on lorgne de­puis des an­nées, ja­mais en condi­tion d’ha­bi­tude, mais là tout y est. Pour elle c’est le mo­ment de se faire sau­ter (si vous com­pre­nez mal, je n’y peux rien !). Elle nous tend les bras qu’elle n’a pas. Vic­tor Daviet: “J’avais re­pé­ré cette cor­niche de­puis quelque temps mais mes an­ciens col­lègues ( Del­fi­no, De Le Rue) n’étaient pas in­té­res­sés. Alors j’ai pro­fi­té de leur fuite pour al­ler je­ter un coup d’oeil avec mon nou­veau col­lègue suisse. En l’oc­cur­rence, le spot était par­fait pour un bon step down d’en­vi­ron 10 m de haut. Jusque- là nous n’avions fait que des ca­ta­pultes donc nous étions as­sez contents de cette nou­velle idée de spot. On monte et on shape la pla­te­forme pen­dant que les ca­me­ra­men se ga­vaient de pow juste en des­sous de nous sur une pe­tite pente vierge. Et ça, c’est pas co­ol ! Une fois le ki­cker fi­ni, c’est à notre tour de nous mar­rer. Cou­derc est un peu moins chaud du bc donc je m’y colle. Un step down de 10 m où on ne voit pas la ré­cep­tion de­puis le take off. Au ni­veau de la sen­sa­tion, c’est un peu comme de faire un saut en base jump. Mais bon, on a l’ha­bi­tude donc sans plus at­tendre je m’élance. Je fais un pre­mier es­sai en bs 720. Et le spot rend vrai­ment bien ce qui en­cou­rage Fred à lan­cer der­rière moi un gros cab 9 tail­grab. Une fois la ses­sion ter­mi­née et nos tricks en poche, on est re­mon­tés au­tour du spot et on s’est ga­vé de poudre tous en­semble.” Les jeunes s’en­voient en l’air gaie­ment, nos ob­jec­tifs sont contents et at­teints, et nous aus­si. On voit le mont Blanc, l’Eve­rest, Cha­me­chaude, le Ki­li­mand­ja­ro et le Ki­lo­de­man­da­rines, bref le cadre est vrai­ment in­croyable. Pour tout vous dire, après cette belle par­tie de planche en l’air, on est même res­tés en­core deux heures pour se dé­gour­dir les pattes. Nous autres pho­to­graphes et ca­me­ra­men, dans une pou­dreuse digne des cartes pos­tales « va­cances à la neige » de chezle-ma­ga­sin-de-sou­ve­nirs-en-bas. On se pho­to­gra­phie les uns les autres, les ob­jec­tifs sont par­tout et on se congra­tule, puis

Fred Cou­derc en l'air qui tourne (un peu) dixit Vic­tor De le Rue (cab 5).

on re­monte et puis on re­des­cend, et on recommence en­core. Fran­che­ment, je vous au­rais bien mis ces pho­tos-là plu­tôt que celles-ci que vous voyez là, parce que c’était un joyeux bor­del quand même. Mais nous autres, mé­dias comme on nous ap­pelle, notre pu­deur nous ho­nore. De re­tour à l’ap­part, gros di­lemme du sé­chage des boots qui sentent pas vrai­ment la rose… Doit-on faire un Uno de­hors ou en­du­rer la souf­france de cette forte odeur de Beau­fort qui se ré­pand sur le chauf­fage ? Voyez à quel point nos vies sont par­se­mées d’em­bûches de Noël quand nous sommes en mis­sion, nous autres braves sol­dats du monde de la planche à neige. Le len­de­main, une ma­ti­née mé­nage et course m’at­tend.

RÉUNION AU SOM­MET

Deux Amer­loques et un Hel­vète dé­barquent. Il s’agit d’un cer­tain Blau­velt, en­tou­ré d’un Jack­son et d’un Kal­ber­mat­ten. Ils cherchent des gens pour dé­cou­vrir le coin. Il ne reste que Vic et Tho­mas pour les gui­der. Pour ma pomme, je ne peux pas vous dire com­ment c’était parce que je n’étais pas là. Blanche-neige ve­nait de re­tom­ber dans les bois, et je crois qu’elle a pris cher. De re­tour par­mi eux, « ahoua­zit ? » que je leur de­mande. « Eu- mez­za­nine, but eu- lotte laïque homme » qu’il me ré­pond le Ja­cko en fai­sant ré­fé­rence à la Co­lom­bie-Bri­tan­nique. Ça vou­lait dire, je pense, qu’ils ont ai­mé. Avant qu’ils ne re­prennent l’avion, on leur a fait un pe­tit cadeau. Oh pas grand-chose, un p’tit geste quoi, on le leur a glis­sé dans leur va­lise dis­crè­te­ment, sans qu’ils s’en aper­çoivent, pour pas qu’ils se confondent en re­mer­cie­ments… Un pe­tit ki­lo de Com­té et de Beau­fort em­bal­lés dans du pa­pier avec un pe­tit mot : « Zi­cise ze ril dix- fer­rance bi­touïne Co­lomB­ri­tish and ze hid­den face of ouate you co­laide “French pa­ra­dise”, itoise grète tou aviou wi­zeuce, hop iou an­geoïte tou, yaourt ouail­come hé­ni taïme ! » On n’a plus eu de nou­velles après. La seule chose qu’on a vue, c’est que Ja­cko s’est dé­bar­ras­sé de sa te­nue de snow­via un concours où le ga­gnant rem­por­tait la veste ! Com­meon dit aux za­mé­riques, « hell yeah ! » , en fran­çais « l’en­fer oui ! »

ÉPI­LOGUE

La Face Ca­chée n’existe pas, en­fin si, mais elle existe tel­le­ment par­tout qu’il n’y a pas de Face Ca­chée en par­ti­cu­lier. Après tout ce qu’on a ga­lé­ré pour trou­ver la nôtre, et le plai­sir que l’on a eu à la dé­cou­vrir, vous vous doutez bien qu’on ne va pas vous pri­ver de ce bon­heur à grands coups de co­or­don­nées GPS ! On a peut-être cho­pé un pe­tit cô­té ani­mal des bois là­haut, mais on n’est pas des monstres… Al­lez, ouste ! Aoste ! Jam­bon cru ! Fai­tes­vous plaize ! Lais­sez-vous pous­ser les poils ! La barbe ! Brû­lez tout ce qui vous pa­ra­site, de votre té­lé­phone plat à votre af­ter-shave, et al­lez mar­cher, al­lez loin, al­lez zou ! Al­lez ri­der ! Al­lez, dé-ri­dez ! Al­lez l’Oème ! Al­lé­luia ! Al­lez graisse ! En­fin bref, al­lez dans la joie, amen.

Vic­tor Daviet et Fred Cou­derc posent pour la carte pos­tale.

Fred Cou­derc me dit mer­ci pour le PQ.

Vic­tor de la Rue aus­si en l'air-qui-tourne (mais là beau­coup) (back 12600 quin­tuple cork triple catch).

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