GROEN­LAND

AU ROYAUME DE SEDNA

Snow Surf - - Édito / Sommaire -

Un trip poé­tique au pays des ours po­laires avec Anne-Flore Marxer.

LE GROEN­LAND, CE TOIT DU MONDE MA­JES­TUEUX RE­COU­VERT DE GLACES IM­PÉ­NÉ­TRABLES, SUR L’EX­CÈS DE GRAN­DEUR PAR EX­CEL­LENCE, L’ÉBLOUIS­SE­MENT, LE FROID AUS­SI. UN VOYAGE UN BA­TEAU, MAIS UN PEU PLUS QU’UN TRIP, UNE RE­TRANS­CRIP­TION POÉ­TIQUE ET LY­RIQUE DES IM­PRES­SIONS D’ANNE-FLORE MARXER, EN SPLIT­BOARD AU PAYS DES OURS PO­LAIRES.

À tra­vers mon hu­blot, j’aper­ce­vais la ban­quise de­puis plus d’une heure dé­jà. Puis, une piste d’at­ter­ris­sage s’est dé­cou­pée dans la neige : Kan­ger­lus­suaq, sept mai­sons, une cave de glace et un pub. Je sen­tais dé­sor­mais mon rêve so­lide sous mes pieds. En­core un coup d’hé­lice et c’était dé­jà la tom­bée de la nuit à Nuuk, la ca­pi­tale du Groen­land, 20 000 ha­bi­tants bien ca­chés. La tem­pé­ra­ture me brû­lait le vi­sage et me fai­sait fondre les os. Nous étions dans une boule à neige sou­dai­ne­ment re­tour­née, au beau mi­lieu d’une tor­nade de neige in­ces­sante. Nous dé­cou­vrions le bout du monde en acou­phène.

CHA­LEU­REUX PEUPLE DES GLACES

La neige cris­sait sous mes pas. Ces terres d’émer­veille­ment qui pour­tant vous séquestrent, les routes ne me­nant que jus­qu’au bout de la rue. Celles-ci étaient dé­sertes, on ne dis­tin­guait plus que quelques ombres rares qui se fau­fi­laient avant de dis­pa­raître dans la nuit. Quelques im­meubles se sui­vaient le long de la route prin­ci­pale, rouge, jaune ou bleu. Quelques jo­lies pe­tites mai­sons scan­di­naves dans les mêmes co­lo­ris s’étaient éga­rées de fa­çon éparse. Puis, plus rien si ce n’est la neige qui s’en­vo­lait et dis­pa­rais­sait dans la nuit. À l’orée du jour, nous em­bar­quions sur La Louise en pleine tem­pête, dé­nei­geant tant bien que mal le pont du ba­teau. Le compte à re­bours était en bout de

CES TERRES D’ÉMER­VEILLE­MENT QUI POUR­TANT VOUS SÉQUESTRENT, LES ROUTES NE ME­NANT QUE JUS­QU’AU BOUT DE LA RUE.

course. Les fjords nous em­por­taient dès lors au gré du vent. Dans notre sillage se dé­cou­pait en­core un der­nier vil­lage de pê­cheurs. Le contact aus­si dé­rou­tant que pré­cieux avec le peuple des glaces, cha­leu­reux et tac­tile, si iso­lé pour­tant. Sou­dain, une in­va­sion de pe­tits lu­tins em­mi­tou­flés jus­qu’au bout du nez, qui ri­golent et qui piaillent, égayant de mille cou­leurs ces pay­sages blancs fi­gés. J’en reste éba­hie tant le contraste pa­raît éton­nant.

BA­LEINE VS CHO­CO­LAT

Puis le re­tour de la chasse à la ba­leine. Ce mets si pré­cieux qui nour­rit le vil­lage en­tier pour l’hiver. Des se­maines en mer, si in­no­cent et si usé dé­jà, sans au­cun confort, l’émo­tion dans le re­gard fier de ce jeune guer­rier qui vient me mon­trer avec gran­deur le tré­sor qu’il ra­mène : 30 plaques de cho­co­lat,

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