La Screa­ming Hand est un des lo­gos les plus ico­niques des cultures skate et snow­board. Un gra­phiste de San­ta Cruz ra­conte sa ver­sion.

IL Y A DES IMAGES QUI ONT UNE HIS­TOIRE. CELLE QUE NOUS AL­LONS RA­CON­TER ICI EST UNE DES PLUS BELLES ILLUS­TRA­TIONS DE CE QU’IL PEUT SE PAS­SER QUAND L’ART REN­CONTRE LE SPORT ET SON IN­DUS­TRIE. IL Y A PLUS DE 30 ANS, JIM PHILLIPS DES­SINE LE LO­GO DE LA « SCREAM

Snow Surf - - Sommaire -

L’image de la main am­pu­tée vient d’une es­quisse que Jim a réa­li­sée après avoir vu un noyé sur la plage, sa première confron­ta­tion avec la mort, un mort. Plus tard, alors que Jim tra­vaille sur des pro­jets pour la scène skate et rock n’roll ca­li­for­nienne, le des­sin de la main re­vient sur sa table à des­sin. Il s’in­ter­roge sur la puis­sance de la main en tant qu’ou­til, et comme vec­teur d’un mes­sage ar­tis­tique. Il dé­cide de faire hur­ler une bouche à l’in­té­rieur même de la paume. Réa­li­sé en 1985, le des­sin de­vient le lo­go de l’in­té­gra­li­té des col­lec­tions de roues Speed Wheels et est d’abord re­pro­duit sur des au­to­col­lants et des t-shirts. Au fil des an­nées, la screa­ming hand est de­ve­nue l’âme vi­suelle de San­ta Cruz, cette en­tre­prise fa­mi­liale de ska­te­board ins­tal­lée dans la ville du même nom, en Ca­li­for­nie, et dont la re­nom­mée est an­crée dans le ska­te­board des 80’s et le rock n’roll. Car si cette image est de­ve­nue un mo­ment de la culture ska­te­board, c’est grâce à l’ex­po­si­tion que lui a per­mis San­ta Cruz sur les pro­duits de la marque du­rant des dé­cen­nies. Pour fê­ter le tren­tième an­ni­ver­saire du lo­go, la marque a dé­ci­dé d’in­vi­ter tous les ar­tistes, illus­tra­teurs, potes, membres de la fa­mille Phillips à rendre un hom­mage à la screa­ming hand en créant une oeuvre ori­gi­nale ins­pi­rée du lo­go. Au­tant dire qu’avec la re­nom­mée de la marque et son ré­seau de potes ar­tistes (dont les gé­niaux Marc Gon­za­lez, Tho­mas Camp­bell, Na­tas Kau­pas, Mike Giant, Je­re­my Fish, An­dy Jen­kins, ou en­core Steve Ca­bal­le­ro pour n’en ci­ter que quelques-uns) l’ex­po­si­tion est une réus­site et l’hom­mage est grand.

Ah, la Ca­li­for­nie… Que de belles his­toires, la nais­sance du ska­te­board, le surf, les pis­cines vides des an­nées 70… Mais re­ve­nons un peu sur la neige, car la sec­tion snow­board de San­ta Cruz a souf­flé ses trente bou­gies et a dé­ci­dé d’en profiter pour dé­co­rer la nou­velle col­lec­tion snow­board avec les des­sins ori­gi­naux is­sus de l’ex­po­si­tion. Style de ride mis à part (on a eu toute la fa­mille et on en a mis 2 dans ces tests page 82), on a par­ti­cu­liè­re­ment fla­shé sur la Pitch­grim Hand. Ce re­mix de la screa­ming hand est si­gné Co­dy Me­lick, qui est un des illus­tra­teurs/de­si­gners en chef chez San­ta Cruz Ska­te­boards. Il tra­vaille éga­le­ment en in­dé­pen­dant sous le pseu­do­nyme de Pitch­grim ; et comme il est sym­pa, il a ac­cep­té de ré­pondre à quelques-unes de nos ques­tions. SNOWSURF : En de­hors du bu­reau, est-ce que tu dé­ve­loppes un tra­vail ar­tis­tique plus per­son­nel ? Co­dy Me­lick :

Avec une fa­mille en ex­pan­sion (j’ai eu un deuxième en­fant cet été), c’est de plus en plus dif­fi­cile de trou­ver du temps pour tra­vailler sur des pro­jets ar­tis­tiques per­son­nels. Mais je tra­vaille de temps en temps, avec d’autres clients. Quand le pro­jet est in­té­res­sant et quand le ti­ming le per­met. SNOW : Quelles tech­niques uti­lises-tu quand tu créée un nou­veau de­si­gn. Est-ce que ton tra­vail est prin­ci­pa­le­ment di­gi­tal ou est-ce que tu aimes com­men­cer par des­si­ner à la main ? Chaque de­si­gn est dif­fé­rent et mon ap­proche change

donc à chaque fois. Ce­pen­dant, je pré­fère des­si­ner à la main car, pour moi, ce­la me donne le sen­ti­ment d’être plus proche, plus connec­té avec la pièce. Après, tout dé­pend du pro­jet. Si le de­si­gn doit être ul­tra clean, alors je pré­fère tra­vailler prin­ci­pa­le­ment sur or­di­na­teur. SNOW : Tech­ni­que­ment, à quoi res­semble ton tra­vail pour la créa­tion d’un nou­veau gra­phisme ? Une fois que j’ai ar­rê­té le concept, je com­mence par des­si­ner une ébauche brute. À par­tir de là, je tra­vaille une nou­velle es­quisse au crayon, plus dé­taillée, ce­la me per­met de li­mi­ter d’éven­tuels pro­blèmes au mo­ment de la re­prendre à l’encre. J’ai tendance à des­si­ner de façon as­sez large avec une grosse den­si­té de dé­tails. À la der­nière étape d’en­crage, le ren­du fi­nal est gé­né­ra­le­ment plus épais. Une fois l’encre sèche, je scanne le des­sin avant de net­toyer le fi­chier nu­mé­rique. En­suite, je com­mence le tra­vail de cou­leurs sur Pho­to­shop ou Il­lus­tra­tor. Une fois ter­mi­née, je le vec­to­rise et c’est par­ti pour la par­tie fas­ti­dieuse des guides de style, des sé­pa­ra­tions de cou­leurs, etc. SNOW : Peux-tu nous par­ler de tes in­fluences ? Existe-t-il des ar­tistes qui ont eu un im­pact sur toi et sur ton tra­vail ? Une de mes grandes in­fluences est en fait Jim Phillips. C’est une lé­gende et il y a une mul­ti­tude d’ar­tistes qui l’ad­mirent, et je n’ai pas honte de dire que je suis l’un d’entre eux. Quand j’ai été en­ga­gé par San­ta Cruz, je suis res­té sous le choc pen­dant quelque temps en me di­sant que je de­vais mar­cher dans ses traces et m’as­su­rer de res­pec­ter le pas­sé tout en es­sayant de pro­lon­ger la marque et son image dans le fu­tur. En­core au­jourd’hui, de temps en temps, je dois me pin­cer pour réa­li­ser que c’est réel, que c’est vrai­ment mon bou­lot ! Une autre grande in­fluence me vient de ma plus tendre en­fance. J’ai tou­jours

été fas­ci­né par l’ani­ma­tion et par­ti­cu­liè­re­ment par celle des des­sins ani­més de va­rié­té du di­manche ma­tin. Ça a beau­coup contri­bué à ma vo­ca­tion d’ar­tiste et d’illus­tra­teur, j’ai com­men­cé en re­pro­dui­sant mes per­son­nages pré­fé­rés... J’ai d’ailleurs tou­jours cer­tains des des­sins que j’ai réa­li­sés ga­min. C’est une bonne façon de se rap­pe­ler qu’il y a eu de gros pro­grès de fait et qu’il y en au­ra sur­ement au­tant dans le fu­tur. SNOW : Qu’est-ce qui, se­lon toi, crée des connexions entre les sports d’ac­tion — comme le skate et le snow­board — et l’art ? L’art est une façon pour une per­sonne de s’ex­pri­mer et, d’une cer­taine ma­nière, c’est une façon de dire « voi­là, à mes yeux, ce que je pense qui pa­rait beau ». Mon tra­vail de de­si­gner est de créer quelque chose qui va par­ler à quel­qu’un, dont le des­sin va créer une connexion avec un in­di­vi­du. Vous en­ten­dez tout le temps des per­sonnes vous par­ler de leur toute première board, et l’im­pres­sion qu’elle leur a lais­sée et c’est quelque chose de vrai­ment spé­cial. SNOW : Il semble que San­ta Cruz a tou­jours don­né une part im­por­tante à l’art, est-ce une part de cet hé­ri­tage qui fait ton tra­vail ? Jim Phillips et son stu­dio ont un fort style vi­suel qui reste le même jus­qu’à nos jours et c’est clai­re­ment une part très im­por­tante de l’hé­ri­tage de la marque. Sans au­cun doute, cer­tains des gra­phiques les plus ico­niques du ska­te­board viennent de San­ta Cruz et ils sont aus­si forts au­jourd’hui qu’ils l’étaient à l’époque de leur sor­tie. SNOW : Jim a créé le lo­go mon­dia­le­ment connu de la screa­ming hand. Comment as-tu re­çu l’in­vi­ta­tion d’en faire ta propre in­ter­pré­ta­tion ? J’avais créé dif­fé­rentes ver­sions des lo­gos, gra­phismes clas­siques de San­ta Cruz, pour dif­fé­rents pro­duits de la marque et quand il a été temps de s’at­ta­quer à ma pièce pour l’an­ni­ver­saire des 30 ans de la screa­ming hand, je vou­lais vrai­ment en faire quelque chose de spé­cial. Même très jeune, j’ado­rais des­si­ner des per­son­nages et créa­tures donc j’en dé­duis que je n’ai pas for­cé­ment beau­coup gran­di de­puis. Quand j’ai dû trou­ver mon concept pour ma pièce dans l’ex­po­si­tion, j’ai vou­lu faire quelque chose qui n’avait pas été fait au­tour de la main ico­nique. J’ai pris ça comme un chal­lenge. Je tra­vaillais à l’éla­bo­ra­tion d’une nou­velle di­rec­tion ins­pi­rée du des­sin ani­mé Creeps and Ghouls. En fait, j’ai vou­lu des­si­ner une ac­cu­mu­la­tion de per­son­nages ta­rés, pour avoir un ef­fet de fo­lie fu­rieuse.

Pitch­grim Screa­ming Hand by Co­dy Me­lic.

Dé­tails du de­si­gn Cthul­hu pour la board de skate de Ja­son Jes­see.

Dé­tails des de­si­gn de Co­dy.

Co­dy @ work.

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