La Corse, l’autre pays des voyages, avec la première mis­sion split­board sur la Al­ta Strad­da, la tra­ver­sée de l’île par ses plus im­pé­tueux som­mets.

RI­DER EN CORSE, C’EST DÉ­JÀ IN­HA­BI­TUEL. Y FAIRE DU SPLIT­BOARD EN­CORE PLUS, DANS CES PENTES SOU­VENT RAIDES, AVEC UNE MÉ­TÉO CA­PRI­CIEUSE ET UNE NA­TURE TRÈS SAU­VAGE. POUR CE QUI EST DE TRA­VER­SER L’ÎLE DE PART EN PART, C’ÉTAIT UNE PREMIÈRE, QUE L’AIXOIS D’ORI­GI

Snow Surf - - Sommaire -

UNE MON­TAGNE À LA MER La Corse est une im­mense mon­tagne en­tou­rée par la mer, les belles plages l’été ont tendance à faire ou­blier que c’est avant tout une mon­tagne iso­lée avec un ca­rac­tère très ru­gueux et lar­ge­ment ou­vert aux quatre vents. Et avec un vrai hi­ver : il tombe en moyenne près de trois mètres de neige sur l’île entre dé­cembre et fé­vrier. La prin­ci­pale chaîne de l’île s’étend du sud-est au nord-ouest et offre une cen­taine de som­mets su­pé­rieurs à deux mille mètres. La tra­ver­sée se fait tra­di­tion­nel­le­ment du sud vers le nord, du Val d’Ese à As­co. C’est le sens lo­gique, car il per­met de mon­ter en face sud, donc plu­tôt dans de la neige dure avec le re­gel, puis de des­cendre en face nord, plu­tôt dans de la bonne neige. L’idée glo­bale est de suivre l’iti­né­raire du GR 20, mais plu­tôt en pas­sant par les som­mets, brèches et arêtes. L’Al­ta Stra­da, la Haute Route, c’est avant tout une am­biance, la mer n’est jamais très loin. Mais c’est aus­si une aven­ture, loin des raids al­pins avec re­fuges gar­dés voire chauf­fés : ici, c’est l’au­to­no­mie com­plète. Si on veut man­ger le soir, il faut com­men­cer par faire fondre la neige dans la cas­se­role. Les re­fuges ne sont jamais gar­dés en hi­ver, et le té­lé­phone por­table ne passe pas, un vrai sen­ti­ment d’iso­le­ment, sans re­le­vé ni­vo fiable et avec un té­lé­phone sa­tel­lite pour la sé­cu­ri­té. PRÉ­PA­RA­TION AU VOYAGE Ici, les re­fuges ont été pen­sés pour une pra­tique es­ti­vale de la ran­don­née. Pour une tra­ver­sée à ski, leurs em­pla­ce­ments ne sont pas op­ti­maux : l’orien­ta­tion nord, c’est bien en été pour avoir frais, moins en hi­ver quand le vent et les chutes de neige font leur of­fice. Il n’est pas rare de cher­cher le re­fuge un bon mo­ment et/ou de pel­le­ter pour pou­voir en­trer. Ou­til nu­mé­ro 1, donc : une pelle. Le ni­veau de ski (en mon­tée) et de snow­board (en des­cente) doit être à toute épreuve : les pentes ex­cé­dent ra­re­ment les 35° à 40°, mais de nom­breux pas­sages n’au­to­risent pas la chute, et sur les étapes de la par­tie cen­trale il y a pas mal de barres, donc pas le droit à l’er­reur dans la lec­ture du ter­rain. Ou­tils in­dis­pen­sables, outre le split et tout son at­ti­rail (peaux, cou­teaux, bâ­tons) : pio­let, corde, bau­drier. Il n’y a pas de jour­née de re­pos ou d’étape de tran­si­tion vrai­ment fa­cile à né­go­cier, chaque étape offre un ou plu­sieurs pas­sages clés à an­ti­ci­per. D’ailleurs, la plus grande dif­fi­cul­té tient dans l’iti­né­raire : trou­ver son che­min entre cor­niches et pentes sou­te­nues et ex­po­sées de­mande une bonne ex­pé­rience. Tout ce­la est ren­for­cé par des condi­tions mé­téo sou­vent com­pli­quées. Au­tant dire que sans un guide lo­cal c’est vrai­ment chaud. Et puis en cas de mau­vais temps, il ne faut pas at­tendre d’in­ter­ven­tion des se­cours : le ter­rain est trop es­car­pé pour les moyens aé­riens et par voie ter­restre on est vrai­ment loin de tout. Ou­til nu­mé­ro 3 : un bon guide, et tout le ma­té­riel d’orien­ta­tion (cartes, bous­sole, montre / al­ti­mètre...). Le por­tage fait par­tie in­té­grale de l’aven­ture. Au poids du ra­vi­taille­ment, il faut aus­si ajou­ter ce­lui des du­vets (pas de cou­ver­ture dans les re­fuges) et tout le ma­té­riel tech­nique obli­ga­toire pour la tra­ver­sée… En gros tout le ma­té­riel d’al­pi­nisme, qui sert qua­si­ment tous les jours. Ou­til nu­mé­ro 4 : un bon sac à dos.

LES GRANDES ÉTAPES Le dé­part

se fait de Bas­te­li­ca, où se trouve la sta­tion du Val d’Ese. La ma­gni­fique première jour­née se ter­mine au pied du Re­no­so (2 352 m), le som­met em­blé­ma­tique de la Corse du Sud. Mille cinq cents mètres de dé­ni­ve­lé pour se mettre en route, ça part sur de bonnes bases dans une neige par­faite, la des­cente vers le re­fuge donne des ailes et de grands sou­rires.

Le deuxième jour,

di­rec­tion la Pun­ta di l’Oriente, à 2112 mètres d’al­ti­tude. Du som­met, le pa­no­ra­ma est com­plè­te­ment bou­ché, jour blanc avec du vent, bien­ve­nue en Corse... La mé­téo peut être com­pli­quée au mi­lieu de l’île, mais ça passe sans sou­cis. La fo­rêt de Viz­za­vo­na se­ra éga­le­ment bien com­pli­quée avec beau­coup d’arbres et branches cas­sées suite au re­tour d’est qui a pré­cé­dé le trip.

Le troi­sième jour,

l’équipe se di­rige vers le re­fuge de l’On­da dans une mé­téo in­cer­taine qui de­vien­dra fran­che­ment mau­vaise après le pas­sage de la Pun­ta Mu­ra­tel­lu à 2141m. Il fau­dra pas moins de deux heures pour des­cendre au re­fuge à 1450 mètres en na­vi­guant au GPS entre les barres ro­cheuses et en lan­çant ré­gu­liè­re­ment une corde pour re­pé­rer le re­lief. Gros tra­vail du guide qui contrôle par­fai­te­ment la si­tua­tion avec son ex­pé­rience et sa connais­sance du ter­rain. Les jour­nées s’en­chainent avec le même tem­po : on sort du du­vet, on fait fondre la neige, on passe la jour­née dans la mon­tagne, on fait fondre la neige, on sort le du­vet et ain­si de suite. La der­nière par­tie est ex­tra­or­di­naire, très es­car­pée, mais avec des condi­tions ni­vo­lo­giques et mé­téo au top qui sont de pré­cieux atouts dans la pro­gres­sion, même si la fa­tigue des pre­miers jours com­mence à se faire sen­tir. L’équipe s’est étof­fée de Cé­dric Spé­cia (de Mon­tagnes de Corse) et Mar­tial La­croix, guide et an­cien membre du PGHM de Corte qui a ou­vert de nom­breuses voies dans l’île. On suit la crête qui do­mine la val­lée de Res­to­ni­ca, et le par­cours oblige sou­vent à pro­gres­ser en cram­pons. Le pas­sage des lacs de Melo et Ca­pi­tel­lo per­met d’at­teindre la Boc­ca a e Porte (2 225 m) qui est le pas­sage clé d’une étape longue et al­pine. Le par­cours en­chaine via la Pun­ta Ar­ti­ca (2 327 m), bien nom­mée avec son vent gla­cial et sa ma­gni­fique des­cente, puis sans his­toire jus­qu’à As­co. La der­nière dif­fi­cul­té au­ra été l’em­bar­que­ment du sac ABS à Ajac­cio pour le re­tour vers Mar­seille, le contrôle en voit moins sou­vent qu’à Trom­so…

Le re­fuge de Pie­tra Pia­na à 1843m, vrai­ment glac­tial, un fri­go, les orien­ta­tions sont pré­vues pour l’été...

Jean-Marc ar­rive à Boc­ca alle Porte à 2225m en sur­plomb du lac de Ca­pi­tel­lo

Pas­sage au col de Viz­za­vo­na, 1163m : les pan­neaux per­mettent de se re­pé­rer ici et là, car on suit pour beau­coup les che­mins de ran­don­née

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