Le free­ri­deur ska­teur a plus d’un tour dans son sac à tricks.

CHAM­PION DU MONDE DE FREE­RIDE DEUX AN­NÉES DE SUITE, SAM­MY LUEBKE EST UN EN­FANT DE L’ALAS­KA, MÊME S’IL EST PAR­TI VIVRE EN CA­LI­FOR­NIE AVANT L’ADO­LES­CENCE. SKA­TEUR FREE­RI­DEUR, C’EST UN VRAI AMÉ­RI­CAIN, NI VRAI­MENT HIP­PIE NI NON PLUS REDNECK, MAIS UN GARS « NA

Snow Surf - - Sommaire -

Quand j’ap­pelle Sam­my ce jour-là, c’est le ma­tin en Ca­li­for­nie. Il prend son pe­tit dé­jeu­ner avant de par­tir au bou­lot. Un bou­lot ? Quel bou­lot ? Net­toyeur de vitres. Je m’étonne. « Le snow­board, c’est mon job à plein temps, mais j’es­saie de faire ren­trer un peu plus d’ar­gent l’été, pour ma fa­mille. On est cinq snow­boar­deurs, le boss est un ami, on tra­vaille entre potes tout au­tour de Lake Ta­hoe, dans des grosses maisons, c’est plu­tôt sym­pa. » Cette année, il ne part pas dans l’hé­mi­sphère sud, après une grosse saison d’hi­ver où il n’a qua­si­ment pas pas­sé une se­maine com­plète chez lui, il a choi­si de pas­ser l’été avec ses en­fants. « C’est dur de gar­der un bon équi­libre, les en­fants gran­dissent vite, il faut en profiter au maxi­mum. » Ça change des kids de 17 ans ob­sé­dés de grab pour leur triple cork. Ori­gi­naire d’Ari­zo­na, Sam­my a gran­di en Alas­ka. Ses pa­rents avaient dé­mé­na­gé là, at­ti­rés par des bou­lots durs, mais bien payés, dans la pêche et le pé­trole. Alyes­ka, puis Gird­wood quand il a six ans. Il com­mence le snow à cette époque, à la suite de son grand frère, un snow­boar­deur et un peu son hé­ros. Doué, il in­tègre ra­pi­de­ment le cir­cuit des com­pé­ti­tions USA et gagne son pre­mier con­test en half-pipe à 7 ans. « Avec mon frère, on a convain­cu ma mère que le meilleur spot pour vivre c’était Ta­hoe. À l’époque, c’était la Mecque du snow­board et on vou­lait en faire par­tie. » La ma­man est d’ac­cord, la fa­mille dé­mé­nage en 1989, Sam­my a 9 ans. Il conti­nue la com­pé­ti­tion en pipe, en slo­pe­style, et en boar­der cross, de quoi en faire un snow­boar­deur com­plet. Et na­tu­rel­le­ment, il com­mence à avoir des spon­sors, à faire de la vi­déo, des pho­to­shoots. À l’époque, le pipe et le park sont la voie royale dans le snow­board, le free­style est vrai­ment la dis­ci­pline in­dis­pen­sable. Mais à Alyes­ka, là où il a ap­pris le snow, « il n’y avait pas de park et en­core moins de pipe, que du ter­rain na­tu­rel, je pense que ça m’a ai­dé à mettre du free­style dans tout ce que je peux ri­der. C’est pour ça que j’aime tant le free­ride, il n’y a pas de règles, tu peux ri­der ce que tu veux et faire ce qui te plait. » En tant que free­sty­leur hard­core de la scène ca­li­for­nienne, sa tran­si­tion vers le free­ride se fait pro­gres­si­ve­ment et très na­tu­rel­le­ment. Entre 16 et 20 ans, Sam­my se di­rige vers les ki­ckers ba­ck­coun­try, avec ac­cès en mo­to­neige bien sûr (le split­board vien­dra plus tard). Il s’ins­crit quand même à une com­pé­ti­tion de free­ride à Kirk­wood, en Ca­li­for­nie, vers l’âge de 16 ans. « J’ai ga­gné, mais je n’ai pas conti­nué, je n’ai re­pris la com­pé­ti­tion en free­ride que six ans plus tard. » Et c’est une réus­site : pour sa première saison com­plète, il rem­porte le titre glo­bal, ce qui le qua­li­fie pour ren­trer sur le Free­ride World Tour. Cinq sai­sons plus tard, il part cette année pour un troi­sième titre de cham­pion du monde consé­cu­tif. Pour au­tant, Sam­my n’est pas un free­ri­deur à barbe sans autre ho­ri­zon que les grosses faces d’Alas­ka (même s’il avoue que c’est son ter­rain

fa­vo­ri). « J’aime tout dans le snow­board, si les condi­tions sont là, j’adore me faire de belles lignes de ki­ckers. Après, c’est sûr que s’il y a de la pou­dreuse je ne m’ap­proche pas du park. Le free­ride c’est un des meilleurs fee­lings que je connaisse. » Mais il sait aus­si ri­der en banked sla­lom, et comme tout ce qu’il fait il le fait bien : « j’avais 13 ans pour mon pre­mier banked, c’était à Mount Ba­ker, » tout sim­ple­ment ! Sam­my gagne dans sa ca­té­go­rie, ce qui lui rap­porte quelques spon­sors, dont Lib Tech pour les boards. Mais au-de­là de ça, l’am­biance et la ca­ma­ra­de­rie le sé­duisent. Et le mix de com­pé­tences tech­niques que de­mande la dis­ci­pline. Quand on lui parle du FWT et de l’am­biance qui y règne, il sou­rit : « Le FWT peut être dur et stres­sant, il y a des ri­deurs qui le prennent très au sé­rieux. Pour ma part, je suis là pour ga­gner, mais je suis content si un gars fait une belle ligne, je pré­fère me faire battre par un run meilleur que le mien que ga­gner parce qu’un gars est tom­bé. » Et de son ex­pé­rience, la plu­part des ri­deurs du tour sont comme ça, même si cer­tains sont très com­pé­ti­teurs. « Il y a une vraie ca­ma­ra­de­rie, quand tu passes toute une saison avec les mêmes per­sonnes, ça change tout. » Et puis comme il dit, l’am­biance était bien moins bonne sur les cir­cuits de half­pipe et de slo­pe­style. Un pas­sé qu’il ne re­grette pas, mais qu’il ne glo­ri­fie pas non plus. « Pour moi le free­ride c’est le top, car cha­cun peut ri­der de 1000 fa­çons dif­fé­rentes. Le pipe et le slope sont très dif­fé­rents, il n’y a qua­si­ment plus de créa­ti­vi­té. Les gars savent ce qu’il faut faire pour ga­gner, et tra­vaillent pour y ar­ri­ver. » Bien sûr, il y a en­core des choses à faire en free­style, Sam­my y voit des kids ta­len­tueux, mais pour lui on ap­prend trop les tricks avant d’ap­prendre à faire du snow­board. Et comme beau­coup d’an­ciens qui ont le temps d’y ré­flé­chir, il ai­me­rait voir de nou­veaux mo­dules, pas juste les trois rails et tables des par­cours olym­piques. Et pour ce qui est du style, lui qui sait gar­der la tête haute et le buste fier dans les si­tua­tions les plus hé­ris­santes ? « C’est très sub­jec­tif, tout le monde a le sien, et c’est vrai­ment l’es­sen­tiel de la beau­té du snow­board. Il y en a qui sont des gros char­geurs, d’autres qui sont hy­per fluides… Je pour­rais te par­ler de MFM, qui se­lon moi a le meilleur style, mais on pour­rait aus­si en trou­ver 10 000 qui ont ce­ci ou ce­la de mieux. » C’est sûr que c’est dur d’ex­pli­quer à quel­qu’un qui ne connait pas le snow­board ce que c’est qu’un beau Me­thod. « Le fee­ling que tu as quand tu vois un gars qui fait un beau trick sty­lé est dur à ex­pli­quer. » Au­jourd’hui, même si le ta­bleau des scores du FWT le pro­clame comme meilleur free­ri­deur du monde, Sam­my a du mal à s’iden­ti­fier comme tel. Ce qui l’in­té­resse, c’est avant tout d’être un bon ca­ma­rade de ride. « Je connais un tas de su­per snow­boar­deurs qui ne font pas de con­test, et cer­tains qui ne sont même pas spon­so­ri­sés. » Ce qui est sûr, c’est qu’il a confiance en ses ca­pa­ci­tés. « Je peux mettre une ligne ga­gnante dans n’im­porte quelles condi­tions. Si j’ai confiance en moi, si je reste concen­tré, je sais que je peux le faire. »

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