Édi­to

So Film - - ~ L’ouvreuse~ -

6 OC­TOBRE 1927, théâtre War­ner Bros. de New York. Les spec­ta­teurs at­tendent sa­ge­ment le dé­but d’un film « avec des chan­sons ». Les ac­teurs ouvrent leurs bouches et, mi­racle, le son de leurs voix se ré­pand dans la salle. Le nom du film, c’est Le Chan­teur de Jazz. Avec ce « mu­si­cal », le ci­né­ma par­lé dé­boule dans l’his­toire. Ce même soir d’oc­tobre, un bat­teur amé­ri­cain se trouve à Paris, en tour­née avec sa for­ma­tion des Red De­vils. On l’ap­pelle Doo­ley. Aux États-Unis, grâce à sa per­for­mance en mode whi­te­face (des ar­tistes noirs qui se ma­quillent le vi­sage en blanc), sa ré­pu­ta­tion est ex­cel­lente et il com­mence à faire des ap­pa­ri­tions au ci­né­ma. En 1942, Mi­chael Cur­tiz le re­crute pour son film Ca­sa­blan­ca. De­vant un pia­no, le bon Doo­ley se met à chan­ter As Time Goes By à Hum­phrey Bo­gart. À 56 ans, et après une vie pas­sée dans les clubs du monde en­tier, Ar­thur « Doo­ley » Wil­son de­vient une idole. Une idole à qui l’on au­ra sou­vent de­man­dé « play it again, Sam » . Une chan­son, un film, un mythe. Quand on ra­joute la mu­sique au me­nu d’un chef-d’oeuvre hol­ly­woo­dien, la lé­gende n’est ja­mais très loin. D’ailleurs, quand le rock est ar­ri­vé dans le pay­sage, cette longue his­toire d’amour s’est mise à mu­ter en quelque chose de fran­che­ment bar­ré. Hol­ly­wood com­mence alors à évo­luer au rythme des tour­nées de Bob Dy­lan, qui fait une pause pour jouer avec Pe­ckin­pah. Go­dard filme les Stones, Scor­sese filme Neil Young… puis Neil Young di­rige, à son tour, Human High­way, un film dé­li­rant, sous pseu­do. Den­nis Hop­per, ses cou­teaux et ses mon­tées acides, sont dans le coin. Le ma­riage mu­sique et ci­né­ma a aus­si en­gen­dré des his­toires moins connues : celle du jazz­man free Sun Ra se payant un trip in­ter­ga­lac­tique et po­li­tique dans l’éton­nant Space is the Place, celle de l’an­cien du Club Med, Richard San­der­son, de­ve­nu l’in­ter­prète du slow de La Boum. Celle de Jim Jar­musch, ci­néaste rock avec de beaux che­veux, celle de la co­mé­die pop des Spice Girls, celle du vrai faux bio­pic de Boo­ba… Sans la mu­sique, cer­taines des plus folles pages de l’his­toire du ci­né­ma n’au­raient peut-être ja­mais été écrites. Il fal­lait plus de cent pages d’été pour les ra­con­ter. « Play it again, Sam. »

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