La grande aven­ture Oui Oui

So Film - - ~ L’ouvreuse~ - Pro­pos re­cueillis par Ra­phaël Clai­re­fond

Cet été sort Microbe & Ga­soil, le nou­veau film de Michel Gon­dry sur deux ados « on the road » . Plus jeune, le ci­néaste pré­fé­rait, lui, ta­per sur des grosses caisses dans un groupe de pop dé­ca­lé. Son nom ? Oui Oui. Avec le lea­der Étienne Char­ry, ils se sou­viennent de leur état d’es­prit an­ti- rock et de lives en bord de mer. Il y avait pas mal d’hu­mour dans vos pa­roles et votre style à l’époque. Quelle était l’am­bi­tion du groupe ? Étienne Char­ry : En termes de for­ma­tion, on était com­plè­te­ment dans le sché­ma du rock : basse-bat­te­rie-gui­ta­re­chant-cla­vier. Mais on vou­lait pas jouer le jeu sans mon­trer qu’on n’était pas dupes : on ne si­mu­lait pas l’état de transe du mec qui s’éclate à faire de la mu­sique, qui joue la co­mé­die de la « grande com­mu­nion ». Michel Gon­dry : Toute l’ima­ge­rie liée au rock nous fa­ti­guait. Nous, on es­sayait d’avoir un peu de te­nue, c’était notre fa­çon d’être dif­fé­rents. On était « an­ti-co­ol », en jouant de la mu­sique pas trop pré­ten­tieuse avec des per­for­mances pas trop pré­ten­tieuses. Bon, j’es­pé­rais quand même ré­col­ter quelques filles, mais quand on est bat­teur, le temps de plier sa bat­te­rie, toutes les filles sont prises. Après, il res­tait l’al­cool pour es­sayer d’être plus cou­ra­geux mais non, j’étais nul. Ça m’a ja­mais ser­vi à ça.

Vous avez fait une « tour­née des plages » avec Dave, Gilbert Mon­ta­gné et Zouk Ma­chine. Com­ment un groupe comme vous se re­trouve dans un plan comme ce­lui- là ? MG : Oh, je sais plus, c’était les pla­teaux d’été Ri­card, je crois. On ne com­pre­nait pas com­ment on avait at­ter­ri là… EC : Ce­la fai­sait par­tie de la pro­mo pour le deuxième al­bum. Un gros bar­num qui se dé­place de ville en ville et où tout le monde se sen­tait un peu en va­cances. Les tech­ni­ciens étaient à moi­tié bour­rés dès le dé­but de l’après-mi­di. Tout était en play­back. Un jour, il de­vait y avoir 2 000 per­sonnes, au mo­ment de mon­ter sur scène, je vois que mon mi­cro était 20 cm trop bas et ils en­voient la bande avec la voix… Alors, on s’est pas pri­vés de faire les idiots. J’ai lan­cé le mi­cro pour lui faire faire des sauts pé­rilleux mais j’ai pas pu le rat­tra­per… On en a fi­chu au moins quatre par terre et le pu­blic a va­che­ment ré­agi. MG : C’est tout juste si on s’est pas fait cas­ser la gueule par l’in­gé son… EC : Ça ne pas­sait pas du tout de­vant un pu­blic de « mon­sieur Tout-le-monde », mais c’était hy­per-drôle. On a tra­ver­sé le pu­blic en re­par­tant et on s’est en­core fait huer, c’était sym­pa­thique.

Et vous avez cô­toyé les autres ar­tistes de l’af­fiche ? EC : À peine. Le concert était sur un ter­rain de foot mu­ni­ci­pal. Il y avait des ves­tiaires qui ser­vaient de loge à Gilbert Mon­ta­gné. Nous, on était de­hors, on avait dû jouer au foot. Et là, hal­lu­ci­na­tion : Gilbert Mon­ta­gné tout seul, dans ce ves­tiaire car­re­lé avec sa voix qui se ré­ver­bé­rait au té­lé­phone… C’était une image as­sez frap­pante. Dave, lui, avait une ca­ra­vane et il n’en sor­tait pas. On en­ten­dait des his­toires de jeunes filles qui pas­saient dans l’après­mi­di, comme quoi il s’écla­tait… On avait l’im­pres­sion que tout le monde pre­nait des trucs dans tous les sens…

Et Zouk Ma­chine ? EC : Ils étaient très sym­pa, très pro. Quand on est sor­tis sur le cô­té de la scène, ils nous avaient dit : « Ouais, su­per, c’était bien ! » , ce qui était in­at­ten­du étant don­né qu’on avait tout cas­sé et qu’on s’était fait sif­fler… MG : Ça me rap­pelle qu’on avait fait un autre play­back ra­té dans le genre. Étienne avait ou­blié sa gui­tare, du coup Ni­co­las lui avait pas­sé sa basse et lui, il jouait sur sa mal­lette ca­mou­flée par la fu­mée. On peut le trou­ver sur YouTube. On ne nous voyait qua­si­ment plus à la fin.

Vous en fai­siez beau­coup de la pro­mo de ce genre ? EC : Oui, mais on es­sayait de pas le faire comme des fonc­tion­naires. Quand on s’est poin­tés à la ra­dio chez Na­gui sur RTL, par exemple, on était en pull Shet­land avec des gui­tares folk pour­ries. Au mi­lieu d’un mor­ceau, on a fra­cas­sé les trois gui­tares. MG : On avait joué un peu aux Who, en se don­nant à fond comme si c’était fil­mé. Je me sou­viens, Étienne m’avait dit : « Il a l’air sym­pa mais mé­fie-toi quand même, c’est Na­gui ! » En ma­tière de des­truc­tion, moi, je suis pas pré­cau­tion­neux, mais ma han­tise, comme je ta­pais fort, c’était la grosse caisse qui re­cule pe­tit à pe­tit. Je fai­sais des cau­che­mars où ma grosse caisse se re­trou­vait à 5 mètres et j’éten­dais mon pied pour l’at­tra­per… Et d’autres où j’ar­ri­vais pas à jouer : les cym­bales qui

“La vé­ri­té, c’est qu’on n’a ja­mais fait de tour­nées de plus d’une date. C’était pas une tour­née, c’était un al­ler-retour !” Michel Gon­dry

tombent, la ba­guette qui saute…

Vous avez beau­coup tour­né ? MG : La vé­ri­té, c’est qu’on a ja­mais fait de tour­nées de plus d’une date. C’était pas une tour­née, c’était un al­ler-retour ! À l’époque, j’étais dans une re­la­tion un peu stricte, donc dès que je met­tais un pied dans la ca­mion­nette, je me lâ­chais. On fai­sait des concours de ce­lui qui di­sait la plus grosse hor­reur, et gé­né­ra­le­ment c’est moi qui ga­gnais avec des ex­pres­sions dé­pla­cées ou sexuelles. Je me sou­viens no­tam­ment d’un concert dans les Py­ré­nées, on avait voya­gé en ca­mion­nette de­puis Paris, dans la jour­née, pour un concert. Tout le monde était bour­ré dans la salle. Un mec plus bour­ré que les autres avait pris le mi­cro d’Étienne et avait chan­té une chan­son des Rol­ling Stones par-des­sus notre mu­sique. C’était le sum­mum de la dé­ca­dence pour nous.

Par­lez- nous de votre mise- en- scène fa­çon « flip­per » . EC : Pour la der­nière tour­née, on avait fa­bri­qué un sys­tème d’en­seignes mi-flip­per, mi-ma­nège de foire, et qui met­tait l’ac­cent sur des choses très cli­chées. Par exemple, quand il y avait un so­lo de gui­tare, on al­lu­mait le pan­neau « So­lo », quand on s’ar­rê­tait de jouer, c’était « Stop », quand un mor­ceau chauf­fait un peu plus, on ac­ti­vait le « Tur­bo », etc. MG : On se mo­quait un peu de nous­mêmes, il y avait aus­si les por­traits illu­mi­nés de chaque membre en grand, comme si on était des dieux ou des hommes po­li­tiques. Si­non, pen­dant une soi­rée ou deux, on était dé­gui­sés en Frères Jacques, pas du tout rock. Il fal­lait mettre des col­lants, c’était un peu les boules… C’est le cas de le dire.

Pas de fea­tu­rings pres­ti­gieux dans votre car­rière ? MG : Pas vrai­ment, par contre au dé­but de Be Kind Re­wind, il y a Boo­ker T. & the M.G.’s qui joue et comme le bat­teur ini­tial, Al Jack­son, s’est fait des­cendre en 1975, c’est moi qui joue à la bat­te­rie. Et Paul McCart­ney a joué de la basse sur quatre ou cinq mor­ceaux de la mu­sique en­re­gis­trée par Étienne pour L’Écume des jours. Il y avait des me­sures com­plè­te­ment im­pro­bables et McCart­ney pei­nait à trou­ver les notes. Quand j’ai fait un clip pour lui, on a un peu joué en­semble et quand je le croi­sais dans les cou­loirs du stu­dio, il me chan­tait « Michel, ma belle... » . C’est mieux qu’un au­to­graphe.

À gauche, Étienne Char­ry, le jeune Michel Gon­dry der­rière à droite.

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