Orel­san en der­nière séance

So Film - - ~ L’ouvreuse~ - Par Ni­co Prat

Il le dit lui- même, “tout le monde ne peut pas être Da­vid Fin­cher”. Mais Orel­san s’en moque, il sou­hai­tait juste écrire et réa­li­ser sa co­mé­die, Com­ment c’est loin, avec son pote Gringe des Cas­seurs Flow­ters. Tout ça en gar­dant pro­fil bas. Re­por­tage.

FIN AVRIL. La nuit caen­naise. Deux potes ar­pentent l’al­lée cen­trale d’un centre com­mer­cial dé­sert, croisent une fa­mille pous­sant un cad­die vide. Plus loin, quatre las­cars de­visent dans un self ser­vice presque dé­sert. Sous une table se cache une grande blonde, mur­mu­rant des ins­truc­tions. Puis, une ser­veuse s’em­pare d’un pla­teau, tra­verse la salle sans dire un mot, re­gar­dant droit de­vant elle, avant de se fi­ger dans un coin. Cette danse se ré­pète une pe­tite di­zaine de fois. À 23 h pas­sées de sept minutes, clap de fin. Le tout pre­mier film d’Orel­san ac­teur, scé­na­riste et réa­li­sa­teur, est dans la boîte. Quelques heures plus tôt, chez Ra­dio Phénix, la sta­tion lo­cale, les ani­ma­teurs Guillaume et Adrien ac­cueillent une qua­ran­taine de per­sonnes en stu­dio : « Les dé­co­ra­teurs vou­laient don­ner un es­prit as­sez an­nées 1990, avec des graffs, des sti­ckers, une ca­bine à l’an­cienne. Et de­puis le dé­but de l’après-mi­di, on peine presque à ren­trer dans notre bu­reau. Mais c’est amu­sant. » Sous la di­rec­tion de Ch­ris­tophe Of­fen­stein (réa­li­sa­teur d’En so­li­taire, avec Fran­çois Clu­zet), tout ce pe­tit monde s’af­faire sur une scène dans la­quelle Orel­san et son com­plice Gringe im­posent leur flow à l’an­tenne, entre deux ques­tions mal­adroites d’un ani­ma­teur. « Ce film, c’est l’his­toire de deux mecs qui se sont le­vés tôt pour jouer des lève-tard. » La vanne com­plexe est si­gnée Gringe. Com­ment c’est loin, le pre­mier film d’Orel­san, ra­conte sur­tout l’his­toire de deux mu­si­ciens qui se ré­veillent un ma­tin, à 30 ans, sans avoir fi­na­li­sé une seule chan­son. Mais at­ten­tion, si le duo et leurs potes sont à l’écran, et que le bud­get de 1,8 mil­lions est tout sauf ri­di­cule, il ne s’agit pas d’un bio­pic. D’ailleurs, Gringe pré­fère désa­mor­cer tout pro­cès en op­por­tu­nisme pour par­ler du film de son pote caen­nais : « Je sais que beau­coup de gens disent qu’on fait ce film parce qu’on a le pou­voir de le faire. Comme si un chan­teur ne pou­vait pas al­ler vers le ci­né­ma, et in­ver­se­ment. Si tu as la vo­lon­té et les moyens, que tu ne voles per­sonne, je ne vois pas le sou­ci. »

« On par­lait d’en faire une co­mé­die mu­si­cale… » Alors pour ne pas tendre au monde du ci­né­ma les car­touches pour se faire ti­rer des­sus, Orel­san a pré­fé­ré la jouer pro­fil bas. Tour­nage à Caen. Cas­ting fai­sant la part belle à l’en­tou­rage du chan­teur. À un mo­ment, il a bien été pré­vu de se payer un kif et d’of­frir un rôle à Michel Blanc. Mais là en­core, l’ini­tia­tive a été tuée dans l’oeuf, pour une rai­son que mar­tèle le maître d’oeuvre de sa voix traî­nante : « On vou­lait un film sans per­sonne connue ! » Orel­san : « Il y a deux ans, avec mon frère, on avait écrit une série sur la vie de Gringe, enfin le pi­lote en tout cas, un truc à la Curb Your Ethu­siasm ( Lar­ry et son nom­bril). Nos pre­miers clips, on les fai­sait nous­mêmes. Je com­mence à sa­voir com­ment ça fonc­tionne, en tout cas du point de vue tech­nique. Un jour, notre tour­neur nous dit qu’il ai­me­rait voir cette aven­ture sur grand écran. On par­lait d’en faire une co­mé­die mu­si­cale au dé­but, une créa­tion unique. De jan­vier à mars 2014, je n’ai fait que ce­la, j’écri­vais le scé­na­rio. Étape par étape, scène après scène. » Comme le vendent avec le sens de la for­mule les pro­duc­teurs de Com­ment c’est loin, le long mé­trage a quand même un ca­hier des charges : li­vrer une sorte de Marche à l’ombre mo­derne, avec des per­son­nages « qui font ce qu’ils peuvent » . À l’évi­dence, ceux qui connaissent son hip-hop au­raient plu­tôt ima­gi­né le Orel­san ver­sion ci­né­ma fou­ler les mêmes plates-bandes qu’Emi­nem dans son presque bio­pic 8 Mile. Orel­san hausse les épaules : « De toute fa­çon, le ci­né­ma, j’au­rais dé­jà pu en faire. J’ai failli jouer dans Peur de rien, de Da­nielle Ar­bid, avec Vincent La­coste. Mais au fi­nal, j’ouvre juste une porte dans le film. » Pro­pos re­cueillis par NP

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