BOU­LI LAN­NERS “Être bour­ré sur scène, c’est pas l’idéal”

So Film - - ~ L’ouvreuse~ - Pro­pos re­cueillis par Ra­phaël Clai­re­fond

Grand pote de la paire De­lé­pine/ Ker­vern, mais aus­si réa­li­sa­teur ( il bosse sur son qua­trième long mé­trage), Bou­li Lan­ners est cet été à l’af­fiche de Je suis mort mais j’ai des amis, où il joue le bas­siste d’un groupe de rock belge confron­té à la mort de son lea­der. Ar­no, les Pogues et les groupes fla­mands… Bou­li étale une belle culture de la bière, du riff et de la sueur.

Votre pre­mier sou­ve­nir de concert mar­quant ?

Les Pogues, à la sor­tie du pre­mier al­bum. Je ne connais­sais pas cette es­pèce de punk-folk. J’étais al­lé les voir en Hol­lande et Shane MacGo­wan était tel­le­ment bour­ré qu’il a chan­té deux mor­ceaux avant de tom­ber. Et le groupe a conti­nué comme ce­la, dans une hys­té­rie col­lec­tive. J’étais jeune, j’avais 17 ans, je me suis dit : « Waow ! » Je suis ar­ri­vé juste après le punk, comme j’ha­bi­tais à la campagne, cette vague m’était pas­sée au-des­sus. Chez moi, tout le monde écou­tait en­core Yes ou Led Zep’, ils étaient vrai­ment dans les che­veux longs. Donc, quand je suis ar­ri­vé en ville, ça a été le choc.

Vous avez sui­vi des tour­nées ?

Oui, je sui­vais les Scal­pers, le groupe qui a com­po­sé et ar­ran­gé les mor­ceaux qu’on en­tend dans le film, du rock ga­rage un peu dans la veine des Dogs, des Milk­shakes… Toute cette scène qui fai­sait ré­fé­rence aux So­nics. On es­sayait de faire les cons au maxi­mum et de re­gar­der un peu les concerts. C’était la sur­en­chère pour faire la plus grosse conne­rie pos­sible. Ils mon­taient à poil sur des barres au-des­sus de la scène pour pous­ser une crotte et que ça tombe sur la console. Et ça les fai­sait mar­rer de se faire cour­ser, après, par les mecs de la sé­cu. Sou­vent, ils ter­mi­naient à poil, à mon­trer leur bite. Très ba­sique.

Vous avez dé­jà vou­lu être mu­si­cien ?

Oui, ce­la fait trente ans que je m’en-

traîne à la gui­tare de­vant mon mi­roir. Mais je ne suis pas bon, c’est une grande frus­tra­tion. Même si j’ai fait des concerts où je chan­tais dans un groupe en duo qui s’ap­pe­lait Hu­ta­tut Nouk Nouk. C’est de là que vient la re­prise de Sun­ny que je chante dans Aal­tra. C’était to­ta­le­ment gra­tuit, au­cune vo­lon­té de faire car­rière. Juste le plai­sir de mon­ter sur scène, ce­la fai­sait rire les gens et j’ai­mais bien ça.

Qui in­carne le rock belge pour vous ? Ar­no ?

Oui, avec son pre­mier groupe les TC Ma­tic. C’était un des rares groupes belges, même s’il y a eu une pe­tite scène punk avec Fixa­tor, Acé­ty­lène, Est Ouest, dans les an­nées 1976-1977. C’est cette scène que j’ai ra­tée à l’époque mais que j’ai rat­tra­pée après. Et puis il y a eu tout le post-punk, plein de pe­tits groupes. Main­te­nant le rock belge s’ex­porte, il est pro­fes­sion­nel. C’est comme pour le ci­né­ma : à l’époque, c’était un peu le Far West. Là, la scène ex­plose, elle est af­fir­mée et n’a plus peur d’être consi­dé­rée comme la sous-scène fran­çaise. Il y a aus­si une scène pop et du rap avec les Star­flam, les Pu­ta Madre à Bruxelles qui étaient très proches d’As­sas­sin et NTM… Et puis, dans les an­nées 1980, il y a eu la new beat, qui était à la base de la tech­no et de la house. Une scène que je ne fré­quen­tais pas, mais c’était un truc de dingue dont on re­com­mence à par­ler main­te­nant.

Ar­no, vous l’avez beau­coup cô­toyé ?

J’ai sui­vi toute sa car­rière. Sa mu­sique et le per­son­nage font par­tie de toute ma vie. Quand je l’ai ren­con­tré, il était bour­ré, mais il est très drôle, même quand il est bour­ré. J’aime son re­cul et com­ment il ar­rive à dé­sta­bi­li­ser un jour­na­liste en res­tant très gen­til, en di­sant des choses simples. Il est ve­nu chan­ter à Liège l’autre fois et le jour­na­liste a es­sayé de mettre en exergue le fait que c’était im­por­tant qu’un chan­teur fla­mand vienne en Wal­lo­nie… Il re­met­tait ça dans un contexte po­li­tique, dont on n’avait rien à foutre. C’était ma­gni­fique, qui d’autre au­rait pu ré­pondre ce qu’il a ré­pon­du ? « Toi, tu fais pi­pi par ta bite et tu fais caca par ton cul, et moi en Flandres, je fais pi­pi par ma bite et caca par mon cul, on est les mêmes. » Le mec sa­vait plus quoi dire, ça a tué le dis­cours po­li­tique d’une ma­nière que peu de gens ose­raient se per­mettre. Pour ce­la, il a la classe.

Qu’est- ce qui peut être le plus rock chez un chan­teur ?

Le plus im­por­tant, c’est l’at­ti­tude. Le com­por­te­ment en fonc­tion des si­tua­tions qui se pré­sentent à toi. Tu peux pas l’ex­pli­quer, c’est au cas par cas. La fa­çon de sor­tir de la ba­gnole avec la­quelle tu

“Chez moi, tout le monde écou­tait en­core Yes ou Led Zep’, ils étaient vrai­ment dans les che­veux longs.”

dé­barques, ça peut être rock. Il se passe un truc et tu te dis : « Pu­tain, ça c’est rock. » Quand Ar­no ré­pond à ce genre de ques­tions, c’est rock aus­si.

Et si­non, quel est l’ac­ces­soire dé­ci­sif pour une rock star ?

Le truc qui fe­ra que ses che­veux sont gras : entre de la bière et de la va­se­line.

Le charme d’un bon concert de rock, ça reste la bière, de toute fa­çon, non ?

Moi, j’en bois pra­ti­que­ment plus, mais il en faut un mi­ni­mum, ouais. Les concerts où les gens sont pas bour­rés, as­sis dans des fau­teuils, quand tu les com­pares aux concerts où les gens sont un peu bour­rés, de­bout de­vant la scène… Sur scène, les Pogues, c’était ri­go­lo parce que c’était punk, mais si tu fais ça à chaque fois, t’es pas pré­cis, ça fait re­tom­ber la sauce et tu perds ton pu­blic. Être bour­ré sur scène, c’est pas l’idéal. T’as pas be­soin de toute fa­çon, t’as l’adré­na­line qui monte. Dans le pu­blic, en gé­né­ral, nous on res­tait à la pisse, à la Ju­pi­ler, parce que si tu com­mences à la bière forte, tu tiens pas le coup. Il faut mon­ter pe­tit à pe­tit, si tu bois trop et que tu ar­rêtes, tu piques du nez. Et puis, quand tu bois plein de bière, il faut al­ler pis­ser, et quand les chiottes sont à l’autre bout de la salle avec 300 mecs hy­per-ser­rés, que tu dois tra­ver­ser tout ça, c’est chiant. Donc, il faut y al­ler mol­lo. Ce sont des dé­tails très tech­niques, mais au moins que ça serve…

Bou­li Lan­ners se met à table

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