Ac­cords et désac­cords : l’his­toire secrète des BO re­fu­sées

So Film - - ~ L’ouvreuse~ - Par Paul Lu­cas

À cause de ren­dez- vous man­qués, de fa­vo­ri­tisme, de fâ­che­ries, ou tout sim­ple­ment d’ego, nom­breux sont les grands mu­si­ciens de ci­né­ma à avoir ra­té le coche d’une BO après se l’être vu pro­po­ser. Pe­tite re­vue non ex­haus­tive.

QUAND L’AMI­TIÉ ENTRE BER­NARD HERR­MANN ET AL­FRED HIT­CH­COCK A EX­PLO­SÉ EN VOL

Il s’agit peut- être de l’une des pires ses­sions d’en­re­gis­tre­ment entre un mu­si­cien et son réa­li­sa­teur. En mars 1966, le plus cé­lèbre crâne de Hol­ly­wood se pointe par sur­prise aux stu­dios Goldwyn de Los An­geles. Suite au bide de Pas de prin­temps pour Mar­nie, Al­fred Hit­ch­cock est mis sous pres­sion par les pro­duc­teurs d’Uni­ver­sal. Ils veulent no­tam­ment mo­der­ni­ser la mu­sique, ju­gée trop tra­di­tion­nelle, de son com­po­si­teur fé­tiche Ber­nard Herr­mann – de­puis les suc­cès d’Hen­ry Man­ci­ni avec James Bond, les stu­dios ont la lu­bie des thèmes qui s’achètent en 45 tours pour faire buz­zer les films. Loin de cé­der à cette dic­ta­ture su­bite de la mé­lo­die, l’iras­cible chef d’or­chestre à lu­nettes com­pose une par­ti­tion pour or­chestre sans corde, qu’il booste même avec cors et flûtes. Bye bye la chan­son à suc­cès des six­ties. Le ci­néaste éclate en pleine ses­sion : « What is it ? This is not what I want ! » Di­plo­mate, Her­mann ré­torque : « De toute fa­çon, il faut payer l’or­chestre, lais­sez-moi fi­nir, et dé­ci­dez. » « Non » , ren­ché­rit en pu­blic le réa­li­sa­teur qui, fait ra­ris­sime, an­nule la ses­sion. Herr­mann est dé­pi­té : « Hitch, je ne vois pas l’uti­li­té de tra­vailler en­core avec vous… J’avais dé­jà toute une car­rière der­rière moi et j’en ai une autre de­vant. » Le Ri­deau dé­chi­ré, qui porte bien son nom, se vautre, et les deux amis ne se re­par­le­ront plus ja­mais.

Ber­nard Her­mann, dé­chi­ré.

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