TAKE A WALK ON THE WILD SIDE

So Film - - ~ Dossier~ - Par An­tho­ny Man­suy

Le point com­mun entre un do­cu­men­taire sur un sin­ger song­wri­ter at­teint de ma­nia­co­dé­pres­sion, un autre sur un duo de hard rock dans la lose ou une vi­rée à blinde dans le cer­veau ma­lade du lea­der du Brian Jo­nes­town Mas­sacre ? Ré­ponse : des ci­néastes qui ra­content com­ment ils ont réus­si à domp­ter, de­vant leur ca­mé­ra, ceux qui font le rock, ces bêtes sau­vages. Pas une mince af­faire.

1. CONSEILS POUR DÉ­BUS­QUER LA BÊTE

ADAM BHALA LOUGH ( réa­li­sa­teur de The Car­ter, 2009, do­cu­men­taire sur Lil Wayne fil­mé au mo­ment où le rap­peur s’ap­prê­tait à de­ve­nir une superstar) : Si tu n’éta­blis pas une re­la­tion de confiance très vite, tu te fais dé­ga­ger. Com­ment y par­ve­nir ? Il faut être dis­cret, mo­deste, ne pas im­po­ser sa propre vi­sion à l’ar­tiste. Le fait d’être in­tro­duit par Quin­cy Jones, qui avait no­tam­ment pro­duit le do­cu­men­taire Thug An­gel, sur Tu­pac, m’a aus­si ai­dé, for­cé­ment. Je me fai­sais le plus pe­tit pos­sible et j’ob­ser­vais, avec ma ca­mé­ra, tout le cirque qui en­tou­rait Lil Wayne.

GRANT GEE ( réa­li­sa­teur de Mee­ting People Is Ea­sy, 1998, où l’on suit Ra­dio­head en pleine ex­plo­sion de po­pu­la­ri­té) : À la base, j’étais cen­sé do­cu­men­ter les pre­miers jours de leur tour­née. Les membres de Ra­dio­head ai­maient bien cer­tains de mes pro­jets pas­sés, alors ils ont de­man­dé à leur la­bel de m’en­ga­ger. Très vite, je me suis ren­du compte qu’il se pas­sait un truc, alors j’ai pous­sé et en­core pous­sé pour pou­voir pas­ser un maxi­mum de temps avec eux.

ONDI TIMONER ( réa­li­sa­trice de Dig!, 2004, qui re­vient sept an­nées du­rant sur l’as­cen­sion pa­ral­lèle des Dan­dy Wa­rhols et du Brian Jo­nes­town Mas­sacre) : Je n’ai pas eu be­soin de convaincre An­ton New­combe, le lea­der du Brian Jo­nes­town Mas­sacre. Il in­sis­tait même pour que je le filme. Pour le meilleur ou pour le pire. D’un cô­té, ce mec est un vé­ri­table sa­lo­pard : il ta­basse un membre de son pu­blic, il vire des mu­si­ciens sans rai­son, il se com­porte en ty­ran. Mais de l’autre, c’est un mu­si­cien in­croya­ble­ment pro­li­fique et au­teur d’un pa­quet d’al­bums gé­niaux. Se­lon lui, il était sur le point d’ac­com­plir quelque chose d’ex­tra­or­di­naire et il vou­lait quel­qu’un pour cap­ter ça.

JEFF FEUERZEIG ( réa­li­sa­teur de The De­vil And Da­niel Johns­ton, 2005, sur ce der­nier, au­teur com­po­si­teur in­ter­prète culte, idole de Kurt Co­bain et vic­time d’une ma­la­die men­tale qui a long­temps frei­né sa car­rière) : Pour ra­con­ter une telle his­toire et convaincre la fa­mille de Da­niel Johns­ton, un homme bri­sé par la vie, il faut ar­ri­ver avec des in­ten­tions pures et s’ar­mer de pa­tience. C’est quand même l’his­toire d’un homme qui, l’es­pace d’une vie, s’est pris pour le fan­tôme Cas­per, a vé­cu avec une troupe de car­na­val pen­dant plu­sieurs se­maines, a pro­vo­qué un ac­ci­dent d’avion, y a sur­vé­cu et a écrit la plus belle chan­son de l’his­toire : True Love Will Find You In The End.

GRANT GEE : Il faut se mettre dans une po­si­tion qui te per­met de res­sen­tir au plus près ce que tes su­jets res­sentent. Dans le cas de Ra­dio­head, je n’ai rien mis en scène, le mon­tage est chro­no­lo­gique. On sent bien qu’ils pètent un câble, que don­ner plu­sieurs in­ter­views par jour et su­bir tout le bull­shit im­po­sé par leur mai­son de disques était plus un poids qu’autre chose. À la fin du film, quand le gui­ta­riste Jon­ny Green­wood me dit : « Grant, this is the end » , c’est là que j’ai com­pris que le groupe en avait as­sez. Quand tu de­viens une plaie pour les gens que tu filmes, au­tant ne pas s’obs­ti­ner, ce­la ne peut rien don­ner de bon.

SA­CHA GER­VA­SI ( réa­li­sa­teur de An­vil, 2008, do­cu­men­taire sur l’his­toire du groupe de hard rock du même nom, sur le point de de­ve­nir des su­per­stars dans les an­nées 1980 et qui, vingt ans plus tard, vivent de pe­tits bou­lots) : Quand tu com­mences à fil­mer une per­sonne dans son in­ti­mi­té, elle est bien cons­ciente de la pré­sence de la ca­mé­ra. Il y a comme un jeu d’ac­teur qui se met en place. L’im­por­tant, c’est de res­ter long­temps en com­pa­gnie des mu­si­ciens, pour qu’ils ou­blient la ca­mé­ra et agissent na­tu­rel­le­ment. Sur­tout que l’his­toire dans An­vil est celle d’un groupe de hard rock qui n’a ja­mais per­cé. Donc, for­cé­ment, les membres du groupe étaient conscients que le film pou­vait les ai­der à de­ve­nir connus. C’est l’une des rai­sons qui ex­plique pour­quoi nous les avons sui­vis pen­dant deux ans. Au fi­nal, on a amas­sé pas loin de trois cents heures d’images.

DA­VID MARKEY ( réa­li­sa­teur de The Year Punk Broke, 1992, film tour­né pen­dant une tour­née eu­ro­péenne de So­nic Youth et Nir­va­na, juste avant que ces der­niers de­viennent des su­per­stars mon­diales) : Le film n’avait au­cun bud­get. Lit­té­ra­le­ment. Ce qui m’a of­fert une li­ber­té pas pos­sible. J’étais tout seul, avec ma ca­mé­ra, sans pre­neur de son ni as­sis­tant. Je me suis trim­bal­lé une va­lise de pel­li­cules de Su­per 8 tout le long de la tour­née. À l’époque, je m’en­ten­dais bien avec So­nic Youth, mais je ne connais­sais pas Nir­va­na. Très vite, les groupes se com­por­taient avec moi comme si je n’avais pas de ca­mé­ra, j’étais juste un pote, un membre du groupe. C’est pour ça qu’il y a pas mal de vannes, des mo­ments d’ex­ci­ta­tion : j’ai tour­né le film sans la moindre in­ten­tion ar­tis­tique.

2. AP­PRENDRE À AP­PRI­VOI­SER LA BÊTE

SA­CHA GER­VA­SI : Cer­taines si­tua­tions étaient si in­croyables que j’ai dû les en­le­ver du film. Si­non, les gens n’au­raient ja­mais cru que tout était vrai. Par exemple, ja­mais le pu­blic n’au­rait pu ac­cep­ter que des mecs de 50 ans se fassent payer en gou­lash (soupe hon­groise, plat ré­pan­du en Eu­rope cen­trale, ndlr) lors d’un concert en Pologne. Même mon ca­me­ra­man, au dé­but, est ve­nu me voir pour me de­man­der si Steve et Robb n’étaient pas des ac­teurs. Le mo­ment le plus fou qui ne fi­gure pas dans le film ? Un soir, nous nous sommes per­dus au mi­lieu d’une fo­rêt en Transylvanie, les feux avant du van ne mar­chaient plus. À un mo­ment, on s’est dit : « Bon, on ne voit rien, ar­rê­tons-nous là. » Le len­de­main, on s’est ré­veillé au même en­droit, à cinq heures du ma­tin. Le van était ga­ré à cin­quante cen­ti­mètres d’un ra­vin…

ADAM BHALA LOUGH : Mon film ra­conte éga­le­ment ce que c’est, d’être un ar­tiste au som­met de la chaîne ali­men­taire. Lil Wayne est dans la lu­mière des pro­jec­teurs de­puis l’âge de 11 ans, alors for­cé­ment, quand on lui ap­prend qu’il a ven­du un mil­lion d’al­bums en une se­maine ou que le pa­tron de son la­bel lui offre un bo­lide, c’est presque nor­mal pour lui. ONDI TIMONER : Gé­né­ra­le­ment, les per­son­nages aux­quels je m’in­té­resse sont am­bi­gus. L’en­jeu du film, c’était qu’avant la ving­tième mi­nute, le spec­ta­teur ait de la com­pas­sion pour An­ton New­combe. Il me fal­lait donc mon­trer des images fortes,

ra­con­ter que son père s’est sui­ci­dé le jour de son an­ni­ver­saire, que sa mère l’a re­mis aux mains de la po­lice. Tout ce­la pour mieux ap­pré­hen­der la com­plexi­té du per­son­nage, qui est à la fois gé­nial et violent.

ADAM BHALA LOUGH : Mon pro­duc­teur était avec moi tout le temps. Par­fois, ce­la dit, il lui était interdit d’ac­com­pa­gner Lil Wayne. J’étais tout seul avec lui dans la pièce. Dans ces mo­ments-là, je de­vais glis­ser mes cas­settes et mes disques durs sous la porte pour pou­voir conti­nuer à fil­mer sans être trop en­com­bré. Lil Wayne, comme toutes les su­per­stars, a mon­té des bar­be­lés au­tour de lui. C’est dif­fi­cile d’être ac­cep­té dans son cercle. À l’époque, même le rap­per Drake, qu’il ve­nait de si­gner sur son la­bel, n’avait pas le droit de mon­ter dans son tour bus. D’ailleurs, tout l’en­tou­rage de Lil Wayne se payait sa tronche. Mais je crois que Lil Wayne avait vu quelque chose en lui, et il ne s’y est pas trom­pé…

DA­VID MARKEY : Dans le film, Kurt Co­bain ar­bore un grand sou­rire. À l’époque, Nir­va­na était peu connu, c’était un mo­ment très spé­cial pour le groupe. C’était une bande de potes en go­guette, sans pres­sion, pour leur pre­mière tour­née en Eu­rope. Kurt n’était pas en­core sous hé­roïne, tout al­lait bien pour lui. En ce qui me concerne, ré­tros­pec­ti­ve­ment, je réa­lise ma chance d’avoir pu évo­luer au plus près d’eux alors que leur des­tin al­lait prendre une tour­nure à la fois gran­diose et dra­ma­tique.

ADAM BHALA LOUGH : Un jour, à Los An­geles, on était sur le tour­nage d’un clip. Il y avait Lil Wayne, évi­dem­ment, mais aus­si P. Did­dy. Wayne n’ar­rê­tait pas d’en­le­ver son mi­cro-cra­vate, il di­sait « ce truc me rend fou » . Là, en grand pro cha­ris­ma­tique, P. Did­dy va le voir, et lui dit : « Mec, il faut que tu gardes ce truc, si­non per­sonne ne te com­prend avec ton ac­cent de plouc de la Loui­siane. » Gang­ster ou pas, jus­qu’à la fin du tour­nage du do­cu­men­taire, Wayne ne l’a plus ja­mais re­ti­ré.

JEFF FEUERZEIG : La plus belle sé­quence que j’aie ja­mais tour­née, c’est le gé­né­rique de fin de The De­vil and Da­niel Johns­ton. T’ima­gines ce mec, qui a un énorme ventre, un sens du rythme ap­proxi­ma­tif, qui te fait une danse in­ter­pré­ta­tive sur le thème de sa vie, à la Ja­ckie Gleason, le tout avec en fond so­nore des boot­legs des Beatles. Quoi qu’il fasse, Da­niel est ca­pable de trans­mettre des émo­tions. Dans la pièce, nous étions trois : mon pro­duc­teur Hen­ri Ro­sen­thal, Da­niel, et moi-même. Ça a du­ré trois minutes. Hen­ri et moi sommes re­par­tis juste après ce spec­tacle im­pro­vi­sé, il de­vait être 3 h du ma­tin. Au­jourd’hui, je suis sûr d’un truc : je ne se­rai ja­mais té­moin d’une scène aus­si bou­le­ver­sante.

SA­CHA GER­VA­SI : Même au­jourd’hui, des gens croient qu’An­vil est un faux groupe, créé spé­cia­le­ment pour le do­cu­men­taire. Je me sou­viens d’une pro­jec­tion du film en Ir­lande, où des ga­mins sont ve­nus nous voir et nous ont dit : « Vous êtes des ac­teurs, on n’y croit pas ! » Robb a dû sor­tir son pas­se­port pour lui prou­ver son iden­ti­té. L’un des ga­mins nous a ré­pon­du : « Vous, là, les gens d’Hol­ly­wood, on sait que vous pou­vez avoir ce que vous vou­lez ! C’est faux ! » Mais en même temps, je ne peux pas leur en vou­loir : quelles étaient les chances pour que le réa­li­sa­teur de Spi­nal Tap et le bat­teur de An­vil aient exac­te­ment le même nom ?

3. NE JA­MAIS VENDRE LA PEAU DE LA BÊTE AVANT DE L’AVOIR TUÉE

ONDI TIMONER : Je ve­nais de ter­mi­ner un do­cu­men­taire sur une femme sor­tie de pri­son, et la chaîne de té­lé avait tel­le­ment dé­for­mé la réa­li­té et le pro­pos que j’étais com­plè­te­ment dé­goû­tée de la té­lé­vi­sion. J’avais honte que mon nom soit as­so­cié à ce projet. Du coup, la ques­tion qui m’ani­mait, au dé­but film, c’était : « Puis-je avoir du suc­cès et res­ter in­tègre ? » C’est une réa­li­té très triste à Hol­ly­wood, il y a tel­le­ment d’en­jeux fi­nan­ciers, que la vé­ri­té n’a pas sa place. Bref, je n’étais plus tel­le­ment sûre de vou­loir tra­vailler dans le ci­né­ma. Ce que m’a ap­pris Dig!, c’est qu’il est pos­sible de res­ter in­tègre. An­ton a beau être un hu­main par­fois pa­thé­tique, il a pu de­ve­nir cé­lèbre et res­pec­té tout en fai­sant exac­te­ment ce qu’il sou­hai­tait. C’est exac­te­ment ce qui s’est pas­sé pour moi avec Dig!

“Quand le pa­tron de son la­bel lui offre un bo­lide, c’est presque nor­mal pour lui” Lil' Wayne vu par Adam Bhala Lough, réa­li­sa­teur de The Car­ter

GRANT GEE : Po­ly­pho­nic, le la­bel de Ra­dio­head, m’a lais­sé faire exac­te­ment ce que je vou­lais. Et pour­tant, Thom Yorke n’ap­pa­raît pas vrai­ment sous son meilleur jour dans le film, il a un cô­té presque mi­san­thrope. D’un point de vue stric­te­ment mar­ke­ting, ce n’était pas une bonne idée de me lais­ser cap­ter toutes ces images. ADAM BHALA LOUGH : Lil Wayne a ten­té de faire in­ter­dire le film. Mon avis, c’est que ses avo­cats et ses ma­na­gers sont à l’ori­gine de tout ça. Je sais qu’il a vu et ai­mé le film. Il faut dire qu’à l’époque, il était tou­jours connu comme un gang­sta rap­per, tout un tas de vi­déos de lui dé­fon­cé traî­naient sur YouTube. Il par­lait sans cesse de ses flingues. À me­sure qu’on fil­mait son quo­ti­dien, on s’est ren­du compte que les gens du mar­ke­ting es­sayaient de re­tra­vailler son image : ils vou­laient en faire une pop-star, his­toire de grat­ter des parts de marché. Ils ont dû flip­per de voir Lil Wayne prendre des drogues et par­ler de cul tout le long du film.

JEFF FEUERZEIG : The De­vil and Da­niel Johns­ton a été fi­nan­cé de ma­nière 100 % in­dé­pen­dante. Mon pro­duc­teur a mis un mil­lion de dol­lars sur la table. Si j’avais dû pas­ser par des cir­cuits de fi­nan­ce­ment tra­di­tion­nels, le film n’au­rait ja­mais vu le jour. Cer­tains m’ont lit­té­ra­le­ment ri à la fi­gure, en me di­sant : « Pour­quoi vous n’al­lez pas plu­tôt faire un film sur U2 ou REM ? » Mais parce qu’il n’y a rien d’in­té­res­sant à dire sur U2 ou REM, es­pèce d’abru­tis ! C’est moi qui ai le der­nier mot. Et je peux dire que le film a été un tel suc­cès que mon pro­duc­teur et moi-même avons lar­ge­ment pu nous rem­bour­ser sur notre in­ves­tis­se­ment ini­tial.

“Ce mec est un sa­lo­pard : il ta­basse un membre de son pu­blic, vire des mu­si­ciens sans rai­son, se com­porte en ty­ran.” An­ton New­combe vu par Ondi Timoner, réa­li­sa­trice de Dig!

SA­CHA GER­VA­SI : À l’époque, faire un do­cu­men­taire mu­si­cal, c’était un sa­cer­doce, si bien que j’ai tout fi­nan­cé moi-même. C’était avant le suc­cès de Su­gar Man et 20 Feet from Star­dom, qui ont tous deux été ré­com­pen­sés aux Os­cars. Simon Chinn, le pro­duc­teur de Su­gar Man, a ado­ré le film et nous a ai­dés à trou­ver un dis­tri­bu­teur pour An­vil. Ce­la a si bien marché qu’il a dé­ci­dé de pro­duire la suite !

ONDI TIMONER : À l’été 2003, j’ai en­voyé un mon­tage non dé­fi­ni­tif du film à Sundance. Deux se­maines plus tard, les gens du fes­ti­val m’ont ap­pe­lé pour me dire qu’ils ado­raient le film et vou­laient le mettre en com­pé­ti­tion. J’ai donc ter­mi­né le film à temps pour le fes­ti­val. On a fi­ni par vendre les droits pour une très belle somme, mais mal­heu­reu­se­ment, la boîte en ques­tion a mis la clé sous la porte. Du coup, le film n’a plus vrai­ment de vie au­jourd’hui, il n’est même pas sur Net­flix. Sur­tout, je ne sais pas où sont pas­sées mes royal­ties.

4. SOU­VE­NIRS DE SA­FA­RI

GRANT GEE : Ma plus grande in­fluence, sur Mee­ting People Is Ea­sy, c’est le film Ro­bin­son in Space, de Patrick Keiller. J’ai éga­le­ment dé­cou­vert le do­cu­men­taire sur les Rol­ling Stones, Cock­su­cker Blues, alors que je tra­vaillais sur Mee­ting People Is Ea­sy. C’est une es­pèce de do­cu­men­taire-vé­ri­té, tour­né en 1972, qui a eu une grande in­fluence sur les films mu­si­caux tour­nés par la suite.

JEFF FEUERZEIG : Woo­dy Al­len a eu une in­fluence ma­jeure sur The De­vil and Da­niel Johns­ton. Jusque dans le titre : « le Diable » est une mé­ta­phore de la ma­la­die men­tale de Da­niel, mais aus­si le « mé­chant » du film, qui montre le com­bat entre un homme et ses dé­mons. Dans Ze­lig, Woo­dy Al­len uti­lise des ses­sions de psy­cho­thé­ra­pie comme un mo­no­logue in­terne, pour pé­né­trer dans l’es­prit de son per­son­nage. Un pro­cé­dé que j’ai re­pris avec les cas­settes au­dio de Da­niel Johns­ton. Et quand on s’aper­çoit qu’en pleine fo­lie Nir­va­na, Kurt Co­bain porte des T-shirts des­si­nés par Da­niel, on se dit que ce mo­ment au­rait très bien pu émer­ger de l’es­prit de Woo­dy Al­len pour Ze­lig.

ONDI TIMONER : Pour moi, le fond dicte la forme. Je n’ai pas vrai­ment eu be­soin de source d’inspiration, que ce soit au mo­ment du tour­nage ou du mon­tage. J’ai uti­li­sé beau­coup de spy ca­me­ras de fa­çon à pou­voir les fil­mer de nuit sans leur bra­quer des spots éclai­rants sur le vi­sage. Autre élé­ment d’im­por­tance : le tour­nage a du­ré sept ans, et j’avais 23 ans quand on a com­men­cé. Au­tant dire que tech­ni­que­ment j’étais très li­mi­tée. J’ai ré­cem­ment re­vu le film, et j’étais hor­ri­fiée par les images ! Mais c’est ce qui donne ce pe­tit sup­plé­ment d’âme au ré­sul­tat fi­nal, son cô­té do it your­self. Ce qui est im­por­tant, et que je ré­pète sans cesse dans tous les fes­ti­vals où je suis ju­ry, c’est que si un film ne trans­cende par la mu­sique, pas be­soin de s’em­bê­ter à le faire. Dig!, c’est une his­toire d’ami­tié, de ri­va­li­té, d’ex­cès, de suc­cès. La mu­sique, au fi­nal, n’était qu’un pré­texte. Tous pro­pos re­cueillis par AM

Da­niel Johns­ton tra­vaille son slice

Steve “Lips” Kud­low dans An­vil

Kurt Co­bain et Kim Gor­don dans The Year Punk Broke

Court­ney Tay­lor Tay­lor et An­ton New­combe dans Dig !

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