Édi­to

So Film - - ~ L'ouvreuse~ -

DANS LA MU­SIQUE, ce­la porte un nom : le dif­fi­cile deuxième al­bum. Au dé­part, donc, un groupe d'out­si­ders prend le bu­si­ness du disque par sur­prise et im­pose son tem­po, son at­ti­tude. Puis, for­cé­ment, après s'être ga­vés comme des co­chons de rock'n'roll, et de sexe, et de drogue, c'est la page blanche. Com­ment sa­tis­faire les at­tentes du pu­blic ? Li­vrer un triple al­bum con­cept au­tour de la lente ago­nie d'une mouette (al­lé­go­rie à peine dis­si­mu­lée des dif­fi­cul­tés à s'épa­nouir dans le monde néo­li­bé­ral) ? À l'ar­ri­vée, le deuxième al­bum de­vient un ob­jet re­je­té a prio­ri. Dans la série té­lé – ce pan de la pop culture qui a clai­re­ment rem­pla­cé le rock –, ce syn­drome a dé­sor­mais un nom : True De­tec­tive sai­son 2. Sur­tout si l'on en juge par le retour de bâ­ton qui a sui­vi la dif­fu­sion de cette deuxième sai­son de l'an­tho­lo­gie po­li­cière si­gnée Nic Piz­zo­lat­to. Flo­ri­lège ? « Vince Vaughn a le cha­risme d'un porte-man­teau. » « On ne pige rien à l'in­trigue. » « Quelle idée naze d'avoir choi­si la Ca­li­for­nie in­dus­trielle pour cadre. Ren­dez nous la Loui­siane sou­thern go­thic. » « Fran­che­ment, Co­lin Far­rell, sa mous­tache tom­bante, ses grands yeux tristes, ça ne vau­dra ja­mais Mat­thew McCo­nau­ghey, sa mous­tache tom­bante, ses grands yeux fous. » À l'heure ac­tuelle, HBO tem­po­rise : « Si Nic Piz­zo­lat­to veut nous pro­po­ser une sai­son 3, nous se­rons ra­vis de l'écou­ter nous la pit­cher. » Oui, mais voi­là que Quen­tin Ta­ran­ti­no en ra­joute une couche : « La sai­son 2 a l'air hor­rible. Tous ces ac­teurs très beaux qui marchent comme s'ils por­taient tout le poids du monde sur leurs épaules. C'est trop sé­rieux, et ils sont trop tor­tu­rés, à es­sayer de pa­raître mi­sé­rables avec leurs mous­taches et leurs vê­te­ments sales. » Quoi qu'en pense la vox po­pu­li, cette deuxième sai­son dé­gage le sex ap­peal d'une grande série ma­lade. De­dans, des bouts de ci­né­ma de Mel­ville, des scènes de fusillade à la Mi­chael Mann, un fee­ling qui rap­pelle les ro­mans d'Ell­roy. Ça, et un constat : en flic al­coo­lo, dé­pri­mé, père ab­sent, plu­tôt por­té sur la coke, Co­lin « sour­cils, mous­tache, muscles » Far­rell as­sure tou­jours bien le bou­lot. L'his­toire l'a sou­vent prou­vé, de Nir­va­na à Dy­lan, en pas­sant par Daft Punk, le deuxième al­bum était sou­vent le plus pas­sion­nant.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.