Qui es-tu, le JCVD in­dien ?

So Film - - ~ L'ouvreuse~ - Par Axel Ca­dieux, à Bom­bay

En Inde, Vi­dyut Jam­wal est une star. L'ar­tiste mar­tial que tout le monde s'ar­rache et qui peut faire de n'im­porte quel film d'ac­tion un beau suc­cès. Même si son rêve à lui reste de s'ex­por­ter à Hol­ly­wood pour imi­ter ses mo­dèles : Jean- Claude Van Damme et, sur­tout, Ja­ckie Chan. Ren­contre avec un com­bat­tant qui met les pieds où il veut… et c'est sou­vent dans la gueule. IL S'AP­PELLE JAM­WAL. Vi­dyut Jam­wal. 1 m 90, mus­cu­la­ture de sta­tue grecque. En seule­ment quatre ans et huit films, il est de­ve­nu la nou­velle star du ci­né­ma de bas­ton in­dien, l'idole des jeunes filles et le rêve des pro­duc­teurs. Le Jean- Claude Van Damme lo­cal, avec la belle gueule et les che­veux d'ébène en plus. Un homme qui saute à tra­vers une vitre de porte de voi­ture en feu, sans dou­blure, et court lit­té­ra­le­ment sur les murs, à l'ho­ri­zon­tal. Vi­dyut donne ren­dez-vous au sep­tième étage d'un hô­tel tou­ris­tique haut de gamme de Bom­bay, un es­pace VIP où il est pos­sible de dis­cu­ter au calme en pro­fi­tant de la vue sur la mer d'Ara­bie. C'est aus­si l'un des rares en­droits de la ville qui obéit à des normes oc­ci­den­tales, c'est- à- dire où il est pos­sible d'ava­ler une bière ou un verre de vin sans se sou­cier des re­gards. Mais ça, Vi­dyut s'en fiche. L'homme est un as­cète, un com­bat­tant qui ne s'au­to­rise au­cun écart et s'en­traîne tous les ma­tins à l'aube, sans ex­cep­tion. Plus Bruce Lee que JCVD, fi­na­le­ment, même si son idole ab­so­lue reste Ja­ckie Chan : « Je l'adore, comme énor­mé­ment d'In­diens, lâche un Vi­dyut dé­ten­du, à l'aise dans son com­plet en lin blanc. Il a trou­vé l'équi­libre par­fait entre ac­tion et co­mé­die. Ici, on n'aime pas le gore, les ef­fu­sions de sang, donc pour nous, Ja­ckie Chan, c'est l'idéal. » Et puis, le Chi­nois a été ca­pable de s'ex­por­ter et de se faire connaître en de­hors de ses fron­tières, ce dont Vi­dyut rêve : « C'est la pro­chaine étape, ce­la va être com­pli­qué mais j'aime les dé­fis. Par exemple, ici, la com­pé­ti­tion est très dif­fi­cile. Si vous n'êtes pas “fils de”, gé­né­ra­le­ment vous n'ar­ri­vez à rien, c'est un che­min de croix. De ce point de vue, c'est vrai que je fais un peu fi­gure d'ex­cep­tion. »

« J'ai mon­té ma propre équipe de com­bat­tants » Le gol­den boy n'a en ef­fet rien du par­ve­nu né avec une cuillère en ar­gent dans la bouche. Il gran­dit dans l'État du Ke­ra­la, au Sud, au dé­but des an­nées 1980. Sous l'in­fluence de sa mère, il est éle­vé au sein d'un temple, un ash­ram qui fait of­fice d'école, et y ap­prend, dès l'âge de 3 ans, le Ka­la­rip­payatt, pra­tique consi­dé­rée comme « le père de tous les arts martiaux » : « C'est à mi­che­min entre le com­bat et la mé­de­cine, confie Vi­dyut. L'ob­jec­tif, c'est d'être gé­né­ra­liste. Moi, avec le Ka­la­rip­payatt, j'ai ap­pris la boxe, le ma­nie­ment des sabres, la gym­nas­tique, mais aus­si l'acu­punc­ture ou la mé­de­cine. Du coup, dans le Ke­ra­la, les mé­de­cins sont aus­si de très très bons com­bat­tants, tout est lié. » Il passe les qua­torze pre­mières an­nées de sa vie dans ce temple, jus­qu'à ce que son père, mi­li­taire, soit mu­té. La fa­mille prend alors la route et tra­verse le ter­ri­toire de long en large, jus­qu'à la mort du pa­ter­nel et une nou­velle sé­den­ta­ri­sa­tion. Vi­dyut a pro­fi­té du voyage pour ac­qué­rir de nou­velles tech­niques et, sur­tout, ap­prendre d'autres langues in­diennes, élé­ment in­dis­pen­sable dans un pays qui compte 22 idiomes of­fi­ciels…

Dans une so­cié­té qui fonc­tionne en­core se­lon le prin­cipe de castes, d'hé­ré­di­té et de conni­vence, d'au­tant plus dans le mi­lieu du ci­né­ma, Jam­wal af­firme s'être fait seul. Et lors­qu'il ar­rive à Bom­bay, il y a de ce­la dix ans, c'est de cette ma­nière qu'il en­tend per­cer : « En Inde, les cas­ca­deurs sont très peu res­pec­tés et moi, pour me faire connaître, j'en vou­lais de très bons. Alors, j'ai mon­té ma propre équipe de com­bat­tants. Le pre­mier que j'ai ren­con­tré, il vi­vait à Dha­ra­vi, juste à cô­té d'ici, c'est le plus gros bi­don­ville d'Asie, voire du monde, c'est très chaud. Il la­vait les mai­sons, mais c'était aus­si un figh­ter hors pair. Je l'ai pris avec moi, et il m'a fait ren­con­trer tous ses potes : l'un ven­dait de la bouffe sur le

marché, l'autre des livres, un der­nier était conduc­teur de voi­tures… » Une bande en qui il peut avoir confiance et qui ne le lâche plus. « On a mon­té une équipe, The Boys, pré­cise- t- il. Ils n'ont rien à voir avec le sec­teur du ci­né­ma, ils sont pas avares, c'est mon crew. Au­jourd'hui, je les em­mène sur tous mes films. On est une ving­taine, j'ai be­soin d'eux pour re­le­ver le ni­veau des com­bats car en Inde, pour ça, on est vrai­ment nuls. » En 2011, à dé­jà 30 ans, Vi­dyut dé­croche le rôle du mé­chant dans Force, l'his­toire d'un gang­ster aveu­glé par la haine et la ven­geance qui ter­ro­rise toute une uni­té de po­li­ciers. Et puis, tout s'en­chaîne, avec sou­vent des pre­miers rôles à la clé : Thup­pak­ki – Le Pis­to­let, Bul­lett Ra­ja, An­jaan… Des films d'ac­tion ex­clu­si­ve­ment, qui obéissent tous glo­ba­le­ment à la même for­mule : des com­bats, du kitsch, une his­toire d'amour et des ra­len­tis, évi­dem­ment com­plé­tés de scènes de danse et de chan­sons. Et pour ce qui est de pous­ser la voix, Vi­dyut s'avoue tout de suite moins à l'aise : « Je fais dé­jà mes propres cas­cades, je ne peux pas tout faire, n'exa­gé­rons pas, j'ai aus­si be­soin des autres. Je peux dan­ser, je fais les cho­rés certes, mais pour les chan­sons c'est du play­back. »

Gé­rard Lan­vin, « le plus grand ac­teur fran­çais » Fran­çois Da Sil­va, qui gère les in­té­rêts de Vi­dyut à l'in­ter­na­tio­nal, fait ir­rup­tion dans le sa­lon : « Vi­dyut pour­rait de­ve­nir la pro­chaine mé­ga-star à l'étran­ger, comme To­ny Jaa avec Ong-bak en son temps, es­time- t- il.

“L'ob­jec­tif, c'est d'être gé­né­ra­liste. Moi, avec le Ka­la­rip­payatt, j'ai ap­pris la boxe, le ma­nie­ment des sabres, la gym­nas­tique, mais aus­si l'acu­punc­ture ou la mé­de­cine” Vi­dyut Jam­wal

Il a un ta­lent de fou, il peut vous faire une dé­mo là main­te­nant, dans cette pièce, vous n'en re­vien­driez pas. Ça peut vrai­ment bien mar­cher pour lui si les astres s'alignent. » En at­ten­dant, à dé­faut de s'ex­por­ter, c'est l'Eu­rope qui vient à Vi­dyut : ces jours- ci il ter­mine le tour­nage du re­make in­dien des Lyon­nais, le po­lar d'Oli­vier Mar­chal, re­bap­ti­sé Gang Sto­ry. Jam­wal y tient le rôle de Gé­rard Lan­vin, dont il peine à se sou­ve­nir du nom mais qu'il qua­li­fie de « plus grand ac­teur fran­çais » : « J'avais vu et ado­ré le film, et quelques jours après on me pro­pose le rôle, c'est quand même un sacré signe. » Un pre­mier pas en tout cas, qui pour­rait ra­pi­de­ment en ap­pe­ler d'autres : Vi­dyut est dé­jà ap­pa­ru au Fan­tas­tic Fest d'Aus­tin avec Com­man­do, en 2013 – où il joue le rôle d'un mi­li­taire, seul sur­vi­vant d'un crash d'hé­li­co­ptère, qui va dé­ci­mer toute une ar­mée de Chi­nois après avoir été tor­tu­ré. Scott Ad­kins, ac­teur et cas­ca­deur qui a no­tam­ment bossé sur les Ex­pen­dables, a ré­cem­ment fait part de son in­ten­tion de col­la­bo­rer avec lui. Seule ombre dans ce ta­bleau idyl­lique : les syn­di­cats d'ac­teurs in­diens voient d'un mau­vais oeil le fait qu'il im­pose son équipe par­tout où il passe. « Ils veulent pla­cer leurs propres per­sonnes, leurs potes, s'em­porte Vi­dyut. Mais moi, je m'en fous de ça. Je ne suis pas là pour ai­der les potes de qui que ce soit, je ne fais pas dans le so­cial. Ce que je veux, c'est être le meilleur en­tou­ré des meilleurs, et les meilleurs viennent des en­droits pauvres où j'ai pros­pec­té. Ils n'ont peur de rien et ils sont fi­dèles. » Et la fi­dé­li­té, pour le JCVD in­dien c'est un con­cept au­quel on doit res­ter « aware ». Tous pro­pos re­cueillis par AC

La gym­nas­tique ma­ti­nale se­lon Vi­dyut

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