Made in Bri­tain

D'Alan Clarke ( 1983)

So Film - - ~ Cahier Critique~ -

Dans Made in Bri­tain, qui est un té­lé­film à la base, Tim Roth joue un jeune dé­lin­quant qui est sur­tout un skin­head ra­ciste en co­lère contre le monde en­tier. À un mo­ment, alors qu'il s'est fait at­tra­per par la bri­gade des mi­neurs, il se re­trouve pla­cé dans un centre so­cial, en­fer­mé dans une cel­lule qui res­semble plu­tôt à un bu­reau ou une pe­tite salle de classe avec des chaises, des tables. D'un coup, il ex­plose de rage, s'at­taque aux portes, pète tout dans la pièce et se montre ex­trê­me­ment violent contre le type qui dé­barque pour le maî­tri­ser. C'est tou­jours très agréable pour un ac­teur de cas­ser des ob­jets, d'avoir une scène de co­lère, c'est vrai­ment jouis­sif. Il a dû s'écla­ter à la tour­ner. À mon avis, il n'a fait qu'une prise. C'est à ce mo­ment-là que je suis tom­bée com­plè­te­ment amou­reuse de Tim Roth, de sa force et de sa vio­lence, que je trouve uniques. Il y a une gra­da­tion dans son ex­plo­sion de rage qui m'a prise au ventre, comme une le­çon d'in­ter­pré­ta­tion à son cli­max. C'est aus­si la dé­cou­verte d'un ac­teur. De­puis ce film, Tim Roth est l'un de mes trois ac­teurs fa­vo­ris avec Ga­ry Old­man et Ray Wins­tone. Des mecs rudes et en­tiers qui ont des gueules, des voix et qui s'in­ves­tissent à fond dans leurs per­son­nages. Je re­grette beau­coup qu'Alan Clarke ne soit pas plus connu, qu'il n'ait pas fait plus de films. J'adore aus­si Scum, The Firm et Ele­phant. C'est un ci­né­ma so­cial et violent, sans ar­ti­fices ni fio­ri­tures, ins­pi­ré de la pau­vre­té so­ciale et de l'An­gle­terre de That­cher. Il res­sen­tait la né­ces­si­té de mon­trer et de ra­con­ter ce qui se pas­sait au­tour de lui. Quelque chose qui n'avait pas for­cé­ment d'équi­valent en France au même mo­ment. Donc oui, moi, l'uni­vers du Londres des an­nées 1970 et même le XIXème de Di­ckens, j'adore, je sais pas pour­quoi. Et Tim Roth, dans ce film, dans cette scène en par­ti­cu­lier, il a une dé­marche un peu ani­male, on sent qu'il est du cô­té obs­cur. En plus, avec le look qu'il s'est fait, il a vrai­ment une gueule de mé­chant skin­head, avec sa croix gam­mée sur le front… Il de­vait avoir 16 ou 18 ans à l'époque (plu­tôt 20 ans en fait, ndlr). C'est un ac­teur né, si c'est son pre­mier rôle. Par la suite, c'est vrai qu'il a un peu tou­jours fait des mé­chants et heu­reu­se­ment qu'il est là pour ça, car il est tel­le­ment bon ! J'étais folle de joie d'avoir eu la chance de tour­ner avec lui dans Mö­bius et je lui ai dit que cette scène de Made in Bri­tain était ma scène pré­fé­rée du monde. Il m'a va­gue­ment re­mer­cié, mais n'a pas vrai­ment vou­lu ren­trer dans le dé­tail. Moi, on me donne plu­tôt des rôles de na­nas sym­pa­thiques, j'ai ja­mais eu ça parce que j'ai en­core l'image de la fille « yaourt nature ». Et pour­tant, c'est que j'ai­me­rais pro­fon­dé­ment faire : des bad girls… Pro­pos re­cueillis par Ra­phaël Clai­re­fond, au Fes­ti­val de Cannes.

Par Cé­cile de France, ac­trice

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