Vous vou­lez une his­toire ?

Un court à voir à la té­lé

So Film - - ~ Cahier Critique~ -

d'An­to­nin Pe­ret­jat­ko. Avec Lu­cie Bor­le­teau, Pau­line Gher­si et Laure Giap­pi­co­ni.

Vous vou­lez une his­toire ? Si vous croyez que ça va vous tom­ber des­sus comme ça, chez vous, le cul scot­ché à votre fau­teuil, eh bien, comme di­rait Michel Poic­card : al­lez vous faire foutre. Le coup du té­lé­phone qui sonne, du type qui ré­pond et, ça y est, le voi­là em­bar­qué dans une his­toire (et nous avec), tout ça c'est du ci­né­ma. Au dé­but de Vous vou­lez une his­toire ?, il y a bien un té­lé­phone qui sonne, qui plus est dans une chambre d'hô­tel un brin glauque qu'on de­vine new-yor­kaise, du moins amé­ri­caine : bref, tout ce qu'il faut pour en­clen­cher un bon po­lar. Sauf que voi­là, ici, per­sonne ne dé­croche. L'ap­pel de la fic­tion res­te­ra sans ré­ponse. « Once upon a time… fuck you » , lit-on en sur­im­pres­sion sur le té­lé­phone aban­don­né. Puis : THE END. Pe­tite pré­ci­sion, le film a com­men­cé de­puis seule­ment 30 se­condes. Le voi­là qui s'achève dé­jà, pour mieux re­par­tir sur d'autres rails. On se dou­tait de­puis ses ex­cel­lents courts mé­trages et La Fille du 14 juillet qu'An­to­nin Pe­ret­jat­ko avait un grain. Confir­ma­tion : le bon­homme est com­plè­te­ment zin­zin. Ne pas croire pour au­tant qu'il s'en­ferme dans une pe­tite mé­ca­nique ab­surde bien ro­dée. Vous vou­lez une his­toire ? n'a rien, mais alors rien à voir avec ses pré­dé­ces­seurs, dans la forme comme dans le ton. Moins grin­çant, moins sur­vol­té, presque splee­né­tique. Plus in­time peut-être. Re­pre­nons au dé­but. Per­sonne ne dé­croche le té­lé­phone, le mi­ni-film s'ar­rête, avor­té, et un autre com­mence. Cette fois, pas de son­ne­rie, mais une voix loin­taine, étouf­fée, qui semble par­ler à tra­vers un com­bi­né d'un autre âge : « Vous vou­lez une his­toire ? Un sem­blant d'his­toire ? Met­tez deux femmes dans un train et ima­gi­nez que l'une d'elles est rousse. » Le train, le ci­né­ma : la mé­ta­phore est vieille comme les frères Lu­mière. Idée toute bête qui pro­pulse le film dans un voyage à la pre­mière per­sonne à tra­vers les pays (Pe­ret­jat­ko a tour­né aux quatre coins de la pla­nète), les époques, la mé­moire (tant il est vrai, dit la voix, que tout voyage est aus­si in­té­rieur), l'ima­gi­naire… On passe sans tran­si­tion de Vla­di­vos­tok au Qa­tar, d'un ré­cit de voyage à un com­men­taire iro­nique sur l'état de la ci­vi­li­sa­tion en pas­sant par une fic­tion amou­reuse, les mu­siques les plus di­verses s'en­chaînent : im­pos­sible, après une ou deux vi­sions, de ne pas se pau­mer dans ce labyrinthe de film, tout en liai­sons poé­tiques et en as­so­cia­tions ha­sar­deuses, où s'en­tre­choquent le su­blime et le tri­vial (la pis­cine au bord des vagues dé­chaî­nées, les pa­lais russes en toc, le « bout du monde » et sa ter­rasse en bé­ton). Est-ce que tout ce­la fait une his­toire ? Dif­fi­cile à dire. En tout cas, on au­ra bien voya­gé. Maxime Wer­ner Dif­fu­sion dans Mi­ckro­ci­né le 4 oc­tobre 2015, sur Canal+.

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