Jouer Sal­va­dor Dalí au ci­né­ma

Par Ser­gi Ló­pez, ac­teur

So Film - - ~ Happy End~ ~ L'ouvreuse~ -

De retour dans Les Rois du monde en mi­san­thrope amou­reux ( et al­coo­lique), le tru­cu­lent Es­pa­gnol ne manque pas d'idées sau­gre­nues pour por­ter la vie du fan­tasque Sal­va­dor Dalí à l'écran. In­dice : ça se pas­se­ra en Bre­tagne. p Concrè­te­ment, je vou­drais être le peintre et la muse. Dalí et Ga­la. Ce se­rait l'oc­ca­sion d'in­car­ner une Ga­la poi­lue et bien en chair qu'on au­rait du mal à ima­gi­ner comme sour­cee d'inspiration, d'ailleurs. Luis Buñuel di­sait que la vé­ri­table oeuvre d'art créée par Dalí, c'était Dalí lui-même, et c'est vrai­rai que son per­son­nage a at­teint une telle di­men­sion qu'on a l'im­pres­sion qu'il pas­sait sa vie à ba­lan­cer des bou­tades ouu à pen­ser des gestes sur­réa­listes. Mais il suf­fit de se ba­la­der dans sa mai­son à Fi­gueres pour se rendre compte que c'était un bos­seur ex­tra­or­di­naire. Mais tant pis : dans ce film, Dalí bos­se­rait le moins pos­sible, et comme je dé­teste les in­serts où on voit les mains d'une dou­blure peindre à la place de l'ac­teur, on évi­te­rait toute ré­fé­rence au bou­lot. On res­te­rait donc sur ce Dalí qui se bu­vait un ver­mouth avec quelques gouttes de sang de per­drix à l'apé­ro. Ce qui est beau chez lui, c'est que, même en de­hors de son ate­lier, il avait l'exi­gence de la créa­tion en per­ma­nence. S'il pre­nait l'apé­ro avec des amis, il al­lait cher­cher à in­ven­ter­ter

Un film très fel­li­nien

À la réa­li­sa­tion, il fau­drait quel­qu'un qui soit ca­pable de lâ­cher le per­son­nage tout en res­tant un au­teur. Je me dis que Ma­nuel Poi­rier se­rait par­fait pour ce road mo­vie sur la West Coast fran­çaise. Le film po­se­rait une grande ques­tion à la­quelle on ne

Pro­pos re­cueillis par Fer­nan­do Gan­zo.~ Illustration : Stéphane Ma­nel “On res­te­rait sur ce Dalí qui se bu­vait un ver­mouth avec quelques gouttes de sang de per­drix à l'apé­ro.”

une nou­velle bois­son, ou en­fi­ler des olives sur les bouts de sa mous­tache. J'ai­me­rais bien me sen­tir comme ça, être par­tout en train d'of­frir des choses, des phrases, des poèmes, des gestes inouïs, des danses folles en ca­le­çon au mi­lieu du vil­lage. Le dis­po­si­tif du film consis­te­rait à prendre ce per­son­nage his­to­rique, Dalí, et à le ba­la­der dans un en­droit qui lui se­rait a prio­ri étran­ger. On fe­rait ce­la en Bre­tagne. pour­rait pas ré­pondre : cet homme qui pro­mène son sur­réa­lisme en Bre­tagne, es­til vrai­ment Dalí ? A-t-il vrai­ment vain­cu la mort ? Est-ce une ré­in­car­na­tion ? Ou tout sim­ple­ment un fan­toche ob­sé­dé par l'ar­tiste es­pa­gnol ? Pour brouiller les pistes, on paie­rait un jour­nal lo­cal pour par­ler de la vi­site de Dalí, comme ça les lo­caux se­raient prêts à tout go­ber au mo­ment de me ren­con­trer. Ce se­rait un grand ca­nu­lar. J'aime bien quand les films jouent sur cette confu­sion, c'est une tra­di­tion très es­pa­gnole, de­puis Bienvenue Mr. Mar­shall (Luis García Ber­lan­ga, 1953). Ce se­rait un film très fel­li­nien, en fait, avec un vi­rage in­at­ten­du quand, en plus de Dalí, des per­sonnes proches de lui en­va­hi­raient la Bre­tagne comme une troupe de cirque qui prend le pou­voir dans un bled pour quelques jours. L'art est en toi, ce se­rait la conclu­sion du film. Se dire qu'on est tous ca­pables d'être notre propre Dalí, d'in­ven­ter les règles d'un nou­veau monde. Les Rois du monde, de Laurent Laf­fargue, avec Ser­gi Ló­pez, Cé­line Sal­lette, Éric Can­to­na, Ro­mane Boh­rin­ger et Guillaume Gouix, en salle le 23 sep­tembre.

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