Faye Du­na­way Jer­ry Schatz­berg

So Film - - ~ Happy End~ - Par Ma­rous­sia Du­breuil

Des ci­néastes et des ac­teurs s'aiment, tournent des films en­semble, se quittent, et conti­nuent par­fois de tour­ner des films en­semble. Parce que c'est tout ce qui leur reste ? Parce que c'est un pré­texte à la re­con­quête ? Parce que c'est un moyen de se ven­ger ? Ce­la dé­pend. Ce mois- ci, cas d'école avec Faye Du­na­way et Jer­ry Schatz­berg. EN 1968 sur le tour­nage du Temps des amants de Vit­to­rio De Sica, Faye Du­na­way tombe sous le charme du lo­ver ita­lien, Mar­cel­lo Mas­troian­ni, dans la sta­tion en­nei­gée des Alpes, Cor­ti­na d'Am­pez­zo. « Ce fut le dé­but d'une his­toire d'amour très eu­ro­péenne, avec ses pa­res­seuses nuits de prin­temps, où nous louions une gon­dole à Ve­nise pour pas­ser la soi­rée sur le Grand Canal, à ba­var­der, à si­ro­ter du vin, à contem­pler les pa­lais de­vant les­quels nous vo­guions len­te­ment » , écrit-elle dans ses Mé­moires. Mas­troian­ni a beau être ma­rié, elle rompt avec Jer­ry Schatz­berg, ve­nu lui rendre vi­site sur le tour­nage, de­vant la fe­nêtre de sa suite, le re­gard per­du dans les Do­lo­mites. « J'ajou­tai seule­ment que ce­la ne m'em­pê­che­rait pas de faire Por­trait d'une en­fant dé­chue aus­si­tôt qu'il le vou­drait, parce que j'y croyais tou­jours » , écrit-elle. C'est lors de leur pre­mier dî­ner en amou­reux, deux ans plus tôt, qu'il lui avait par­lé de son projet. Le scé­na­rio, écrit par Ca­role East­man, s'ins­pire de la vie d'Anne Sainte-Marie, man­ne­quin ve­dette des an­nées 1950, qui a sou­vent po­sé pour le pho­to­graphe. Dans le film, Lou An­dreas Sand dé­noue son chi­gnon ba­nane pour par­tir écrire des poèmes au bord de la mer, sur Fire Is­land. Dé­pres­sive chronique et col­lec­tion­neuse de psy­cha­na­lystes, l'hé­roïne res­semble à Faye Du­na­way : « Elle est tou­jours en train de se pré­ci­pi­ter quelque part et il semble éma­ner d'elle une im­pres­sion de drame per­ma­nent » , com­mente Elia Ka­zan, qui avait re­pé­ré l'ac­trice à 21 ans sur les planches, dans Les Sor­cières de Sa­lem. Un ma­tin de 1969, le té­lé­phone sonne. Jer­ry Schatz­berg a réuni as­sez de fonds per­son­nels pour tour­ner. Ac­cep­tant de ne pas être payée, Faye Du­na­way pré­pare ses va­lises et s'en­vole pour New York. Sur le tour­nage, on éta­blit un ba­rème de 1 à 5, pour sa­voir com­bien de pi­lules Lou An­dreas Sand a prises dans chaque scène. « On se di­sait : “Ok, au­jourd'hui, ni­veau 3” », pré­cise Jer­ry Schatz­berg au Nouvel Obs.

MÉ­NAGE À TROIS, AVEC UN AP­PA­REIL PHOTO

En 1966, Faye Du­na­way tom­bait amou­reuse des épais che­veux sombres et bou­clés du pho­to­graphe new-yor­kais, qui pos­sé­dait une boîte de nuit bran­chée : l'On­dine, sur la 59e rue, sous le Queens­bo­ro bridge. Im­pres­sion­née par l'ami des Beatles, de Mick Jag­ger ou de Bob Dy­lan, elle po­sait pour lui pour la pre­mière fois sur une longue bande de sable fin. À moi­tié en­dor­mie, les pau­pières closes, les courbes de son dos ca­res­sées par un drap fin, la lé­gende du ma­ga­zine Es­quire in­di­quait : La chute de reins. « Jer­ry s'ar­ran­gea, je ne sais com­ment, pour m'at­teindre, pour me si­gni­fier que je pou­vais lui faire confiance, que les photos se­raient mer­veilleuses, se sou­vient-elle. En un mot, que tout irait bien. » En tour­nant les séances photos des nom­breux fla­sh­backs du film, leur his­toire d'amour re­monte à la sur­face : le grand ate­lier de Jer­ry Schatz­berg au car­re­four de la 26e rue et de la 5e Ave­nue, où Faye Du- na­way ve­nait cam­per de temps en temps et se fai­sait pho­to­gra­phier sous tous les angles, à tout bout de champ. « Dans un sens, quand on vit avec un pho­to­graphe, on forme une sorte de mé­nage à trois avec cet ap­pa­reil photo, tou­jours prêt à cap­ter un mo­ment, un pay­sage, un jeu de lu­mière, écrit-elle. Toute notre vie pri­vée était orien­tée vers le tra­vail. » Nombre de ces cli­chés al­laient fi­nir en cou­ver­ture des ma­ga­zines. Le plus cé­lèbre ? Faye Du­na­way, toute en noir, porte des es­car­pins à hauts ta­lons et un bé­ret rouge, dans le style de Bon­nie and Clyde. Avec Por­trait d'une en­fant dé­chue, Jer­ry Schatz­berg fait ses pre­miers pas de met­teur en scène. « Nous qui étions dé­jà d'an­ciens amants, avions d'au­tant moins be­soin de cette ten­sion, dit-elle. Pour lui, c'était la suite lo­gique de son mé­tier de pho­to­graphe. Ce tour­nage, pour lui comme pour moi, re­vint à peu près à faire des cla­quettes sur des oeufs. » C'est le cas de la scène dans la­quelle Lou fait la liste des pho­to­graphes avec les­quels elle ne veut plus tra­vailler et pose le pa­pier sur sa coif­feuse. Elle ajoute un nom à chaque fois que quel­qu'un l'en­nuie ou barre ceux qui se sont ex­cu­sés. « Je n'ai­mais pas du tout la fa­çon dont Jer­ry vou­lait trai­ter l'anec­dote, écrit Faye Du­na­way, qui se sou­vient avoir été par­ti­cu­liè­re­ment ébran­lée ce jour-là à cause du dé­part de Mas­troian­ni de New York. Nous en avions par­lé plu­sieurs fois sans par­ve­nir à nous mettre d'ac­cord. Si bien que je pris un crayon et ajou­tai le nom de Jer­ry à la liste. Quand il le vit, il le bar­ra et re­po­sa la liste près de moi. Aus­si­tôt, j'y ra­jou­tai son nom, qui y res­ta. » Elle ap­pa­raît telle quelle dans le film, avec le nom de Jer­ry. Mais, le plus sou­vent, Faye Du­na­way est prête à beau­coup de choses pour briller en­core un peu dans les yeux de son pre­mier grand amour – « Je trou­vais plu­tôt triste que nous ne soyons plus en­semble », confie-t-elle. Un jour où elle doit po­ser avec un fau­con, elle prend son cou­rage à deux mains pour en­fi­ler le gant de cuir qui va lui per­mettre de le te­nir. « Rien que son poids m'a fait une drôle d'im­pres­sion, écrit-elle. Lorsque je lui ai ôté son bon­net, j'ai sen­ti ses griffes se res­ser­rer sur le gant comme s'il tré­pi­gnait à l'idée de s'en­vo­ler. Cet air fa­rouche et sau­vage m'im­pres­sion­nait ter­ri­ble­ment et, en même temps, je me sen­tais fa­bu­leu­se­ment vi­vante. » Pour la pro­mo­tion du film, Jer­ry Schatz­berg choi­sit de pho­to­gra­phier Faye Du­na­way por­tant la robe longue et le large cha­peau de son shoo­ting au Mexique, sur le tour­nage de The Ex­traor­di­na­ry Seaman. De­puis, Faye Du­na­way a rom­pu avec Mas­troian­ni et Jer­ry Schatz­berg fait de la photo, juste pour lui.

“Jer­ry s'ar­ran­gea, je ne sais com­ment, pour m'at­teindre, pour me si­gni­fier que je pou­vais lui faire confiance.” Faye Du­na­way

Faye Du­na­way dans Por­trait d'une en­fant dé­chue

Faye Du­na­way et Jer­ry Schatz­berg sur le tour­nage

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