Dra­cu­la père et fils,

Un film d'Édouard Mo­li­na­ro, avec Ch­ris­to­pher Lee, Ber­nard Me­nez, Marie-Hé­lène et Ca­the­rine Breillat…

So Film - - Édito -

d'Édouard Mo­li­na­ro ;

Loin de la pan­ta­lon­nade re­dou­tée, ce film d'Édouard Mo­li­na­ro rem­porte, haut la main, le titre de meilleure co­mé­die vam­pi­rique réa­li­sée en France sous le règne de Valéry Gis­card d'Es­taing.

His­to­ri­que­ment, le seul tort de Dra­cu­la père et fils au­ra été de se si­tuer entre Tendre Dra­cu­la de Pierre Grun­stein (1974) et Les Char­lots contre Dra­cu­la de Jean-Pierre De­sa­gnat (1980). Deux ré­ap­pro­pria­tions frau­du­leuses du cé­lèbre su­ceur de sang, de­ve­nu pour l'oc­ca­sion l'in­for­tu­né pi­vot de si­tua­tions vau­de­vil­lesques toutes plus em­bar­ras­santes les unes que les autres. Il faut dire qu'en de­hors des ef­forts mar­gi­naux de Jean Rol­lin, la France est une terre dé­so­lée en ce qui concerne le trai­te­ment ci­né­ma­to­gra­phique du vam­pire. Le genre fan­tas­tique, mal­gré son hé­ri­tage lit­té­raire et théâ­tral fé­cond, n'est pas une af­faire sé­rieuse, l'apa­nage de rê­veurs éga­rés en de­hors du sys­tème ou de pe­tits ri­go­los. C'est dire à quel point l'ap­proche d'Édouard Mo­li­na­ro, tout en dé­fé­rence, tranche mer­veilleu­se­ment avec le tout ve­nant de la pro­duc­tion na­tio­nale. Il part du ro­man Paris-Vam­pire, pu­blié en 1970 et écrit par Patrick Cau­vin sous le nom de Claude Klotz, le pseu­do que l'au­teur ré­serve à ses as­sauts caus­tiques dans le po­lar ou le fan­tas­tique. L'his­toire du fa­lot Fer­di­nand Poi­te­vin, vam­pire tout sauf flam­boyant, sur­vi­vant de pe­tits bou­lots et d'ani­maux er­rants. Avec l'aide d'Alain Go­dard et de Jean-Marie Poi­ré, Mo­li­na­ro gomme la gouaille du ro­man, dé­ve­loppe plus avant le per­son­nage du père, avec l'en­vie mor­dante d'of­frir le rôle à Ch­ris­to­pher Lee. Cau­vin ne se­ra pas contac­té par la pro­duc­tion. À la sor­tie du film, il ne se prive pas de faire part de sa déception : « J'ai écrit un livre qui, m'a-t-on dit, se lit vite, et ils en ont fait un film qui, à mon avis, se voit len­te­ment.»

La ques­tion des mi­grants

Une in­tro­duc­tion lan­guide, à peine pa­ra­si­tée par la pré­sence d'une jeune Ca­the­rine Breillat tout juste sor­tie du tour­nage d'Une Vraie jeune fille, semble don­ner rai­son à l'au­teur tra­hi. Le go­thique pous­sié­reux s'ef­face néan­moins ra­pi­de­ment pour ré­vé­ler le par­ti pris dra­ma­tique du réa­li­sa­teur : chas­sés de leur de­meure fa­mi­liale par les troupes so­vié­tiques, le père de­vient une ve­dette du ci­né­ma d'hor­reur bri­tan­nique tan­dis que le fils dé­couvre le triste sort des im­mi­grés en France gis­car­dienne. C'est là le plus éton­nant : Dra­cu­la père et fils est à peine une co­mé­die. Bon nombre de ses gags ne visent pas tant l'hi­la­ri­té qu'une étran­ge­té diffuse, un dé­ca­lage co­mique ac­cen­tué par le pas­sage des ans, ser­vant de re­flet qua­si mé­lan­co­lique aux dif­fi­cul­tés d'in­té­gra­tion du per­son­nage prin­ci­pal joué de fa­çon très tou­chante par Ber­nard Me­nez. Même quand il se fait trai­ter de « mé­tèque » par Gé­rard Ju­gnot (très bon en beauf ra­ciste pré­fi­gu­rant ses fu­turs per­son­nages dans les films du Splen­did), si­tua­tion ab­surde s'il en est. L'in­ter­prète de Jo­lie Pou­pée tient son rôle. Son ha­bi­tuelle et in­imi­table gau­che­rie trouve ici une ré­so­nance quand elle est mise au ser­vice de son sta­tut d'éter­nel in­adap­té. Dans son der­nier acte, en­tiè­re­ment dé­vo­lu à un triangle amou­reux, Dra­cu­la père et fils semble re­ve­nir sur les rails de la co­mé­die de bou­le­vard. Les si­tua­tions don­ne­raient par ailleurs vo­lon­tiers dans la lé­gè­re­té si les spectres de la mort et d'un OE­dipe ram­pant ne rô­daient dans chaque scène, ul­time en­torse aux at­tentes du pu­blic qui condam­ne­ra le film à un mo­deste suc­cès. Dra­cu­la père et fils vaut mieux que son titre, chan­gé au der­nier mo­ment pour ca­pi­ta­li­ser sur la pré­sence de Ch­ris­to­pher Lee. Sans par­ler de clas­sique ins­tan­ta­né non plus, le film d'Édouard Mo­li­na­ro s'élève au­jourd'hui au rang de cu­rio­si­té in­tègre. Fran­cois Cau. Dra­cu­la père et fils, dif­fu­sé le sa­me­di 24 oc­tobre à 20 h 45 sur Ci­né+ Club

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