Si vous de­viez…

Par Sonia Rol­land, ac­trice

So Film - - Édito - Pro­pos re­cueillis par Sa­bri­na Boua­rour, au Fes­ti­val de Cannes ~ Illustration : Stéphane Ma­nel

Faire le bio­pic de Mi­chelle Oba­ma, par Sonia Rol­land

De la série Léa Par­ker au rôle de Jo­sé­phine Ba­ker dans Mi­nuit à Paris, c'est peu dire que Sonia Rol­land, Miss France 2000, a fait du che­min. Elle a même la sa­gesse de pen­ser qu'elle ne pour­rait pas jouer Mi­chelle Oba­ma elle- même. Une belle le­çon de di­plo­ma­tie. S'il fal­lait faire un bio­pic de Mi­chelle Oba­ma sans la connaître, j'irais dans tout ce qui m'a mar­qué : faire ve­nir des ga­mins dé­fa­vo­ri­sés à la Mai­son-Blanche pour ap­prendre à culti­ver des lé­gumes parce qu'ils n'en ont ja­mais vus de leur vie, les séances de gym avec Beyon­cé… Je les vois bien dans une grande salle : la ca­mé­ra se lève dou­ce­ment sur un pu­blic qui at­tend et d'un seul coup, plan ser­ré sur Mi­chelle Oba­ma qui lance la mu­sique, et là, c'est par­ti. Tout le monde bouge en rythme de­vant des mil­lions de spec­ta­teurs qui re­gardent CNN, sur­tout pas la Fox.

L'image forte au dé­but se­rait celle d'un ma­ri as­sis en pleine nuit dans la pé­nombre : ca­mé­ra sur la nuque, il est per­du dans ses pen­sées et elle va l'en­la­cer. La scène se passe la veille d'une grande dé­ci­sion sur une ques­tion de po­li­tique étran­gère : la Sy­rie ou le conflit is­raé­lo-pa­les­ti­nien. On dit sou­vent que der­rière chaque grand homme, il y a une femme. Elle lui su­surre à l'oreille : « Mal­gré tout, même si c'est dur, tu prends la bonne

Ils ont l'image d'un couple com­plice, mais je pense que quand on est pré­sident, soit ça s'en­gueule très fort, soit ça fait des conces­sions. Je fil­me­rais une scène der­rière une porte : ils savent qu'ils ont ren­dez-vous avec un pré­sident pas très fa­vo­rable aux droits de l'homme. On peut ima­gi­ner une dis­pute qui se fi­ni­rait par un sou­rire for­cé, avec du cy­nisme comme dans Scan­dal ou House of Cards. Il y au­rait beau­coup de ra­len­tis, beau­coup de plans sur les vi­sages, très ex­pres­sifs, beau­coup de si­lences. Dans la mise en scène, je ver­rais une Mai­son-Blanche très ani­mée, avec, en fond so­nore, Beyon­cé, du hip-hop… Le titre Run the World (Girls) est une évi­dence. La bande so­nore doit être l'iden­ti­té du film. Ce sont des gens hy­per co­ol d'ap­pa­rence, il faut que ça se sente. Je la vois bien dis­cu­ter avec ses filles, les édu­quer comme une mère mo­derne. Elles sont dans leurs chambres, en train de com­men­ter la vie d'autres filles un peu plus trash qu'elles dans les ma­ga­zines. Un peu à la Sofia Cop­po­la dans Marie-An­toi­nette. Il y au­rait des sé­quences de boums im­pro­vi­sées dans les chambres des filles, avec la mère qui s'in­tro­duit à l'im­pro­viste pour les am­bian­cer. Le titre du film se­rait juste Mi­chelle. dé­ci­sion. » On est tout de suite dans le vif du su­jet. Pour col­ler à la réa­li­té, il faut prendre une amé­ri­caine. Si je jouais Mi­chelle Oba­ma, ce se­rait trop de tra­vail de com­po­si­tion ; je suis trop wild pour la jouer. Il faut beau­coup de cha­risme, de ri­gueur et d'au­to­ri­té, donc j'irais plu­tôt vers Lu­pi­ta Nyong'o. Oba­ma se­rait in­car­né par Will Smith. C'est elle qui a été son pre­mier sou­tien. Elle a été sa prof aus­si. Com­ment une femme comme ça évolue dans un monde aus­si cruel que ce­lui de la po­li­tique ? Elle a une lé­gè­re­té réelle, qui contraste avec l'image des po­li­tiques très ri­gides, avec des dis­cours d'au­to­mate. Che­cker la main d'un ba­layeur, pas­ser l'autre der­rière la reine d'An­gle­terre, ce sont des choses qui ont « cho­qué » l'opi­nion et qu'il fau­drait re­trans­crire.

Hip-hop, jean-bas­kets & Beyon­cé

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