Kung Fu­ry

De et avec Da­vid Sand­berg.

So Film - - ~ Court Métrage -

UN COURT À VOIR À LA TÉ­LÉ

Haut la main, l'ob­jet ci­né­ma­to­gra­phique le plus im­pro­bable de l'an­née : une grosse po­chade en forme de pas­tiche de na­nar eigh­ties, née du cer­veau em­bru­mé d'un jeune nerd sué­dois qui au­rait pas­sé sa jeu­nesse à en­glou­tir des VHS de sé­ries B (voire Z) au ki­lo­mètre et à squat­ter les salles d'ar­cade. Le pitch donne fu­rieu­se­ment en­vie de crier « Ka­mou­lox » : Kung Fu­ry, un flic ba­dass de Mia­mi, re­monte dans le temps pour tuer le plus grand mé­chant de l'his­toire de l'hu­ma­ni­té : Adolf Hit­ler, bien sûr, mais un Hit­ler do­pé aux arts martiaux, si bien qu'il en est de­ve­nu « Kung Füh­rer ». Suite à un gros bug in­for­ma­tique, Kung Fu­ry se re­trouve ca­ta­pul­té un peu trop loin dans le temps, à l'ère des vi­kings, mais où l'on croise aus­si quelques cu­rieuses es­pèces de di­no­saures, comme les dé­sor­mais fa­meux la­ser-rap­tors. Heu­reu­se­ment, notre bon Kung Fu­ry pour­ra comp­ter sur le sou­tien de Thor et de ses amis (un su­per ha­cker, un flic tri­cé­ra­tops, deux guer­rières vi­kings) pour mettre une bran­lée à ce sa­ta­né Hit­ler et à son ar­mée de na­zis. On le voit, Kung Fu­ry nage donc en plein n'im­porte quoi et ne fait pas dans la den­telle, même si la di­rec­tion ar­tis­tique, elle, est peau­fi­née dans ses moins dé­tails : des images qu'on ju­re­rait ti­rées d'une vieille VHS usée par le temps, élec­tro à la sauce Out Run, dé­cors, cos­tumes et ef­fets spé­ciaux au dia­pa­son, on se croi­rait nous-mêmes re­ve­nus trente ans en ar­rière, à l'heure de Street Figh­ter, de K 2000 et des Tor­tues Nin­ja. Au­de­là des clins d'oeil plus ou moins ap­puyés, il faut re­con­naître à Da­vid Sand­berg d'avoir cap­tu­ré, si­non l'es­prit, du moins l'am­biance de ces films qui ont vi­sion­né notre en­fance (pour pas­ti­cher une for­mule de Jean-Louis Sche­fer). Ça n'en fait pas le chef-d'oeuvre du mo­ment, mais un sym­pa­thique (et tout de même très drôle) exer­cice de style qui a ré­veillé chez toute une gé­né­ra­tion un sen­ti­ment de nos­tal­gie. Voi­là qui ex­plique sans doute le suc­cès in­sen­sé du film, de ses dé­buts sur la plate-forme de crowd­fun­ding Kicks­tar­ter à son pe­tit buzz au fes­ti­val de Cannes (où il fut pré­sen­té, ex­cu­sez du peu, à la Quin­zaine des réa­li­sa­teurs), en pas­sant par les 20 mil­lions de vues que comp­ta­bi­lise la vi­déo sur Youtube. Il est en­core trop tôt pour sa­voir si le suc­cès in­ter­ga­lac­tique de ce qui n'était au dé­part qu'un mo­deste projet aux al­lures de vaste blague va ré­vo­lu­tion­ner le sys­tème de fi­nan­ce­ment de l'in­dus­trie du ci­né­ma. Une chose est sûre, on a trou­vé le nou­veau Robert Ro­dri­guez. Maxime Wer­ner Kung Fu­ry est dif­fu­sé le 6 no­vembre dans « Court-cir­cuit » sur Arte, puis dis­po­nible en re­play sur Arte+7.

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