From Hong Kong with love

So Film - - ~ L'ouvreuse~ -

Di­plo­mate, aven­tu­rier, ro­man­cier, star en Chine, pro­duc­teur… La vie de Phi­lippe Dre­von est un film à elle toute seule. Et quand un tel homme se frotte au sep­tième art en plein Swin­ging Hong Kong, alors que la Chine maoïste, les frères Shaw et la ma­fia sont à leur zé­nith, ce­la fait for­cé­ment des étin­celles… n'es­tompe pas la ma­lice de jeune homme que l'on de­vine dans les yeux de l'homme qui ac­cueille dans son ap­par­te­ment de Saint- Cloud. Verbe haut et poi­gnée de main sin­cère, Phi­lippe Dre­von, oc­to­gé­naire élé­gant, prend place sur son ca­na­pé et consulte ses notes, par­fai­te­ment ran­gées sur sa table basse. Au mi­lieu de ses sou­ve­nirs – pho­to­gra­phies, lettres ma­nus­crites, scé­na­rios an­no­tés – on trouve des noms pres­ti­gieux : Tos­can du Plan­tier, Truf­faut, Res­nais. « Avec un ami qui tra­vaillait à l'Alliance fran­çaise lorsque j'étais en poste à Hong Kong, nous avions écrit un script qui s'in­ti­tu­lait Hé Ba­kou­nine ! C'était l'his­toire d'un jeune maoïste, type Cohn- Ben­dit, qui vou­lait ab­so­lu­ment voir le com­mu­nisme chi­nois, mais se fai­sait re­fou­ler à la fron­tière. On avait en­voyé le scé­na­rio à Fran­çois Truf­faut et Alain Res­nais, qui nous avaient ré­pon­du très ai­ma­ble­ment qu'ils n'étaient pas in­té­res­sés. À l'époque, les gens ré­pon­daient en­core. »

L'es­pion qui ai­mait L'époque, c'est celle, af­frio­lante, où Hong Kong, ilot li­bé­ral ac­cro­ché à un Em­pire du Mi­lieu sous la botte de Mao, est la des­ti­na­tion en vogue de la jet-set mon­diale. Puisque la ville abrite aus­si un fes­ti­val du film, il n'est pas rare d'y croi­ser quelques stars fran­çaises, de Mi­reille Darc à Lino Ven­tu­ra, en pas­sant par Em­ma­nuelle Ri­va, qui raf­fo­lait du me­nu pro­po­sé par le Sea Pa­lace, cé­lèbre res­tau­rant flot­tant qui ap­pa­raît dans L'Homme au pis­to­let d'or. Mais c'est aus­si celle des at­ten­tats à la bombe : « Il y avait trois types de bombe, se sou­vient Phi­lippe Dre­von. Les vraies bombes, qui ex­plo­saient ; celles qui pas­saient pour vrai, mais ne sau­taient ja­mais ; et les fausses, qui ne trom­paient per­sonne. On vi­vait dans un cli­mat par­ti­cu­lier. »

Nous sommes au mi­lieu des an­nées 1970 et l'homme est à la tête du bu­reau lo­cal de la division in­ter­na­tio­nale de la so­cié­té Pathé. C'est un coup du des­tin qui a ame­né cet an­cien at­ta­ché com­mer­cial au consu­lat de France à Hong Kong, sous le tro­pique du Can­cer. Phi­lippe Dre­von a d'abord été es­pion au SDECE (le Ser­vice de Do­cu­men­ta­tion Ex­té­rieure et de Contre- Es­pionnage, an­cêtre de la DGSE), mais la na­tio­na­li­té al­le­mande de sa fu­ture épouse, que son su­pé­rieur goû­tait peu, l'a mis de­vant un di­lemme : l'amour ou la pa­trie ? « J'ai choi­si l'amour. » Com­mence ain­si une car­rière dans la di­plo­ma­tie qui va em­me­ner le couple aux quatre coins du monde, avant qu'il ne prenne le poste qui l'a fait at­ter­rir au coeur de la perle d'Orient. Un jour, tout s'en­chaine : « J'ai re­çu un té­lé­gramme de Pa­ris qui di­sait en gros : “Le pa­tron de Pathé- Over­seas en Asie est par­ti avec la caisse.” Je re­çois les di­ri­geants de la so­cié­té pour voir ce qu'il en est et leur in­dique la marche à suivre pour se sor­tir de ce mau­vais pas. À la fin de leur sé­jour, ils me pro­posent de re­prendre le poste. As­pi­rant à une vie plus ar­tis­tique, j'ai sai­si l'oc­ca­sion. »

Par Be­noit Mar­chi­sio

Phi­lippe Dre­von s'oc­cupe de tout le mar­ché asia­tique et doit faire exis­ter les films fran­çais face à la concur­rence fé­roce des films de kung-fu et du ci­né­ma amé­ri­cain, qui en­va­hissent dé­jà le comp­toir an­glais. « Les OSS 117 d'An­dré Hu­ne­belle ont été de beaux suc­cès. Mais de ma­nière gé­né­rale, les Chi­nois trou­vaient que nos films étaient trop ba­vards et que nous ne met­tions pas as­sez nos ac­trices en avant… » Par­fois, il par­vient à vendre quelques titres, comme à ce com­pa­triote ex­pa­trié qui roule en Rolls et pos­sède une poi­gnée de salles à Hong Kong, aux Philippines et en Thaï­lande. Et une troupe de co­miques fran­chouillards, Les Char­lots, a su s'at­ti­rer les bonnes grâces du pu­blic hong­kon­gais. Il ne fal­lait qu'un pas pour qu'ils viennent tour­ner sur place. Ce pas, c'est Ch­ris­tian Fech­ner qui le fran­chit. Le lé­gen­daire pro­duc­teur au ci­gare vient sur place et pitche au boss de Pa­théO­ver­seas l'idée de son film : la reine d'Angleterre ar­rive à Hong Kong et se fait kid­nap­per. Dé­bor­dés, les ser­vices an­glais font ap­pel à leurs ho­mo­logues fran­çais. Et, en at­ten­dant de re­trou­ver la vé­ri­table mo­narque, ils dé­cident de faire pas­ser une femme de mé­nage pour the queen. « Cette femme exis­tait vrai­ment. Elle s'ap­pe­lait Hu­guette Fun­frock, c'était l'épouse d'un mé­de­cin lyon­nais et elle ga­gnait sa vie parce qu'elle était le so­sie de la reine. Nous l'avons in­évi­ta­ble­ment cas­tée. » Coup de chance, la vé­ri­table pa­tronne du Com­mon­wealth doit pas­ser à Hong Kong dans les se­maines qui viennent : Fech­ner uti­li­se­ra les images des Nou­velles de Pathé dans son film, et cou­pe­ra sur Fun­frock pour les gros plans. L'af­faire se met tran­quille­ment en

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