‘‘Le but de Pou­tine est de nous faire chier’’

So Film - - ~ Hors- Champ~ - Par Thier­ry Lou­nas, au fes­ti­val de Lo­car­no – Illus­tra­tion : Iris Hatz­feld “Il n’y a pas d’autre joie que de vivre en­semble au­jourd’hui.”

Le ci­néaste Otar Ios­se­lia­ni, 81 ans, est connu pour ses films noirs et co­casses. Il re­vient en salle avec Chant d'hi­ver pré­sen­té cet été au Fes­ti­val du Film de Lo­car­no. Dans le nou­veau long mé­trage de l'au­teur d'Adieu, plan­cher des vaches !, il est donc ques­tion de Ré­vo­lu­tion fran­çaise, de pillages mo­dernes et de clo­chards pa­ri­siens. Il existe peu de ci­néastes qui s'in­té­ressent en­core au monde tel qu'il est. Ios­se­lia­ni est de ceux- là, loin des idéo­lo­gies et avec la dent dure qui ca­rac­té­rise le Géor­gien, pas fran­che­ment pro- eu­ro­péen, en­core moins pro- Pou­tine, évi­dem­ment.

Noir c'est noir, est- ce qu'il y a quand même de l'es­poir ?

Mon der­nier film dit : « Tout est cau­che­mar. » Il reste quand même deux potes qui se brouillent, certes, mais qui s'aiment et se par­donnent. Il n'y a rien à at­tendre d'autre que l'ami­tié. Dans ce monde, il est de­ve­nu rare d'avoir le bon­heur de faire un mé­tier, mais ce­la nous sauve. On sait bien que les guerres ne sont que des pré­textes au pillage, à un si­nistre pillage ab­surde et pa­thé­tique, que Cha­plin a ma­gni­fi­que­ment mon­tré.

Go­dard trouve qu'au­jourd'hui on sent que le monde bouge sous nos pieds. Vous pen­sez la même chose ?

Ce dont Go­dard fait preuve, c'est d'un op­ti­misme de ga­min éter­nel. Vous sa­vez, même si j'ai du res­pect pour lui comme ci­néaste, le plus brillant de sa gé­né­ra­tion, je dé­teste cette sa­lo­pe­rie de Nou­velle Vague. Il n'y a ja­mais eu de vague, en­core moins de nou­velle. Quand il pro­non­çait cette phrase, il par­lait du Prin­temps arabe… De­puis le pro­phète Ma­ho­met, qui est ve­nu mettre de l'ordre dans le bor­del arabe, les choses ont bien chan­gé. Les Arabes nous ont ap­pris mille choses, mais main­te­nant il y a ces gens au dra­peau noir ex­trê­me­ment mé­chants. Ils dé­testent le genre hu­main. Com­ment peut-on cou­per une tête au nom d'Al­lah ? Cou­per des têtes d'in­no­cents, c'est ex­trê­me­ment agres­sif, c'est sim­ple­ment hon­teux. Mit­ter­rand m'avait in­vi­té à l'an­ni­ver­saire du bi­cen­te­naire de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise pour le­quel une grande fête était or­ga­ni­sée. Mais com­ment peut-on se ré­jouir de cette Ré­vo­lu­tion ? Cou­per la tête de Ma­rie-An­toi­nette, qui ne com­pre­nait rien à ce qui se pas­sait, de Louis XVI qui était loin d'être le pire des mo­narques, cette ter­reur in­ouïe qui a sui­vi… J'avais de­man­dé au pré­sident pour­quoi le 14 juillet ne se­rait pas plu­tôt une jour­née de deuil na­tio­nal compte te­nu des hor­reurs qui ont été com­mises et

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