Après sa « tri­lo­gie du Texas » , Ro­ber­to Mi­ner­vi­ni a pré­sen­té à Cannes ( Un Cer­tain Re­gard) une Loui­sia­na Sto­ry dans la veine de Ro­bert J. Fla­her­ty, entre do­cu­men­taire et fic­tion. Ar­mé, il pé­nètre dans un ghet­to blanc de West Mon­roe, la ca­pi­tale de la mét

So Film - - ~ Cahier Critique~ -

L'Ita­lien Ro­ber­to Mi­ner­vi­ni s'est in­fil­tré chez les « white trash » étran­glés entre les Blancs riches et les Noirs pauvres, à Baw­com­ville, un quar­tier de West Mon­roe en Loui­siane du Nord, où la mé­tham­phé­ta­mine ( crys­tal meth), ad­dic­tive et bon mar­ché, flingue les 60 % de la po­pu­la­tion sans emploi. « La peur m'a ac­com­pa­gné tout au long du tour­nage. Elle a été ma plus grande force », com­mente le réa­li­sa­teur, qui sor­tait tou­jours ac­com­pa­gné d'un homme ar­mé, « le doigt sur la dé­tente » . Un ci­né­ma de tête brû­lée, donc, où la ca­mé­ra, loin de dé­zin­guer des cibles, s'en tient à son rôle : fil­mer. Mi­ner­vi­ni, for­mé au pho­to­re­por­tage par Da­vid Turn­ley, Prix Pu­lit­zer pour son tra­vail sur Ga­za et ses sept an­nées à suivre Nel­son Man­de­la, part au front avec une idée en tête, « la né­ces­si­té du mo­ment » . Ré­sul­tat ? Il se dé­gage de ses images une cer­taine pu­deur, voire de la stu­peur. En ou­ver­ture, le shoot d'une femme en­ceinte dans la loge d'une boîte de strip-tease avant de par­tir se dé­han­cher sur le bar de­vant des clients gras ra­conte le no go zone sui­ci­dé des États-Unis. Zé­ro es­poir, ni pour au­jourd'hui, ni pour de­main. Une jeune fille passe : « Soit elle va avec son père qui abuse d'elle, soit elle reste avec sa mère jun­kie » , com­mente Mi­ner­vi­ni.

Shoot, ba­by, shoot L'Ita­lien tourne alors le dos à cette pre­mière image choc pour se po­ser avec un couple de jun­kies, Mark et Li­sa. « Je n'ai pas fil­mé l'ar­chi­tec­ture de la ville. Mark et Li­sa pour­raient être n'im­porte où » , ex­plique Ro­ber­to Mi­ner­vi­ni, qui s'en re­met au bon vou­loir des amou­reux dé­fon­cés. « Mark était libre de dis­pa­raître quand il vou­lait, et ça ar­ri­vait tout le temps. Alors, je tra­vaillais avec les autres. J'étais prêt à tous les scé­na­rios, mais Mark, avec son vi­sage qui porte plein d'his­toires, a été suf­fi­sam­ment là pour res­ter le héros du film. » Quand Mark se pointe, il em­brasse à pleine bouche sa­li­vante et sans dent Li­sa, et lui fait des shoots d'hé­roïnes ou de poudre fa­bri­quée à la mai­son entre les seins. « Mark m'a fait dé­cou­vrir la crys­tal meth. En fu­mant avec lui, j'ai com­pris ses cau­che­mars, qui ve­naient le han­ter vingt-quatre heures plus tard. Et le sen­ti­ment d'in­vin­ci­bi­li­té, presque d'im­mor­ta­li­té. » In­vin­cibles, Mark et Li­sa se font leur ci­né­ma de­vant la ca­mé­ra de Mi­ner­vi­ni, qui os­cille entre Ken Loach et So­fia Cop­po­la : ils marchent nus dans les champs, pique-niquent avec des co­pains en vi­dant des bou­teilles d'al­cool à la fraîche. « Tu se­ras ma pute jus­qu'à ce que la mort nous sé­pare » , fixe la de­mande en ma­riage de Mark avant qu'il ne fasse un bad trip dans leur rou­lotte. « Le mec qui lui a fait l'in­jec­tion ve­nait de pas­ser dix ans en tôle. Il était ner­veux. La po­lice ro­dait pas loin. » Mi­ner­vi­ni res­serre son plan de sorte qu'on ne le voie pas, ca­lé sur son râle. « T'in­quiète pas, à Baw­com­ville, les sé­jours en pri­son à ré­pé­ti­tion ont vrai­ment di­mi­nué le nombre de per­sonnes ar­mées » , ras­sure la po­lice. Mi­ner­vi­ni prend le ren­sei­gne­ment comme une ex­pli­ca­tion à la vul­né­ra­bi­li­té des « white trash » , qui n'ont plus qu'à se dé­fon­cer et à dé­mon­ter Oba­ma, sans pour au­tant se lais­ser en­fer­mer trop fa­ci­le­ment dans une case. Ra­cistes – « cré­tin de né­gro » –, mais per­sua­dés qu'une Hilla­ry Clin­ton au pou­voir vau­drait mieux qu'un ré­pu­bli­cain conser­va­teur. Mi­ner­vi­ni ne com­prend pas et va trou­ver un groupe de pa­ra­mi­li­taires, en prise aux mêmes ré­ac­tions, dans une com­mu­nau­té du Middle West. Eux tirent à l'arme au­to­ma­tique sur des ef­fi­gies d'Oba­ma, comptent dans leurs rangs des Noirs qui s'en­traînent avec eux et pleurent en évo­quant le 4 juillet, fête de l'in­dé­pen­dance. « J'ai fil­mé la co­lère, celle des dro­gués qui se dé­truisent et celle des mi­li­ciens à l'aube d'une in­sur­rec­tion. Pour moi, c'est la même chose. Des gens qui se sentent ef­fa­cés de la carte. » Ma­rous­sia Du­breuil Pro­pos de Ro­ber­to Mi­ner­vi­ni recueillis par MD au fes­ti­val de Cannes.

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