An­dorre

So Film - - ~ Court Métrage -

de Vir­gil Ver­nier Chez Vir­gil Ver­nier, tout part tou­jours d'un lieu, gé­né­ra­le­ment an­non­cé sans dé­tour par le titre : un com­mis­sa­riat dans Com­mis­sa­riat, Or­léans dans Or­léans, les tours Mer­cu­riales dans Mer­cu­riales. An­dorre, on l'au­ra de­vi­né, se passe en An­dorre. Plus pré­ci­sé­ment, c'est au Pas de la Case que Vir­gil Ver­nier a plan­té sa ca­mé­ra : une pe­tite ville fron­ta­lière fa­meuse pour ses ma­ga­sins dé­taxés et sa sta­tion de ski. De tous les lieux fil­més à ce jour par le ci­néaste, c'est sans doute ce­lui qui se rap­proche le plus du non-lieu : pur es­pace de tran­sit entre la France et l'Espagne, c'est aus­si un pe­tit pa­ra­dis de la consom­ma­tion où les tou­ristes af­fluent chaque jour en masse pour faire le plein, entre autres choses, de clopes, d'al­cool et de To­ble­rone bon mar­ché. Qui­conque s'y est dé­jà ba­la­dé sait à quel point l'en­droit évoque un aé­ro­port à ciel ou­vert, avec ses douanes à pas­ser et ses bou­tiques du­ty free en veux-tu en voi­là. An­dorre n'est rien d'autre que la ten­ta­tive d'en­re­gis­trer, en plans fixes ou pa­no­ra­miques, l'étran­ge­té ab­so­lue de ce mi­cro­cosme tout en­tier voué au « bon­heur » de l'in­di­vi­du : consom­ma­tion, loi­sirs, bien-être… Pour un peu, le film res­sem­ble­rait presque à un spot pu­bli­ci­taire de l'of­fice du tou­risme : An­dorre, ses ma­ga­sins, ses rues, ses hô­tels, ses ca­si­nos, ses pistes de ski, ses spas. Tout y est. Mais fil­tré par le re­gard d'un ci­néaste qui ob­serve cet uni­vers en étran­ger, comme s'il ve­nait de dé­bar­quer sur une pla­nète in­con­nue. Les rayons où s'étalent et s'em­pilent à l'in­fi­ni les mêmes mar­chan­dises, la dé­me­sure per­ma­nente (les su­cettes géantes), l'ar­chi­tec­ture fu­tu­riste de cer­tains bâ­ti­ments, comme cette tour de verre qui rap­pelle une église : ber­cé par les nappes syn­thé­tiques de la mu­sique de James Fer­ra­ro, An­dorre prend par­fois l'al­lure d'un film de science-fic­tion, ten­dance dys­to­pique. « Il n'y a pas d'ave­nir ici » , conclut une jeune An­dor­rane après un speech sur l'ab­sence de pros­ti­tu­tion, de va­ga­bon­dage et de toute forme de cri­mi­na­li­té, et sur le sen­ti­ment de sécurité qui va avec. Et les autres ha­bi­tants ? On ne les ver­ra qu'au ci­me­tière, leurs noms et leurs por­traits gra­vés sur des pierres tom­bales. Ne reste plus qu'une horde de tou­ristes consom­ma­teurs, écu­mant les bou­tiques comme les zom­bies er­raient dans un centre com­mer­cial chez Ro­me­ro. Maxime Wer­ner. est diff usé le 7 dé­cembre dans

An­dorre

France 3.

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