Faire un film sur la mou­moutte d’Agas­si

Par Éric Ju­dor

So Film - - ~ Happy End~ -

Par­rain de la 5ème édi­tion du Jour le plus Court, Éric Ju­dor au­rait pu de­ve­nir ten­nis­man pro­fes­sion­nel, s'il n'avait pas été meilleur gag­man. Alors for­cé­ment, pour dé­truire le mythe An­dré Agas­si au ci­né­ma, il au­rait sa pe­tite idée. L'his­toire d'Agas­si, elle est folle. Il y a une fi­nale qu'il a jouée à Ro­land Gar­ros où il por­tait une per­ruque et il était en train de la perdre pen­dant le match. Ça l'im­por­tait plus que de ga­gner ou de perdre le match. Je trouve ça dingue. C'est pas co­ol, on a fi­lé le gé­nie ten­nis­tique à un mec dont la seule pas­sion était sa coupe de che­veux. J'ima­gine des plans ser­rés sur la per­ruque qui com­mence dou­ce­ment à glis­ser, la sueur qui coule le long de ses tempes… Tout au long du film, Agas­si com­mence à perdre ses che­veux, il an­goisse, com­mence à mettre cette per­ruque et le cli­max, c'est cette fi­nale. Comme on filme un homme et sa faille, en termes de mu­sique, j'irais plu­tôt sur du Wa­gner, du Bach, un Re­quiem de Mo­zart, voire une Messe des Morts. Il faut que ce soit triste. Pour jouer Agas­si, comme les spor­tifs en gé­né­ral ne sont pas les meilleurs co­mé­diens, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de le prendre lui. En même temps, c'est un showman… Fau­drait lui faire pas­ser des es­sais. Si­non, j'op­te­rais pour le cas­ting sau­vage. Parce que je dé­teste tous ces matchs de ten­nis foi­reux où les gens font sem­blant de bien jouer, alors que ce­la se voit que les mecs, ils font n'im­porte quoi. Donc j'irais cher­cher un bon ten­nis­man, et en­suite je lui don­ne­rais des cours d'ac­ting, plu­tôt que l'in­verse.

Je pen­che­rais pour un truc bur­lesque et psy­cho­lo­gique, un peu dark, dans le sens où tu sens que pour lui, c'est une pe­tite mort de perdre ses che­veux. La fin se­rait gro­tesque, mais tou­jours en em­pa­thie avec le per­son­nage. Ayant moi­même su­bi cette hu­mi­lia­tion très jeune, je m'en mo­que­rais, mais sans condes­cen­dance. Je le vois face ca­mé­ra, triste, avec un lent tra­vel­ling avant et le pu­blic qui hurle de rire au­tour, sa per­ruque au sol, sur la terre bat­tue. Et lui, avec son re­gard de co­cker triste, qui re­garde pleine bille la ca­mé­ra. Fi­na­le­ment, les rires de­viennent une sorte d'écho loin­tain et on reste sur son vi­sage dé­con­fit. Il y au­ra peut-être quand même un plan sur sa fu­ture femme : Stef­fi Graf, dans les gra­dins, au mi­lieu des hyènes, qui se pince les lèvres et qui souffre et pleure avec lui. Ce se­rait son Adrienne, in­car­née par Ma­rion Co­tillard, si on vise l'in­ter­na­tio­nal.

Pro­pos recueillis par Ra­phaël Clai­re­fond / Illus­tra­tion : Sté­phane Ma­nel

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