Ce­la ne date pas d'hier, la jungle est un dé­cor de ci­né­ma gran­diose, d'où les aven­tu­riers de la ca­mé­ra ne sont pas sou­vent pas re­ve­nus in­demnes. Alors quand un jeune réa­li­sa­teur co­lom­bien dé­cide de se plon­ger de­dans pour conter la ren­contre entre l'Ama­zon

So Film - - ~ Cahier Critique~ -

Un pou­mon vert en noir et blanc, ce­la a de quoi sur­prendre. Dans la vi­bra­tion des feuilles et le ser­pen­te­ment des lianes, on pour­rait bien prendre le ciel pour son re­flet dans l'eau, le réel pour une hal­lu­ci­na­tion. Mais al­ler contre le réa­lisme, n'est-ce pas fi­na­le­ment le meilleur moyen de rap­pe­ler que la jungle ne res­semble en rien à ce qu'on at­tend en prin­cipe du réel ? Avec L'Étreinte du ser­pent, Ci­ro Guer­ra a trou­vé un juste mi­lieu entre at­ten­tion for­ma­liste, puis­sance du su­jet et ef­fi­ca­ci­té nar­ra­tive. En 1907, por­té par son guide Man­du­ca, es­clave in­dien li­bé­ré, un eth­no­logue al­le­mand ar­rive mou­rant aux pieds de Ka­ra­ma­kate, l'un des der­niers cha­mans d'un peuple in­dien dé­ci­mé, dans l'es­poir d'être gué­ri et de pou­voir ra­me­ner chez lui le fruit de ses ex­plo­ra­tions. En échange de sa gué­ri­son, l'aven­tu­rier pro­met au cha­man de le me­ner aux siens, qu'il af­firme avoir ren­con­trés. Des di­zaines d'an­née plus tard, un ex­plo­ra­teur amé­ri­cain veut confir­mer le ré­cit de voyage de son aî­né et re­trouve Ka­ra­ma­kate, ren­du amné­sique par des an­nées de so­li­tude. Les uns et les autres s'en­foncent dans la fo­rêt, le road mo­vie en pi­rogue peut com­men­cer, avec en ho­ri­zon la re­cherche d'une plante-re­mède hal­lu­ci­no­gène my­thique. Pour ra­con­ter ces deux his­toires en pa­ral­lèle, Guer­ra et son équipe se sont en­fon­cés eux aus­si dans la jungle. Pre­mier tour­nage de fic­tion dans la ré­gion de­puis plus de trente ans, huit tonnes de ma­té­riel ache­mi­nées en avion car­go DC3, dé­pla­ce­ments en 4x4, mo­to-taxis et ca­nots, ac­teurs et tech­ni­ciens en par­tie lo­caux, jus­qu'à un vieux guide spi­ri­tuel char­gé d'as­su­rer par des in­vo­ca­tions une bonne mé­téo… Au­de­là de la tour­nure mar­ke­ting, les in­gré­dients ont de quoi in­tri­guer.

C'est l'his­toire d'un Al­le­mand, d'un Amé­ri­cain et d'un In­dien Entre les deux Blancs, l'In­dien li­bé­ré et le cha­man, se construit un ami­tié de cir­cons­tance, fra­gile et pas tou­jours au beau fixe. Les Blancs ont beau être hu­ma­nistes, ce sont des en­to­mo­lo­gistes. Ils ne peuvent s'em­pê­cher de fi­ger tout ce qu'ils dé­couvrent, de s'ar­ro­ger l'écri­ture du fu­tur. Theo comme Evans sont cou­pés de leurs sens : l'un ne ré­agit pas aux drogues, l'autre ne rêve plus. Ka­ra­ma­kate est de­ve­nu un chul­la­cha­qui, un hu­main sans sou­ve­nirs ni émo­tions à force d'iso­le­ment, c'est même Evans qui doit lui rap­pe­ler com­ment pré­pa­rer les feuilles de co­ca. Le Blanc, c'est le fu­tur de l'In­dien s'il se dés­in­carne, son chul­la­cha­qui, son monstre. Quant à Man­du­ca, l'In­dien li­bé­ré, il est peut-être ce qui res­semble le plus à nos cultures mo­dernes mé­tis­sées : le cul entre deux chaises cultu­relles, il

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.