Suf­fit- il de dé­gai­ner l'ex­pres­sion « plai­sir coupable » pour cir­cons­crire le culte dont bé­né­fi­cie cette sé­rie gor­gée de sueur, de sang, de sexe et de whis­ky ? Et si n'était pas plu­tôt le meilleur wes­tern TV des an­nées 2010, entre Ta­ran­ti­no et le pre­mier

So Film - - ~ Cahier Critique~ -

Ban­shee Mad Max Dans le genre, la sé­rie True Blood s'était vite em­bour­bée dans le n'im­porte quoi le plus in­dé­fen­dable, tom­bant ra­pi­de­ment dans une sur­en­chère plus dé­bile qu'à son tour. À la production se trou­vait Alan Ball, sa­cra­li­sé pour son tra­vail sur Six Feet Un­der, mais vite dé­trô­né de son pié­des­tal. Au­tant dire que son ex­pé­rience pèse lourd dans la ba­lance de Ban­shee, créa­tion pour la chaîne Ci­ne­max, ver­sant plu­tôt jus­que­là dans les an­tho­lo­gies éro­tiques. Les pré­mices de la sé­rie dé­fient à elles seules l'en­ten­de­ment du spec­ta­teur aguer­ri: à peine sor­ti de taule, un Ar­sène Lu­pin red­neck as­siste à une fu­sillade mor­telle dans un bar. Ni une ni deux, notre héros en pro­fite pour as­su­mer l'iden­ti­té de l'un des ca­davres, shé­rif fraî­che­ment dé­bar­qué dans la pe­tite ville de Ban­shee. Dans l'Amé­rique du Pa­triot Act, Le stra­ta­gème de­vrait nor­ma­le­ment ne pas faire long feu, quand bien même le voyou se ré­vèle plu­tôt ef­fi­cace dans le main­tien bourre-pi­fesque de l'ordre. Mais le pos­tu­lat tient mi­ra­cu­leu­se­ment. Les pé­ri­pé­ties n'ont ré­gu­liè­re­ment au­cun sens, les per­son­nages os­cil­lent entre le prag­ma­tisme bour­rin et un vague sens de l'hon­neur de hors-la-loi. Ban­shee semble an­crée dans une réa­li­té pa­ral­lèle, dans un no man's land sans foi ni loi, si ce n'est celle du der­nier de­bout. Ce ter­ri­toire fan­tas­ma­tique chan­té par Claude MC ou par Will Smith, en des temps plus in­gé­nus.

Wild Wild West Avec à son apo­gée le spec­ta­cu­laire siège du com­mis­sa­riat dans le cin­quième épi­sode de la sai­son 3, Ban­shee en ap­pelle aux fan­tômes du wes­tern jusque dans son cas­ting, mel­ting-pot d'une tête d'af­fiche néo-zé­lan­daise (An­to­ny Starr), d'une trogne de The Wire (Fran­kie Fai­son), ou en­core d'un im­mense ac­teur da­nois ré­vé­lé par le film Dogme 95 Fes­ten (Ul­rich Thom­sen). Sa­tu­ré par ses cen­taines de dé­cli­nai­sons spa­ghet­ti, coin­cé sous les gra­vats des ci­né­mas de quar­tier, re­mi­sé aux ou­bliettes au fil du dé­pous­sié­rage his­to­rique de la conquête de l'Ouest, le wes­tern ne sur­vit au­jourd'hui que dans le ma­laise de ses er­rances ma­ni­chéennes pas­sées, quand il ne tente pas de les faire ex­plo­ser entre les mains sa­diques d'un Quen­tin Ta­ran­ti­no. Dans Ban­shee, au fond, le lo­gi­ciel du genre s'ac­tua­lise aux chaos du XXIe siècle. La pré­ten­due ci­vi­li­sa­tion n'a rien chan­gé. Si le wes­tern se voyait comme

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