Le nou­vel opus de l'ex­cellent Cor­ne­liu Po­rum­boiu ( était l'un des plus beaux films du fes­ti­val de Cannes. L'his­toire d'un bon père de famille qui se laisse em­brin­guer dans une ab­surde chasse au tré­sor par un voi­sin. Émo­tion à froid, longs dia­logues, rythm

So Film - - ~ Cahier Critique~ -

Le Tré­sor, Bu­ca­rest), Vos fi lms, et par­ti­cu­liè­re­ment Le Tré­sor, dé­ploient un hu­mour très par­ti­cu­lier… Je crois que ça me vient de l'Est, c'est comme une ma­nière d'échap­per à l'His­toire, au pré­sent… Mais tous mes per­son­nages sont très sé­rieux, ils ont quelque chose de Bus­ter Kea­ton. Moi-même, je suis sou­vent très sé­rieux jusque dans une es­pèce de fo­lie, comme ça. Donc il y a aus­si un peu d'au­to­dé­ri­sion là-de­dans. C'est jus­te­ment de là que vient la co­mé­die : le sé­rieux jus­qu'au ri­di­cule, al­ler jus­qu'au bout pour que tout s'écroule. J'aime ce type d'hu­mour à froid.

Ça res­sem­blait à quoi votre jeunesse dans une pe­tite ville de Rou­ma­nie ? Dé­jà, les films amé­ri­cains étaient in­ter­dits, c'était une dé­ci­sion po­li­tique. Alors, il y avait des films russes, in­diens, à la place… Du coup, moi j'étais plus dans la vi­déo et les sé­ries B amé­ri­caines que j'ache­tais au mar­ché noir, on trou­vait un peu de tout, même du por­no. Pour la faire courte, j'étais spé­cia­liste de Bruce Lee, mais je n'avais pas ac­cès au ci­né­ma d'au­teur, le « grand » ci­né­ma. Je me sou­viens, tu pou­vais al­ler voir des films dans le sa­lon de cer­taines per­sonnes pour 5 lei, comme un mi­ni ci­né­ma, sauf que c'était dif­fu­sé sur la té­lé, il n'y avait même pas de pro­jec­teur. Moi, j'avais la chance d'en avoir une à la mai­son.

Votre père était ar­bitre in­ter­na­tio­nal de foot, ça de­vait vous lais­ser du temps pour voir des fi lms… En fait, il avait des en­traî­ne­ments qua­si­ment tous les jours, c'était un rythme très strict. Et moi, je vou­lais être foot­bal­leur, mon père y croyait, alors je m'en­traî­nais sou­vent avec lui. Il avait une grande ri­gueur et j'ai beau­coup ap­pris de lui. Sauf que je n'étais pas tel­le­ment bon. J'au­rais pu de­ve­nir un joueur cor­rect de pre­mière division, avec des li­mites. J'ai­mais le foot, mais pas tant que ça dans la per­for­mance. Je n'étais pas un ob­sé­dé du ré­sul­tat. Mais je ne re­grette rien : ceux qui réus­sissent n'ont pas d'en­fance.

Là- bas, votre père était consi­dé­ré comme un no­table ?

Mon père était aus­si éco­no­miste, il était très connu dans notre pe­tite ville. Les gens sa­vaient qu'il avait la pos­si­bi­li­té d'al­ler à l'ex­té­rieur. Dans ce genre de contexte, il n'y a pas vrai­ment de classes, mais tout dé­pend de ta proxi­mi­té avec le pou­voir. On n'était pas vrai­ment riches. De toute fa­çon, si quel­qu'un du Par­ti com­mu­niste était riche, il de­vait ca­cher sa for­tune. L'éco­no­mie, c'était sur­tout du troc : par exemple, tu re­ve­nais en Rou­ma­nie avec du ca­fé et des pa­quets de ci­ga­rettes Kent, et tu don­nais ça au mé­de­cin qui était mal payé, qui le don­nait en­suite au prof de son fils. Après, tu don­nais du whis­ky à un mec du Par­ti… On re­trouve un peu dans Le Tré­sor ce sens de l'échange. On n'a pas le même sen­ti­ment de la pro­prié­té, en­core au­jourd'hui. Im­mé­dia­te­ment après la ré­vo­lu­tion, il fal­lait re­prendre vite ce qui était à soi, mais c'était tout le temps le bor­del.

À pro­pos des mésa­ven­tures du voi­sin du héros, qui ex­plique com­ment sa so­cié­té a cou­lé à cause de la crise, et qu'il n'a plus d'ar­gent, vous avez sou­vent en­ten­du ce genre d'his­toires ces der­nières an­nées ? Oui, parce que la crise en Rou­ma­nie, c'était une sorte d'ex­pan­sion de cré­dit et les banques ont fait n'im­porte quoi : des em­prunts avec des très hauts taux d'in­té­rêt. Les gens les pre­naient parce qu'ils vou­laient ache­ter je sais pas quoi… Beau­coup de gens ont per­du leur mai­son et beau­coup de pe­tites af­faires se sont cas­sées la gueule. C'était très dur. Vous ima­gi­nez aus­si qu'avec le reste de la nou­velle vague rou­maine, c'était presque une fo­lie de se lan­cer dans le ci­né­ma, dans un pays qui pro­dui­sait un ou deux films par an dans les an­nées 1990… Pro­pos recueillis par Ra­phaël Clai­re­fond au Fes­ti­val de Cannes. Pro­gram­ma­tion spé­ciale « Ci­né­ma rou­main contem­po­rain » au Black Mo­vie Fes­ti­val de Ge­nève du 22 au 31 jan­vier 2016. Plus d'in­fos sur : www. bla­ck­mo­vie. ch

Po­li­cier, Ad­jec­tif, 12 h08 à l'est de

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