Bé­liers

So Film - - ~ Cahier Critique~ -

un film de Grí­mur Há­ko­nar­son, avec Si­gurður Si­gur­jóns­son, Theodór Júlíus­son, Char­lotte Bø­ving.… En salle le 09 dé­cembre. Pour Noël, en­core une his­toire de famille bé­lier. Mais avec de vrais bé­liers, cette fois. Ou com­ment réus­sir un film ru­ral, en en fai­sant un conte tendre et cruel, en pull Shet­land.

Bé­liers com­mence par un mou­ton dans une bai­gnoire. Mais ce n'est pas de mé­choui qu'il s'agit. Gum­mi lave son plus beau bé­lier, il doit le pré­sen­ter le soir-même au concours agri­cole de son vil­lage, per­du dans une val­lée au nord de l'Is­lande. Son plus sé­rieux concur­rent s'ap­pelle Kid­di, son mou­ton à lui est noir, ils se dé­testent cor­dia­le­ment et ils sont frères. Pour des rai­sons obs­cures, ils ne s'adressent plus la pa­role de­puis qua­rante ans, mais vivent dans la même ferme cou­pée en deux, deux barbes blanches évo­luant au même rythme des tontes et des pâ­tures, deux com­bi­nai­sons an­ti-neige fluo, deux chep­tels is­sus d'une même famille ovine. Une famille de bé­liers illustre, qui fait la fier­té des éle­veurs de­puis des gé­né­ra­tions, et qu'il faut pré­ser­ver à tout prix. Le soir du concours, Gum­mi dé­couvre que le bé­lier vain­queur, ce­lui de son frère, est at­teint de la ma­la­die que re­doute tout éle­veur de mou­tons : la trem­blante. Les deux frères vont alors de­voir faire front, cha­cun de son cô­té, confron­tés à l'obli­ga­tion sa­ni­taire de sup­pri­mer leurs trou­peaux et à la né­ces­si­té de pré­ser­ver d'une dis­pa­ri­tion dé­fi­ni­tive la fa­meuse li­gnée de Bol­stad. Les rôles du sou­mis et de l'in­sou­mis, du sage et du tru­blion, s'échangent sur fond de pâ­tu­rages, alors que dans l'épreuve, la vio­lence et le dia­logue res­sur­gissent. Une his­toire hi­ver­nale Si vous vou­liez un bon film de Noël, n'al­lez pas cher­cher plus loin. Bé­liers est un conte, et comme c'est un bon conte, la mise en scène ar­ti­cule tou­jours avec beau­coup de soin la cruau­té et l'hu­mour, la dé­li­ca­tesse des ca­rac­tères et l'ar­chaïsme des rap­ports. On peut re­gar­der Bé­liers comme on li­rait une his­toire hi­ver­nale, oua­tée dans la neige, en­ve­lop­pés dans des pulls Shet­land rouges et verts, où la mo­der­ni­té des vétérinaires en­voyés pour veiller à la des­truc­tion des trou­peaux, les ma­chines, le té­lé­phone, tout ce­la ap­pa­raît ab­so­lu­ment in­con­gru. Une his­toire hi­ver­nale avec des agneaux, des morts et des re­nais­sances, des se­crets im­mé­mo­riaux, des fils pro­digues et des épreuves di­vines. La trem­blante du mou­ton est moins une ca­tas­trophe sa­ni­taire qu'un fléau bi­blique, une épreuve qui vient éprou­ver les âmes et bou­le­ver­ser la si­tua­tion des deux frères, un bou­le­ver­se­ment très lent, pu­dique et pro­fon­dé­ment res­pec­tueux de la fi­nesse des per­son­nages. Le film est une fable de frères fâ­chés, qui se dé­roule le long des sai­sons, avec Noël comme point d'orgue. Gum­mi a mis une belle che­mise, il s'ap­prête à ré­veillon­ner seul, sur la table du sa­lon, un pe­tit pa­quet qu'il s'offre à lui-même. On frappe à sa porte, il faut qu'il aille cher­cher son frère qui s'est éva­noui, saoul, dans la neige. Gum­mi désha­bille Kid­di et le plonge dans sa bai­gnoire, comme il l'avait fait avec son mou­ton pré­fé­ré, avant de le bor­der sur un ca­na­pé et de re­prendre le cours de son ré­veillon so­li­taire. Pro­ba­ble­ment une des plus belles scènes de Noël ja­mais vues.

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