La femme des ani­maux

So Film - - L'ouvreuse -

Elle a ob­te­nu sa carte verte grâce à un Jack Rus­sel, dres­sé des chèvres pour Sa­cha Ba­ron Co­hen. De­puis trente ans, Ma­thilde de Ca­gny se paye sur la bête. Com­prendre, elle s’agite der­rière les ca­mé­ras pour que les ani­maux se plient aux exi­gences des réa­li­sa­teurs et co­ha­bitent avec l’ego des stars. Los An­geles. Un ma­tin d’hi­ver entre les murs d’Uni­ver­sal Stu­dios. Cou­verte par de gi­gan­tesques pan­neaux noirs, une vaste ave­nue a pris des al­lures de fin du monde : taxis ren­ver­sés, lam­pa­daires per­cu­tés, ba­teau gi­sant au mi­lieu de la chaus­sée. Un mag­ma de neige ar­ti­fi­cielle et de jour­naux usa­gés se ré­pand sur une foule de fi­gu­rants af­fo­lés. Dans la co­hue, une femme en dou­doune manches courtes tend les bras. De­vant elle, un ca­niche à poils roux, dres­sé sur ses pattes ar­rière, pro­mène, dé­ten­du, un homme en laisse. Ma­thilde de Ca­gny tourne ici un spot de té­lé­vi­sion pour les re­charges de té­lé­phones por­tables. Cinq mil­lions de dol­lars les trente se­condes, des­ti­nées à une dif­fu­sion lors de la messe an­nuelle des pu­bli­ci­taires amé­ri­cains. « La der­nière

Par Paul Lu­cas

fois que j’ai fait une pub pour le Su­per Bowl, ra­conte-t-elle, c’était en 2001 pour Do­ri­tos. Moose (le Jack Rus­sel de la sé­rie Fra­sier qu’elle a dres­sé pen­dant onze sai­sons, ndlr) de­vait sau­ter en pa­ra­chute d’un avion pour at­ter­rir au mi­lieu de la pe­louse pour al­ler man­ger son pa­quet de chips dans les gra­dins avec les spec­ta­teurs. Je vous ras­sure, on a uti­li­sé un faux chien pour le saut. »

La ré­vé­la­tion Whis­kas Avant d’ap­prendre aux chiens à vivre sans pa­ra­chute, Ma­thilde de Ca­gny a pas­sé une jeu­nesse tran­quille dans un ap­par­te­ment exi­gu du bou­le­vard Pe­reire à Pa­ris. Le père est cadre chez Rhône-Pou­lenc, la mère femme au foyer. Ici, entre quatre frères et soeurs, Ma­thilde de Ca­gny suit l’iti­né­raire pro­gram­mé des filles de bonne fa­mille : équi­ta­tion le mer­cre­di, week-ends dans la mai­son de cam­pagne en Nor­man­die. En­ga­gée aux écu­ries du Châ­teau de Jeu­fosse par l’in­ter­mé­diaire de son père, elle dé­couvre les joies du dé­bour­rage (mon­ter un che­val pour la pre­mière fois, ndlr), mais aus­si le plai­sir, moins évident, de por­ter des seaux de tripes pour nour­rir les Saint-Hu­bert. « Je vi­vais au mi­lieu de cette fa­mille de chas­seurs. J’étais dé­gueu­lasse, pleine de bave, j’ado­rais ça. » À cette for­ma­tion de pa­le­fre­nière s’ajoute bien­tôt celle d’ap­pren­tie vé­to. Alors qu’elle vient faire soi­gner le chien de son frère, Ma­thilde se prend d’ami­tié pour le vé­té­ri­naire, qui lui pro­pose de ve­nir l’as­sis­ter. Il la laisse bien­tôt faire des vac­cins et même des soins à do­mi­cile. « J’avais 13 ans, c’était illé­gal. Je me fai­sais un fric mons­trueux en plus ! » Puis, vient sep­tembre 1983. Re­ca­lée au bac en ren­dant une feuille blanche, Ma­thilde se dit qu’il se­rait temps, l’an­née de ses 20 ans, de tailler la route. Di­rec­tion la Ca­li­for­nie. Sur place elle en­chaîne les pe­tits bou­lots, mais aus­si les fêtes. Un soir, elle tombe sur une pub pour de la nour­ri­ture pour chat, et c’est l’épi­pha­nie. « Je me sou­viens qu’il sau­tait sur une table, ren­ver­sait un vase et al­lait man­ger son Whis­kas ou un truc du genre. Je me suis dit : “Mais c’est ça que je veux faire !” » Alors, elle aborde un client ré­gu­lier du res­tau­rant où elle tra­vaille à l’époque. Pas exac­te­ment au ha­sard, puisque ce der­nier est scé­na­riste de Bir­dy – le film de 1984 dans le­quel Mat­thew Mo­dine se prend pour un oi­seau. Et voi­là com­ment l’homme ouvre son car­net d’adresses et donne dans la fou­lée quelques contacts de so­cié­tés de dres­sage à la jeune femme. « On m’a

« Je te dis que je ne peux plus des­cendre, bor­del ! »

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