JEAN-LOUIS MU­RAT

Au contraire de Ben­ja­min Bio­lay ou de JoeyS­tarr, le chan­teur Jean-Louis Mu­rat n’a pas re­joint le rang des mu­si­ciens-ac­teurs. Dés­in­té­rêt pour le ci­né­ma ? Or­gueil au­ver­gnat ? Par­lons plu­tôt d’un ca­rac­tère peu com­pa­tible avec le mi­lieu du sep­tième art. Car d

So Film - - LA UNE - PAR JEAN-VIC CHAPUS

Tu te sou­viens de ta pre­mière fois dans une salle de ci­né­ma ? J’ai un sou­ve­nir très brû­lant dans une salle qui s’ap­pe­lait Le Rex à La Bour­boule. C’était dans le cadre d’une sor­tie avec l’école. J’étais vrai­ment pe­tit, sans doute en ma­ter­nelle. Et donc on nous avait em­me­né voir un Walt Dis­ney. Im­pos­sible de me rap­pe­ler le­quel d’ailleurs. Le seul truc qui m’a re­mué, c’est une scène dans la­quelle un per­son­nage tom­bait à l’eau et se fai­sait cour­ser par des cro­co­diles. Là, je pousse des hur­le­ments. Ré­sul­tat : on a dû m’éva­cuer en qua­trième vi­tesse du ci­noche. Donc, ma pre­mière image du ci­né­ma, c’est ça : une sen­sa­tion d’ef­froi. Et en­core au­jourd’hui, une par­tie de moi reste blo­quée sur ce sou­ve­nir. Dès que je vois un truc qui craint comme ça, à la té­lé ou dans une salle, je me casse ! La vio­lence je peux la sup­por­ter, mais dans un film qui au­rait dé­jà plus de qua­rante ans d’âge. Si je vois Lee Van Cleef pous­ser la porte d’un sa­loon et dé­gai­ner son colt, ça passe. Je me dis : «Van Cleef il est dé­jà mort. Le mec qu’il est en train de plom­ber est mort aus­si. Tout va bien… »

A l’ado­les­cence tu com­mences à t’in­té­res­ser à la mu­sique amé­ri­caine : rock, folk, soul. Ta culture ci­né­ma prend-elle le même che­min ?

Vers 13 ou 14 ans, je suis re­tour­né au ci­né­ma pour voir Tant qu’il y au­ra des hommes (Fred Zim­mer­man, 1954). Tou­jours à La Bour­boule. A tout cas­ser, on de­vait être deux dans la salle. Dans la fou­lée, j’ai aus­si pris mon ti­cket pour Au­tant en em­porte le vent et je pense vrai­ment que le film est en­core mieux que le bou­quin. Ca tient à tout le pe­tit bri­co­lage d’Hol­ly­wood, à la haute tech­ni­ci­té de l’équipe. Dans ce film tout claque : le moindre la­cet, la moindre flamme, le moindre ri­deau vert, la moindre robe... Pour moi, ce truc in­carne le triomphe des pe­tites mains qui bos­saient à Hol­ly­wood. Moi, quand je vois Au­tant en em­porte le vent, j’ai l’im­pres­sion que même ceux qu’on ne voit pas à l’écran sont au top. Le chauf­feur qui ame­nait Vi­vien Leigh sur le pla­teau de tour­nage, je suis sûr que c’était le meilleur chauf­feur de ba­gnole du mo­ment. Bon, on n’a ja­mais eu la preuve ir­ré­fu­table de ce truc, mais moi je pense que c’était comme ça Hol­ly­wood : les meilleurs bossent avec les meilleurs.

Ce qu’il reste de haute tech­ni­ci­té à Hol­ly­wood, on la re­trouve dans les films d’ani­ma­tion, les pro­duc­tions Pixar... Tu peux être sen­sible à ce genre de ci­né­ma ?

Le der­nier film gé­nial que je suis al­lé voir avec mes en­fants c’était Zoo­to­pie. Sen­sa­tion­nel ! Moi, j’ai écrit des chan­sons ins­pi­rées par Toy Sto­ry. C’est quand même très haut des­sus du lot Toy Sto­ry, comme tous les films de John Las­se­ter, no­tam­ment les pre­miers courts-mé­trages. Pixar, c’est tout ce qu’il reste au ci­né­ma du vrai gé­nie de l’Amé­rique. C’est à dire que même un per­son­nage très se­con­daire a la qua­li­té de dé­tail et de psy­cho­lo­gie d’un pre­mier rôle. Tout est peau­fi­né à l’ex­trême. Ce qui se trouve au qua­trième plan vaut ce qu’il y a au pre­mier plan. Tu as une pro­fon­deur de champ qui te donne à toi, spec­ta­teur, une pro­fon­deur de sens. Chaque plan dans un Pixar est ha­bi­té par l’in­tel­li­gence.

Ca n’a ja­mais été une pers­pec­tive, pour toi, de tra­vailler dans le ci­né­ma ?

A 18, 20 ans, je me cher­chais. Je fai­sais le bar­man à Saint-Tro­pez ou à Avo­riaz, je bos­sais de nuit dans des clubs. Pen­dant ces an­nées, j’ai ren­con­tré Da­vid Ha­mil­ton, le réa­li­sa­teur. Lui, je l’avais re­pé­ré parce qu’il était tou­jours ac­com­pa­gné par les meilleures meufs. Il se pa­va­nait avec des sué­doises toutes im­bai­sables, au­tant su­cer un gla­çon. Donc moi, j’avais en­vie de le ren­con­trer pour ça et on est de­ve­nus in­times. Très vite, il me de­mande de tra­vailler un Ro­méo & Ju­liette à ma fa­çon. Mais comme je n’avais même pas vingt ba­lais, je ne me sen­tais pas de le faire. Un soir, Ha­mil­ton m’ap­pelle : « Viens bouf­fer à la mai­son. J’ai deux potes chez moi que je vais te pré­sen­ter ! » En dé­bar­quant, je me re­trouve face à Sam Spie­gel (pro­duc­teur entre autre de Sur les quais de Ka­zan, ndlr) et Jack Ni­chol­son. Le plus dingue, c’est que Spie­gel va se prendre d’af­fec­tion pour moi. Il m’avait à la bonne, peut-être parce que j’étais jeune, en­thou­siaste et dé­gour­di. Un jour, il me pro­pose de m’em­me­ner sur son yacht. Il me dit : « Tu vas par­tir

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.