AMY SCHU­MER & JUDD APA­TOW

Dans Mes Hé­ros co­miques (édi­tions Ca­pric­ci, par ailleurs co-édi­teur de So­film), qui sort pro­chai­ne­ment dans une tra­duc­tion fran­çaise, Judd Apa­tow rap­porte ses longues dis­cus­sions me­nées de­puis des an­nées avec l’élite de l’hu­mour U.S. par­mi les­quels Jer­ry

So Film - - SOMMAIRE -

Dia­logue. Un sa­vou­reux échange su­cré-sa­lé entre le king of co­me­dy Judd Apa­tow et celle qui a fait son der­nier spec­tacle en te­nue 100 % cuir, Amy Schu­mer. Où il est ques­tion des femmes en co­mé­die, d'éveil sexuel pré­coce et de pé­nis beau­coup trop gros, évi­dem­ment.

Judd : Ça ne s’ap­plique peut-être pas dans tous les cas, mais j’ai vu ré­cem­ment un film sur les femmes en co­mé­die – je crois que ça s’ap­pe­lait Les femmes ne sont pas drôles ? [ Wo­men Aren’t Fun­ny ?], et j’ai re­mar­qué que tu n’y étais pas. C’était un choix de ta part ? Amy : J’ai été cou­pée. En fait, je fais une ap­pa­ri­tion dans une scène, mais je ne parle pas. Judd : Oh, je pen­sais que c’était peut-être un choix po­li­tique, une fa­çon de dire qu’on ne de­vrait même pas être en train de dé­battre de ce genre de ques­tion. Amy : Non, ce dé­bat n’a pas de sens pour moi. Ça ne m’énerve même pas. C’est comme de­man­der : « Est-ce que les Juifs sentent le jus d’orange ? » C’est une ques­tion tel­le­ment bi­zarre. Même pas une ques­tion. Ce qui me parle, c’est cette ques­tion-là : « N’est-ce pas une époque for­mi­dable pour les femmes en co­mé­die ? » Il y avait des femmes très drôles dans toutes les émis­sions té­lé­vi­sées avec les­quelles j’ai gran­di. Judd : Les gens ont dit la même chose à la sor­tie de Mes meilleures amies. On n’y a ja­mais pen­sé en le fai­sant. Tout ce que je me di­sais, c’était : « Kris­ten Wiig est drôle. Ce se­rait drôle de faire un film avec elle. » En­suite, elle a eu cette idée de par­ler des de­moi­selles d’hon­neur, mais on n’y a ja­mais pen­sé comme à un film de femmes. À un mo­ment, en mi­lieu de tour­nage, on s’est dit : « C’est plu­tôt co­ol d’avoir au­tant de femmes aus­si drôles dans un film. » Mais ce n’était pas conscient ni rien. C’est à la fin qu’on s’est ren­du compte de ce que ça si­gni­fiait pour les gens, mais ce qui m’a cho­qué, même si le film a bien mar­ché, c’est qu’il n’y a eu presque au­cune suite. Amy : En quel sens ? Judd : Il n’y a pas eu d’autres films drôles do­mi­nés par les femmes. Les stu­dios n’ont pas sui­vi. Ils ne savent pas faire ça. Amy : De ce que j’en sais, les choses se passent de la fa­çon sui­vante : tu lis un scé­na­rio et tu te dis : « C’est drôle, je vais pas­ser les es­sais. » Tu sais que d’autres femmes, hi­la­rantes, passent aus­si les au­di­tions. Et au fi­nal, ils filent le rôle à Jes­si­ca Biel. Il y a des ac­trices gé­niales, vrai­ment jo­lies, mais qui ne sont pas drôles. Per­sonne ne s’est ja­mais dit : » Han, les gars, il faut que vous en­ten­diez Jes­si­ca Biel ra­con­ter cette his­toire. » Judd : Quand on a fait Les An­nées cam­pus, la note de la Fox, c’était : « Il faut que ce soit jo­li à re­gar­der. » Amy : Tu penses que c’est vrai ? Les gens ont vrai­ment be­soin que ce soit jo­li à re­gar­der ? Judd : J’y ai beau­coup ré­flé­chi. Je ne sais pas. Mais qu’est-ce que ça fe­rait si les gens vou­laient vrai­ment ça ? Amy : Je ne suis pas au-des­sus de tout ça. J’ai en­vie de voir Jen­ni­fer La­wrence man­ger des cé­réales. Judd : Je pense que ça dé­pend. Les gens sont contents de voir James Gan­dol­fi­ni ou Bryan Crans­ton. Ils sont contents quand ils voient Nurse Ja­ckie et tous les gens de Parks and Re­crea­tion. Je ne sais pas. Il y a la té­lé d’éva­sion et la té­lé de soap ope­ra, mais dans la plu­part des cas, tout ce qu’on veut, c’est des gens drôles ou in­té­res­sants. Tu fais par­tie de ceux qui pensent que la vie est plus fa­cile quand on est séduisant ?

Amy : Je ne pense pas que les gens beaux soient plus heu­reux que ceux qui ne le sont pas. Même chez les man­ne­quins, il y a tou­jours quel­qu’un de plus beau ou plus jeune. Donc quel que soit le do­maine où on évo­lue, tout est re­la­tif. Je n’ai pas dé­ve­lop­pé ma per­son­na­li­té ni mon sens de l’hu­mour parce que je ne me sen­tais pas sé­dui­sante. Je me trou­vais sé­dui­sante jus­qu’à ce que je vieillisse. C’était sans doute un mé­ca­nisme de dé­fense contre les souf­frances éven­tuelles. Mais je ne crois pas que les gens qui se sentent beaux se disent qu’ils n’ont du coup pas be­soin de faire tel ou tel truc.

Judd : Toi tu es dans une ca­té­go­rie étrange. Je di­rais que tout le monde te trouve belle, mais que tu n’es peut-être pas d’ac­cord avec cette opi­nion. Amy : Euh. Judd : Je vais par­ler de moi quelques se­condes. J’ai tou­jours pen­sé que j’étais dans l’entre-deux, du point de vue de l’ap­pa­rence, et qu’avec une bonne per­son­na­li­té, je pour­rais me his­ser au top. Mais ce n’est pas comme si les gens me trou­vaient beau dans mon dos. Je me dis qu’il y a des jours où on se sent beau et d’autres non, mais que le pu­blic nous voit d’une cer­taine fa­çon avec la­quelle on n’est pas for­cé­ment d’ac­cord. Ça te parle ? Amy : C’est sans doute vrai. Oui, tout à fait. Comme tu viens de le dire, il y a des jours où j’ai l’im­pres­sion d’être un monstre, pas du tout ai­mable et com­plè­te­ment im­bai­sable, et puis par­fois, de temps en temps, je me sens comme Elaine dans Sein­feld : « Et si j’étais moins sé­dui­sante que ce que je pen­sais ? » A moins que ce ne soit l’in­verse. Chaque fois que je me sens plus à l’aise avec ce que je suis, phy­si­que­ment, quel­qu’un dit un truc qui me fait re­des­cendre di­rect. Je pense que toutes les femmes res­sentent ça. Judd : Je m’in­ter­roge sur ce point parce que ça re­vient à se de­man­der à qui on pense s’adres­ser. Amy : C’est très in­té­res­sant. Judd : J’avais un an de moins que tout le monde à l’école. J’étais tou­jours le plus jeune de la classe, mais c’est seule­ment plus tard que je me suis ren­du compte que j’étais aus­si beau­coup plus pe­tit que tout le monde.

Amy : Phy­si­que­ment ? Judd : Oui, et quand je les ai un peu rat­tra­pés, en sixième ou en cin­quième, j’étais dé­jà ca­ta­lo­gué. Je crois que sur cer­tains points, ça m’a fait me sen­tir moins vi­ril. C’est pour cette rai­son que j’ai tou­jours eu l’im­pres­sion d’être un nerd. J’ai une femme ma­gni­fique et du suc­cès, mais tou­jours l’im­pres­sion d’être ce­lui qu’on choi­sit en der­nier pen­dant le cours de gym, et c’est ce qui a for­gé mon idée de la co­mé­die comme genre des mar­gi­naux. C’était une fa­çon d’at­ta­quer ce sys­tème que je trou­vais in­juste en­vers moi. Amy : Je di­rais la même chose pour moi. Judd : Quelle est ta ver­sion ? Que t’est t-il ar­ri­vé pe­tite qui t’a fait ré­flé­chir et dé­fi­nir ton sens de l’hu­mour ? Juste parce que l’am­biance était sombre à la mai­son ? Amy : Oui, et quelque chose de trop sombre et per­son­nel pour en par­ler. Mais pour en re­ve­nir à cette his­toire de

phy­sique, je di­rais que j’ai tou­jours été mi­gnonne, mais pas belle. Or, on était pu­ni pour ça. Je m’en suis ren­du compte très tôt. Judd : Le truc bi­zarre avec les filles, c’est qu’il y a un chan­ge­ment énorme entre l’école pri­maire et le ly­cée, alors que chez les mecs, le beau gosse de l’école reste le beau gosse du ly­cée. Les filles éclosent, se trans­forment. Voi­là le genre de fille avec qui j’ai tou­jours vou­lu sor­tir : la fille de­ve­nue jo­lie à la fin du ly­cée mais qui n’a tou­jours pas confiance en elle. Amy : C’est le jack­pot. C’est aus­si le genre de mec que je pré­fère, ce­lui qui a éclos mais qui se voit tou­jours comme un gros. Judd : Al Ro­ker. Amy : C’est l’exemple par­fait. Judd : Il a per­du du poids, mais il est tou­jours sym­pa avec toi. Amy : Parce qu’il se sou­vient. En ce qui me concerne, je n’avais pas de point de vue sur moi phy­si­que­ment. Tout ce que je sa­vais, c’est que j’étais as­sez jo­lie pour m’en sor­tir. Je me sou­viens qu’un de mes amis gar­çons m’avait dit que j’étais jo­lie au CM2. C’est l’an­née où j’ai eu mes règles. J’avais genre des seins, et un cul. Judd : Ça change tout. C’est une vraie pol­lu­tion à Long Is­land. Amy : Je ne me suis ap­pro­prié mon corps de femme que ré­cem­ment. Judd : Comment on se sent quand on vit sa pu­ber­té aus­si tôt ? On a les hor­mones qui tra­vaillent, comme les ados ? Amy : J’étais com­plè­te­ment ob­sé­dée par les gar­çons, à cou­rir par­tout pour es­sayer de les em­bras­ser. Mes pa­rents re­ce­vaient des ap­pels. Mais je n’étais pas très sexua­li­sée.

Je me sou­viens des crises de crois­sance, des dou­leurs aux seins. J’avais un corps que les autres n’avaient pas en­core. Les jar­di­niers me sexua­li­saient beau­coup – à Long Is­land, les jar­di­niers sont un peu l’équi­valent des ou­vriers du bâ­ti­ment ailleurs, tu sais. Je me di­sais en pas­sant de­vant leur four­gon­nette : » Oh, je suis beau­coup trop jeune pour ac­cueillir l’éner­gie sexuelle de ces types. » Je vou­lais bien de leur at­ten­tion, mais seule­ment quand je l’avais dé­ci­dé. Je sup­pose que c’est le cas de toutes les femmes. Per­sonne n’ac­cepte une at­ten­tion sexuelle non dé­si­rée. Mais ça me per­tur­bait : c’est pour ça que j’en parle au­tant sur scène. C’est un mé­lange entre es­sayer de com­prendre à quel point je suis at­ti­rante et rire de moi. Je me laisse fa­ci­le­ment convaincre que je suis ma­gni­fique. Par­fois on me dit : « Tu es vrai­ment une belle fille » , et je suis là : « Je sais » , et puis dans l’heure qui suit, je me re­trouve dans une si­tua­tion où j’ai l’im­pres­sion d’être un troll. Judd : En quoi tu rat­taches ce­la à l’en­vie d’être drôle ? Amy : C’était in­té­res­sant quand tu m’as de­man­dé à qui je m’adres­sais quand je suis sur scène. J’y pen­sais jus­te­ment il y a deux jours sur scène à Ro­ches­ter. C’est sans doute mal d’avouer ça, mais je me di­sais que j’étais en train de m’adres­ser aux femmes du pu­blic. Je suis ad­mi­ra­tive des types qui sont là pour les ac­com­pa­gner et qui ne se sentent pas re­je­tés parce que même si ce n’est pas un truc « vive les femmes, à bas les hommes » , la vé­ri­té, c’est que je m’adresse aux femmes, tout en main­te­nant as­sez l’in­té­rêt des hommes pour qu’ils aient en­vie de re­ve­nir. Judd : Qu’est-ce que tu leur dis ? Amy : « Vous faites de votre mieux et c’est as­sez. » Ça me vient du ly­cée, quand je dis­cu­tais avec mes co­pines et qu’on n’avait pas be­soin de faire sem­blant. On peut être juste là et dire : « Ça fait presque une se­maine que je ne me suis pas la­vé les che­veux ; tu veux sa­voir ce que j’ai man­gé hier soir ? » On se sent tel­le­ment hu­main, donc moins obli­gé de s’ex­cu­ser d’exis­ter. Judd : Ton spec­tacle res­semble à ça main­te­nant. Amy : C’est un confort pour les gens. On se sent tous mieux quand on ad­met que per­sonne n’a tout en même temps. Je ne connais per­sonne qui n’ait pas ce gros nuage noir au-des­sus de lui. Rien qu’en sa­chant ça, on se sent mieux. Judd : À quel âge as-tu dé­cou­vert les co­miques ? Amy : Très jeune, quand on re­gar­dait le Mup­pet Show. J’ai dé­cou­vert le stand-up après. J’ado­rais Gil­da. Les filles drôles me plai­saient beau­coup. Je me sou­viens avoir re­gar­dé Ri­ta Rud­ner, George Car­lin et Ri­chard Pryor. C’est mon père qui de­vait re­gar­der ça. Et Let­ter­man. Judd : Tu avais quel âge ? Amy : Dix ans, ou moins. Le stand-up est ve­nu pe­tit à pe­tit, mais pas avant le dé­but de la fac, quand j’ai dé­cou­vert Mar­ga­ret Cho et que je me suis vrai­ment plon­gée dans cet uni­vers. Judd : À quel mo­ment tu t’es dit : « Je peux faire du stand-up » ? Amy : Après la fac. J’avais vingt-trois ans. Judd : Ça t’a cou­té de te dire : « Bon, je vais ten­ter le coup » ? Parce que c’est un sa­cré cap, le be­soin de se mon­trer au micro, ou ne se­rait-ce que d’écrire une blague. Ça me ren­dait fou. À douze ans, j’es­sayais d’écrire des blagues. Amy : Quel âge tu avais pour ta pre­mière scène ? Judd : Dix-sept ans. J’en mou­rais d’en­vie de­puis mes qua­torze ans, mais j’avais peur de l’avouer aux autres. Amy : De mon cô­té, après la fac, j’ai fait par­tie d’une troupe d’im­pro qui nous ar­na­quait. Le type avait mon­té ça pour qu’on lui file tous cin­quante dol­lars par mois, mais ce n’était pas vrai­ment de l’im­pro. C’était de la co­mé­die de si­tua­tion com­plè­te­ment bar­rée, schi­zo­phrène, dé­li­rante. Je suis al­lée voir l’une des filles faire du stand-up un soir à Go­tham. C’était vers 18 heures et elle était en train de tout foi­rer. Tout le monde ra­tait tout. Je me suis dit : « Je veux es­sayer ça, parce que je ne sup­porte pas l’im­pro mais j’aime quand je dis quelque chose et que ça fait rire. » Judd : C’est in­té­res­sant. Ce n’est pas comme trou­ver l’ins­pi­ra­tion en voyant quel­qu’un se faire des­cendre. L’idée, c’est : « Bon sang, c’est mau­vais. Je peux faire mieux. » Amy : J’y pense en­core tout le temps. Ce n’est pas que je trouve ce que je fais gé­nial, mais c’est as­sez bon com­pa­ré à ce que d’autres font. Du coup, cette même se­maine, je suis pas­sée de­vant le club le jour de mon an­ni­ver­saire et je me suis dit : « Je viens de New York, je peux faire ve­nir les gens dans ces fau­teuils. » J’avais trois heures pour me pré­pa­rer. Judd : Tu as écrit en une jour­née ? Amy : En deux heures. Judd : Comment tu as été ? Amy : As­sez bonne. Judd : Tu te sou­viens de cer­taines choses ? Amy : J’ai une cas­sette. Je m’en sou­viens. Je ra­con­tais à quel point les mes­sages aé­riens m’en­nuyaient. Tu ne trouves pas que quand on parle de ses pre­mières blagues, même si on sait qu’elles étaient mau­vaises, on es­saie quand même tou­jours de les ai­mer ? Genre : je veux que tu croies que c’était drôle, mais je sais que ça ne l’était pas. Tou­jours est-il que je par­lais des mes­sages dans le ciel : comme c’est en­nuyeux, et puis ça s’ef­face, et on n’a ja­mais le temps de les lire. « Si on me de­mande en ma­riage comme ça, je di­rais : “Fuck You”. Donc cet été, faites-moi plai­sir, lais­sez le mes­sage à hau­teur des yeux. » Hor­rible. Mais ça s’est bien pas­sé, je crois. Les gens ve­naient me voir pour me de­man­der de­puis com­bien de temps je jouais. Je me suis dit que je pou­vais peu­têtre faire ça si je vou­lais. Judd : Comment tu ga­gnais ta vie à l’époque ? Amy : J’étais ser­veuse au Stea­khouse de Mi­chael Jor­dan. Judd : Tu es­sayais de jouer la co­mé­die à cô­té ? Amy : Oui, je pas­sais des au­di­tions. Mais un jour, une femme est ve­nue au res­tau­rant et m’a beau­coup ai­mée. Elle m’a dit : « Je vais te mettre en contact avec mon agent. » J’y suis al­lée et j’ai fait une pièce en un acte pour lui : « Vous êtes mé­diocre et j’ai trop de filles dans votre genre qui sont meilleures. » Judd : Ça m’est ar­ri­vé aus­si et je n’ai plus ja­mais joué. Amy : Sé­rieu­se­ment ? Judd : Oui. Amy : Ça m’a ren­due fu­rieuse. À un mo­ment, j’ai com­men­cé à faire des scènes ou­vertes. Les pires spec­tacles du monde. Judd : Il t’a fal­lu com­bien de temps pour as­su­rer ? Amy : Quatre ans, pas avant la fin de la tour­née Last Co­mic Stan­ding ( té­lé cro­chet amé­ri­cain dif­fu­sé sur NBC entre 2003 et 2010, puis en 2014 et 2015, des­ti­né à choi­sir un co­mique par­mi de

"Je ne suis pas au-des­sus de tout ca, mais j’ai en­vie de voir Jen­ni­fer La­wrence man­ger des ce­reales." Amy Schu­mer

nom­breux par­ti­ci­pants, ndlr). Je pou­vais faire cinq mi­nutes, mais pour te­nir vingt, il m’a fal­lu trois ou quatre ans. Judd : Comment s’est pas­sé le Last Co­mic Stan­ding pour toi ? Amy : C’était un rea­li­ty show, donc glo­ba­le­ment, les gens nous sou­te­naient. J’étais jeune, su­per en­thou­siaste, pas du tout en­dur­cie par le mi­lieu. J’étais su­per heu­reuse : « C’est gé­nial, les gars, on ra­conte des blagues ! » Judd : Jus­qu’où tu es al­lée ? Amy : Jus­qu’à la qua­trième place. Tous les autres le fai­saient de­puis vingt ans, mais c’était un avan­tage pour moi, parce que j’étais drôle spon­ta­né­ment et que j’avais du ba­gou. C’est le genre de com­pé­ti­tion fa­vo­rable aux pe­tits nou­veaux, qui ont une cer­taine fraî­cheur, plu­tôt qu’aux vieux ba­rou­deurs. Judd : Après, vous êtes tous par­tis en tour­née na­tio­nale et vous dé­tes­tiez tout le monde, c’est ça ? Amy : Cinq d’entre nous sont par­tis, et je mou­rais sur scène tous les soirs. Je pleu­rais dans le bus, puis je sor­tais pour re­faire le spec­tacle le soir sui­vant. Par­fois deux fois par soir. Après chaque spec­tacle, on avait des ren­contres obli­ga­toires avec le pu­blic, donc je de­vais res­ter pour par­ler avec tous ceux qui n’avaient pas ri pen­dant mon spec­tacle. Judd : Tu t’es amé­lio­rée en cours de tour­née ? Amy : J’avais une bonne ma­tière, mais j’ai ap­pris à mieux la vendre. À la fin, j’étais de­ve­nue as­sez in­sen­sible. Je souf­frais tel­le­ment chaque soir que j’ai ces­sé de m’en faire. À par­tir de là, c’est sur­tout de­ve­nu une ques­tion d’ex­pé­rience sur scène. J’avais peur de bles­ser quel­qu’un, parce que j’étais à Fayet­te­ville, en Ca­ro­line du Nord, à faire des blagues sur les gays qui ont tous le SI­DA. Je re­gar­dais la salle en me de­man­dant : « Tout se passe bien ? » Le pu­blic avait l’air de dire : « On n’al­lait même pas re­mettre ça en ques­tion, mais main­te­nant, on voit que toi oui. » Et je di­sais quelque chose de bien pire après, donc s’ils étaient mal à l’aise… C’est de­ve­nu mon truc, pié­ger les gens dans le rire. La vraie blague est in­si­dieuse, elle vient après ce qu’on pen­sait être la chute. C’était un camp d’en­traî­ne­ment à la co­mé­die. J’ai ga­gné des an­nées d’ex­pé­rience grâce à ça. Judd : Tu penses avoir eu une ex­pé­rience très dif­fé­rente des hommes sur cette tour­née, en tant que femme ? Amy : Pas en termes de pu­blic, mais d’amu­se­ment, oui ! Je ne suis ja­mais sor­tie avec quel­qu’un après un spec­tacle. Judd : Moi si. Amy : Ah oui ? Judd : Une fois. Amy : Qu’est-ce qui s’est pas­sé ? Judd : Ça a du­ré huit se­condes, et j’ai lu dans ses yeux qu’elle se ren­dait compte qu’elle avait fait une grosse er­reur. Puis on a re­cou­ché en­semble et ça a du­ré six se­condes. Elle avait l’air vrai­ment dé­pi­tée d’avoir fait ce choix. Je ne se­rais pas éton­né qu’elle soit de­ve­nue nonne après ça. Amy : Mon Dieu. Judd : Je me suis dit que je ne le re­fe­rais plus ja­mais. C’était hor­rible. Amy : C’est pour ça que je ne suis sor­tie que deux fois avec des co­miques. Judd : On s’en­nuie tel­le­ment en tour­née. Si tu es un mec, c’est presque comme s’il n’y avait rien d’autre à faire. Amy : J’ai tou­jours la flemme de pen­ser à ce que je peux faire après. Pour moi ça n’en vaut sim­ple­ment pas la peine. Rien que l’idée de par­tir ou de de­voir faire par­tir le type… beurk. Judd : Un jour, je suis sor­ti avec une femme après le Dal­las Im­prov. J’ai été tel­le­ment mau­vais qu’elle s’est en­dor­mie et qu’on n’a pas cou­ché en­semble. J’en ai par­lé à un ami après, un co­mique, qui m’a dit qu’à chaque fois qu’il se re­trou­vait avec une fille, ils cou­chaient en­semble. Moi j’étais là : « Elles te suivent jus­qu’au bout à chaque fois ? » J’étais comme un ga­min de treize ans. Amy : In­croyable. Judd : Elle m’a conduit à l’aé­ro­port le ma­tin. Amy : Mon Dieu. Judd : Tout son ma­quillage avait cou­lé. On au­rait dit une folle. On s’est fait ce genre d’au re­voir bi­zarre, quand on sait qu’on ne se re­ver­ra plus. Amy : On est cen­sés s’em­bras­ser pour se dire au re­voir, comme un couple ? Judd : Je me suis dit que c’était une si­tua­tion vrai­ment odieuse. J’ai tou­jours es­sayé d’évi­ter ça mais de temps en temps on s’en­nuie tel­le­ment qu’on se dit : » Je de­vrais es­sayer, pour voir ce que c’est. » Amy : Et puis tu te sou­viens que c’est in­fâme. Judd : Ce n’est ja­mais agréable. Amy : J’ai connu un coup d’un soir une seule fois dans ma vie. Judd : Pour­tant les gens consi­dèrent ton spec­tacle comme très sexua­li­sé. Amy : C’est vrai. Judd : Tu joues un per­son­nage ? Amy : C’est moi en par­tie. Parce que les choses aux­quelles tu es confron­té, les mo­ments les plus tristes, les pires de ta vie, c’est ce qui parle aux gens et ce qui leur plaît. En réa­li­té, j’ai presque tou­jours été en couple. Mais dans les phases d’en­tre­deux, je ne ré­siste pas au sexe. Je couche tout de suite. C’est dans ma na­ture. Si j’ai en­vie, je le fais. Je n’ai ja­mais uti­li­sé ça comme une mon­naie d’échange, mais en même temps, j’ai trente-trois ans et je suis cé­li­ba­taire, donc… Judd : Tu as le droit. Amy : J’ai une ou deux re­la­tions sexuelles par an, et les deux peuvent être hi­la­rantes. Judd : Mais elles s’ajoutent et les gens se disent : « Elle doit faire ça tout le temps. » J’ai dû avoir six ex­pé­riences dans ma vie, mais si j’en ra­conte trois sur scène, ça donne l’im­pres­sion que j’en ai eu des cen­taines. Amy : C’est vrai. Mais tu peux le faire sans être consi­dé­ré comme un ta­ré sexuel. Pas moi. Je l’ac­cepte. Judd : Mais ce sont des ex­pé­riences drôles. C’est ça le truc. Une ex­pé­rience sexuelle hor­rible peut être à la fois hu­mi­liante et hi­la­rante dans un stand-up ou un film. C’est ce qui donne les meilleures his­toires. Il n’y a pas mieux comme com­pa­gnon de table que ce­lui qui a plein d’his­toires de sexe hor­ribles à ra­con­ter. Amy : C’est sûr. J’en avais une l’an­née der­nière dans mon spec­tacle, sur le plus gros pé­nis que j’avais ja­mais vu. J’étais cé­li­ba­taire, ce qui ne m’était pas ar­ri­vé de­puis quatre ans. Je sor­tais avec un cat­cheur et avec lui le sexe était ab­surde. En­suite, je

"J’ai une femme ma­gni­fique, du succes, mais tou­jours l’im­pres­sion d’etre ce­lui qu’on choi­sit en der­nier pen­dant le cours de gym." Judd Apa­tow

suis sor­tie avec un type et je me suis ren­du compte que son pé­nis était beau­coup plus gros que ce que j’avais né­go­cié. Je t’ai sans doute dé­jà dit qui était le type, mais c’était un ath­lète que ma soeur ado­rait, un joueur de ho­ckey. Je ne re­garde pas le sport mais on a fi­ni par sor­tir en­semble, sur­tout parce que ma soeur n’ar­rê­tait pas de dire : « Mon Dieu, il faut que tu sortes avec lui ! J’ai rê­vé que vous tom­biez amou­reux ! » Je suis donc sor­tie avec lui sur­tout pour qu’elle pense que j’étais co­ol, mais il était vrai­ment sexy et on s’amu­sait bien. Je me di­sais : « Il ne se­ra ja­mais at­ti­ré par moi. Il pour­rait cou­cher avec des man­ne­quins. » Alors à la fin de la soi­rée, je lui ai dit : « Je vais sor­tir d’ici parce que je me sens un peu ab­surde à cô­té de toi. » Et lui m’a dit : « Non, je viens avec toi. » On est al­lés dans un autre bar, puis chez lui et… ce qui s’est pas­sé avec son pé­nis est tout à fait hor­rible et gê­nant. Judd : Je n’avais pas en­ten­du cette par­tie. Amy : Tu es cen­sée être très ex­ci­tée par un gros pé­nis, mais quand tu te re­trouves en face, c’est comme avec une li­corne. En théo­rie, tu as tou­jours vou­lu en voir une de près, mais une fois de­vant tu te dis : » Pu­tain » et tu te barres en cou­rant. « C’est juste un che­val avec une lance sur la tête. » Mais je me di­sais : « Non, il faut que tu le fasses. Tout le monde dit que c’est gé­nial. » Je me suis dit « Al­lons-y » , et j’ai fait plein de blagues sur le fait qu’il avait com­men­cé à me lé­cher la chatte parce qu’il était bien éle­vé, et que je m’étais ren­du compte en­suite qu’il fal­lait qu’il fasse des trucs comme al­lu­mer des bou­gies. Il a be­soin de dé­tendre la fille. Et puis il a sor­ti son ma­chin, genre c’est nor­mal. Il sif­flo­tait presque, comme si je n’al­lais rien re­mar­quer. J’es­sayais de me mo­ti­ver : « Al­lez, tu peux le faire ! T’as bien fait du volley au ly­cée ! » Judd : Il fal­lait ra­len­tir ton rythme car­diaque, comme un moine boud­dhiste. Amy : En­suite je lui ai de­man­dé : » Tu as un pré­ser­va­tif ? » Il a dit non. Je me suis dit : « Il veut me mettre au pied du mur. » Judd : Ils ne font pas de pré­ser­va­tifs pour cette taille. Amy : On a es­sayé mais ça n’a pas mar­ché du tout. C’était juste im­pos­sible. Il au­rait fal­lu que je change de corps. Judd : Il doit avoir l’ha­bi­tude, non ? Il sait que ça va ar­ri­ver. Amy : À un mo­ment je lui ai de­man­dé : « Tu es sé­rieux ? – Non, c’est nor­mal... » Et je me suis dit tant pis. À vingt ans, j’au­rais tout es­sayé, mais je suis dans la tren­taine main­te­nant : « Il me reste des Olive Gar­dens dans le fri­go, sa­lut. Ça n’ar­ri­ve­ra pas. Je ne me ba­la­de­rai pas dans New York avec un va­gin béant parce que j’ai cou­ché avec toi. » Judd : Tu ra­contes cette his­toire et tu de­viens la co­mique du sexe. Amy : J’ai l’im­pres­sion d’être une usur­pa­trice un peu in­com­prise. Sur scène, je ra­conte que je n’ai ja­mais pra­ti­qué le sexe anal et qu’au­cun mec ne m’a ja­mais éja­cu­lé au vi­sage. Je n’ai rien fait qui sorte de l’or­di­naire. Je suis tel­le­ment en­nuyeuse. Mais les gens n’en­tendent pas ça. Tout ce qu’ils voient, c’est que je parle de sexe.• EN­TRE­TIEN RÉA­LI­SÉ EN 2014 PAR JUDD APA­TOW. EX­TRAITS DE LA CONVER­SA­TION À PA­RAÎTRE DANS MES HÉ­ROS CO­MIQUES, EN­TRE­TIENS AVEC LES GÉ­NIES DE LA CO­MÉ­DIE ( CA­PRIC­CI).

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