La ques­tion qui tue : La météo fait-elle la pluie et le beau temps des en­trées ?

C’est une vieille ren­gaine d’al­ma­nach qu’on se trans­met de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion entre pro­fes­sion­nels du cinéma : le beau temps se­rait mau­vais pour les af­faires. Tan­dis qu’on dit en­core dans le lan­gage cou­rant, pour dé­si­gner un vi­lain cra­chin de no­vemb

So Film - - SOMMAIRE - PAR DA­VID HONNORAT

Cest au fond du bon sens, l'offre de loi­sirs aux­quels peuvent s'adon­ner les fran­çais à un ins­tant T est condi­tion­née par la météo. De même qu'il faut vrai­ment beau­coup ai­mer la pé­tanque pour y jouer par temps de pluie, seuls les mor­dus de cinéma pré­fèrent s'en­fer­mer dans les salles obs­cures par un beau so­leil de juin. En consé­quence, les dis­tri­bu­teurs ont tou­jours ten­dance à gar­der un oeil sur la météo. Eglan­tine Sta­sie­cki, res­pon­sable de la pro­gram­ma­tion Pro­vince chez Jour2Fête, s'en amuse : « J’ai beau es­sayer de faire la danse de la pluie, chez nous on a l’im­pres­sion que c’est une malédiction : à chaque fois qu’on sort un film, il fait beau le mer­cre­di. » Pour au­tant Na­tha­lie Cieu­tat, di­rec­trice de la pro­gram­ma­tion des Ci­né­mas Gau­mont Pa­thé, as­sure que » ce n’est pas la météo qui fait les en­trées » . En ef­fet, si le beau temps peut par­fois ex­pli­quer en par­tie une contre-per­for­mance, ce pa­ra­mètre est très ra­re­ment com­plè­te­ment dé­ci­sif et semble par­fois un peu re­le­ver de la su­per­sti­tion. « Il y a quand même quelques fan­tasmes sur le su­jet... » , tem­père ain­si Na­tha­lie Cieu­tat avant de pré­ci­ser : « Le plus pé­rilleux pour un film ce sont les pre­miers et les der­niers jours de beau temps. »

Les pre­miers beaux week-ends de l'an­née peuvent en ef­fet dé­tour­ner de nom­breux spec­ta­teurs des salles et le choix de pro­gram­mer un film au prin­temps re­vient à peu près à jouer à la lo­te­rie. « La pé­riode de mars à mai est tou­jours un peu in­cer­taine à ce titre » , ex­plique ain­si celle qui a tra­vaillé un mo­ment en dis­tri­bu­tion chez Wild Bunch avant, donc, de pas­ser cô­té ex­ploi­ta­tion en ar­ri­vant aux Ci­né­mas Gau­mont Pa­thé. Ces mois de l'an­née étant moins concur­ren­tiels pour les pe­tits films et le cinéma d'au­teur que l'au­tomne, prendre le risque de sor­tir à ce mo­ment-là peut s'avé­rer payant, en es­pé­rant de grosses averses. Pour au­tant, comme le pré­cise Eglan­tine Sta­sie­cki : « Ce n’est pas parce qu’il fait mau­vais temps que les gens vont se ruer en salles. » Sus­ci­ter chez le spec­ta­teur le dé­sir de voir un film est la mis­sion du dis­tri­bu­teur et, dans cette mis­sion, la météo n'est qu'un pa­ra­mètre de plus à prendre en compte. Dès lors, il n'at­tri­bue­ra pas plus l'échec d'une sor­tie à la météo qu'un cou­reur cy­cliste en fin d'étape, bien obli­gé d'ad­mettre que « les condi­tions étaient les mêmes pour tout le monde » . Il semble d'ailleurs que la ques­tion de l'im­pact de la météo sur les en­trées ne soit plus aus­si uni­voque que par le pas­sé. Le so­leil dis­suade de moins en moins les spec­ta­teurs fran­çais d'al­ler au cinéma. Ain­si, peut-on lire dans une sec­tion dé­diée de la page Wi­ki­pé­dia sur la fré­quen­ta­tion ci­né­ma­to­gra­phique, à la fin des an­nées 90 : « Le nombre de spec­ta­teurs en juillet/août a aug­men­té ré­gu­liè­re­ment de 8 % par an contre une hausse moyenne de 5 % sur l’an­née en­tière. » Comment les salles sont-elles par­ve­nues à at­ti­rer da­van­tage de spec­ta­teurs dans les mois les plus chauds de l'an­née ? Peut-être en par­tie grâce à la cli­ma­ti­sa­tion. «A ce su­jet j’ai une anec­dote, ra­conte Eglan­tine Sta­sie­cki. Je trou­vais les en­trées par­ti­cu­liè­re­ment basses dans un cinéma proche de chez moi sur un film qu’on sor­tait en plein été et je me suis aper­çue qu’on an­non­çait à la caisse que la clim était en panne. »

Mais l'été est aus­si re­de­ve­nu po­ten­tiel­le­ment at­trac­tif pour les sor­ties cinéma plus confi­den­tielles et plus seule­ment pour les tra­di­tion­nels block­bus­ters es­ti­vaux. Se­lon Na­tha­lie Cieu­tat : « Des pe­tits films d’au­teur peuvent vi­ser les mois d’été parce que la concur­rence est moins dense. Il n’y a pas ce qu’on ap­pelle un mur de pro­gram­ma­tion. » La so­cié­té Me­men­to avait par exemple fait le choix au­da­cieux de pro­gram­mer Win­ter Sleep en plein mois d'août. Le moins qu'on puisse dire du film de deux heures qua­rante-deux de Nu­ri Bilge Cey­lan, au­réo­lé de la Palme d'or au prin­temps 2014, et qui se dé­roule dans l'hi­ver nei­geux d'Ana­to­lie, c'est qu'il n'était pas vrai­ment de sai­son. Le choix s'est pour­tant avé­ré as­sez ju­di­cieux en per­met­tant de don­ner du temps au film, main­te­nu à l'af­fiche dans de nom­breuses salles jus­qu'à la fin sep­tembre pour at­teindre en fin de car­rière plus de 350 000 en­trées. Qu'en penses Eve­lyne Dhe­liat ? •

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