It Comes at night de Trey Ed­ward Shults

La bonne vieille tra­di­tion des films d’hor­reur à la créa­ture im­ma­té­rielle est en forme de­puis Phé­no­mènes ou ItFol­lows, mais Trey Ed­ward Shults réus­sit aus­si à ins­crire son ItCo­mesAtNight dans une nou­velle vague du cinéma d’hor­reur amé­ri­cain dont GetOut se

So Film - - SOMMAIRE - AVEC JOEL EDGERTON, RI­LEY KEOUGH, CH­RIS­TO­PHER AB­BOTT.

It Comes At Night a tout du film apo­ca­lyp­tique « post-Trum­pien » – un sur­vi­val à base de re­pli sur soi et d'os­tra­cisme violent, ob­sé­dé par la sé­cu­ri­té et « l'en­di­gue­ment » de la me­nace ex­té­rieure. Paul (Joel Edgerton, dé­gui­sé en so­sie bar­bu de Kurt Rus­sell pour l'oc­ca­sion), Kim et Will, leur fils de dix-sept ans, se bar­ri­cadent à l'in­té­rieur d'une mai­son iso­lée dans la fo­rêt afin de se pro­té­ger d'une mys­té­rieuse épi­dé­mie fou­droyante, sorte de « néo-peste » as­sor­tie de cloques vio­la­cées, de bile noire et d'yeux in­jec­tés de sang. Mé­fiants, ils ac­ceptent d'ac­cueillir un jeune couple aux abois et leur jeune en­fant. Après un gros plan inau­gu­ral sur le mal­heu­reux grand­père de Will ter­ras­sé par la ma­la­die, un champ-contre­champ dé­voile sa fille por­tant un masque à oxy­gène, l'in­ci­tant à « lâ­cher prise » avant qu'il soit je­té dans une brouette en­core vi­vant. Au vi­sage s'op­pose le masque, à l'hu­main l'in­hu­main d'un dis­po­si­tif hy­gié­niste gla­çant. Puis l'aïeul est exé­cu­té à bout por­tant par son gendre (ex-prof d'his­toire de­ve­nu aus­si bru­tal qu'un red­neck) sous les yeux du pe­tit-fils. Ce qui ter­ri­fie avant tout, ce n'est donc pas tant la ma­la­die que la sou­daine bar­ba­rie de ces per­son­nages prêts à tout pour sau­ver leur vie, la ful­gu­rance de la mé­ta­mor­phose des hommes et de leur bru- ta­li­té – « Tu n’as ja­mais vu de gens déses­pé­rés » , ex­plique jus­te­ment Paul à son fils.

Risque zé­ro

Il suf­fit d'un rien, d'un mi­nus­cule symp­tôme, et la po­li­tique du « risque zé­ro » se met en place en une se­conde, condam­nant l'in­fec­té po­ten­tiel à cre­ver sous bâche plas­ti­fiée. Dans la mise en scène de Shults, la vio­lence sur­git sur des temps très courts, lors de micro-scènes de wes­tern ac­cé­lé­rées (guet-apens, rè­gle­ment de compte, impasse mexi­caine) où la ten­sion se dé­cuple lit­té­ra­le­ment. Tout le film tient sur une es­thé­tique du dés­équi­libre et de la bas­cule culti­vant l'in­cer­ti­tude au su­jet des per­son­nages et de leurs re­la­tions, pas si loin de The Thing de Carpenter (d'où l'hom­mage à Kurt Rus­sell). Après le temps de la mé­fiance aux fron­tières de la vio­lence et de la sau­va­ge­rie émerge un vivre-en­semble har­mo­nieux mais fra­gile entre les deux fa­milles, où cha­cun contri­bue au bon­heur col­lec­tif à hau­teur de ses com­pé­tences comme dans les plus belles uto­pies. A bien des égards, It Comes At Night est donc une fable po­li­tique qui op­pose deux vi­sions de la so­cié­té : l'une fon­dée sur la confiance et le par­tage, l'autre sur la mé­fiance et l'in­di­vi­dua­lisme ex­trême in­car­né par le per­son­nage de Paul, lui qui n'a « confiance qu’en la fa­mille » . Dans ce huis clos pa­ra­noïaque, la conta­mi­na­tion est donc à la fois ex­té­rieure et in­té­rieure, poin­tant du doigt la pro­fonde crise mo­rale et hu­maine d'une po­pu­la­tion aveu­glée par la peur. Il n'y au­ra ja­mais d'ex­pli­ca­tions à cette étrange in­fec­tion qui en­vi­ronne les per­son­nages. Mais dès le dé­part, le constat est clair et net : le mal est dé­jà là, in­con­trô­lable et vo­la­til, pré­sent par­tout et vi­sible nulle part. Presque tous les sur­vi­val de ces der­niers mois – It Comes At Night, mais aus­si The Last Girl et Life ima­ginent ain­si la conta­mi­na­tion dé­fi­ni­tive de l'hu­ma­ni­té. Life s'ouvre et s'achève sur l'image ter­ri­fiante d'un alien maître de l'es­pace, créa­ture trans­lu­cide et à peine vi­sible, s'échap­pant de tous les sas et s'in­si­nuant dans le moindre es­pace sé­cu­ri­sé. Et l'image la plus poé­tique de The Last Girl est celle d'un bra­sier mor­do­ré pro­pa­geant des mil­liards de spores in­fec­tieuses. Le cinéma d'hor­reur est clai­re­ment en train de re­trou­ver un âge d'or, cris­tal­li­sant toutes les pho­bies d'une nou­velle pé­riode ré­ac­tion­naire. Mais au pays de l'hor­reur et de la peur de l'autre, quelques films choi­sissent de mon­trer l'échec as­su­ré d'un gou­ver­ne­ment de la mé­fiance : The Last Girl adopte triom­pha­le­ment le point de vue du « monstre » , et It Comes At Night ré­vèle le ca­rac­tère pro­fon­dé­ment au­to­des­truc­teur d'une telle po­li­tique. Car ici, s'at­ta­quer à un autre, c'est tou­jours por­ter une pre­mière at­teinte à soi-même. •

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