MA­CRON : À QUAND le bio­pic ?

Elu au terme d'une cam­pagne bour­rée de re­bon­dis­se­ments hol­ly­woo­diens, le plus jeune pré­sident fran­çais de l'his­toire pour­rait ins­pi­rer plus d'un ci­néaste. Mais com­bien de temps fau­dra-t-il au ci­né­ma fran­çais pour s'y col­ler ?

So Film - - LA QUESTION QUI TUE - PAR DA­VID HONNORAT

De l'autre cô­té de l'At­lan­tique, ça n'a pas trop traî­né. Ba­rack Oba­ma n'avait pas en­core ter­mi­né son se­cond man­dat que trois longs mé­trages de fic­tion lui étaient dé­jà consa­crés. : Oba­ma Anak Men­teng (2010) de Damien De­ma­tra, First Date (2016) de Ri­chard Tanne et Bar­ry (2016) de Vi­kram Gandhi. Trois re­gards sur la jeu­nesse et la vie amou­reuse du pré­sident qui ne se mouillent pas trop sur le ver­sant po­li­tique, mais le suc­cès tout à fait re­la­tif de ces films semble in­di­quer que le su­jet ne pas­sionne pas for­cé­ment les foules. Dans le cas d'Em­ma­nuel Ma­cron, la sin­gu­la­ri­té de son his­toire d'amour avec Bri­gitte Tro­gneux vient tou­te­fois for­cé­ment à l'es­prit. Se­lon Yann L'Hé­no­ret, réa­li­sa­teur du do­cu­men­taire Em­ma­nuel Ma­cron, les cou­lisses d'une vic­toire, dif­fu­sé sur TF1 en grandes pompes et en prime time dès le len­de­main du se­cond tour : « Les films sur le per­son­nage d'Oba­ma ne sont pas sur son exer­cice du pou­voir, mais sur l'ex­pli­ca­tion des fon­da­tions de ce qu'il est de­ve­nu. Ça c'est in­té­res­sant, et il y en au­rait cer­tai­ne­ment un à faire sur les dé­buts de Ma­cron, sur l'im­por­tance de sa re­la­tion avec Bri­gitte. » Yann L'Hé­no­ret qui, dans son film, s'est fo­ca­li­sé sur la cam­pagne, voit bien l'in­té­rêt de la fic­tion : « Cette his­toire d'amour-là est un truc qui, pour lui, est fon­da­teur. Ça a dû l'en­dur­cir, for­ger son ca­rac­tère. Il y a des consé­quences dans la suite de sa car­rière. » Le do­cu­men­ta­riste me­sure éga­le­ment le po­ten­tiel ci­né­ma­to­gra­phique de l'élec­tion qu'il a pu suivre de l'in­té­rieur : « La cam­pagne a été in­té­res­sante parce qu'il y a dé­mon­tré un sens po­li­tique im­pres­sion­nant. Per­sonne n'au­rait pu écrire ce qui s'est pas­sé pen­dant cette cam­pagne. L'en­chaî­ne­ment a été in­croyable. Et tout ça, ce sont des choses qui, en fic­tion, peuvent éga­le­ment très bien fonc­tion­ner. » Ré­tros­pec­ti­ve­ment, le des­tin pré­coce d'Em­ma­nuel Ma­cron n'évoque fi­na­le­ment pas tant de films que ça. On pense à quelques bio­pics par­mi les plus réus­sis comme Ama­deus ou The So­cial Net­work, mais des en­ne­mis forts, in­dis­pen­sables à l'écri­ture d'une bonne suc­cess sto­ry, ont sem­blé ab­sents du par­cours po­li­tique de Ma­cron.

INFILMABLE EN DO­CU­MEN­TAIRE

Et si son ad­ver­saire le plus in­té­res­sant se ca­chait ailleurs ? « Il y a un truc que je n'ai pas pu ra­con­ter comme j'au­rais vou­lu parce que c'est qua­si­ment infilmable en do­cu­men­taire, pré­cise L'Hé­no­ret. C'est tout ce qui a concer­né les cy­ber-at­taques. Ça ne fonc­tion­nait pas parce que j'avais sim­ple­ment des gens de­vant des écrans. Par ailleurs, le simple fait de fil­mer le dis­po­si­tif in­for­ma­tique d'En Marche !, pou­vait le fra­gi­li­ser. » Peu à peu, un sy­nop­sis prend forme : l'his­toire éton­nante d'un jeune gar­çon d'Amiens, ama­teur de poé­sie et de cor­dons bleus, qui, dans une Eu­rope trou­blée et un pays di­vi­sé, va tom­ber amou­reux de sa prof de théâtre, de vingt-quatre ans son aî­née, avant d'af­fron­ter le qu'en-di­rat-on et les ha­ckers russes jus­qu'à ac­cé­der à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique fran­çaise.

Pour au­tant, vu la fri­lo­si­té du ci­né­ma fran­çais dès qu'il s'agit de se pen­cher sur son his­toire ré­cente, il y a peu de chances de voir ar­ri­ver un tel film dans les an­nées à ve­nir. Les films consa­crés à un pré­sident de la Ve Ré­pu­blique sont ex­trê­me­ment rares. L'ex­cep­tion qui confirme la règle reste La Conquête (2011) de Xavier Dur­rin­ger sur Ni­co­las Sar­ko­zy mais qui semble, au­jourd'hui dé­jà, té­moi­gner d'une époque bien loin­taine. La vi­tesse à la­quelle le do­cu­men­taire de Yann L'Hé­no­ret a été dif­fu­sé en est la par­faite illustration : le temps po­li­tique est au­jourd'hui ce­lui de l'im­mé­dia­te­té. A titre de com­pa­rai­son, Ray­mond De­par­don, qui s'était li­vré au même exer­cice avec Va­lé­ry Gis­card d'Es­taing en 1974, mais, dif­fé­rence fon­da­men­tale, en ré­ponse à une com­mande de l'in­té­res­sé, avait dû at­tendre 2002 pour pou­voir sor­tir son film ( 1974, une par­tie de cam­pagne). La mise en scène et le sto­ry­tel­ling po­li­tiques sont dé­sor­mais tels que la réa­li­té re­lève dé­jà du ci­né­ma. Quelques se­maines avant le pre­mier tour, Ch­ris­tiane Tau­bi­ra, l'an­cienne mi­nistre de la Jus­tice, à la tri­bune d'un mee­ting de Be­noît Hamon, met­tait en garde contre « la ten­ta­tion de trans­for­mer un pro­gramme en hap­pen

ing et de confondre un pro­jet avec un bio­pic » . Em­ma­nuel Ma­cron, le film, ne sor­ti­ra peu­têtre ja­mais au ci­né­ma, tout sim­ple­ment parce qu'on l'im­pres­sion de l'avoir dé­jà vu.•

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