PABLO IGLESIAS

Avant d'in­car­ner le re­nou­veau de la gauche eu­ro­péenne avec son par­ti Po­de­mos, Pablo Iglesias a pa­tron­né des ou­vrages dans les­quels Game of Th­rones est trai­té comme es­pace de théo­rie du pou­voir, et don­né des cours d'ana­lyse po­li­tique du ci­né­ma à l'uni­ver­si

So Film - - SOMMAIRE - PAR PIERRE BOISSON ET FERNANDO GANZO – PHO­TO : DA­NI GAGO

Ex­tra. Avant d'in­car­ner le re­nou­veau de la gauche eu­ro­péenne avec son par­ti Po­de­mos, Pablo Iglesias a pa­tron­né des ou­vrages dans les­quels Game of Th­rones est trai­té comme es­pace de théo­rie du pou­voir, et don­né des cours d'ana­lyse po­li­tique du ci­né­ma à l'uni­ver­si­té. « Grâce au ci­né­ma on peut ex­pli­quer des concepts très com­plexes »

Vous vous êtes en­ga­gé en po­li­tique très, très jeune, mais votre dé­cou­verte du ci­né­ma est-elle aus­si liée à des films po­li­tiques ?

La pas­sion du ci­né­ma comme ob­jet po­li­tique, elle ar­rive après ma pas­sion po­li­tique tout court. Après les pre­mières ma­ni­fes­ta­tions. Je suis de­ve­nu mi­li­tant à 14 ans et certes, j'avais dé­jà vu des films po­li­tiques grâce à mes pa­rents, mais c'est plu­tôt quand j'étais doc­to­rant que l'ana­lyse po­li­tique du ci­né­ma m'a pas­sion­né et que c'est de­ve­nu un su­jet d'étude. Il y a des films qui ont mar­qué mon en­fance qui pour­raient avoir une lec­ture po­li­tique, sans doute, comme L'His­toire sans fin, film dont j'étais fou et dont on pour­rait ti­rer plein d'idées. En­suite, il y a des films que j'ai vus très jeune, comme ceux d'Ei­sen­stein, mais là en­core ce n'est qu'une fois que j'ai étu­dié le ci­né­ma so­vié­tique en tant que pro­jet ar­tis­tique, es­thé­tique et po­li­tique, que ce­la m'a vrai­ment pas­sion­né. Le pre­mier re­gard qu'on porte sur un film est tou­jours un re­gard de spec­ta­teur pur. En­suite, on peut construire des ou­tils pour ana­ly­ser po­li­ti­que­ment les films. C'est ce que je fai­sais quand j'étais prof à la fac, où j'as­su­rais un cours d'ana­lyse po­li­tique du ci­né­ma.

Ce cours sur le ci­né­ma que vous don­niez, il ser­vait à quoi ?

À com­prendre la po­li­tique par le ci­né­ma. Le pre­mier jour de cours, je de­man­dais à mes élèves d'écrire sur une fiche leurs cinq films et romans pré­fé­rés. Je me suis ren­du compte que leur for­ma­tion lit­té­raire était as­sez li­mi­tée, cer­tains avaient même du mal à ci­ter cinq romans im­por­tants pour eux. Mais en ce qui concerne le ci­né­ma, ils étaient très bien for­més, et avec un très bon goût. J'ai com­pris que grâce au ci­né­ma, je pou­vais ex­pli­quer des concepts po­li­tiques très com­plexes : l'iden­ti­té, les rap­ports de classe, de genre, ou la construc­tion d'une na­tion. Et en­suite, on pou­vait ar­ri­ver à l'ana­lyse po­li­tique du ci­né­ma pro­pre­ment dit : les mes­sages trans­mis de fa­çon ex­pli­cite ou im­pli­cite par l'image. Quand les étu­diants uti­lisent les ou­tils des gen­der stu­dies pour com­prendre les rôles du genre dans le ci­né­ma à des époques par­ti­cu­lières, c'est hal­lu­ci­nant. La sé­rie Mad Men a par exemple très bien adres­sé cette ques­tion du genre en mon­trant la do­mi­na­tion pa­triar­cale dans l'Amé­rique des an­nées 50. Tra­vailler des­sus avec les étu­diants, c'était très in­té­res­sant.

Donc les étu­diants com­prennent mieux le concept de genre à tra­vers MadMen ?

Exac­te­ment. Parce que les étu­diants au­jourd'hui ont une for­ma­tion au­dio­vi­suelle énorme ! Ils com­prennent toutes les règles du lan­gage au­dio­vi­suel, ils ont vu tel­le­ment de films, de sé­ries, de té­lé. Ça ouvre un champ to­ta­le­ment nou­veau, par­tout, y com­pris dans la science po­li­tique. Tu pou­vais ar­ri­ver très loin avec les étu­diants. Tous les textes théo­riques, même les plus com­pli­qués, étaient com­pris si, avant, la dé­mons­tra­tion pas­sait par le ci­né­ma.

Dans votre car­rière po­li­tique, ça vous a été utile, le ci­né­ma ?

J'ai sur­tout eu la chance d'avoir été ac­teur de théâtre ama­teur et de connaître un peu les mé­thodes clas­siques, et aus­si le théâtre po­li­tique, les tech­niques brech­tiennes ou pis­ca­to­riennes. Dans une aca­dé­mie de ci­né­ma, où je ne suis res­té qu'un an, j'ai ap­pris des

tech­niques ci­né­ma­to­gra­phiques, de pho­to, de scé­na­rio, du mon­tage, on fai­sait des courts mé­trages, plus tard j'ai créé des émis­sions té­lé où j'étais ani­ma­teur de dé­bats… Et c'est vrai que tout ça m'a été ex­trê­me­ment utile une fois en po­li­tique, où la com­mu­ni­ca­tion au­dio­vi­suelle est plus im­por­tante que ja­mais. De­puis le dé­bat Nixon – Ken­ne­dy, la maî­trise des codes au­dio­vi­suels n'a ces­sé de prendre de l'im­por­tance. Au Par­le­ment, par exemple, le rè­gle­ment est fait pour rendre les choses fa­ciles à ce­lui qui gou­verne : il est en théo­rie très dif­fi­cile d'in­ter­agir. Mais la dif­fu­sion des dé­bats, les chaînes par­le­men­taires ont chan­gé la donne. Les for­mats au­dio­vi­suels ont ap­por­té ça à la po­li­tique : main­te­nant on est face au scru­tin pu­blic d'une fa­çon plus claire.

Et quels sont les hommes po­li­tiques, ac­tuels ou pas­sés, qui vous im­pres­sionnent le plus comme « ac­teurs » ?

In­dé­pen­dam­ment de son idéo­lo­gie, une des fi­gures po­li­tiques qui m'a le plus im­pres­sion­né de tous les temps c'est Charles de Gaulle. C'est une fi­gure in­croyable à plu­sieurs ni­veaux.

C'est éton­nant !

Certes, mais la po­li­tique c'est comme le ci­né­ma, par­fois les formes évo­luent et ne vieillissent pas bien. Mais le gaul­lisme est un phé­no­mène po­li­tique es­sen­tiel pour com­prendre l'his­toire po­li­tique fran­çaise, je di­rais même au­jourd'hui. La fi­gure du gé­né­ral de Gaulle marque tous les hommes po­li­tiques fran­çais. Il est im­pos­sible de ne pas com­pa­rer un pré­sident de la Ré­pu­blique à de Gaulle, d'ailleurs sou­vent la com­pa­rai­son n'est pas avan­ta­geuse ! Même une fi­gure aus­si im­por­tante que celle de Mit­ter­rand tient mal la com­pa­rai­son face à de Gaulle.

Pour fil­mer les hommes po­li­tiques, le for­mat proche de la té­lé-réa­li­té de fil­mer 24 heures sur 24 est très à la mode. Fernando León de Ara­noa a fait un film de ce genre sur vous, Po­li­ti­ca,ma­nual­deins­truc­ciones. C'est dif­fi­cile de s'en­ga­ger dans cette trans­pa­rence to­tale ?

Je suis tom­bé amou­reux de l'idée de ce film moins en tant qu'homme po­li­tique que simple ci­né­phile. J'avais en­vie de voir ça. En fait, je pense que le film abuse trop de l'en­tre­tien, fi­na­le­ment. L'in­ter­view d'un homme po­li­tique c'est quelque chose de simple à ob­te­nir, il suf­fit de de­man­der, c'est du do­cu­men­taire po­li­tique clas­sique. Mais c'est tout le reste qui est dif­fi­cile à ob­te­nir ! Que la ca­mé­ra soit là lors des mo­ments ca­pi­taux. Par exemple, Vis­ta­legre 1 (as­sem­blée de Po­de­mos sur l'ave­nir du par­ti en 2014, ndlr) : voir les rouages, les dé­bats entre les dif­fé­rentes fac­tions du par­ti. Ça, c'est mer­veilleux et ça n'a presque ja­mais été fait au ci­né­ma. Ce n'est pas mé­dia­ti­sé.

Si on se de­mande comment fil­mer la po­li­tique, vous pen­sez que c'est la meilleure fa­çon ? Tout suivre par­tout ?

Ça per­met de cap­ter une par­tie. Ce qui n'est pas fil­mé et qui pour­rait avoir beau­coup d'in­té­rêt, ce sont les groupes de dis­cus­sion sur WhatsApp ou Te­le­gram. Est-ce bon pour la po­li­tique ? Je pense que non, parce que per­sonne n'ai­me­rait qu'on puisse ac­cé­der à ces dis­cus­sions. Mais le scé­na­riste qui au­rait ac­cès à ça au­rait un ma­té­riel im­pres­sion­nant sous la main. Il pour­rait trou­ver un ca­rac­tère ro­ma­nesque à la po­li­tique et donc s'ap­pro­cher de la vé­ri­té.

Vous pre­nez des notes sur les sé­ries et les films que vous voyez ?

Quand je tra­vaillais à l'uni­ver­si­té, oui, parce que j'avais beau­coup plus de temps. J'avais le crayon à la main pour prendre des notes, je te­nais un blog. Au­jourd'hui, mal­heu­reu­se­ment, je rem­place le sty­lo par une bière : je re­garde des sé­ries le soir, en man­geant ! Même si j'y ré­flé­chis, si j'aime in­ter­agir en­suite sur les ré­seaux so­ciaux, je ne peux pas y consa­crer au­tant de temps qu'avant. Une sé­rie qui reste pour moi un chef-d'oeuvre, c'est The Wire. Voi­là une sé­rie où le pro­ta­go­niste est la ville, où les rap­ports so­ciaux sont par­fai­te­ment dé­crits. N'im­porte qui tra­vaillant dans la po­li­tique de­vrait la voir.

Il y a une sé­rie que vous ai­mez beau­coup pa­raît-il, qui semble avoir une « uti­li­té» moindre que TheWire, c'est TheLef­to­vers…

J'ai ado­ré, je viens de la fi­nir. En vrai, c'est un trai­té de so­cio­lo­gie sur ce qui pour­rait se pas­ser dans une so­cié­té où dis­pa­raî­trait 2 % de la po­pu­la­tion. C'est une sé­rie qui te fait pleu­rer, où la ten­sion émo­tion­nelle est énorme, mais qui traite de su­jets d'ac­tua­li­té po­li­tique fon­da­men­taux comme la re­li­gion, la fa­mille, l'or­ga­ni­sa­tion so­ciale dans un mo­ment de perte des re­pères. L'his­toire de The Lef­to­vers per­met de ré­flé­chir sur notre époque. Pa­reil, je viens de voir The Hand­maid's Tale, ba­sée sur un ro­man des an­nées 80, La Ser­vante écar­late, que je n'avais pas lu. Im­pres­sion­nant. C'est une dys­to­pie sur une théo­cra­tie pa­triar­cale aux Etats-Unis. Et pour­tant, ce sont deux sé­ries grand pu­blic, à suc­cès.

Sur les cinq films que vous de­man­diez comme ré­fé­rence à vos étu­diants, il y a un film « gé­né­ra­tion­nel » qui se dé­ga­geait pour cette jeu­nesse es­pa­gnole ?

Je ne sau­rais pas le dire… Ta­ran­ti­no tou­chait beau­coup cette gé­né­ra­tion, mais c'était aus­si le cas pour la mienne. Au ni­veau es­pa­gnol, Alex de la Igle­sia me semble très gé­né­ra­tion­nel. C'est un type qui a réus­si à faire un ci­né ab­so­lu­ment es­pa­gnol, qui re­pré­sente le séisme es­pa­gnol mieux que per­sonne, à tra­vers ce qui est, je crois, son genre, la co­mé­die noire, mais avec un rythme et un mon­tage ta­ran­ti­nesque. Ce n'est pas Luis García Ber­lan­ga, ou Bar­dem, c'est autre chose. Et au­jourd'hui, on fait un ci­né­ma ma­gni­fique en Es­pagne.

« UNE DES FI­GURES PO­LI­TIQUES QUI M'A LE PLUS IM­PRES­SION­NÉ, C'EST CHARLES DE GAULLE. »

Qui par exemple ?

Les der­niers vain­queurs des Goya sont ter­ribles. Il y a un film gé­nial de Pau­la Or­tiz, la meilleure réa­li­sa­trice es­pa­gnole, une adap­ta­tion de Fe­de­ri­co García Lor­ca ( La No­via, ndlr). C'est une prouesse es­thé­tique. Je crois qu'on conti­nue­ra à voir et à étu­dier ce film dans vingt-cinq ans. Si les sé­ries es­pa­gnoles donnent le sen­ti­ment d'être en­core loin de ce qu'on peut voir sur HBO ou ailleurs, c'est sim­ple­ment une ques­tion d'ar­gent, mais pas de ta­lent. Les di­rec­teurs de pho­to et les opé­ra­teurs qu'on a en Es­pagne sont mer­veilleux. Ce qui manque, c'est un sou­tien au ci­né­ma. Hier, j'ai vu le pre­mier épi­sode de The Young Pope de Sor­ren­ti­no. Pfff (rires). Là tu vois des ac­teurs es­pa­gnols comme Ja­vier Ca­ma­ra avec le sou­tien qu'il faut et madre mia... Une autre sé­rie étran­gère, Good Be­ha­viour, avec un ac­teur es­pa­gnol, Juan Die­go Bot­to, qui in­carne un tueur à gages, est une mer­veille. Quand il y a des moyens, on voit la qua­li­té des ac­teurs qu'on a.

Vous avez dé­jà dit en avoir un peu marre des hom­mages à Luis Buñuel...

At­ten­tion, j'adore Buñuel – Un chien an­da­lou, Le Charme dis­cret de la bour­geoi­sie – je crois que c'est ce qui s'est fait de mieux en Es­pagne sous Fran­co. Mais je me rap­pelle que je pas­sais Si­mon du dé­sert à mes étu­diants, un film qui parle de l'er­mite Si­méon le Sty­lite : mes étu­diants étaient morts de rire. Ils n'étaient pas cho­qués. Tu ne peux pas scandaliser des gens qui sont nés au dé­but des an­nées 90 en filmant le diable… Notre gé­né­ra­tion oui, mais on a eu une édu­ca­tion sexuelle et cultu­relle qui n'a rien à voir. Buñuel est certes tou­jours un gé­nie, mais il n'est plus aus­si sub­ver­sif qu'il l'a été. À l'in­verse sans doute du ci­né­ma Quin­qui (vague de films met­tant en scène de vé­ri­tables dé­lin­quants, ndlr). Ces films ont réus­si à nous mon­trer une réa­li­té de notre pays dans les an­nées 80 ren­due in­vi­sible par la cul­ture et les mé­dias of­fi­ciels. Faire des hom­mages à Buñuel en 2017, hon­nê­te­ment, ce n'est pas un peu tard pour ça ? Il fal­lait le faire quand il met­tait le doigt dans l'oeil...

En par­lant de ci­né gé­né­ra­tion­nel, il y a un film fran­çais que vous avez beau­coup uti­li­sé dans vos cours, LaHaine.

C'est clair ! Je me rap­pelle avoir été le voir au ci­né avec des potes, on a tous hal­lu­ci­né. Il y a un avant et un après La Haine. C'est un film en avance sur son époque, qui an­ti­cipe tout ce qui a pu se pas­ser dans les ban­lieues fran­çaises en 2005. Je l'uti­li­sais beau­coup en classe pour ex­pli­quer la géo­gra­phie po­li­tique. Il y a un mo­ment où les trois amis sont dans le quar­tier, et une équipe de té­lé­vi­sion ar­rive mais ne des­cend pas de la voi­ture. Et ils disent : « Tu crois quoi, que c'est un sa­fa­ri, que nous sommes des ani­maux ? » C'est la géo­gra­phie du pou­voir ! Il y a une ten­sion dans tout le film entre le centre et la pé­ri­phé­rie : à chaque fois qu'ils vont dans le centre, ils sont en per­ma­nence re­pous­sés ; non seule­ment par la po­lice, mais aus­si cultu­rel­le­ment. Si tu te re­mets la sé­quence où ils vont à un ver­nis­sage, c'est le contraste entre les mecs de ban­lieues et les « bo­bos ». Le film est un bi­jou parce qu'il ex­plique les re­la­tions de classes au sein de Pa­ris. Il y a eu une ten­ta­tive en Es­pagne, moins réus­sie, le film Bar­rio de Fernando Leon de Ara­noa.

Un autre film fran­çais que vous avez beau­coup mon­tré à vos élèves c'est LaBa­tailled'Al­ger.

C'est pro­ba­ble­ment le meilleur film po­li­tique de l'his­toire. Le meilleur. À tel point que l'ar­mée amé­ri­caine l'a uti­li­sé pour for­mer ses of­fi­ciers en par­tance pour l'Irak, un film d'un réa­li­sa­teur com­mu­niste ! Et à rai­son : c'est une oeuvre ma­gis­trale pour com­prendre à la fois le co­lo­nia­lisme, les luttes de li­bé­ra­tion na­tio­nale et la guerre. On y voit la nais­sance d'un nou­veau type d'af­fron­te­ments mi­li­taires asy­mé­triques, qui se­ront en­suite dé­ter­mi­nants au Viêt Nam. Il faut re­voir le ter­rible réa­lisme des brie­fings du co­lo­nel Ma­thieu – ins­pi­rés du vrai co­lo­nel Bi­geard qui a sé­vi pen­dant la guerre d'Al­gé­rie – qui ex­plique clai­re­ment l'uti­li­té de la tor­ture comme ins­tru­ment po­li­tique.

Alors, pour vous, il faut faire des films po­li­tiques ou faire des films po­li­ti­que­ment ?

Il faut sa­voir que je suis par­ti­san du style nar­ra­tif hol­ly­woo­dien. Le ci­né­ma-vé­ri­té, le ci­né­ma so­vié­tique, par exemple, sont très in­té­res­sants à étu­dier, et leurs atouts for­mels et es­thé­tiques sont ma­jeurs. Mais ça s'éloigne de quelque chose de fon­da­men­tal au ci­né­ma, pour moi : son ca­rac­tère de masse. J'aime Jean-Luc Go­dard ? Oui, beau­coup. Mais Go­dard peut-il faire un ci­né­ma qui a une in­fluence so­ciale ? Peut-être chez un pu­blic qui s'y connaît... Mais je ne suis pas éli­tiste, j'aime le ci­né­ma ca­pable de trans­mettre la pas­sion po­li­tique à des mil­lions de per­sonnes. J'aime beau­coup par exemple le ci­né­ma de Ken Loach, pour ces rai­sons, par sa nar­ra­tion non éli­tiste. Ber­to­luc­ci aus­si, même si ses frasques sexuelles doivent tou­jours faire ir­rup­tion d'une fa­çon ou d'une autre, et ça vieillit tou­jours mal. 1900 est un chef-d'oeuvre, un film très im­por­tant pour com­prendre l'Ita­lie de l'époque, avec son Par­ti com­mu­niste, sa dé­mo­cra­tie chré­tienne, les an­nées d'avant le fas­cisme, avec les avant-gardes, le fu­tu­risme… Main­te­nant s'il faut choi­sir entre un ci­né­ma d'une grande qua­li­té es­thé­tique et un ci­né­ma de masse, je pré­fère clai­re­ment le deuxième. •

« TU NE PEUX PAS SCANDALISER DES GENS QUI SONT NÉS AU DÉ­BUT DES AN­NÉES 90 EN FILMANT LE DIABLE… »

The Hand­maid's Tale

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