120 BATTEMENTS PAR MI­NUTE

So Film - - SOMMAIRE - PAR JEAN-VIC CHAPUS – PHO­TOS : DR ET COL­LEC­TION PERSONNELLE PHI­LIPPE MANGEOT

His­toire orale. « Epar­gnez-nous vos louanges. » Au len­de­main du Fes­ti­val de Cannes, Di­dier Les­trade, fon­da­teur d'Act Up-Pa­ris, pu­blie une tri­bune dans la presse. L'idée ? Re­pla­cer sur un ter­rain po­li­tique la sor­tie de 120 Battements par mi­nute, Grand Prix à Cannes cette an­née et troi­sième film de Ro­bin Cam­pillo. À quelques se­maines de la sor­tie, ceux qui ont me­né cette guerre pour de vrai et ceux qui en ont fait un grand film sur la force du col­lec­tif ra­content.

«Epar­gnez-nous vos louanges.» Au len­de­main du Fes­ti­val de Cannes, Di­dier Les­trade, fon­da­teur d'Act Up-Pa­ris, pu­blie une tri­bune dans la presse. L'idée ? Re­pla­cer sur un ter­rain po­li­tique la sor­tie de 120 Battements par mi­nute, Grand Prix à Cannes cette an­née et troi­sième film de Ro­bin Cam­pillo. Car ce qui se joue der­rière un des films les plus puis­sants de l'an­née est l'his­toire de ces ac­ti­vistes tou­chés par le si­da qui ont éprou­vé le si­lence des pou­voirs pu­blics face à l'épi­dé­mie et y ont op­po­sé l'ac­tion flam­boyante. À quelques se­maines de la sor­tie, ceux qui ont me­né cette guerre pour de vrai et ceux qui en ont fait un grand film sur la force du col­lec­tif ra­content la lutte.

Ma­rie-Ange Luciani (M-A.L.): La tri­bune de Di­dier Les­trade dans Li­bé­ra­tion le len­de­main du pal­ma­rès de Cannes, je la trouve très forte. Il en­joint à res­ter sur ses gardes : « Vous qui pleu­rez de­vant ce film, n'ou­bliez pas que vous avez été plu­sieurs à faire comme si l'on n'exis­tait pas. Donc s'il vous plaît, pas de fausse poé­sie. » C'est aus­si une fa­çon de pro­té­ger Ro­bin des éven­tuelles ré­cu­pé­ra­tions po­li­tiques. Di­dier a oeu­vré toute sa vie à ce que des gens gué­rissent du si­da, à ce que la com­mu­nau­té ho­mo­sexuelle soit ac­cep­tée en tant que telle. Il au­rait dû avoir le droit à une pen­sion, comme on en donne aux com­bat­tants. Que des an­ciens d'Act Up connaissent la pré­ca­ri­té ce n'est pas nor­mal. Gwen Fauchois (G.F.): L'an­née der­nière j'étais à la Gay Pride. Au dé­part, je n'avais pas en­vie d'y al­ler. Pen­dant la ma­ni­fes­ta­tion je vois le ca­mion Act Up re­créé par l'équipe du film. Il y a du monde des­sus, de la house, c'est la fête. Ça m'a fait comme une mise en abyme de ma vie très bru­tale. Tu as ton pas­sé, tes fan­tômes qui ré­ap­pa­raissent sous forme de fic­tion de ci­né­ma, pla­cés au coeur d'une lutte pré­sente. For­cé­ment l'image d'Act Up pour le ci­né­ma, elle est plus puis­sante que les quinze pauvres mi­li­tants qui conti­nuent à al­ler aux réunions au­jourd'hui.

120 BPM

M-A.L. : Pour nous, le film commence après la sor­tie du pré­cé­dent long mé­trage de Ro­bin (Cam­pillo), Eas­tern Boys. Au dé­but, Ro­bin vou­lait en­chaî­ner sur un film de science-fic­tion, une fable égo­lo­gique tra­ver­sée par la mort. Avec Hugues (Char­bon­neau, pro­duc­teur du film et an­cien d'Act Up éga­le­ment, ndlr) on n'est pas contre, mais on sait que ça va coû­ter, au moins, dix mil­lions d'eu­ros. Un soir de 2015, on est dans un ca­fé du quar­tier Bonne-Nou­velle. Avec Hugues et Ro­bin, on parle de la crise po­li­tique que tra­verse le pays, mais aus­si de leurs an­nées à Act Up. Comme je n'ai pas en­core 40 ans, j'adore les en­tendre par­ler de ces an­nées. Je trouve ça in­croyable : « Vous avez vé­cu un truc que j'au­rais bien ai­mé vivre, fort, ro­man­tique. Vous avez quand même je­té les cendres d'un de vos com­pa­gnons de lutte sur des as­su­reurs pen­dant un congrès. » Et là, en se re­tour­nant, on voit Di­dier Les­trade, fon­da­teur d'Act Up. Ro­bin ne l'avait pas croi­sé de­puis des an­nées. Phi­lippe Mangeot (P.M.): J'ai tou­jours été per­sua­dé, de­puis le dé­but, que 120 Battements par mi­nute tom­bait au bon mo­ment. Je me base sur des signes ob­jec­tifs comme ce­lui-là : c'est un film qui a été beau­coup plus fa­cile à fi­nan­cer qu'on ne pou­vait l'ima­gi­ner. Le pro­jet passe vite à l'avance sur re­cettes sur un chif­frage ini­tial de cinq mil­lions. Et puis il y a sans doute quelque chose ayant à voir avec un pas­sage de re­lai gé­né­ra­tion­nel dans la lutte. M-A.L. : Très vite, on a fait lire ce pro­jet de film qui s'ap­pelle en­core Act Up à Les­trade et Phi­lippe Mangeot. C'est à par­tir du mo­ment où les deux va­lident l'his­toire, qu'on se sent lé­gi­times. Sur la base de ces 90 pages de scé­na­rio, Les­trade fait même pas­ser le script au­près de Jim­my So­mer­ville. Au dé­but Ro­bin vou­lait re­créer une scène de concert de So­mer­ville au Cirque d'hi­ver. L'idée, c'était de lui de­man­der de re­faire un concert de­vant nos per­son­nages de mi­li­tants des 90's. Ar­naud Valois (A.V.): Avant 120 Battements, j'avais com­plè­te­ment ar­rê­té le ci­né­ma. Ça me dé­plai­sait d'être dans l'at­tente de tel ou tel rôle. Plu­tôt que de de­ve­nir ai­gri, je suis de­ve­nu so­phro­logue et mas­seur, un art que j'ai dé­cou­vert en Thaï­lande. Il y a deux ans, ap­pel d'une an­cienne di­rec­trice de cas­ting : « Ro­bin Cam­pillo est tom­bé sur ta page Fa­ce­book de co­mé­dien. Tu es tou­jours ac­teur ? » Moi : « Pas du tout, je suis so­phro­logue ! » Elle : « Ça va, tu ne tra­vailles pas dans un bu­reau, tu gères tes em­plois du temps comme tu veux. Viens pas­ser des es­sais. » Ce n'étaient pas exac­te­ment des es­sais. Plu­tôt des séances

de tra­vail de deux heures par se­maine. Au bout de trois mois et de­mi, je ne sais tou­jours pas si j'ai le rôle. Je me suis dit : « Bon, al­lez, c'est re­par­ti ce truc d'at­tente. J'aban­donne. » Le len­de­main, Ro­bin me confir­mait que j'avais le rôle. Nahuel Pe­rez-Bis­cayart (N.P-B.) : C'est la réa­li­sa­trice Re­bec­ca Zlo­tows­ki, avec qui j'avais tour­né dans Grand Cen­tral, qui sug­gère mon nom à Ro­bin Cam­pillo. Avec Ro­bin, on se ren­contre un jour dans un ca­fé. Il me fait lire le scé­na­rio, je pleure et, quelques jours après, je commence les es­sais avec les autres co­mé­diens dans un am­phi­théâtre. Je fais cinq ou six séances dans ce genre. M-A.L. : Avant le dé­but du tour­nage Nahuel nous dit : « Est-ce que je peux par­tir quelques temps hors de Pa­ris pour me res­sour­cer ? » Nous : « Oui, d'ac­cord, mais reste joi­gnable au cas où. » Quelques jours plus tard, on ap­prend qu'il est par­ti s'iso­ler dans une ca­bane au Sri Lan­ka. Sans in­ter­net, ni té­lé­phone. Le vé­ri­table bor­del. Je crois qu'il est cou­tu­mier de ce genre de trip. Il fait par­fois des voyages à mo­to pen­dant les­quels il sillonne tout le Viet­nam. N.P-B. : Je suis no­made, je n'ai pas de mai­son. Par­fois je pars vivre en Inde, au Cambodge. Pour moi qui viens de Bue­nos Aires, en Ar­gen­tine, l'his­toire d'Act Up reste très sou­ter­raine. J'avais peu­têtre vu le tri­angle rose à la té­lé, mais je n'en suis même pas cer­tain… Pa­reil pour le si­da. Je me rap­pelle juste du mys­tère qui en­tou­rait la mort de cer­taines per­sonnes liées au monde du spec­tacle en Ar­gen­tine. Des gens dis­pa­rais­saient et c'est tout. Je me sou­viens de cer­taines morts dont on par­lait dans les jour­naux comme cette chan­teuse trans' cé­lèbre à Bue­nos Aires. Je me dis : « Ah mais oui, elle a dû mou­rir du si­da. » A.V. : Ro­bin nous a beau­coup ex­pli­qué l'at­ti­tude des po­li­tiques à l'époque vis-à-vis des mi­li­tants d'Act Up. Il nous a ra­con­té le mé­pris de cette classe po­li­tique pour des ci­toyens qui étaient qua­si­ment en train de cre­ver sous leurs yeux. Il nous a beau­coup par­lé de cette mi­nistre de la San­té très dure qui avait oc­cu­pé le poste avant Douste-Bla­zy (Eli­sa­beth Hu­bert, ndlr). Il nous dé­cri­vait le re­gard de cette dame qui vou­lait dire : « Vous pou­vez cre­ver et d'ailleurs bon dé­bar­ras… » N.P-B. : Le pre­mier jour de ré­pé­ti­tion, on ren­contre Phi­lippe Mangeot. Il nous a fait une sorte de cours ma­gis­tral sur Act Up. Il nous a don­né les chiffres re­la­tifs à l'épi­dé­mie du si­da dans les an­nées 90 en France, mais en par­lant au pré­sent. Il nous a dit qui ont été tous les morts. Là en­core en par­lant d'eux au pré­sent. Après, une in­tro­duc­tion pa­reille la fic­tion dis­pa­raît. Tu ne te sens plus ac­teur, tu te sens res­pon­sable du res­pect dû à cette his­toire. Adèle Haenel : Un film comme ce­lui là, tu n'as pas be­soin d'en ex­pli­quer la force pen­dant 20 000 ans. Se confron­ter à la pen­sée des autres, vivre en col­lec­tif c'est ça l'im­por­tant de mon mé­tier. L'in­tros­pec­tion, le jeu de co­mé­dien pour ap­prendre qui on est pro­fon­dé­ment, trou­ver notre place dans le monde, je n'y crois pas trop. Mon rap­port avec un réa­li­sa­teur c'est juste une en­tente in­tel­lec­tuelle de base. Je n'ai pas be­soin qu'il m'ex­plique des fi­nas­se­ries. On n'est pas dans un rap­port d'igno­rant à sa­chant. J'ai dé­cou­vert la pa­role po­li­tique de Ro­bin à Cannes. Sim­pli­ci­té, pré­ci­sion, gé­né­ro­si­té : j'ai ado­ré.

Fes­ti­val de Cannes

Ro­bin Cam­pillo (R.C.): De­puis Cannes, c'est in­croyable de voir l'amné­sie. Du sta­tut de mé­chants pé­dés in­fré­quen­tables on est pas­sé au sta­tut de mou­ve­ment po­li­tique ayant énor­mé­ment comp­té dans l'his­toire. Tout d'un coup, c'est comme si tout le monde avait mi­li­té avec Act Up. C'est comme toutes ces per­sonnes qui pré­tendent avoir vu le pre­mier concert de Nir­va­na en France ou ceux qui disent avoir par­ti­ci­pé aux pre­mières raves par­ties.

P.M. : Le Fes­ti­val de Cannes, c'est la lutte des classes sur le ter­rain du ci­né­ma. Il y a une hié­rar­chie pour tout : hié­rar­chie des ac­cré­di­ta­tions, hié­rar­chie des sé­lec­tions, hié­rar­chie des heures de pro­jec­tion. Donc, tout est mis en place pour que vous vous com­pa­riez sans ar­rêt aux autres. A Cannes, on a vé­cu ce truc étrange : dès la sor­tie de la pre­mière pro­jec­tion de presse on a sen­ti la ru­meur mon­ter. D'abord, ça commence par des tweets en­flam­més. En­suite, les sou­rires dans la rue. Le risque, ça se­rait de prendre ça au pre­mier de­gré. C'est dif­fi­cile de ne pas se sen­tir dans la peau de l'an­cien com­bat­tant et de ne pas en­tendre cette pe­tite voix qui vous dit : « Fi­na­le­ment, les gens pré­fèrent nous voir sur un écran de ci­né­ma ou en pein­ture que dans la vraie vie. » Di­dier Les­trade (D.L.): Je ne connais pas le mi­lieu du ci­né­ma que je ne res­pecte pas par­ti­cu­liè­re­ment, mais c'était une oc­ca­sion unique pour moi d'al­ler à Cannes où je n'ai ja­mais mis les pieds. Phi­lippe Mangeot et moi étions dans un ap­par­te­ment loué et on s'est re­trou­vés dans une chambre mi­nus­cule avec deux pe­tits lits de bé­bés. Phi­lippe a tout de suite fait des blagues : « Ils nous traitent mal par ce qu'on est sé­ro­po­si­tifs. » Il m'a ac­com­pa­gné à l'es­sayage du smo­king au Mar­ti­nez, ce qui me stres­sait avant même d'al­ler à Cannes. On a beau­coup par­lé et ri, jus­qu'à la mon­tée des marches, on s'est sou­te­nus car Phi­lippe était très ner­veux. On a re­gar­dé le film côte-à-côte et je lui di­sais ce que je pen­sais au fur et à me­sure de la pro­jec­tion. En­suite, à la soi­rée post-pro­jec­tion, je me suis sen­ti un peu sub­mer­gé, trop de monde, j'ai pré­fé­ré re­tour­ner à l'ap­par­te­ment, seul, pour lire les cri­tiques sor­ties le même jour et écrire un ar­ticle pour Slate. Bref, je n'ai pas fait la fête, je n'ai pas dra­gué et je ne me suis pas bour­ré la gueule. R.C. : A Cannes, il y a la tra­di­tion­nelle réunion de l'AMFAR, ce dî­ner de ga­la où l'on lève des fonds pour la re­cherche contre le si­da. Cette an­née L'AMFAR a pré­fé­ré don­ner la pa­role à des stars pour par­ler du si­da : Jes­si­ca Chas­tain, Will Smith. Ces pe­tits signes prouvent que ce film n'a pas en­core été di­gé­ré par tout le vo­let in­dus­triel du ci­né­ma et ça me va très bien. M-A.L. : Ro­bin, je l'ap­pelle « la Reine des neiges ». Il reste dans son im­meuble an­nées 70 à Ba­gno­let. Il ne se sent pas du tout à l'aise avec le pa­ri­sia­nisme, les mon­da­ni­tés.

L'en­trée dans le col­lec­tif

R.C. : Avec Di­dier Les­trade, Ch­ris­tophe Mar­tet ou Phi­lippe Mangeot, on vient de cette cul­ture qui s'ap­pelle la fin des an­nées 70. La queue de co­mète de cette pé­riode où il y a de la vraie contre­cul­ture, des aven­tures col­lec­tives. Les­trade, au dé­part, c'est un fan de Led Zep­pe­lin. Lui comme moi, on pense que Rock'n'roll Ani­mal de Lou Reed c'est le plus grand al­bum live de tous les temps. On vient de ce mo­ment où la contre-cul­ture s'est éle­vée comme une al­ter­na­tive à la so­cié­té de nos pa­rents, où la li­bé­ra­tion sexuelle et les drogues se sont épa­nouies, où la mu­sique qui nous fait vi­brer c'est le punk. Ce monde où tout est per­mis, il meurt au dé­but des an­nées 80. À la place, il y a Mit­ter­rand à l'Ely­sée, l'ob­ses­sion du chô­mage qui de­vient cen­trale, le si­da qui fait de plus en plus de ra­vages par­mi nos co­pains. Une par­tie des gens de mon âge ont vrai­ment pen­sé que le tra­vail ça ar­ri­ve­rait sur le tard, qu'on se met­trait à bos­ser contraints for­cés, mais cer­tai­ne­ment pas avant 30 voire 35 ans, quand on se­rait fa­ti­gués d'avoir trop bai­sé, fait la fête et trop be­soin de ga­gner de l'ar­gent. D.L. : En 1986, je dé­couvre ma sé­ro­po­si­ti­vi­té. Tout à coup, je de­viens ob­sé­dé par le si­da, je lis tout ce qui traite du su­jet, au point d'éner­ver mes amis. J'ai ar­rê­té d'être un gay in­di­vi­dua­liste et égoïste pour pen­ser aux autres. Le fait d'être le seul à voir Act Up à New York m'a mis dans une po­si­tion lourde de res­pon­sa­bi­li­té. Je rap­pelle que je ne vou­lais pas créer le groupe, tout le monde consi­dé­rait que je de­vais le faire. J'avais 31 ans, j'avais ren­con­tré à New York l'homme que j'ai le plus ai­mé dans ma vie, mon tra­vail de jour­na­liste ex­plo­sait, à Li­bé­ra­tion ou ailleurs. J'ai eu le sen­ti­ment de de­voir rendre à la com­mu­nau­té si­da le bon­heur qu'elle m'avait ap­por­té. G.F. : Quand on gran­dit comme pé­dé ou gouine, on se va­lo­rise en pen­sant qu'on est unique face à la vio­lence de la so­cié­té. Donc l'am­bi­va­lence, elle va jus­qu'à se dire : « Je ne ren­tre­rai ja­mais dans un groupe, car le groupe va m'ef­fa­cer. » Pour­tant, le col­lec­tif, c'est ce qui vous li­bère. P.M. : Avant Act Up, je concen­trais mon éner­gie sur mes études à Nor­male, mon agré­ga­tion, etc. J'ai vé­cu quelque temps à Ox­ford et à Londres avec une bourse de cher­cheur. Pour­quoi je vais mi­li­ter dès mon re­tour à Pa­ris ? Le dé­clen­cheur ça a peut-être été ma lec­ture du ro­man d'Her­vé Gui­bert À l'ami qui ne m'a pas sau­vé la vie. Ce bou­quin m'énerve consi­dé­ra­ble­ment. Avec la com­pli­ci­té des mé­dias, je trouve que Gui­bert vient d'in­ven­ter la fi­gure du « si­déen consen­tant », ce­lui qui ras­sure la so­cié­té. Per­sonne ne trouve rien à re­dire. Un jour donc, mon ami Pierre Tré­vi­dic vient pas­ser du temps avec moi à Ox­ford. On parle d'Act Up, de ces nou­velles formes de com­bat po­li­tique face au si­da qui viennent des Etats-Unis. Très vite donc, on passe un pacte : « À mon re­tour à Pa­ris, on rentre chez Act Up ! » Je commence là-bas en 1990. D.L. : Les réunions dans l'ap­par­te­ment du 17e ar­ron­dis­se­ment que me prê­tait Jim­my So­mer­ville, c'était un mé­lange entre la réunion Tup­per­ware et la créa­tion d'un groupe sou­ter­rain, presque ter­ro­riste. Cet ap­par­te­ment était en­tou­ré de baies vi­trées et d'une ter­rasse, on était comme dans un bo­cal, beau­coup de lu­mière. Je crois que ce­la a fa­ci­li­té notre en­vie de tout dire, d'être trans­pa­rents, de fonc­tion­ner comme un groupe de pa­role. R.C. : Le pre­mier sou­ve­nir d'Act Up, c'est une émis­sion à la té­lé, sur FR3 où Di­dier Les­trade avait été in­vi­té à par­ler du si­da. Sur le pla­teau avec lui, il y a Jean-Louis Au­bert de Té­lé­phone, des mi­li­tants. Ça par­lait de « grosses bites », de « pe­tits culs ». En­tendre ce lan­gage à la té­lé, dé­jà, c'était su­per. Et puis, à un mo­ment Les­trade sort cette phrase : « Nous sommes la com­mu­nau­té si­da. » En­suite, il a dé­ve­lop­pé : « Il existe un groupe, en France, avec les ma­lades, leurs proches, les mé­de­cins et les in­fir­mières qui s'en oc­cupent. Ces gens-là vivent une épi­dé­mie que le reste de la so­cié­té ne voit ab­so­lu­ment pas. Ils forment une com­mu­nau­té qui est à part dans ce pays. » Ça m'a trou­blé. Dé­jà parce que c'est la pre­mière fois que j'en­tends em­ployer le terme « com­mu­nau­té ». En­suite, parce que la chape de plomb sur cette ma­la­die, je sais ce que c'est. Ça ar­rive à un mo­ment où je cherche à re­trou­ver un co­pain à moi qui n'est pas bien du tout. Je ne sais même pas s'il est mort ou vi­vant. Lalla Kowska Rei­gnier (L-K.R.) : De­puis 14 ans, je sais que je veux de­ve­nir une meuf. Ma tran­si­tion, je n'ai pas ar­rê­té d'y pen­ser et quand j'ai at­teint 33 ans – l'âge de la mort du Ch­rist – je me suis fait ce ca­deau de chan­ger de sexe. Quitte à res­sus­ci­ter au­tant le faire dans le corps d'une meuf. Je suis di­jon­naise d'ori­gine, éle­vée par une mère al­gé­rienne d'ori­gine et un père très bran­ché sur les luttes syn­di­cales. Je viens d'une fa­mille où l'en­ga­ge­ment mi­li­tant ça reste im­por­tant. J'ai gran­di avec cette image de mon père par­ti­ci­pant à un sit-in de­vant un foyer So­na­co­tra et se fai­sant frap­per par les flics. R.C. : En 1992, je commence à fré­quen­ter mes pre­mières R.H. (Réunions Heb­do­ma­daires, ndlr). À l'époque j'ai fi­ni mes études à l'IDHEC. J'ai fait un peu de ci­né­ma, mais j'ai ar­rê­té pour mon­ter des re­por­tages à la té­lé, pour le jour­nal de FR3. Ce bou­lot, ça me pro­té­geait de beau­coup de choses, dont le rap­port bi­zarre que j'en­tre­tiens à la ma­la­die. A cette époque je monte pas mal de su­jets sur Act Up, mais j'es­saye de ne pas trop y pen­ser, si­non je me mets à flip­per comme un dingue.

G.F. : J'ar­rive à Act Up en juin 1992. A l'époque, je viens de re­prendre des études de lettres à la fac de Saint-De­nis. A cô­té de ça, je fais des pe­tits bou­lots de ven­deuse à la Sa­ma­ri­taine, je suis payée à la pige à faire des fiches de lec­ture pour des mai­sons d'édi­tion. Tout ça va être ba­layé en dé­cembre par mon in­ves­tis­se­ment dans l'as­so'. Je vis le drame et l'ur­gence tous les jours avec les autres mi­li­tants. J'en­terre des potes sé­ro­pos, toxi­cos. La vie dite « nor­male » n'a plus au­cun sens. L-K.R. : À Di­jon, j'avais fu­gué. Mau­vaise élève, re­la­tions mer­diques avec mes pa­rents. A Pa­ris, je m'ins­cris à la fac de Cen­sier pour trois ans d'études la­bo­rieuses. Le reste du temps je fais du té­lé­mar­ke­ting pour payer ma chambre. Un jour, je me ba­lade place de la Na­tion avec mon ami Serge. Mon re­gard ac­croche sur les sti­ckers d'Act Up, « Si­lence = Mort ». Je suis as­sez trou­blée. Serge, qui m'ai­mait beau­coup, me dit sur le ton du pa­ri : « On n'irait pas voir chez Act Up ? » On est en 1989 et j'ai 19 ans. Act Up me pa­raît être une bonne idée. Dé­jà parce qu'aus­si loin que je me sou­vienne, j'ai tou­jours fait du sexe (sic). Ça fait par­tie de ma vie et de mon corps de jeune ado pé­dé. Donc la ques­tion du si­da, elle tra­verse aus­si mon es­prit. P.M. : Quand on est nou­veau, aux pre­mières réunions chez Act Up, on ne prend sur­tout pas la pa­role. Se mettre en avant trop vite, ça veut dire que tu n'as pas com­pris les codes. Ceux qui ar­rivent avec un dis­cours clé en main, ils n'in­té­ressent pas le groupe. Pour res­ter, il faut être fas­ci­né, té­ta­ni­sé, et rou­gir quand on parle pour la pre­mière fois. R.C. : À la pre­mière réunion je ne com­prends pas grand-chose. Je m'ins­talle dis­crè­te­ment dans le fond et je vois des boys scouts. Je repère Phi­lippe Mangeot que j'avais dé­jà croi­sé dans la rue avec son t-shirt Act Up et qui était su­per sexy… Tous ont l'air très in­for­més sur la science, les pro­grès de la re­cherche, le cli­mat po­li­tique. Il y a énor­mé­ment d'hu­mour. Un hu­mour as­sez gore. Dans cette réunion, j'en­tends la mère d'un jeune hé­mo­phile ra­con­ter que sa bai­gnoire est rem­plie du faux sang dont Act Up est cen­sé se ser­vir pour une ac­tion. Elle ron­chonne : « Bon, faut vite ré­cu­pé­rer le faux sang parce que là, ça va faire trois jours que je ne peux pas prendre de douche avec cette merde dans ma bai­gnoire. » C'était sur­réa­liste : « Mais où est la ma­la­die chez Act Up ? En fait, ils sont su­per vi­vants. » P.M. : Ro­bin était dé­jà très beau, mais sur­tout drôle. C'est à lui qu'on doit la for­mule « Nous sommes la gauche ». Il a aus­si fait une de nos plus belles af­fiches. Des­sus, il y avait un pay­sage fran­çais, très sombre et le mes­sage « Re­tour au si­lence ». Ro­bin, c'était la part poé­tique d'Act Up. C'était aus­si un mi­li­tant pa­res­seux, mais bon, il était ir­ré­sis­tible. Il était juste nar­cis­si­que­ment ra­vi de se faire dra­guer par tout le monde. L-K.R. : À Act Up, comme tout le monde, je suis tom­bée amou­reuse de Mangeot. En­suite, Phi­lippe La­bé, le co­pain de Cleews Vel­lay, est tom­bé amou­reux de moi. Phi­lippe, lui, c'était le poète li­ber­taire. Il avait fait de la taule pour des bra­quages de phar­ma­cie. C'est lui qui dé­cide que je vais m'oc­cu­per des mé­dias. Avec la presse, mon bou­lot c'était de don­ner en­vie à Li­bé­ra­tion, au Pa­ri­sien, et, dans le meilleur des cas, à An­tenne 2, de s'in­té­res­ser à notre com­bat. Mais bon, la vé­ri­té c'est qu'on se fai­sait trai­ter de fa­chos ou de com­mu­nau­ta­ristes. Avec cer­tains ho­mos aus­si on ga­lé­rait à ex­pli­quer la réa­li­té de l'épi­dé­mie du si­da. Ils re­gar­daient les corps amai­gris de cer­tains et ils se met­taient à su­per flip­per. On fai­sait sur­gir la mort au mo­ment où les gens ne vou­laient pas la voir en face. Cer­tains nous di­saient : « Vous faites chier Act Up. Tout ça parce qu'on est en train de se li­bé­rer en­fin, vous nous col­lez la me­nace du si­da. » R.C. : Les R.H., ça n'avait rien à voir avec « la Consti­tuante ex­pli­quée par les pé­dés » . Il n'y a ja­mais eu ce genre de scène un peu naze avec un type qui se lève au mi­lieu d'une dis­cus­sion dans un am­phi­théâtre et scande d'une voix hy­per théâ­trale « Rome m'en est té­moin » . Nous, c'était l'in­ven­tion de slo­gans par­fois vrai­ment vio­lents, mais qui nous fai­saient mar­rer. Je pense à ce jour où l'on a pu­blié des af­fiches à des­ti­na­tion du mi­nis­tère de l'Edu­ca­tion na­tio­nale. Des­sus, tu avais une pho­to d'une pe­tite fille et d'un pe­tit gar­çon et la men­tion « Quand je se­rai grande, je se­rai sé­ro­po­si­tive. » Ça nous amu­sait à mort. Je me sou­viens que j'avais dis­cu­té avec le groupe de la pos­si­bi­li­té de com­mer­cia­li­ser un disque pour les fêtes, « Act Up chante Noël ». Sur la po­chette, on au­rait mis un des­sin d'un sa­pin de Noël mais avec des vi­rus du si­da à la place des boules.

Danse = vie

P.M. : Le grand truc de Les­trade, c'était de pen­ser la forme avec la même ob­ses­sion qu'on pen­sait le fond de nos ac­tions. Le tri­angle « Si­lence = Mort », ça a été concep­tua­li­sé par les gra­phistes amé­ri­cains de Gran Fu­ry. Cet es­thé­tisme nous a fait du bien. On tran­chait avec la cul­ture mi­li­tante à la fran­çaise qui n'était, il faut bien le dire, pas exac­te­ment ob­sé­dée par la splen­deur. Dé­jà, les plus beaux mecs et les plus belles filles sont ve­nus à nos réunions. À par­tir de là, on a por­té une image sexy dans un contexte qui ne vous rend pas par­ti­cu­liè­re­ment sexy : la ma­la­die, les corps qui s'ef­fondrent. R.C. : Il ne faut pas ou­blier que ma­jo­ri­tai­re­ment nous étions un groupe de gays. L'an­goisse de la mort était très forte. Une des rai­sons pour les­quelles on vou­lait sur­vivre à l'épi­dé­mie, c'était pour vivre notre vie : bai­ser, dan­ser, al­ler dans les clubs écou­ter de la house, prendre des drogues… Le com­bat d'Act Up c'était de re­ven­di­quer le droit à être à la fois me­na­çant pour la so­cié­té, mais éga­le­ment su­per­fi­ciel. Et tant pis si on passe pour des folles hys­té­riques. P.M. : Ce que je vais ra­con­ter est très in­time. Je suis conta­mi­né en 1986. A cette époque la pré­ven­tion n'existe pas, la pu­bli­ci­té pour la ca­pote est en­core in­ter­dite. Il y a des rai­sons ob­jec­tives d'être en co­lère contre les pou­voirs pu­blics, contre ceux qui ferment les yeux face au si­da. Mais la vé­ri­té, c'est qu'en 1986 je fais par­tie de cette po­pu­la­tion in­for­mée à qui on a plu­sieurs fois dit : « Avant de bai­ser, mets une ca­pote. » Je n'ai pas écou­té ces conseils. Donc la pre­mière co­lère, elle est avant tout contre moi. J'ai 21 ans. J'ai d'autres chats à fouet­ter que de me mettre à ré­flé­chir à ma mort. J'étais fou de rage quand j'ai ap­pris ma sé­ro­po­si­ti­vi­té. R.C. : J'étais trop ob­sé­dé par le si­da pour vrai­ment en­vi­sa­ger de me lan­cer dans le ci­né­ma. Je ne connais­sais pas mon sta­tut sé­ro­lo­gique. J'ap­pre­nais de temps en temps la mort d'un an­cien amant et ça me gla­çait : « Je dois être conta­mi­né, moi aus­si à mon tour je peux conta­mi­ner. » Amou­reu­se­ment, je ne vi­vais rien. Il faut bien réa­li­ser que quand tu ima­gines être toi-même sé­ro­po­si­tif ça te bloque pour tout. Tu ne peux pas te pro­je­ter sur une car­rière au ci­né­ma, tu te dis que tu n'au­ras ja­mais le temps. Act Up, ça a agi sur moi comme une li­bé­ra­tion.

Des pa­roles et des actes

P.M. : La pre­mière ma­nif' à la­quelle je par­ti­cipe avec l'as­so', c'est une marche contre la pre­mière guerre du Golfe. Dans notre cor­tège, on porte une ban­de­role avec un slo­gan pas ter­rible : « Faites plu­tôt la guerre au si­da ». Vite, on se fait agres­ser par le ser­vice d'ordre de la CGT : « Cas­sez-vous, ta­fioles ! Vous n'avez rien à foutre là ! » A cette époque, in­sul­ter des pé­dés, c'était au­to­ri­sé. A par­tir de là, on s'est mis à fa­bri­quer nous même la ten­sion. Pour ça, on s'ha­billait avec des blou­sons bom­bers, des grosses go­dasses mon­tantes ; on avait le crâne bien ra­sé. Jouer avec cette am­bi­guï­té

phy­sique ça nous in­té­res­sait. « Ils nous traitent de fa­chos ? Très bien, res­sem­blons donc à des fa­chos ! » L-K.R. : La veille de l'ac­tion qu'on fait à Notre-Dame de Pa­ris, ça me rend ma­lade d'an­goisse. Je ne dors pas de la nuit. On va tou­cher au sa­cré, et je ne suis pas su­per en­thou­siaste. Je me dis : « Mais là, ce qu'on va faire, c'est un blas­phème. » Sauf que beau­coup chez nous s'en foutent bien du sa­cré. Phi­lippe Mangeot me ras­sure : « Ne t'en fais pas. De toute fa­çon on pren­dra juste la pa­role au mo­ment de la li­tur­gie pro­non­cée par le prêtre. Ça se­ra une fa­çon de ré­ta­blir au­tre­ment la pa­role de dieu. » Il n'em­pêche que Phi­lippe La­bé, un mec qui n'a nor­ma­le­ment peur de rien, se fige au mo­ment de prendre la pa­role. Dans ses yeux, on voyait l'an­goisse. P.M. : On de­vait ré­pondre à ce texte d'une con­fé­rence des évêques ex­pli­quant « l'uti­li­sa­tion de la ca­pote fa­vo­rise l'ex­ten­sion du si­da en ba­na­li­sant les re­la­tions sexuelles » . On monte donc une ma­nif' à l'ex­té­rieur de l'église. À l'in­té­rieur, on est une di­zaine de mi­li­tants dis­sé­mi­nés. Pen­dant le ser­mon, un pre­mier mi­li­tant doit hur­ler un slo­gan. Puis un se­cond membre doit mon­ter sur l'au­tel pour re­lan­cer le ba­zar. Phi­lippe La­bé de­vait être le deuxième mi­li­tant sauf qu'il est ter­ro­ri­sé. Fi­na­le­ment je monte, je hurle, je ré­cite la li­tur­gie et une fi­dèle se met à me don­ner des coups de pieds. Comme je trouve ça tou­jours gra­ti­fiant, je re­prends de plus belle de­vant les ca­mé­ras de té­lé : « Ma­dame, vous n'avez pas honte de frap­per un ma­lade dans une église ? » Une fois l'ac­tion ter­mi­née, on se re­trouve pour dî­ner en­semble dans un res­tau­rant du Ma­rais. Là, le pa­tron nous vire : « Vous êtes la honte de la com­mu­nau­té pé­dé ! » On rentre chez nous dé­pri­més. C'est là que Di­dier Les­trade m'ap­pelle pour me dire : « Act Up, c'est fi­ni ! » Fi­na­le­ment, le soir, pour la pre­mière fois, on fait l'ou­ver­ture du jour­nal té­lé­vi­sé avec cette ac­tion à Notre-Dame. G.F. : Un jour on dé­barque à la SNCF. On vou­lait mar­quer le coup après la pro­cé­dure de li­cen­cie­ment qu'avait en­ga­gée l'en­tre­prise contre un de ses em­ployés sé­ro­po­si­tif. On rentre avec nos cornes de brume en plein con­seil d'ad­mi­nis­tra­tion. De­vant nous, des gens en cos­tume très mé­pri­sants puis in­ter­lo­qués. Clai­re­ment, ils ne font pas le lien entre le li­cen­cie­ment en cours et leur res­pon­sa­bi­li­té : « Mais nous on n'a rien à voir avec ça. C'est le som­met de l'en­tre­prise qui fixe les règles. » Pour moi, c'est comme l'his­toire des conduc­teurs de train pen­dant l'Oc­cu­pa­tion. Les trains qui trans­por­taient les juifs vers les camps de la mort, il fal­lait bien qu'il y ait des per­sonnes pour les conduire. Là, on est dans le même cas de fi­gure. Par le rap­port de force, on rap­pelle aux ins­ti­tu­tions qu'une dé­ci­sion po­li­tique, c'est tout sauf im­ma­té­riel. Il faut des hu­mains pour la faire pas­ser. R.C. : De­vant le mi­nis­tère de l'Édu­ca­tion na­tio­nale, les flics étaient ve­nus nous vi­rer très vio­lem­ment. Cer­tains mi­li­tants avaient été traî­nés par terre. Il y en a qui avaient per­du leurs mé­di­ca­ments dans l'af­faire. Le chaos ! Pour­tant, à cette époque, les flics étaient moins ten­dus qu'ils ne le sont au­jourd'hui. On ne vi­vait pas la si­tua­tion qua­si mar­tiale qu'on connaît de­puis l'état d'ur­gence. Dé­jà, les flics avaient peur de nous tou­cher. G.F. : La po­lice pense que le si­da ça ne s'at­trape pas par la conta­mi­na­tion, mais que c'est une ma­la­die conta­gieuse. Pen­dant long­temps, ça nous pro­tège, et ça nous per­met de réa­li­ser cer­taines ac­tions. J'ai en­ten­du des flics dire : « Un mec d'Act Up, on l'ar­rête ? – Al­lez en­fi­ler des gants d'abord ! – Ah merde, on a ou­blié les gants. Bon, on ne court au­cun risque… » R.C. : C'était fa­cile de re­pé­rer les R.G. à nos réunions. Ils se met­taient dans le fond de la salle, ils avaient tou­jours un look pas pos­sible. Par exemple, ils étaient les seuls à por­ter le fa­meux ru­ban rouge au re­vers du blou­son. On voyait bien que le ru­ban ils l'avaient cou­su eux-même et qu'il était trois fois trop gros. Donc, quand on les re­pé­rait, on se le­vait, on les poin­tait du doigt et on en­ton­nait : « Ouh un R.G. ! Pouah, qu'il est laid ! »

P.M. : Les R.G. qu'on grillait on pu­bliait leurs pho­tos dans notre bul­le­tin d'in­for­ma­tion. On avait même créé une ru­brique pour ça, « le R.G. du mois », et on at­tri­buait à cha­cun une note de dis­cré­tion. Fon­da­men­ta­le­ment, les gens qu'ils nous en­voyaient, c'étaient les to­cards. P.M. : Quand Be­net­ton af­fiche des bustes de femmes et d'hommes avec le ta­touage H.I.V. Po­si­tive, toutes les as­so­cia­tions s'énervent en criant au scan­dale, etc. Nous, on écrit un simple com­mu­ni­qué de presse qui dit : « La pub de Be­net­ton, Act Up s'en fout. Cette pho­to peut être très belle ou très bête. À Be­net­ton de nous prou­ver qu'ils se si­tuent dans le camp de ceux qui luttent contre le si­da. » Im­mé­dia­te­ment, un di­ri­geant de chez Be­net­ton ap­pelle : « Quel genre de preuve pour­rait vous sa­tis­faire ? » On passe en re­vue toutes les pos­si­bi­li­tés : trans­for­mer en tri­angle rose la py­ra­mide du Louvre, trans­for­mer la Seine en fleuve de sang ou mettre une ca­pote sur l'Obé­lisque. Be­net­ton se charge de la lo­gis­tique dans le plus grand se­cret. L-K.R. : La ca­pote sur l'Obé­lisque que cette connasse d'Em­ma­nuelle Cosse re­ven­dique, c'est moi qui en ai eu l'idée. J'avais écrit dans le com­mu­ni­qué de presse : « La cam­pagne de pub de Be­net­ton ? Act Up s'en fout. » C'était une ma­nière de dire qu'il y avait des choses plus im­por­tantes que cette cam­pagne. Au même mo­ment, il y avait l'his­toire de ce mec que sa com­pagne vou­lait em­me­ner de­vant un tri­bu­nal, au mo­tif que ce­lui-ci l'au­rait conta­mi­né. Ju­di­cia­ri­ser le si­da, ça me pa­rais­sait plus dan­ge­reux que les pho­tos de Be­net­ton avec le ta­touage H.I.V. po­si­tive. G.F. : Avec Anne Rous­seau (mi­li­tante ayant suc­cé­dé à Clews Vel­lay à l'ac­tion pu­blique, ndlr) on ri­go­lait : « Si on veut vrai­ment se re­cy­cler, on n'a qu'à mon­ter une boîte de sé­cu­ri­té. » On n'avait qu'à al­ler voir les en­tre­prises et leur ex­pli­quer comment mieux pro­té­ger leur siège so­cial. Comme avec Act Up, on n'a pas ar­rê­té de s'in­fil­trer par­tout on n'au­rait pas été les moins lé­gi­times pour re­voir les pro­to­coles de sur­veillance des bu­reaux.

Une « Pré­si­dente »

P.M. : Cleews Vel­lay était un gé­nie po­li­tique, mais en même temps, il était tel­le­ment in­sup­por­table. C'était vrai­ment une pe­tite pé­dale coif­feuse (sic). Il était su­per folle et très drôle. Quand Act Up a com­men­cé, il était gar­dien dans un che­nil. Avec Phi­lippe La­bé, son boy­friend, ils re­pré­sen­taient la frange dure d'Act Up. Pen­dant la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, on au­rait dit : « Eux, ce sont les Mon­ta­gnards ! » Cleews, on ne sa­vait pas où il s'était fa­bri­qué son per­son­nage. Il ve­nait d'une fa­mille qui l'avait je­té à la rue quand elle a ap­pris qu'il était ho­mo, mais à part ça, il res­tait un grand mys­tère. Je ne sais pas qui était ami avec lui en fin de compte. L-K.R. : Cleews m'ap­pe­lait « l'idiote » ou « la pro­gnate » . Nos pe­tits mo­ments à nous deux, c'était moi qui sor­tait ma pe­tite ton­deuse et qui lui cou­pait les che­veux. Il avait une pré­sence ter­ro­ri­sante parce qu'il était en train de mou­rir. Il était su­per à vif et, sur­tout, il n'avait pas en­vie de cre­ver. P.M. : Un jour on veut for­cer la porte du mi­nis­tère de l'Édu­ca­tion na­tio­nale. Jack Lang, mi­nistre à l'époque, n'est pas pré­sent. Mal­gré notre né­go­cia­tion pour ne pas ter­mi­ner au poste, on passe plu­sieurs heures au com­mis­sa­riat. Le soir, en ren­trant je suis tel­le­ment éner­vé que je prends une ini­tia­tive stupide. J'en­voie une boucle in­fi­nie de fax avec mar­qué des­sus « Menteur » et « Scé­lé­rat » à l'adresse de fax du mi­nis­tère. Tout ça en mon nom. Le ma­tin, on m'ap­pelle : « Jack Lang va vous re­ce­voir… » On y va avec Cleews. Une fois sur place, je me rends compte que je parle avec un mi­nistre. Mon édu­ca­tion bour­geoise m'a ap­pris à res­pec­ter le pro­to­cole. Trop, peut-être. Cleews, lui, le pro­to­cole, il n'en a rien à foutre. Il est ha­billé avec son pan­ta­lon cras­seux et son t-shirt. Pire, il en­gueule Lang et se met à par­ler de son cas au fé­mi­nin : « Tu fais mal ton bou­lot. C'est la honte de voir un mi­nistre comme toi ! » G.F. : A la mort de Cleews, on dé­cide de mon­ter un en­ter­re­ment po­li­tique. On rentre au lo­cal tous abat­tus. Cer­tains vont contac­ter la Pré­fec­ture pour de­man­der l'au­to­ri­sa­tion de mar­cher dans les rues de Pa­ris en trans­por­tant le cer­cueil. En­suite, on passe aux pompes fu­nèbres pour ré­cu­pé­rer un cer­cueil jus­te­ment. On est dans un han­gar hor­rible en ban­lieue nord. Je me sou­vien­drai tou­jours qu'on a du mal à sou­le­ver le cer­cueil vide. On flippe : « Ima­gi­nez, on fait tom­ber le cer­cueil. » Au lo­cal, je ré­dige un com­mu­ni­qué de presse, je si­gnale qu'il n'a ja­mais tou­ché d'al­lo­ca­tion pour sa ma­la­die, etc. Quelques mi­nutes après, j'ai au té­lé­phone la jour­na­liste d'un gros quo­ti­dien qui me de­mande : « Alors, votre pré­sident Cleews Vel­lay est mort dans la nuit. Mais à pro­pos vous sa­vez de quoi il est mort exac­te­ment ? » Bon, ok, on re­prend à zé­ro. L-K.R. : Après Cleews, on a com­men­cé à choi­sir les bons et les mau­vais sé­ro­pos. L'his­toire qui illustre ce que je dis, c'est celle de Di­dier Der­lich. Der­lich c'était l'as­tro­logue de l'émis­sion de JeanPierre Fou­caut, Sa­crée Soi­rée. Un jour il m'ap­pelle chez Act Up: « Voi­là, je vous contacte car je viens d'ap­prendre que je suis sé­ro­po. » Il veut s'en­ga­ger et pro­pose de bos­ser avec nous. Son idée, c'est de re­ver­ser à Act Up, une par­tie des ventes de ses bou­quins d'as­tro­lo­gie, en si­gna­lant le tout par notre lo­go en qua­trième de cou­ver­ture. Cer­tains, Mangeot en tête, ont re­fu­sé ca­té­go­ri­que­ment : « Mais non, on ne peut pas faire ça. Les as­tro­logues sont les nou­veaux cu­rés, on ne peut pas prendre cet ar­gent-là. » Ils m'ont dit : « Fin de non re­ce­voir ! Tu dé­gages avec ton voyant… » J'ai eu Der­lich au té­lé­phone pour lui an­non­cer la dé­ci­sion prise suite à sa pro­po­si­tion. Il a été gla­cial : « Bon… Vous me tuez une pre­mière fois… » Je me suis dé­gou­tée. P.M. : Un cer­tain nombre de gens ont dé­ci­dé que Cleews Vel­lay était sans contes­ta­tion pos­sible l'in­car­na­tion d'Act Up. Donc, à sa mort, on au­rait dû s'ar­rê­ter. Moi, je ne l'ai ja­mais cru. La sa­cra­li­sa­tion des morts, j'en ai marre. G.F. : Di­dier Les­trade di­sait tout le temps, sous forme de bou­tade : « Je ne co­ti­se­rai ja­mais. Je suis en train de cla­quer tout mon fric parce que de toute fa­çon je vais cre­ver. » Et tout d'un coup, comme la donne a chan­gé, on a en­ten­du le même Di­dier s'in­ter­ro­ger : « Merde, je viens de tout dé­pen­ser, je n'ai plus un rond et fi­na­le­ment je vais sur­vivre. Main­te­nant, qu'est-ce que je fais ? » Pa­reil, lors d'une réunion de notre co­mi­té de co­or­di­na­tion. On dé­bat­tait de tout, de rien, des tri­thé­ra­pies évi­dem­ment. Tout d'un coup, Ch­ris­tophe Mar­tet se lève : « Mais alors fi­na­le­ment, peut-être que je ne vais pas mou­rir. » Si­lence. Puis cer­tain se mettent à pleu­rer. D.L. : Quand les tri­thé­ra­pies sont ar­ri­vées, on a pas­sé des an­nées avec l'industrie phar­ma­ceu­tique et les au­to­ri­tés sa­ni­taires pour ac­com­pa­gner ces trai­te­ments qui étaient très toxiques. De plus, l'ar­ri­vée des mul­ti-thé­ra­pies a bous­cu­lé le dé­bat sur la pré­ven­tion et le su­jet du ba­re­back est de­ve­nu cen­tral, sur­tout avec Guillaume Dus­tan. Act Up avait donc la res­pon­sa­bi­li­té, avec les autres as­so­cia­tions et les mé­de­cins, d'ac­com­pa­gner une com­mu­nau­té qui n'ar­ri­vait pas à croire que sa vie al­lait être sau­vée. Je suis par­ti en 2004 à cause des désac­cords dans le groupe sur la pré­ven­tion, mais Act Up était en­core ef­fi­cace. L-K.R. : Après l'ar­ri­vée des tri­thé­ra­pies on au­rait pu ar­rê­ter ce groupe. Peut-être qu'on au­rait gar­dé que la fier­té… Phi­lippe La­bé a d'ailleurs écrit un beau texte sur la fin d'Act Up. Il di­sait qu'on était de­ve­nus : « des fonc­tion­naires de la co­lère. » Il n'a pas tort. Quand Em­ma­nuelle Cosse de­vient la nou­velle pré­si­dente d'Act Up, on res­semble à SOS Ra­cisme. C'est simple, il y a de plus en plus d'hé­té­ros à che­veux longs, bar­men dans le Ma­rais qui veulent prendre leur carte chez nous. Ils pensent que ça va être co­ol pour leur car­rière : « You­pi, je vais bai­ser avec les plus grandes fi­gures du mi­li­tan­tisme ! » G.F. : Chez nous, il n'y avait pas de place pour la bien­veillance.

Comme on s'ai­mait, on était hy­per-vio­lents les uns avec les autres. Un peu sta­li­niens aus­si, sans doute. Dans le dis­cours fon­da­teur de l'ap­pel « Nous sommes la gauche » , il y a mar­qué : « Nous sommes avec les sé­ro­pos, avec les toxi­cos, etc. » sauf qu'avant on di­sait : « Nous sommes pé­dés, sé­ro­pos, toxi­cos et nous avons ça à dire. » Dès le mo­ment où on ne se met plus avec notre com­mu­nau­té, le com­bat perd son es­sence. Je vais quit­ter Act Up au mo­ment de cet ap­pel. Ça cor­res­pon­dait à l'état de fa­tigue après des an­nées de lutte et aus­si à ce mo­ment où notre mé­dia­ti­sa­tion trop ex­ces­sive va at­ti­rer des gens qui ne sont pas im­pac­tés dans leur chair par le si­da. C'est l'époque où Em­ma­nuelle Cosse va de­ve­nir pré­si­dente d'Act Up.

Act Up not dead

N.P-B. : Je suis pas­sé plu­sieurs fois à Nuit de­bout. J'al­lais au dé­bat, j'écou­tais, je ra­con­tais la si­tua­tion en Ar­gen­tine. Ça m'a beau­coup in­té­res­sé cette idée que la jeu­nesse puisse oc­cu­per la place de la Ré­pu­blique à Pa­ris avec l'idée de contes­ter le sys­tème de la dé­mo­cra­tie. Moi, je suis né dans une Ar­gen­tine dé­mo­cra­tique, mais ma soeur qui a dix ans de plus que moi, elle est née pen­dant la dic­ta­ture. Mes pa­rents qui sont très po­li­ti­sés nous ont éle­vés dans cette no­tion de res­pect pour la dé­mo­cra­tie. Mais voir que la jeu­nesse se per­mette de re­mettre en ques­tion les fon­de­ments même de la dé­mo­cra­tie, la re­pré­sen­ta­ti­vi­té, ça me pa­raît bien. Je fais par­tie d'une gé­né­ra­tion qui aime tel­le­ment la dé­mo­cra­tie qu'on a en­vie de l'amé­lio­rer. A.H : Nuit de­bout, évi­dem­ment que je n'ai pas trou­vé ça fa­bu­leux en terme de so­lu­tions po­li­tiques. Par contre ça nous a per­mis de nous réunir, de nous par­ler. Ca au­rait pu être la di­vi­sion avec toutes ces com­mis­sions, mais ça a du­ré, ça a nour­ri le sens du col­lec­tif. Ca a plan­té les graines de l'en­ga­ge­ment, parce qu'au fond on est ul­tra po­li­ti­sés. On nous dit tou­jours : « La jeu­nesse ne s'in­té­resse pas à la po­li­tique, Vous êtes apa­thiques, in­di­vi­dua­listes, par­fois vio­lents. » La jeu­nesse, elle est apa­thique par dé­pit et vio­lente par dé­faut. R.C. : Il y a un lien entre Act Up et des mou­ve­ments comme ceux qui ré­clament la jus­tice dans l'af­faire Ada­ma Trao­ré. Ada­ma Trao­ré, ça me bou­le­verse d'au­tant plus que j'ai l'im­pres­sion de re­vivre notre his­toire. La jus­tice met sa fa­mille dans des si­tua­tions im­pos­sibles, pro­nonce des peines de pri­son contre son frère et, à la fin, on les pointe du doigt : « Re­gar­dez comme ces gens-là ne savent pas se te­nir ! » C'est tel­le­ment violent. Ça me rap­pelle les mi­li­tants d'Act Up qu'on voyait cre­ver. Pen­dant ce temps, on en­ten­dait dire : « Pfff, ces folles hys­té­riques. Ils nous em­merdent avec leur si­da. » J'ai la même ten­dresse pour ces mou­ve­ments qui mettent à l'ordre du jour de pen­ser la dé­co­lo­ni­sa­tion. J'en­tends dire sur eux ce qui se di­sait sur nous à l'époque : « Ce sont des groupes sec­taires ! » « At­ten­tion, cryp­to-fas­cistes ! » P.M. : Act Up a ser­vi de mo­dèle libre et gra­tuit pour d'autres groupes d'ac­ti­vistes. Dans les an­nées 90, d'autres mou­ve­ments ve­naient nous voir pour qu'on fasse cause com­mune. Je me sou­viens de mi­li­tants qui nous di­saient : « Vous êtes confi­nés à la honte et à l'in­vi­si­bi­li­té et pour­tant vous sor­tez dans la rue aux cris de “Je suis pé­dé. Je suis sé­ro­po' !” Ex­pli­quez-nous la fier­té. » Dans les an­nées 90, il y a eu Act Up, le DAL (Droit au lo­ge­ment, ndlr), puis les col­lec­tifs de sans-pa­piers au­tour de l'église Saint-Ber­nard. Tous ont ré­in­ven­té une fa­çon de faire de la po­li­tique en France. Et cette fa­çon, en un sens, on la re­trouve avec des ini­tia­tives comme Nuit de­bout ou les col­lec­tifs de ZADistes. J'ai l'im­pres­sion que l'époque est prête pour que ces se­cousses res­sur­gissent. Donc, si le film pou­vait ne pas être pris pour un dou­dou va­gue­ment nos­tal­gique, mais comme un ob­jet contem­po­rain ça m'ar­ran­ge­rait. D.L. : Le film est un mo­ment de re­trou­vailles. Les an­ciens mi­li­tants vont se re­mettre à par­ler. On le voit dé­jà sur Fa­ce­book, les an­ciens sortent des vieilles pho­tos, ce qui en­traîne des his­toires per­son­nelles ou col­lec­tives. On a be­soin de par­ta­ger ces an­nées ou­bliées, en­tre­prendre un vrai par­tage historique. D'ailleurs, ce film ac­cen­tue le be­soin d'un centre d'archives LGBT. Je crois qu'on n'est qu'au dé­but d'un mou­ve­ment de sou­ve­nirs. On est des sur­vi­vants que l'Etat pré­fère ne pas voir. A.H : J'ai été très ré­pu­bli­caine, mais cet en­ga­ge­ment ré­pu­bli­cain a été cham­bou­lé par tout un tas de choses. Si j'avais pu j'au­rais sans doute ai­mé par­ti­ci­per à des mou­ve­ments comme ceux des ZAD. L'af­fron­te­ment avec la po­lice, c'est bien. Notre-Dame Des Landes, c'est bien. Quand tu t'en­gages dans une cause, tu t'aides toi-même. Tu en res­sors apai­sée. Pour l'ins­tant, mon en­ga­ge­ment per­son­nel, il existe à tra­vers mon tra­vail. Je fais des films, et, en­suite, j'aime en par­ler avec des ados. Qu'est ce que je leur dis ? De ne pas se lais­ser avoir par le mé­pris d'eux-mêmes. De ne pas de­ve­nir ces gens qu'on forme à ne pas vivre leur propre vie. • TOUS PRO­POS RECUEILLIS PAR J-V. C. 120 BATTEMENTS PAR MI­NUTE, UN FILM DE RO­BIN CAM­PILLO, EN SALLES LE 23 AOÛT

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