BE­NOÎT HAMON

«Un block­bus­ter de sé­rie Z.» Voi­là comment Be­noît Hamon, can­di­dat du Par­ti so­cia­liste aux der­nières pré­si­den­tielles, qua­li­fie sa cam­pagne, cré­di­tée en bout de course de 6,35 % des suf­frages. Hamon ci­né­phile ? L'homme sait en tout cas ana­ly­ser la por­tée de

So Film - - SOMMAIRE - PRO­POS RECUEILLIS PAR JEAN-VIC CHAPUS ET RA­PHAËL CLAIREFOND PHO­TOS : MA­THIEU ZAZZO

Ex­tra. « Un block­bus­ter de sé­rie Z. » Voi­là comment le can­di­dat PS aux der­nières pré­si­den­tielles, qua­li­fie sa cam­pagne. Alors, Hamon ci­né­phile ? L'homme sait en tout cas ana­ly­ser la por­tée de l'image ap­pli­quée au champ po­li­tique et sait aus­si, le cas échéant, tra­cer des liens entre son pro­jet de taxe ro­bot et la sé­rie Tre­pa­lium. Pas rien.

Le rap­port que vous en­tre­te­nez à la ca­mé­ra, vous le dé­fi­ni­riez comment ?

Hon­nê­te­ment ? Je ne suis pas fan. Di­sons que je l'aime bien quand je l'ou­blie. Je n'aime pas les ap­pa­reils pho­to non plus d'ailleurs. J'over­dose, j'ai l'im­pres­sion d'être fil­mé et pho­to­gra­phié en per­ma­nence. Pen­dant une cam­pagne pré­si­den­tielle, vous avez le ou les pho­to­graphes of­fi­ciels, des gens qui sont dans votre bu­reau en per­ma­nence et qui vous pho­to­gra­phient. Vous vous dites mais ça fait 15 000 fois que vous pre­nez les mêmes pho­tos... Vous avez votre propre pro­duc­tion d'images, les gens qui vous filment sur vos évé­ne­ments, sans par­ler des clips. Après il n'y a pas un mo­ment sans une pro­po­si­tion de sel­fie, de Snap­chat... Et un mil­liard de mé­dias. Même pour faire de la po­li­tique, à un mo­ment j'ai be­soin d'être sans ca­mé­ras.

C'est pour cette rai­son que vous avez été l'un des seuls can­di­dats à re­fu­ser l'émis­sion de Ka­rine Le Mar­chand ?

Oui mais vous vous ren­dez compte, en­suite on me prête de ne pas l'avoir fait à cause du bou­lot de ma femme. Je sa­vais que c'était une dé­ci­sion po­li­tique et c'est pour ça que je l'ai ren­due pu­blique. Ka­rine Le Mar­chand, j'avais pas vu l'émis­sion, mon équipe était par­ta­gée entre « faut le faire parce que t'as un re­tard de no­to­rié­té » et moi qui di­sais avec d'autres, « je le sens pas » . Je l'ai vue 1 h 30, je lui ba­lance toutes les in­fos per­son­nelles, ce que fait ma femme etc. Après je re­garde l'émis­sion, et l'en­tre­tien que j'ai avec elle me laisse pour le moins per­plexe, elle me de­mande si je suis la droite ou la gauche du PS ! Et après elle dit que je re­fuse parce que ma femme bosse à LVMH, je lui ai dit : « Mais comment tu le sais ? Es­pèce de dé­bile, c'est moi qui te l'ai dit ! » En gros, quand vous ne don­nez pas à bouf­fer au sys­tème, il vous tape. En fait, la seule chose que vous choi­sis­sez, c'est d'en don­ner plus à ceux à qui vous vou­lez en don­ner plus. Mais vous ne choi­sis­sez plus que les gens soient là. Ça po­se­rait d'abord un pro­blème dé­mo­cra­tique d'ac­cep­ter cer­taines ca­mé­ras et pas d'autres. Donc votre marge de ma­noeuvre tient aux ex­clus que vous don­nez. Il y a des gens en qui j'ai confiance, qui sont sé­rieux. Si je dois faire un long en­tre­tien, je le fais plus fa­ci­le­ment avec Me­dia­part qu'avec Le Pa­ri­sien.

Est-ce que c'est tou­jours in­dis­pen­sable d'avoir beau­coup d'images pour me­ner à bien une cam­pagne ? Vous avez fait des clips d'ani­ma­tion no­tam­ment pour ex­pli­quer cer­taines me­sures, est-ce que ces ou­tils ont vrai­ment un im­pact ?

Oui, même si c'était in­suf­fi­sant. Dans les la­cunes de ma cam­pagne, il man­quait une mé­dia­thèque qui per­mette aux gens de pui­ser de l'in­for­ma­tion, voire même de quoi se for­mer quand ils y croyaient, pour com­prendre ce qu'on fai­sait. Va­lé­rie Don­zel­li m'a dit un truc tout con que je trouve très juste, elle m'a dit : « Le suc­cès d'un bon film, c'est la pré­pa­ra­tion. » Au mo­ment où on rentre sur le pla­teau, on peut avoir de bons co­mé­diens etc., si on n'a pas bien pré­pa­ré les choses, on peut se vau­trer. Nous, ce qui nous a man­qué, c'est la pré­pa­ra­tion. Sur­tout que le PS n'était pas non plus pré­pa­ré à m'ac­cueillir moi.

Vous vous êtes re­trou­vé aux ma­nettes d'un block­bus­ter avec des ac­teurs un peu ré­ti­cents en fait ?

Ouais, on va dire un block­bus­ter de sé­rie Z. On s'est vau­trés quoi ! Même quand on an­ti­ci­pait, on n'avait ja­mais as­sez d'avance sur le mo­ment. Du coup notre com' était er­ra­tique. Elle manque d'un fil conduc­teur. Ce fil conduc­teur on l'a dans la tête mais on l'illustre as­sez mal.

Serge Moa­ti di­sait que dans la me­sure où tout est fil­mé en per­ma­nence, il se sen­ti­rait plus de re­faire les mêmes do­cu­men­taires qu'il a faits à l'époque sur les cam­pagnes. Pour vous, qu'est-ce qu'il reste à mon­trer d'in­té­res­sant en po­li­tique?

Un do­cu­men­taire comme ce­lui d'Yves Jeuland à l'Ely­sée, qui montre la place d'un Gaspard Gantzer, ça dit des choses sur la place que prend la com­mu­ni­ca­tion dans un agen­da po­li­tique. Sur­tout dans une époque as­sez com­plo­tiste, où l'on pré­tend qu'on est tous ma­ni­pu­lés ou qu'on ma­ni­pule, ça peut aus­si mon­trer la sim­pli­ci­té des dé­ci­sions qu'on prend et des si­tua­tions aux­quelles on fait face. Un ma­tin vous ap­pre­nez que quel­qu'un vous lâche alors que vous ne l'avez pas pré­vu, comment on gère ça... A l'ère de Game of Th­rones et d'House of Cards où on fe­rait des cal­culs à quinze bandes qui fe­raient de nous des gé­nies, en fait il y a d'abord des hommes, des idées, des af­fects... Ça, je pense qu'on peut en­core le fil­mer. Main­te­nant le pro­blème de l'image de Hol­lande dans les do­cu­men­taires qui lui sont consa­crés ou les livres, c'est qu'on voit que le temps qu'il a pas­sé à se confier, se ra­con­ter, est dis­pro­por­tion­né par rap­port au temps que de­vrait y consa­crer un pré­sident « nor­mal ». C'est dis­pro­por­tion­né par rap­port au bou­lot qu'il a à faire.

Vous avez au­to­ri­sé des ci­néastes à fil­mer votre cam­pagne pré­si­den­tielle ?

Hugues Nan­cy qui fait des do­cu­men­taires po­li­tiques nous a sui­vis pen­dant la cam­pagne. Ça sort en no­vembre sur France Té­lé­vi­sions. J'ai aus­si été sui­vi pen­dant toutes les pri­maires par un mec qui s'ap­pelle Eric Le­mas­son. L'angle qu'ils ont adop­té, il est un peu lié à l'his­toire de la cam­pagne elle-même. On voit bien ce qu'on peut ra­con­ter sur une pri­maire sur­prise et en­suite une pré­si­den­tielle qui, marche après marche, dé­grin­gole. J'ima­gine as­sez bien la dra­ma­tur­gie qu'on peut construire au­tour des tra­hi­sons, etc. Et j'es­père que l'oeil de la ca­mé­ra pour­ra sai­sir ce qu'on per­çoit, à sa­voir une em­pa­thie pour le pro­jet, une vraie éner­gie au­tour des idées qu'on a mises en dé­bat. C'est à mon avis une des choses les plus in­té­res­santes de cette cam­pagne. Contrai­re­ment à ce que les ré­sul­tats peuvent lais­ser en­tendre, il y a une vraie conti­nui­té entre la pri­maire et les pré­si­den­tielles. Ces idées étaient po­pu­laires, les gens en dé­bat­taient : pour/contre le re­ve­nu uni­ver­sel, pour/contre la taxe sur les ro­bots...

Vous avez vu L' Exer­cice del' Et at de Pier­reS choel­ler?

Oui, d'ailleurs lui c'est un réa­li­sa­teur qui m'a sou­te­nu ! Comme Ju­liette Bi­noche aus­si. D'ailleurs, on peut me dire que ma cam­pagne a été foi­rée, tout ce qu'on veut, mais hon­nê­te­ment avoir le suf­frage d'une su­per ac­trice, su­per belle femme comme Ju­liette Bi­noche, c'est au moins ça de ga­gné… Pour en re­ve­nir à L'Exer­cice de l'Etat, c'est vrai que le film s'ap­proche beau­coup de la réa­li­té et Oli­vier Gour­met est ex­cep­tion­nel je trouve. Je suis moins convain­cu par le per­son­nage du di­rec­teur de ca­bi­net, par la place qu'il oc­cupe, sauf à la fin, le mo­ment où il est dé­ga­gé. Par exemple, moi quand je suis ar­ri­vé au gou­ver­ne­ment Ay­rault, pen­dant une se­conde, ils m'ont pro­po­sé d'être dir'cab j'ai fait (il mime un doigt d'hon­neur, ndlr). Et là, le fait qu'Edouard Phi­lippe n'ait pas choi­si son di­rec­teur de ca­bi­net à Ma­ti­gnon en dit long sur l'hy­per-concen­tra­tion du pou­voir à la­quelle on as­siste au­jourd'hui. On lit dans la presse aus­si que Ma­cron a choi­si la pré­si­dente de l'As­sem­blée. Nous sommes dans la Ve Ré­pu­blique, l'As­sem­blée na­tio­nale, c'est le pou­voir lé­gis­la­tif... Le pou­voir n'a même pas cette pu­deur d'es­sayer de dis­si­mu­ler qui va di­ri­ger l'As­sem­blée na­tio­nale.

Et le do­cu­men­taire sur la cam­pagne de Ma­cron dif­fu­sé dès le len­de­main de son élec­tion sur TF1 ?

On m'a dit que c'était très ha­gio­gra­phique. C'est le risque de tous ces trucs-là. Sur­tout qu'elle est in­croyable la scène que tout le monde a sor­tie et que j'ai vue sur la tra­hi­son. Il y a un mo­ment où il im­pute à Valls d'être le traître, mais on voit bien qu'il a in­té­gré qu'il est po­ten­tiel­le­ment ce­la. Parce qu'il est quand même le col­la­bo­ra­teur de Hol­lande, puis son mi­nistre, qu'il le baise dans les grandes lar­geurs et ne fait que ça de­puis long­temps. Tout le monde le sait. Fi­na­le­ment il échappe à l'ac­cu­sa­tion de ce crime-là, il en fait por­ter le cha­peau à Valls qui au­jourd'hui n'est élu que grâce à lui... Alors lui, comme on di­rait chez les re­beus, c'est la « hchou­ma ». Je ne sais pas comment le dire au­tre­ment, c'est mieux que la honte ! Ma­cron, c'est le contraire de ma came, par contre il a une vraie ha­bi­le­té po­li­tique qui consiste à choi­sir les per­sonnes dont il sait qu'elles in­car­ne­ront de­main le vi­sage du so­cia­lisme le plus exé­crable aux yeux d'une grande par­tie des leurs. Donc c'est le poi­son de la di­vi­sion qui conti­nue à mi­ner cette fa­mille-là.

Votre pre­mier film mar­quant, c'était quoi ?

Les pre­miers des­sins ani­més qui m'ont mar­qué, j'hé­site à les dire... C'est Les Aris­to­chats qui est ho­no­rable, et l'autre c'est Bam­bi. Quand Bam­bi est pri­son­nier du feu, je m'en sou­viens ! Et si­non, le film qui marque mon ado­les­cence, en­fin je de­vais avoir 10 ou 11 ans, je l'ai vu sur une base mi­li­taire au Sé­né­gal en plein air, c'est La Fièvre du sa­me­di soir avec John Tra­vol­ta. Ça, alors là... Il fai­sait beau, on avait les étoiles au-des­sus de la tête, avec un film comme ça, c'était la belle vie quoi. L'autre film mar­quant ça reste Apo­ca­lypse Now. C'est mar­rant je l'ai re­vu il n'y a pas long­temps. A chaque fois je me dis : « Tiens, c'est plus long que dans mon sou­ve­nir. » Il y a cette scène avec The End des Doors, la jungle, Mar­lon Bran­do, la flotte, les mous­tiques, la cha­leur... Je trouve ce film ex­cep­tion­nel de bout en bout. On est dans un ci­né­ma amé­ri­cain qui n'est pas com­plai­sant en­vers sa propre lé­gende. Il y a aus­si Lost in la Man­cha, le do­cu­men­taire sur le tour­nage du film de Ter­ry Gilliam, cet en­chaî­ne­ment de mer­diers : Ro­che­fort tombe ma­lade, ils se prennent une pluie di­lu­vienne, tout foire, etc. Comme quoi, les em­merdes volent en es­ca­drille…

Vous al­liez beau­coup au ci­né­ma ?

J'y ai été beau­coup à une époque avec mon ex-femme. A chaque fois c'était la guerre. Elle avait une vraie cul­ture ci­né­phile que je n'avais pas, elle m'a dé­niai­sé. Par exemple, je n'au­rais pas na­tu­rel­le­ment été voir des films du dogme95 da­nois. Ma femme ac­tuelle est da­noise et a bos­sé au CNC en di­ri­geant no­tam­ment les EFADs, un ré­seau de CNCs eu­ro­péens. J'ai re­trou­vé les ci­néastes du dogme, ils ont un en­droit où ils se re­trouvent, où ils chantent L'In­ter­na­tio­nale tous en­semble etc. J'ai re­vu no­tam­ment Le Di­rek­tor sur ce chef d'en­tre­prise is­lan­dais qui re­prend une boîte au

«VA­LÉ­RIE DON­ZEL­LI M'A DIT UN TRUC QUE JE TROUVE TRÈS JUSTE : « LE SUC­CÈS D'UN BON FILM, C'EST LA PRÉ­PA­RA­TION. »

Da­ne­mark. J'ai aus­si ado­ré Fes­ten, et tous les films de Lars von Trier... Je ne suis pas un grand spé­cia­liste du ci­né­ma nor­dique mais cette réticence est tom­bée et je m'y in­té­resse as­sez na­tu­rel­le­ment y com­pris à la sé­rie The Bridge. Un bon pitch de dé­part avec ce corps cou­pé en deux sur un pont à la fron­tière. Main­te­nant, mon ex est pro­duc­trice dans une boîte qui s'ap­pelle Rec­tangle Pro­duc­tion, je crois. C'est elle qui a in­vi­té Va­lé­rie Don­zel­li à mes mee­tings, elle était en­thou­siaste, donc on lui a dit : « Bon bah ve­nez » . Elle m'a fait un clip, je la re­vois.

Pen­dant le der­nier Fes­ti­val de Cannes, on a beau­coup par­lé de la chro­no­lo­gie des mé­dias au­tour des films Net­flix. Ça pa­raît aus­si com­pli­qué en France de voir sor­tir des films en salles et en VOD le même jour, alors qu'il y a un en­jeu de dé­mo­cra­ti­sa­tion et d'ac­cès à la cul­ture éga­le­ment dans ce prin­cipe, non ? Par exemple, un film de Phi­lippe Gar­rel n'est pas for­cé­ment ac­ces­sible pour tout le monde au mo­ment de sa sor­tie en salles..

D'abord le ci­né­ma phy­sique c'est une éco­no­mie qui n'est pas seule­ment celle des salles, c'est aus­si la sor­tie du sa­me­di soir pour plein de fa­milles. Ce qui est mar­rant c'est qu'au pré­texte de dé­fendre la di­ver­si­té on dit, en gros : « Je veux pou­voir ac­cé­der à tous les films. » Pour ma part ça m'in­té­res­sait qu'on me fasse la me­sure de l'éco­no­mie des clics sur les films d'au­teur quand on sait que de plus en plus de vos com­por­te­ments d'achat sur in­ter­net sont en par­tie gui­dés par des mé­ca­nismes af­fi­ni­taires qui font qu'on vous pré­sente la liste de films qui cor­res­pond plu­tôt à vos goûts et que vous al­lez as­sez peu cher­cher. L'ar­gu­ment de la di­ver­si­té, c'est d'abord un ar­gu­ment pour faire plus de po­gnon et de la dé­ré­gu­la­tion. Moi ce que me di­sait mon épouse avant qu'elle passe dans le pri­vé, c'est qu'en conser­vant des mé­ca­nismes de fi­nan­ce­ment qui re­posent sur des taxes, en per­ma­nence, au nom de la concur­rence libre et non-faus­sée, on as­si­mile à des aides d'Etat ce que fait la France avec le compte de sou­tien pour fi­nan­cer le ci­né­ma, et que tôt ou tard ces rè­gle­men­ta­tions, elles se­ront ju­gées illé­gales, non-conformes au droit eu­ro­péen. Donc on est en per­ma­nence en train de dé­fendre un mo­dèle qui est contes­té par les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes, en dé­pit de la di­ver­si­té cultu­relle. Et contes­té no­tam­ment sous le poids des lob­bies, ceux qui pro­posent de com­mer­cia­li­ser des conte­nus di­rec­te­ment par in­ter­net. Donc on fran­chi­rait une étape sup­plé­men­taire en terme de dé­ré­gu­la­tion. L'en­semble des films en salles et di­rect en VOD, moi c'est sûr que j'achè­te­rai parce que j'ai peu le temps, le ci­né­ma que je consomme c'est chez moi. Ça m'ar­ran­ge­rait, mais en­core, qu'est-ce que je m'en fous de le voir deux mois après ? Et puis, le truc qu'il faut voir c'est qu'avec in­ter­net, on se construit des en­clos, les oc­ca­sions de se so­cia­li­ser sont de moins en moins nom­breuses.

Tra­di­tion­nel­le­ment, les gens du ci­né­ma sou­tiennent le can­di­dat so­cia­liste et là cette an­née c'était un peu plus di­vers...

Oui, il y a eu peu d'en­ga­ge­ment du monde cultu­rel. D'abord parce qu'il n'est pas moins dé­çu que le reste, en­suite parce que le bud­get de la cul­ture a quand même di­mi­nué en cinq ans, ça a eu un pe­tit im­pact. Et beau­coup de per­son­na­li­tés prennent conscience que quand elles s'engagent dans le dé­bat pu­blic, ce­la clive né­ga­ti­ve­ment beau­coup plus qu'avant. On peut faire face à des bou­cliers de haine sur les ré­seaux so­ciaux. Je crois qu'il y a des ar­tistes qui sont re­ve­nus de ça. D'ailleurs cer­tains me l'ont dit : « Ecoute, je n'ai pas en­vie de me faire in­sul­ter, je n'as­sume plus la charge de haine que ça pro­voque. »

Avec son pos­tu­lat de dé­part de re­pré­sen­ter une so­cié­té fu­tu­riste dans la­quelle il y a 20 % d'ac­tifs et 80 % d'in­ac­tifs, une sé­rie comme Tre­pa­lium, ça a dû vous in­té­res­ser.

Ah oui ! D'ailleurs j'ai ren­con­tré les au­teurs. Le pos­tu­lat de base de cette sé­rie je le trouve réa­liste. Le tra­vail struc­ture le pou­voir parce qu'il est rare et ce qui est rare est cher. La ma­chine, l'in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle prend le pas sur beau­coup de choses que nous fai­sions. Alors c'est le scé­na­rio gris qui l'em­porte plu­tôt que le scé­na­rio joyeux mais je trouve que c'est in­té­res­sant en po­li­tique d'al­ler voir ce qui se fait en science-fic­tion. Moi, quand j'ai par­lé de taxe sur les ro­bots, ce puits d'in­tel­li­gence et de cul­ture qu'est Pierre Gat­taz m'a in­sul­té, le jour­nal Les Echos s'en est pris à moi, les in­tel­lec­tuels sys­té­miques qui oc­cupent les té­lés aus­si. Mais quand Bill Gates ou le pa­tron de Nest­lé par­ti à la re­traite disent la même chose, c'est dif­fé­rent...

A une époque, on ven­dait le re­ve­nu uni­ver­sel en di­sant que ça al­lait être un re­ve­nu consa­cré à la consom­ma­tion de loi­sirs et de cul­ture.

C'est pour ça que ça im­plique d'avoir un pro­jet cultu­rel à la hau­teur de ces am­bi­tions. J'es­time au­jourd'hui qu'il y au­ra ra­ré­fac­tion du tra­vail et que c'est une for­mi­dable op­por­tu­ni­té, à sup­po­ser qu'on maî­trise cette tran­si­tion et que cette ra­ré­fac­tion ne passe pas par une aug­men­ta­tion du nombre de chô­meurs et une di­mi­nu­tion du nombre d'ac­tifs. Et si on ne veut pas que l'ac­cès à la cul­ture soit une jouis­sance ré­ser­vée aux élites, il faut avoir des po­li­tiques de ser­vice pu­blic en par­ti­cu­lier dans le champ cultu­rel qui per­mettent de faire sau­ter les ver­rous so­ciaux qui sub­sistent au­jourd'hui et que Bour­dieu a abon­dam­ment ex­pli­qués. Main­te­nant sur ces ques­tions-là, on s'est heur­té à une réa­li­té : les Fran­çais ne sont cultu­rel­le­ment pas prêts à consen­tir à ce chan­ge­ment. L'idée reste que le re­ve­nu uni­ver­sel est un re­ve­nu de l'oi­si­ve­té, une forme d'as­sis­ta­nat. Ce qui veut dire que la gauche a per­du une ba­taille cultu­relle, faute de l'avoir me­née.

Dans une in­ter­view à Al­lo­ci­né, vous avez dit de cette pré­si­den­tielle que vous au­riez ai­mé qu'elle res­semble à WestWing mais que c'était plus Ba­ron­noir...

Je n'ai pas dit ça... Ou alors quel­qu'un a fait une in­ter­view pour moi ? C'est pos­sible ! Bon, Ba­ron noir, je connais le scé­na­riste, donc il y a des trucs, des dia­logues qui font écho à des si­tua­tions vé­cues, ça m'a fait mar­rer de re­voir ça à la té­lé. Il a vé­cu tout ça, on voit bien à qui il pense, mais bon bref si­non c'est n'im­porte quoi. Il y a un fond de vrai et en­suite tout est sou­li­gné, nor­mal c'est du ci­né­ma. C'est jau­ni, rou­gi, noir­ci... C'est too much tout le temps. En même temps, les créa­teurs de Ba­ron noir, ils au­raient vou­lu in­ven­ter l'his­toire d'un mec, pré­sident de la Ré­pu­blique, qui va se ta­per sa meuf en scoo­ter une rue à cô­té, on au­rait aus­si dit que c'était sou­li­gné non ? •

« JE N'AU­RAIS PAS NA­TU­REL­LE­MENT ÉTÉ VOIR DES FILMS DU DOGME DA­NOIS, MAIS CETTE RÉTICENCE EST TOM­BÉE. »

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