L'AF­FAIRE GRÉ­GO­RY

Dans l’ex­cellent Pe­tit Pay­san, elle campe le rôle d’une jeune vé­té­ri­naire en mi­lieu ru­ral, mais jus­qu’ici on la connaît sur­tout pour son rôle d’agent de la DGSE éva­po­rée et faus­se­ment naïve dans la sé­rie Le Bu­reau des lé­gendes. Avant ça, Sara Gi­rau­deau a

So Film - - Sommaire - PAR JEAN-VIC CHAPUS – PHO­TO : MA­THIEU ZAZZO

Hors Cadre. Ré­cem­ment de re­tour dans l'ac­tua­li­té, l'af­faire du Pe­tit Gré­go­ry a tou­jours au­tant des airs de film à la Cha­brol. Pour­tant le ci­né­ma ne s'y est ja­mais vrai­ment at­ta­qué. Pour­quoi ? Ré­ponse avec le scé­na­riste et ci­néaste Pascal Bo­nit­zer, mais aus­si les jour­na­listes Lau­rence La­cour et Isa­belle Bae­chler.

Tu dis que tu t'es ra­re­ment au­tant bat­tue pour ob­te­nir un rôle dans ta vie pour Pe­tit Pay­san. Se battre dans le cadre de ton mé­tier de co­mé­dienne c'est quelque chose que tu ne maî­trises pas ? Je ne suis pas du tout le genre à sa­voir faire du for­cing. J'ai plu­tôt un cô­té fa­ta­liste. On peut par­fois me le re­pro­cher d'ailleurs. Dans ce mé­tier, il y a des gens qui savent for­cer les choses pour ob­te­nir le rôle qu'ils convoitent. Moi, pas du tout. Alors, c'est vrai que pour Pe­tit Pay­san, je me suis fait un peu vio­lence. Pen­dant les cas­tings, je sais que j'ai com­plè­te­ment foi­ré mon deuxième es­sai. A cette pé­riode, j'étais en concur­rence pour le rôle avec une ac­trice qui est un peu tout le contraire de ce que je sui : très sûre d'elle, do­tée d'une bonne na­ture de com­pé­ti­trice, plu­tôt agres­sive sur le plan du bou­lot. Elle était sans doute plus évi­dente que moi pour le rôle dans Pe­tit Pay­san. Par ha­sard, j'ai ap­pris qu'elle aus­si avait un peu mer­dé ses es­sais. Donc, pour la pre­mière fois, j'ai ap­pe­lé la di­rec­trice de cas­ting pour lui de­man­der un troi­sième es­sai : « Al­lo, ouais, c’est Sara. Tu ne vas pas me dire que l’autre a été à l’aise avec cette scène. Tu en es cer­taine ? Vu sa per­son­na­li­té ça me pa­raît dif­fi­cile à croire qu’elle ait réus­si à dire ce dia­logue sans dif­fi­cul­té. Je me trompe ? » Elle m'a ré­pon­du : « Ah si, elle a ra­té sa scène éga­le­ment. » Donc, j'ai sau­té sur l'oc­ca­sion : « Al­lez, re­donne-nous notre chance à elle et à moi. Juste pour qu’on se sente à l’aise. » Ré­sul­tat : ce troi­sième es­sai, je l'ai ob­te­nu. Après, même quand j'ai très en­vie d'ob­te­nir quelque chose, je n'ar­rive pas à me mettre dans un es­prit de com­pé­ti­tion. Ce mé­tier ça ne de­vrait pas être la guerre : plu­tôt un partenariat. Entre ton Mo­lière et le mo­ment où l'on com­mence à te pro­po­ser des rôles consé­quents à la té­lé ou au ci­né­ma, il s'est pas­sé dix ans. Cette at­tente a ren­for­cé ce cô­té fa­ta­liste ? Au ci­né­ma, j'ai tou­jours eu cette sen­sa­tion que ce qui m'ar­rive, ce n'est ja­mais to­ta­le­ment de mon res­sort. J'ai tout le temps été fa­ta­liste, parce que la plu­part des cas­tings que je vou­lais je ne les ai ja­mais eus. Ce n'est qu'après la dif­fu­sion de la pre­mière sai­son du Bu­reau des lé­gendes qu'une es­pèce de roue s'est mise en marche. Avant, je ne ren­trais pas dans les cases. Il y avait ceux qui me trou­vaient trop fra­gile, et ceux qui di­saient : « Pour le rôle, ça au­rait été vrai­ment bien cette fra­gi­li­té, mais elle ne dé­gage pas ce truc... » On a sou­vent dit à mon agent : « Fran­che­ment, elle est su­per Sara, mais elle n’est pas du tout ce qu’on cherche. » Après, il y en a qui s'acharnent. Moi je n'ai pas cette na­ture à m'ac­cro­cher coûte que coûte.

Le cas­ting c'est un exer­cice dans le­quel tu te sens à l'aise ?

Hon­nê­te­ment ? Ce n'est pas le truc que je pré­fère au monde. Tu es entre quatre murs, quel­qu'un qui te filme sans rien dire. On peut même te tendre des pièges pour voir ce que tu as dans le bide. On te de­mande de hur­ler, de te mettre à pleu­rer, de jouer des états très ex­trêmes. Ce genre de chose pour moi, c'est pas pos­sible. Je me bloque. Pen­dant long­temps ça m'est ar­ri­vé de perdre mes moyens, d'être su­per mau­vaise, mais à un point que tu ne peux pas ima­gi­ner. Quand ça res­semble à un exa­men de pas­sage comme à l'école, c'est simple : je perds tous mes moyens.

Tu as le sou­ve­nir d'es­sais vrai­ment ca­tas­tro­phiques ?

Ah bah oui, le cas­ting pour ce film de Jean-Pierre Jeu­net, Mic­macs à tire-la­ri­got. Ça avait beau être pour un rôle mi­nus­cule, ça reste un sou­ve­nir dou­lou­reux. Il ne de­vait pas ai­mer ma tronche ou pas ai­mer mon père. J'avais sui­vi les re­com­man­da­tions du di­rec­teur de cas­ting qui avait bien spé­ci­fié par mail : « Il faut ve­nir ha­billée as­sez sexy. » Quand je me suis poin­tée, c'est al­lé très vite. Jeu­net, me re­garde à peine, ne me dit pas bon­jour quand j'entre et me lance « Ah ! J’ai connu ton père, toi » , de fa­çon très agres­sive. En­suite, il re­lève la tête, me désha­bille du re­gard avec un pe­tit sou­rire et il en­chaîne : « Mais pour­quoi t’es sa­pé avec une jupe courte, toi ? T’as pas peur de te faire vio­ler dans le mé­tro ha­billée comme ça ? » Je me jus­ti­fie comme je peux, mais j'ai la voix qui tremble : « Ras­su­rez-vous, je suis ve­nue en voi­ture jus­qu’au cas­ting, pas en mé­tro. » Lui, exas­pé­ré : « Vas-y com­mence ! On ne va pas perdre notre temps à t’écou­ter ra­con­ter ta vie. » Après, ça a été un quart d'heure pen­dant le­quel il a pris un ma­lin plai­sir à me cas­ser. Il était plus que sec. Car­ré­ment exé­crable. Il re­gar­dait son mo­ni­teur en sou­pi­rant : « Mais pour­quoi t’es ma­quillée de cette fa­çon ? T’es rouge ! Tu ne res­sembles à rien. » Après cette ex­pé­rience, j'en ai re­par­lé avec le di­rec­teur de cas­ting de Jeu­net. Il était dé­so­lé le pauvre : « Je ne sais pas ce qui s’est pas­sé. Nor­ma­le­ment, Jean-Pierre c’est pas du tout un sale type, il n’hu­mi­lie pas. » Bon… J'ai sou­vent rê­vé de croi­ser Jeu­net au ha­sard. Pen­dant la se­maine après le cas­ting, je ne pen­sais qu'à ça tout le temps : croi­ser Jeu­net et lui hur­ler des­sus à mon tour. Ça au­rait été bien de ré­pa­rer l'in­jus­tice.

Tu par­lais du cadre d'un cas­ting qui peut être si­mi­laire à ce­lui d'un exa­men à l'école. C'est quoi cette « pho­bie sco­laire » par­fois ?

L'école, ça a été dou­lou­reux. Je n'ai ja­mais été bonne élève. J'avais de gros pro­blèmes de com­pré­hen­sion. Dé­jà j'ai fait pra­ti­que­ment toutes mes études dans un ly­cée de bourges, à Pa­ris, L'École al­sa­cienne. Là-bas, il y a pas mal de « fils de », le fils Kouch­ner, etc. Pas du tout mon uni­vers. Tous les ma­tins en y al­lant c'était la boule au ventre, mais constam­ment. Je n'at­ten­dais qu'une chose : pas­ser à une autre étape de ma vie. L'école, c'est un en­vi­ron­ne­ment qui ne me cor­res­pon­dait pas du tout. Tout est très ba­li­sé. Il y a des mé­thodes d'ap­pren­tis­sage en France qui ne parlent pas à cer­tains en­fants. Il y a très peu d'en­traide, beau­coup de com­pé­ti­tion, au­cun dia­logue entre les élèves et les profs. Mes pa­rents qui ont, eux, quit­té l'école à treize ans n'ont pas su trou­ver les moyens de m'ai­der.

Pour­quoi ça ne fonc­tion­nait pas entre l'édu­ca­tion na­tio­nale et toi ?

Parce que je fai­sais par­tie de ces élèves à qui il fal­lait don­ner des bonnes notes pour leur don­ner en­vie de s'amé­lio­rer. Sauf qu'à l'école fran­çaise, c'est tout le contraire : on pense que c'est en te cas­sant sur le plan des ré­sul­tats que tu vas pro­gres­ser. Je n'ai pas ai­mé le cô­té su­per ri­gide des en­sei­gnants. Rien que le fait qu'on doive les ap­pe­ler maître ou maî­tresse ça pose dé­jà pro­blème. Je pense qu'il y a des cer­veaux d'en­fants qui ne peuvent pas sup­por­ter la mul­ti­pli­ca­tion des cours. Comment tu fais pour re­te­nir quelque chose d'in­té­res­sant après avoir en­chaî­né dans la même jour­née une heure de maths, une heure d'his­toire, puis en­core une heure d'art plas­tique ? En­chaî­ner au­tant de ma­tières dans une jour­née, ce n'est pas pos­sible, et c'est pire quand tu veux te ra­jou­ter une ma­tière ar­tis­tique. Là, tu te tapes douze heures de cours dans la jour­née. Tu com­mences à 8 heures le ma­tin pour ter­mi­ner à 20 heures. Ré­sul­tat : tu n'as plus de vie. Moi je pense qu'un ado­les­cent, il a be­soin de temps libre pour se re­trou­ver, pour sa­voir qui il est. Celles et ceux qui rentrent dans le moule sco­laire, ils ne savent pas quel est le sens de leur vie. Ils sortent de l'école avec un di­plôme, ok, mais ils ne savent pas qui ils sont vrai­ment…

À cause de cette pho­bie sco­laire, tu es de­ve­nue in­dis­ci­pli­née, ré­tive à toute ma­ni­fes­ta­tion d'au­to­ri­té. Tu peux pré­ci­ser ?

Ne pas com­prendre ce qu'on a es­sayé de m'ap­prendre à l'école a chan­gé ma na­ture pro­fonde. Moi, j'avais la rage en per­ma­nence. Contre tout. Contre ce sys­tème sco­laire qui est le lieu de l'in­jus­tice. Je me sou­viens qu'un jour je me suis en­gueu­lée très fort avec une prof d'his­toire-géo sans doute dé­pres­sive. Elle était ar­ri­vée en re­tard de dix mi­nutes. Bo­ris, mon su­per pote de l'époque, en pro­fite pour al­ler aux toi­lettes. Dix se­condes, la prof est là. Elle hurle : « Vous al­lez chez le pro­vi­seur. On ne quitte pas les cours pour al­ler aux toi­lettes sans mon au­to­ri­sa­tion ! » Moi, ça me rend dingue, donc je gueule aus­si : « C’est vous qui ar­ri­vez en re­tard et c’est lui qui se fait vi­rer ? Mais vous vous pre­nez pour qui ? » La prof était rouge, ça n'ar­rê­tait pas de mon­ter dans les ai­gus. Là, je lui ba­lance : « Cal­mez-vous, vous êtes hys­té­rique ! » Elle me vire de cours et je me re­trouve chez la di­rec­trice qui m'as­sène en­core un ju­ge­ment de va­leur dont je me sou­viens en­core : « Ma­dame Gi­rau­deau, vous ne vou­lez pas ap­prendre. Et comme vous ne vou­lez pas ap­prendre, vous ne fe­rez ja­mais rien dans la vie. » Une in­jus­tice, en­core une fois. J'al­lais en cours, mais la plu­part du temps com­plè­te­ment dé­fon­cée. Dès 8 heures du mat' je fu­mais mon pre­mier joint. Comme tu es obli­gé d'être entre ces murs, mais tu ne rêves que d'ailleurs, tu t'an­ni­hiles.

Tra­vailler dans le cadre d'une sé­rie comme Le Bu­reau des lé­gendes où toutes les si­tua­tions et tous les per­son­nages sont très écrits, voire do­cu­men­tés à l'ex­trême, c'est quelque chose dans le­quel tu trouves fa­ci­le­ment ta place ?

Cu­rieu­se­ment, ouais… Le Bu­reau des lé­gendes, c'est très écrit, on ne peut pas bou­ger le texte d'une vir­gule. Par­fois, on es­saye de né­go­cier cer­tains amé­na­ge­ments avec Eric ( Ro­chant, sho­wrun­ner de la sé­rie, ndlr), mais ça ne va rien mo­di­fier. Il est prêt à ex­pli­quer pen­dant des heures les res­sorts de son his­toire, mais à l'ar­ri­vée il ne chan­ge­ra rien. Eric, au dé­but de la deuxième sai­son, nous di­sait : « Être sho­wrun­ner c’est su­per com­pli­qué comme po­si­tion. T’as trop d’équipes à gé­rer, trop de co­mé­diens, trop d’in­ter­lo­cu­teurs… Donc, si on veut ne pas perdre le fil dans ce bor­del, on ne doit pas tou­cher au scé­na­rio. Si cha­cun ra­mène son truc à lui c’est fou­tu. Le scé­na­rio, ça reste la bible, c’est pas né­go­ciable. » On doit ren­trer dans un cadre et ne plus en bou­ger.

Tu avais confiance en tes chances de réus­site en te pré­sen­tant au cas­ting ?

Le su­jet, je ne le connais­sais pas du tout. On m'avait dit : « Tu vas voir, c’est une sé­rie sur l’es­pion­nage. » Bon, l'es­pion­nage, avec ma voix, mon phy­sique, je ne me voyais pas exac­te­ment faire l'af­faire, mais bon… De toute fa­çon, je ne me suis ab­so­lu­ment pas mis la moindre pres­sion. Dé­jà, on était su­per nom­breuses sur ce cas­ting, ça ne me lais­sait pas beau­coup de chance. Comme j'étais en

« J'avais la rage en per­ma­nence. Contre tout. Contre ce sys­tème sco­laire qui est le lieu de l'in­jus­tice en per­ma­nence. »

tour­née pour le théâtre, mon agent m'avait dit : « Es­saye de pas­ser ce cas­ting, mais la vé­ri­té c’est que tu n’au­ras cer­tai­ne­ment pas le temps pour ac­cep­ter ce rôle si tu ve­nais à le dé­cro­cher. » Au cas­ting, j'ai eu la bonne sur­prise d'avoir à jouer une scène par­ti­cu­liè­re­ment simple. Pas comme ces es­sais où on te de­mande de jouer mille trucs à la fois, de pré­sen­ter tout plein d'émo­tions et où gé­né­ra­le­ment je m'em­brouille, parce que j'ai par­fois du mal à gar­der ma concen­tra­tion. J'en suis sor­tie ra­vie en tout cas. Je me suis dit que je n'au­rais cer­tai­ne­ment pas le rôle, mais que ça res­te­rait un mo­ment agréable. Et fi­na­le­ment, un mo­ment agréable dans ce mé­tier, c'est beau­coup.

Qu'est-ce que ce rôle a chan­gé dans ton approche du jeu ?

Ça m'a ren­due un peu moins sau­vage. Ça m'a en­le­vé une par­tie du poids qui fait que j'avais tou­jours un peu de mal à as­su­mer qui je suis vrai­ment. Dé­jà, il y a le plai­sir du jeu. Jouer un per­son­nage dont la vie en­tière est ba­sée sur le men­songe et la dis­si­mu­la­tion c'est hy­per sti­mu­lant, c'est comme tra­vailler de la den­telle. Et puis, je ne sais pas, ça me fait plai­sir de sa­voir que chaque an­née je vais re­trou­ver la même équipe, le même per­son­nage. Ça me donne une rai­son de faire ce mé­tier. Il y a de l'hu­main. Parce qu'un tour­nage de film, c'est bi­zarre quand même : tu as des rap­ports très forts avec les gens qui tra­vaillent sur un pro­jet, tu ap­prends à les ai­mer, à les ad­mi­rer, tu ra­contes ta vie, et, quelques mois après, quand le tour­nage est ter­mi­né, tout le monde se pro­met de se re­voir, mais on ne se re­voit ja­mais. L'his­toire s'ar­rête et c'est une cou­pure que je n'ai pas en­core réus­si à com­plè­te­ment in­té­grer.

Tu es la fille de deux co­mé­diens cé­lèbres. Pour­tant, en t'en­ten­dant par­ler, on a l'im­pres­sion que tu as mis long­temps à ai­mer le ci­né­ma. On se trompe ?

Au ci­né­ma, il n'y a pas de place pour la de­mi-me­sure. Tout est « le film le plus bou­le­ver­sant du monde » ou « la pire merde qu’on n’a ja­mais vue sur un écran » . Même si je viens de ce mi­lieu, pen­dant beau­coup d'an­nées j'ai es­sayé de me te­nir éloi­gnée du monde du ci­né­ma. Le théâtre me ras­su­rait beau­coup plus, parce qu'il y a quelque chose de me­su­ré, de sain. Quand tu gagnes un prix du meilleur es­poir pour le théâtre ça te laisse le temps de pen­ser à ton pro­jet en tant que co­mé­dienne. Si tu gagnes la même ré­com­pense au ci­né­ma, tout de suite les choses s'em­ballent. On te fait com­prendre qu'il faut que ta car­rière ac­cé­lère, que tu ac­ceptes toutes sortes de rôles. Tu n'as pas le droit de ra­len­tir ou de faire une pause. Le pire, c'est qu'au bout de quelques an­nées on en a marre de ta gueule, donc on te jette. Si on n'a pas la force de dire : « Ra­len­tis­sons un peu » , on est très peu pro­té­gé. Pour moi, l'hu­main il est dans la de­mi-me­sure, pas dans l'hys­té­rie. Quand on est jeune, ne pas choi­sir le che­min de la de­mi-me­sure, c'est s'ex­po­ser à être per­du.

Avant de de­ve­nir co­mé­dienne, tu avais des exemples d'ac­teurs à qui tu au­rais ai­mé res­sem­bler ?

Mon co­mé­dien pré­fé­ré ça reste Pa­trick De­waere. Un type qui était rem­pli de li­ber­té. Il ne pre­nait pas ses rôles de fa­çon lit­té­rale ou ap­pli­quée. Par­fois ça dé­ra­pait. Tu sen­tais qu'il y met­tait sa vie, son hu­meur du mo­ment. L'autre ré­fé­rence c'est Les Bron­zés, les Nuls, les In­con­nus, Jac­que­line Maillan dans Pa­py fait de la ré­sis­tance. Pour­quoi ça me plaît ? Parce que tu sens la li­ber­té de la bande, un truc col­lec­tif as­sez joyeux. Je trouve que l'époque manque de cet es­prit. Nous, on a bas­cu­lé dans un truc in­di­vi­dua­liste et com­pé­ti­tif où on glo­ri­fie la per­for­mance seul en scène, le stand up.

Tu ar­rives à faire des ef­forts pour ren­trer dans le moule du ci­né­ma ? À l'avant-pre­mière de Pe­tit Pay­san à la Ci­né­ma­thèque fran­çaise, tu fai­sais les cent pas de­vant l'en­trée avec une can­nette de bière à la main. Cette image de l'ac­trice fran­çaise avec une bière à la main, c'est pas très « pro­to­co­laire »…

Ah oui ! Mais qu'est-ce qu'on peut se per­mettre dans ce mi­lieu et qu'est-ce qu'on ne peut pas se per­mettre. Fran­che­ment, moi je n'en sais rien. En bu­vant une bière, je ne manque de res­pect à per­sonne. Dans les temps mo­dernes, on n'ose plus. On reste dans la neu­tra­li­té. C'est comme quand j'étais au Fes­ti­val de Cannes. J'ai mon­té les marches pieds nus. On m'a fait la ré­flexion : « Mais tu ne peux pas mon­ter les marches pieds nus ! Tu vas être fil­mée, pho­to­gra­phiée. Il te faut des ta­lons. » Des ta­lons, ça sert à quoi. Je ne suis pas à l'aise sur des ta­lons, j'ai un mal de pied pas pos­sible. À par­tir du mo­ment où je porte une belle robe on ne de­vrait pas m'im­po­ser de por­ter des ta­lons. On peut être chic sans ta­lons. •

« On a bas­cu­lé dans un truc in­di­vi­dua­liste et com­pé­ti­tif où on glo­ri­fie la per­for­mance seul en scène, le stand up. »

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