Le Re­dou­table de Mi­chel Ha­za­na­vi­cius

So Film - - Sommaire - PROPOS RECUEILLIS PAR DA­VID ALEXAN­DER CASSAN ET JEAN-VIC CHAPUS

Peut-on trans­for­mer une par­tie de la vie et de l'en­ga­ge­ment de Jean-Luc Go­dard en co­mé­die ? À cette ques­tion po­sée par Mi­chel Ha­za­na­vi­cius avec LeRe­dou­table, cer­tains cri­tiques ont hur­lé au crime de lèse-ma­jes­té lors du der­nier Fes­ti­val de Cannes. An­cien ré­dac­teur en chef des Ca­hiers du­ci­né­ma, écri­vain et go­dar­dien, Jean Nar­bo­ni pense, lui, qu'il n'y a pas de mé­chant pro­cès à charge contre JLG dans ce film. Il a quand même vou­lu son­der les in­ten­tions d'Ha­za­na­vi­cius. Pour sa­voir si l'au­teur d'OSS 117 a réa­li­sé Un­film­com­me­le­sautres ? Jean Nar­bo­ni : Vous par­tez du ro­man d'Anne Wia­zem­sky, Un an après, mais on n'adapte pas ce livre comme on le fe­rait avec un texte de fic­tion qui vous a ins­pi­ré, La Char­treuse de Parme ou L'Île au tré­sor : c'est un ro­man où l'au­teur ra­conte sa vie avec Jean-Luc Go­dard, ci­néaste cé­lèbre, vi­vant et en ac­ti­vi­té. Qu'est-ce qui vous a conduit à faire un film sur cette fi­gure ni ano­nyme ni ano­dine ? Quel était votre af­fect ini­tial ?

Mi­chel Ha­za­na­vi­cius : Il y a écrit « ro­man » sur la cou­ver­ture, mais la fron­tière entre récit et ro­man est po­reuse, ici. Pour ré­pondre à la ques­tion, j'ai un rap­port hy­per simple à Go­dard, un simple rap­port de spec­ta­teur : j'ai beau­coup d'ad­mi­ra­tion pour les films qu'il a faits dans le champ tra­di­tion­nel du ci­né­ma, di­sons jus­qu'à La Chi­noise, et suis plus dé­con­cer­té par la suite… Je n'au­rais ja­mais pen­sé faire un film avec Go­dard comme per­son­nage avant ce livre. Ce n'est pas un film sur Go­dard, mais un film dont le per­son­nage prin­ci­pal est Go­dard. Ça reste cou­sin, mais ça parle plu­tôt d'un amour qui se ter­mine, d'un ar­tiste à la croi­sée des che­mins, de po­li­tique, de Mai 68… Le livre m'a aus­si par­lé pro­fon­dé­ment, parce que c'est l'his­toire d'un réa­li­sa­teur qui fait un film qu'il croyait plus im­por­tant que la ma­nière dont il est per­çu et qui se re­trouve comme un con, à es­sayer de com­prendre, d'avan­cer… Après The Search, je n'étais pas dans une si­tua­tion dé­pres­sive mais je me de­man­dais ce que j'avais vrai­ment en­vie de faire, alors que tout le monde vou­lait que je fasse un troi­sième OSS 117. En ra­con­tant cette his­toire avec Go­dard, mais aus­si avec les codes de sa ci­né­ma­to­gra­phie pré-68, j'ai vu la pro­messe d'un film hy­per joyeux, hy­per lu­dique, d'une co­mé­die à par­ta­ger avec les gens, qu'ils connaissent Go­dard ou pas.

JN : Sans par­ler en­core de la pé­riode du groupe Dzi­ga Ver­tov, res­tons aux vingt der­nières an­nées. Go­dard a in­ven­té à lui seul un genre qui lui est propre, qu'on pour­rait presque ajou­ter à la clas­si­fi­ca­tion des films dans L'Of­fi­ciel des spec­tacles. Vous conti­nuez à al­ler voir ses films, à les ai­mer ?

MH : Au mo­ment de Dzi­ga Ver­tov, il dé­cide de sor­tir du champ tra­di­tion­nel du ci­né­ma, consi­dé­rant que ce­lui-ci re­pro­duit les sché­mas de do­mi­na­tion de la bourgeoisie, pour créer une scis­sion, tra­cer sa propre route. À par­tir de là, on n'aborde plus ses films comme les autres : c'est un homme qui ré­flé­chit à voix haute, et qui dé­pose tous les deux ans un ob­jet qui re­late l'état de sa ré­flexion. Pour moi, ça re­lève plus de l'art con­tem­po­rain : il faut connaître le concept, l'ar­tiste, pour en prendre la me­sure, pour com­prendre, pour ai­mer. Alors que pour n'im­porte quel autre film, on peut se lais­ser em­por­ter par l'his­toire. Je res­pecte à mort la dé­marche, je n'ai au­cune mo­que­rie

par rap­port à ça : di­sons que je suis un peu dé­con­cer­té, c'est tout.

JN : La coif­fure, le corps de votre ac­trice, ses gestes, ses mi­miques ap­par­tiennent à la pé­riode an­té­rieure à Anne Wia­zem­sky. Elle est plus proche de Chan­tal Goya ou d'An­na Ka­ri­na. Quand vous imi­tez, ci­tez, pas­ti­chez Go­dard comme vous le faites dans vos ca­drages, vos éclai­rages, vos aplats de cou­leurs, vous vous ré­fé­rez à une plas­tique, à une es­thé­tique an­té­rieures à La Chi­noise. Go­dard a beau­coup évo­lué sur ces points. Au fond, n'au­riez-vous pas pu être un des per­son­nages du Re­dou­table qui de­mandent à Go­dard de re­faire des films « comme avant » ?

MH : Mon film parle de cette bas­cule-là, entre 67 et 68. Par exemple, quand ils sont de­vant une fe­nêtre au dé­but, c'est très éclai­ré de face, avec des cou­leurs pri­maires, alors qu'aux deux tiers du film ils sont de­vant la même fe­nêtre et c'est une lu­mière en contre-jour, comme dans une scène de Week-end. Cette « pre­mière » pé­riode de Go­dard, c'était le ter­rain de jeu où je pou­vais faire le film le plus joyeux pour rap­pe­ler que Go­dard avait été ça, et pas seule­ment la pièce de mu­sée à la­quelle ceux qui l'adorent vou­draient le ré­duire. Dans Bande à part, il fait dire à An­na Ka­ri­na : « Vous êtes à la ré­gie Re­nault ? Non ? C'est dom­mage, vous au­riez pu échan­ger votre air con contre une R8 ! » C'est mar­rant, et beau­coup de gens ou­blient qu'il était ca­pable de faire ça.

JN : Le goût de Go­dard pour les jeux de mots mer­veilleu­se­ment dé­biles est connu et il y en a un ou deux très drôles dans Le Re­tou­blable. Après avoir vu le film, j'ai été éton­né de la vio­lence des ar­ticles et des com­men­taires qu'il avait sus­ci­té : mise en pièces de Go­dard, ri­di­cu­li­sa­tion de Mai 68, en un mot obs­cu­ran­tisme et ré­ac­tion. Que pen­sez-vous de ces com­men­taires?

MH : Je rentre du fes­ti­val de Bob­bio or­ga­ni­sé par Mar­co Bel­loc­chio, et son fils qui a à peu près mon âge est tom­bé dans mes bras après le film. Il m'a dit : « Toute ma vie, Go­dard, An­to­nio­ni, Pa­so­li­ni, c'étaient des gens dont on ne pou­vait par­ler qu'avec le plus grand sé­rieux… Tu m'as mon­tré qu'on pou­vait en ri­go­ler, et tu ne peux pas sa­voir à quel point ça m'a li­bé­ré. » Bien sûr que là, c'est ex­trême, mais Go­dard a été en­tou­ré d'un truc ul­tra sé­rieux et mettre de la co­mé­die dans son es­pace vi­tal, ça en dé­range cer­tains, et cer­tains seule­ment. Vous sa­vez, je viens de la té­lé­vi­sion, j'ai fait OSS 117 puis j'ai eu un suc­cès in­so­lent, et je n'y peux rien, avec The Ar­tist. Alors quand je « m'at­taque », parce que c'est comme ça qu'ils le per­çoivent, au to­tem, au jar­din se­cret d'une poi­gnée de cri­tiques… Ils ont l'im­pres­sion que je leur fais les poches, que si Go­dard de­vient po­pu­laire, il ne leur res­te­ra plus rien ! Je sa­vais qu'il y en au­rait qui gueu­le­raient mais fran­che­ment, je m'at­ten­dais à plus tra­vaillé que ça. Qu'ils ne soient pas d'ac­cord avec le film, en soi, pas de pro­blème, mais je les ai trou­vés vio­lents et flem­mards. Quant à ce truc de « à charge », je ne suis pas d'ac­cord non plus. Je vais ci­ter des chefs-d'oeuvre, par­don, mais quand vous re­gar­dez La Gar­çon­nière de Billy Wil­der ou Une vie dif­fi­cile de Di­no Ri­si, vous n'y voyez pas de « pro­cès à charge » contre leurs per­son­nages… Ce sont des per­son­nages avec des pôles né­ga­tifs et des pôles po­si­tifs, comme n'im­porte quel être hu­main. Si je de­vais faire la cri­tique de mon propre film, ce se­rait quelque chose comme : « Ce Ha­za­na­vi­cius masque ha­bi­le­ment ses in­ten­tions, mais trans­forme en images pu­bli­ci­taires et sen­ti­men­tales des images qui étaient d'une puis­sance énorme parce qu'elles ont chan­gé l'his­toire du ci­né­ma. Et c'est très triste de voir des images ré­vo­lu­tion­naires de­ve­nir tri­viales. » Sur ce thème-là, oui, j'au­rais trou­vé ça plus ma­lin. Plus dur vis-à-vis du film, mais plus ma­lin.

JN : Pour ce qui me concerne, mais peu­têtre y a-t-il là une part de pro­jec­tion, je n'ai pas vu dans votre film un pro­cès mé­cham­ment à charge : plu­tôt un per­son­nage très amou­reux de sa femme, ja­loux et in­quiet, tou­jours in­sa­tis­fait et en re­cherche, af­fec­té par les réactions qu'a pro­vo­quées chez les Chi­nois et les maoïstes un film qui leur était des­ti­né… Tra­vaillé par des doutes qu'il com­pense, comme c'est sou­vent le cas, par des af­fir­ma­tions vio­lentes et pé­remp­toires, par­fois mé­chant ou odieux, mais drôle aus­si et ca­pable de ré­trac­ta­tions. Cer­tains vous ont ac­cu­sé par ailleurs de ne voir en Mai 68 qu'une pan­ta­lon­nade, lorsque par exemple vous mon­trez un CRS sym­pa­thique et des ma­ni­fes­tants en fuite, ou quand vous faites jouer à Ro­main Gou­pil le rôle d'un membre des « forces d'op­po­si­tion » à Go­dard…

MH : Quand vous par­lez avec des gens qui ont « fait » Mai 68, tous vous le ra­content avec le sou­rire. Si le cur­seur du film ré­ac­tion­naire, c'est ce­lui-là… Et puis c'est tout bête, mais je ne connais pas un film fran­çais qui ait mis au­tant de moyens dans la re­pré­sen­ta­tion de 68 : s'en­ga­ger là-des­sus en tant que réa­li­sa­teur et pro­duc­teur, c'est une marque de res­pect. La seule dis­tan­cia­tion qu'il y a dans le film, c'est qu'après avoir mon­tré des ma­ni­fes­tants crier « CRS, SS ! », je mets un plan d'un CRS qui est un jeune mec, un peu per­du. C'est vrai que je ne suis pas d'ac­cord avec « CRS, SS », même si je com­prends que ça ait pu être co­ol de le dire à l'époque : pour moi, les SS c'est autre chose, mais bon… La plu­part des maoïstes de l'époque re­con­naissent au­jourd'hui s'être trom­pés mais comme le dit Go­dard à la fin du film, « ce n'est pas parce que je me suis trom­pé que j'avais tort » : les choses ne sont pas bi­naires ! On n'est pas obli­gé de pen­ser comme des sup­por­ters de foot, d'être pour ou contre les choses, pour ou contre les gens.

JN : Vous re­pre­nez tout de même le - vrai - slo­gan « Go­dard, le plus con des Suisses pro-chi­nois ».

MH : C'est une fa­çon de mon­trer que Mai 68 et la France lui passent de­vant. De re­pré­sen­tant de la jeu­nesse, il est dé­sor­mais en re­tard… Moins de dix ans plus tôt, il ré­vo­lu­tion­nait le ci­né­ma avec A Bout de Souffle et là, il fait un film qui se veut ré­vo­lu­tion­naire et sort dans une es­pèce d'in­dif­fé­rence, c'est ce qu'il y a de pire… Il ne com­prend pas pour­quoi il ne l'est plus, ré­vo­lu­tion­naire.

JN : C'étaient des an­nées très théo­riques, très po­li­tiques. Fou­cault avait par­lé de la « mort de l'homme », mais on écri­vait aus­si sur l'ef­fa­ce­ment de l'au­teur, l'ano­ny­mat comme po­si­ti­vi­té… Ne voyez-vous pas une gran­deur dans la vo­lon­té de Go­dard, à ce mo­ment, de ne plus si­gner ses films, d'échap­per à cette au­ra d'ar­tiste gé­nial qui lui pe­sait comme une chape de plomb, dans son dé­sir qu'on ne lui parle plus d'À bout de souffle ou du Mé­pris ? MH : C'était peut-être dans le vent, mais c'est pour­tant le seul à l'avoir fait : on n'a pas qua­rante exemples d'au­teurs à avoir re­non­cé à leur nom… J'ai es­sayé de mettre ça dans un truc plus large de des­truc­tion, d'au­to­des­truc­tion. Quand vous êtes une per­son­na­li­té pu­blique, les gens construisent un autre vous-même plus ou moins mons­trueux, et je crois que lui vou­lait échap­per à ça. La créa­tion du groupe Dzi­ga Ver­tov, c'est aus­si un acte de des­truc­tion. Au moins de son nom ; et le nom, c'est ce qu'il nous reste quand on n'a plus rien. S'il y a une gran­deur, c'est une gran­deur tra­gique.

JN : C'est vrai. Vous dites des­truc­tion, au­to­des­truc­tion, à propos d'un ci­néaste, de ce ci­néaste. Est-ce que vous di­riez ce­la d'un mu­si­cien ou d'un écri­vain, de Rim­baud par exemple quand il cesse d'écrire et dis­pa­raît ?

MH : Eh bien, di­sons que le mode de fonc­tion­ne­ment de Go­dard est sys­té­ma­ti­que­ment dans l'op­po­si­tion, la des­truc­tion. C'est la thèse du film, et je ne crois pas qu'elle soit fausse. D'ailleurs, quel­qu'un qui le connaît bien me di­sait que Go­dard est « ma­so ». Il est odieux avec les gens qui le flattent, qui l'aiment ; il dé­truit tout ce qui le met dans une si­tua­tion confor­table et en ce­la, il est ma­so­chiste. C'est quel­qu'un qui a des rap­ports hu­mains dif­fi­ciles, con­trai­re­ment à Truf­faut qui était très sé­duc­teur, très à l'aise avec les gens… Quand les gens comme Go­dard s'ex­priment, c'est tou­jours dé­me­su­ré, et la mé­chan­ce­té est for­cé­ment trop mé­chante.

« CER­TAINS CRI­TIQUES ONT L'IM­PRES­SION QUE SI GO­DARD DE­VIENT PO­PU­LAIRE, IL NE LEUR RES­TE­RA PLUS RIEN. » MI­CHEL HA­ZA­NA­VI­CIUS

JN : Vous di­siez plus tôt que dans le ro­man, quelque chose vous avait « par­lé pro­fon­dé­ment ». Vous êtes-vous en quelque sorte iden­ti­fié à Go­dard ? Qu'avez-vous mis de per­son­nel dans le per­son­nage du Re­dou­table ?

MH : Ma femme est per­sua­dée que c'est un au­to­por­trait. Le per­son­nage s'ap­pelle Go­dard mais j'y ai mis des trucs à moi, c'est sûr. Un type qui fait un flop et qui se re­met en ques­tion : comment on pro­duit des films ? Quel rap­port à la pro­duc­tion, à l'ar­gent ? Qu'est-ce que ça veut dire de prendre la pa­role ? Ce que c'est de vivre avec une ac­trice, aus­si… Leurs rap­ports sont très dif­fé­rents, mais j'ai été cher­cher des choses pro­fondes pour moi, dans des zones qui ne sont pas celles du quo­ti­dien. J'avais be­soin de me l'ap­pro­prier parce qu'en li­sant beau­coup sur Go­dard, sur le plan de l'in­time je ne le trou­vais pas sym­pa­thique. Et ça me po­sait pro­blème, parce que mon per­son­nage prin­ci­pal ne peut pas être seule­ment an­ti­pa­thique.

JN : Le film s'ouvre sur le pres­sen­ti­ment ex­pri­mé par Go­dard que son his­toire d'amour est vouée tôt ou tard à l'échec. D'un point de vue scé­na­ris­tique, pour­quoi avoir com­men­cé par ça ? L'his­toire d'amour qui tourne mal, c'est un su­jet très go­dar­dien…

MH : Quand j'ai lu le livre, j'y ai ef­fec­ti­ve­ment vu un sché­ma voi­sin de ce­lui du Mé­pris : une femme qui fait of­fice de point fixe et un type qui part à la dé­rive tout seul, jus­qu'à perdre l'amour de la femme qu'il aime, même mal. Dans la pre­mière par­tie du film, où les per­son­nages s'aiment, c'est un mo­ment lu­dique où on se pro­mène dans ces évo­ca­tions plus ou moins di­rectes de son ci­né­ma, mais il n'y a au­cun conflit, ce qui est tou­jours com­pli­qué en termes de scé­na­rio. C'est pour ça que j'avais be­soin de po­ser dès le dé­but que ça al­lait mal se ter­mi­ner. Et puis, ceux qui connaissent un tout pe­tit peu le per­son­nage savent que Go­dard est as­sez noir, as­sez obs­cur, que l'his­toire avec Wia­zem­sky ne du­re­ra pas cin­quante ans. Je ne vou­lais pas jouer la sur­prise mais le drame, dont on an­nonce la fin pour que le reste du film entre dans cette lo­gique.

JN : Quelque chose m'a frap­pé dans votre film : au mo­ment où la dé­gra­da­tion du couple de­vient ir­ré­pa­rable, vous faites en­tendre lon­gue­ment le der­nier des Quatre der­niers lie­der de Ri­chard Strauss. Ce n'est pas seule­ment une mu­sique su­blime, c'est une pièce lourde de sens, qui vient après la fin de la guerre, l'ef­fon­dre­ment du na­zisme. L'écrou­le­ment d'un monde et du monde pour l'au­teur. L'im­mense fa­tigue et la mort comme re­pos éter­nel. Go­dard, lui, a sur­vé­cu à sa ten­ta­tive de sui­cide, à sa rup­ture avec Anne Wia­zem­sky, au groupe Dzi­ga Ver­tov. Il a tour­né beau­coup de films de­puis, et il en ter­mine un en ce mo­ment. Quand vous réa­li­sez Le Re­dou­table, vous sa­vez qu'il ne s'est pas fra­cas­sé contre le mur du « tout po­li­tique ». Vous qui vous ré­cla­mez d'un ci­né­ma po­pu­laire, et vi­sez un spec­ta­teur qui n'au­rait pas à dé­cryp­ter ou à dé­co­der le film qu'il voit, qu'at­ten­dez-vous d'une mu­sique aus­si char­gée que le lied de Strauss ?

MH : Peu de gens fe­ront le rap­pro­che­ment avec la vie de Strauss et le na­zisme, je pense. L'in­ten­si­té dra­ma­tique de la mu­sique cor­res­pond à celle que j'es­père pour ce mo­ment-là : il es­saie de se sui­ci­der, va se sé­pa­rer de sa femme et dé­crète d'une cer­taine fa­çon la fin de ce film. Cette charge émo­tion­nelle-là me sem­blait jus­ti­fier de mettre Ri­chard Strauss. Ce n'est pas n'im­porte quel mor­ceau, c'est vrai, mais je n'al­lais pas mettre Car­los non plus !

JN : Nous avons par­lé des scènes du Re­dou­table où l'on de­mande à Go­dard de re­faire des films comme À bout de souffle ou Pier­rot le fou ; on vous de­mande sou­vent de re­faire OSS 117 ?

MH : C'est une es­pèce de ser­pent de mer qui re­vient ré­gu­liè­re­ment, oui… Mais je le prends hy­per bien, ça ne m'agace pas du tout. Je le prends comme une ques­tion amou­reuse ve­nue de gens qui ont ado­ré OSS : je ne suis pas du tout dans le re­nie­ment. Je suis très content qu'on me le de­mande, mais ça ne veut pas dire que je vais le faire ou le faire tout de suite. Ce que je dis main­te­nant, c'est : « Si vous ve­nez voir Le Re­dou­table, je le fe­rai. » C'est odieux, je sais… (Rires) •

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