CA­SI­NO

So Film - - Cashier Crtique - pascal greg­go­ry AC­TEUR PASCAL GREG­GO­RY, PRO­CHAI­NE­MENT À L'AF­FICHE DANS 9 DOIGTS D'F. J. OSSANG, EN SALLES LE 3 JAN­VIER PROPOS RECUEILLIS PAR FG, AU FES­TI­VAL DE LOCARNO

La sé­quence de Ca­si­no où Ace ( Ro­bert De Ni­ro) ren­contre Gin­ger ( Sha­ron Stone) est tout sim­ple­ment l'une des meilleures ja­mais fil­mées par Scor­sese. Ce­la com­mence dans la salle de contrôle, où De Ni­ro voit sur les écrans de sur­veillance comment Sha­ron Stone est en train de vo­ler des je­tons à un type. C'est une es­pèce d'en­traî­neuse, on de­vine ça tout de suite, mais c'est sur­tout une vo­leuse. Pen­dant que De Ni­ro des­cend l'ar­rê­ter, le type se rend compte qu'elle l'a vo­lé et Stone com­mence à l'in­sul­ter et à lan­cer tous les je­tons en l'air. De Ni­ro ar­rive à ce mo­ment-là et, au lieu de la mettre de­hors, il tombe en ar­rêt. Ce qu'il voit, c'est de l'ordre de l'ap­pa­ri­tion di­vine, elle est la quin­tes­sence de la beau­té, de la vul­ga­ri­té aus­si. Après deux plans en plon­gée où on la voit sou­rire et lan­cer tous les je­tons, elle re­garde en­fin De Ni­ro. Scor­sese fixe l'image sur son vi­sage, puis la mu­sique ar­rive : un lent tra­vel­ling la­té­ral nous montre Stone par­tir sans ces­ser de re­gar­der De Ni­ro, sou­riante, ar­ro­gante, somp­tueuse. Ce qui est in­croyable dans le ta­lent de nar­ra­teur de Scor­sese, c'est que son dé­part du ca­si­no et le dé­but de l'his­toire d'amour entre les deux se font en un seul et même mou­ve­ment. Quand De Ni­ro la voit, la seule chose qu'il sait d'elle, en de­hors de sa beau­té, c'est qu'elle vole, et qu'elle vole les hommes. C'est ça qui l'ex­cite : de voir cette femme vo­ler un mec et, fi­na­le­ment, le vo­ler lui aus­si, car elle vole son propre ca­si­no. Pour lui, elle est une dia­blesse. De Ni­ro n'a pra­ti­que­ment rien à faire car, à ce mo­ment-là, Stone de­vient le film. On avait de­man­dé une fois à Fran­çois Truf­faut qui était vrai­ment l'au­teur d'un film : le pro­duc­teur, le réa­li­sa­teur, le scé­na­riste, l'ac­teur ou ac­trice prin­ci­pale… Et il a ré­pon­du : « C'est ce­lui qui prend le pou­voir. » Et à ce mo­ment de Ca­si­no, j'ai l'im­pres­sion que c'est Sha­ron Stone qui prend le pou­voir. Que, pour une fois dans toute la fil­mo­gra­phie de Scor­sese, il y a un ac­teur dont il a per­du le contrôle, et qui a pris tout le pou­voir d'un de ses films. Et c'est unique aus­si dans sa car­rière à elle, car elle ne re­fe­ra pas de film comme ça. C'est la quin­tes­sence de la femme qui se brûle, c'est presque mys­tique. L'image des je­tons lan­cés en l'air est très forte comme mé­ta­phore de l'ar­gent fa­cile, de l'ar­gent flam­bé. Ca­si­no est un por­trait in­croyable de tout ça : l'ar­gent, le pou­voir, la vul­ga­ri­té, la vi­tesse, l'Amé­rique. Au­cune autre ac­trice n'au­rait pu jouer ce rôle. À l´époque, Sha­ron Stone était mar­quée par Ba­sic Ins­tinct. Et ce n'est pas par ha­sard si, en 1995, l'an­née de Ca­si­no, Ve­rhoe­ven fait Show­girls, aus­si à Las Ve­gas. Deux films pré­mo­ni­toires sur cette vul­ga­ri­té qui, au­jourd'hui, a pris le pou­voir aux États-Unis. •

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