DAVID FINCHER

So Film - - SOMMAIRE - PAR AXEL CADIEUX, DAVID ALEXAN­DER CASSAN ET BE­NOÎT MARCHISIO

Il a com­men­cé dans les ef­fets vi­suels pour ILM, a tes­té ses ob­ses­sions dans la pub et le clip pour les pop-stars des an­nées MTV. Au­jourd’hui, le na­tif du Co­lo­ra­do David Fincher a 55 ans et a réa­li­sé pour le ci­né­ma des choses aus­si mar­quantes que Se­ven, Fight Club et The So­cial Net­work, et cha­peau­té le car­ton House of Cards. Ce mois-ci, c’est une nou­velle sé­rie pour Net­flix ( Mind­hun­ter, re­tour aux tueurs en sé­rie) qui pour­rait bien le rendre en­core plus in­dis­pen­sable sur tous les écrans. Car Fincher a réus­si son coup : de­ve­nir, chose as­sez rare, un réa­li­sa­teur in­dé­pen­dant ins­tal­lé en plein coeur du sys­tème hol­ly­woo­dien. Pour­quoi et comment, il a bien vou­lu l’ex­pli­quer.

Il a com­men­cé dans les ef­fets vi­suels pour ILM, a tes­té ses ob­ses­sions dans la pub et le clip pour les pop stars des an­nées MTV. Au­jourd'hui, le na­tif du Co­lo­ra­do David Fincher a 55 ans et a réa­li­sé pour le ci­né­ma des choses aus­si mar­quantes que Se­ven, Fight Club et The So­cial Net­work et cha­peau­té le car­ton House of Cards. Ce mois-ci, c'est une nou­velle sé­rie pour Net­flix ( Mind­hun­ter, re­tour aux tueurs en sé­rie) qui pour­rait bien le rendre en­core plus in­dis­pen­sable sur tous les écrans. Car Fincher a réus­si son coup : de­ve­nir, chose as­sez rare, un réa­li­sa­teur in­dé­pen­dant ins­tal­lé en plein coeur du sys­tème hol­ly­woo­dien. Pour­quoi et comment, il a bien vou­lu l'ex­pli­quer.

Àl'époque de Mille­nium : Les hommes qui n’ai­maient pas les femmes, vous di­siez qu'à chaque fois qu'une his­toire de se­rial killer cir­cu­lait à Hollywood, les gens di­saient : « En­voyez-la à Fincher. » ; c'est ce qui s'est pas­sé pour Mind­hun­ter ?

J'avais en­ten­du par­ler de John Dou­glas (au­teur du livre sur le­quel est ba­sée la sé­rie, ndlr) il y a long­temps, alors qu'un de mes col­la­bo­ra­teurs vou­lait adap­ter le bou­quin de son aco­lyte Ro­bert Kess­ler, Whoe­ver Fights Mons­ters. À l'époque, ils vou­laient des gens qui courent dans tous les sens avec des flingues alors que c'est une his­toire d'in­tros­pec­tion, avec des gens qui es­saient de com­prendre l'in­com­pré­hen­sible. Ça a crou­pi pen­dant des an­nées, jus­qu'à ce que Char­lize (The­ron, ndlr) m'en­voie le bou­quin de Dou­glas, Mind­hun­ter, que j'ai dé­vo­ré en me rap­pe­lant que c'était le par­te­naire de Ress­ler, avec qui il avait in­ter­viewé plu­sieurs tueurs en sé­rie dans les an­nées 70. C'était il y a très long­temps, avant House of Cards, et le pro­jet était dé­jà chez HBO… Je ne vou­lais pas de trames se­con­daires, et je ne vou­lais pas de cette proxi­mi­té entre chas­seur et chas­sé. J'ai beau­coup de res­pect pour le Man­hun­ter de Mi­chael Mann ou pour le tra­vail de Ted Tal­ly (scé­na­riste, ndlr) sur Le Si­lence des agneaux, mais j'ai tou­jours consi­dé­ré que ça re­le­vait d'une forme de va­ni­té lit­té­raire, de croire que les agents du FBI pou­vaient être as­sez proches psy­cho­lo­gique-

« J'A I I NTÉGRÉ L E GRAND C I RQUE DÉPLOYÉ PAR NETF LI X À U N MO­MENT OÙ I LS AVAI E NT B ESOI N DE DÉ­PEN­SER D E L'AR­GENT ET D ' UNE TÊTE D ' AF­FICHE QUI PRENNE E N CHARGE L'AS­PECT AR­TIS­TIQUE. »

ment des meur­triers pour an­ti­ci­per leurs actes, pré­dire le fu­tur. Et, en même temps, ce se­rait étrange de tra­vailler là-des­sus toute la jour­née pour ren­trer à la mai­son et re­gar­der I Love Lu­cy, non ? J'ai de­man­dé à Char­lize quel était le meilleur scé­na­riste avec qui elle avait bos­sé, et elle m'a dit qu'elle ado­rait ce gars, Joe Pen­hall, qui avait écrit La Route. Il m'a tout de suite dit : « Je suis dra­ma­turge au dé­part, je ne veux pas écrire de cliff­han­gers ni de gros res­sorts dra­ma­tiques, je ne veux pas faire de la té­lé » , et j'ai com­pris qu'on était sur la même lon­gueur d'onde. Quatre ou cinq mois plus tard, il nous a dit qu'il al­lait prendre des li­ber­tés avec l'his­toire de Ress­ler et Dou­glas pour la dra­ma­ti­ser, et il est par­ti dans tous les sens : Dou­glas est de­ve­nu Hol­den Ford, avec cette pe­tite amie bien plus ca­lée en psy­cho­lo­gie que lui. Il en a fait l'his­toire du pas­sage à l'âge adulte du FBI, in­car­né par notre ado­rable ins­pec­teur. Ça nous a évi­té d'avoir constam­ment à vé­ri­fier qui avait fait quoi, et on a pu re­pla­cer cette his­toire dans son contexte : la fin des an­nées 70, le dé­but de la « dé­cen­nie du moi », la mort du dis­co, la nais­sance du punk… Joe a écrit dix épisodes, on a don­né tout ça à Net­flix, ils ont trou­vé ça su­per et nous voi­là !

Vous aviez be­soin de dix heures pour ra­con­ter cette his­toire ? Vous n'avez pas pen­sé à en faire un film ?

Ja­mais. J'ai re­pen­sé à Zo­diac, qui ex­plore des ter­ri­toires si­mi­laires et, avec le re­cul, je me rends compte que ces his­toires de ma­laise exis­ten­tiel sont très dif­fi­ciles à dra­ma­ti­ser… C'est une chose de faire un film qui fi­nisse sur une ques­tion non ré­so­lue, mais faites-le en une heure et cin­quante-huit mi­nutes : si ça dure deux heures qua­rante-cinq, au nom du ciel, faites qu'il y ait une conclu­sion ! C'est sans doute en de­man­der trop à un pu­blic de ci­né­ma mo­derne… Là, avec Mind­hun­ter, il n'y a pra­ti­que­ment au­cune ur­gence : Charles Man­son ou Ed Kem­per (deux tueurs en sé­rie pré­sents dans Mind­hun­ter, ndlr) purgent plu­sieurs peines de pri­son à vie, ils les trou­ve­ront en­core en pri­son pour les in­ter­ro­ger dans un mois ! Ça peut sem­bler ré­duc­teur, mais c'est dif­fi­cile de faire un film sans compte à re­bours… Les confron­ta­tions avec les se­rial killers de­vaient du­rer as­sez long­temps pour être à moi­tié réa­listes et le for­mat de la sé­rie s'im­po­sait de lui-même pour sai­sir cette ma­tière-là, presque spon­gieuse.

Pour Zo­diac, vous avez fait des tonnes de re­cherche. Ça a été la même chose pour Mind­hun­ter ?

Pas vrai­ment : on uti­li­sait du ma­té­riel pré­exis­tant, de vraies in­ter­views, et on res­pec­tait les grandes lignes de ce qui s'est vrai­ment pas­sé, mais on bro­dait nos his­toires là-des­sus. Il y a sans doute 70 % de fic­tion pure ici, même si les en­tre­tiens eux-mêmes sont sou­vent le plus proche pos­sible de la réa­li­té. Il existe plein de livres, de comptes-ren­dus d'in­ter­views avec Kem­per, alors que c'était plus com­pli­qué avec Zo­diac : il y avait dif­fé­rentes his­toires se­lon la théo­rie à la­quelle vous adhé­riez. On a été faire des pho­tos, prendre des me­sures dans les lo­caux du FBI à Quan­ti­co pour les re­pro­duire en stu­dio – on n'al­lait quand même pas obs­truer la jus­tice pen­dant des mois pour tour­ner une sé­rie té­lé ! Là, j'ai ren­con­tré des agents du FBI à la re­traite qui m'ont dit qu'Han­ni­bal Lec­ter avait été un ar­gu­ment de re­cru­te­ment phé­no­mé­nal ! Ils m'ont de­man­dé si on al­lait re­faire Le Si­lence des agneaux, dont ils sont hy­per fiers, et je leur ai ex­pli­qué qu'on es­sayait jus­te­ment de re­ve­nir de l'idée se­lon la­quelle les tueurs en sé­rie sont des su­per-mé­chants de co­mics books… Évi­dem­ment que Ted Bun­dy avait un cer­tain charme, puis­qu'il ar­ri­vait à prendre des au­to-stop­peurs dans sa Coc­ci­nelle Volks­wa­gen alors que les gens sa­vaient qu'il y avait des dis­pa­ri­tions. Si vous re­gar­dez ses in­ter­views, Ed Kem­per est un mec ma­lin, qui s'ex­prime très bien et dé­ve­loppe une vi­sion in­té­res­sante de lui-même. Mais Hollywood a fan­tas­mé cette fron­tière té­nue entre Will Gra­ham et Han­ni­bal Lec­ter : la plu­part de ces mecs sont très es­quin­tés par la vie, mal à l'aise so­cia­le­ment… Ce ne sont pas tous des char­meurs avec un QI de 163 !

Vous avez dit avoir dé­jà croi­sé des gens, no­tam­ment des pa­trons de stu­dio, à la per­son­na­li­té proche de celle de Frank Un­der­wood.

Di­sons que la vé­na­li­té de Frank Un­der­wood ne m'était

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