Un court à voir sur le web : Pa­pa­raz­zi de Jacques Ro­zier

So Film - - SOMMAIRE - MAXIME WERNER

L'un des mi­ni-évé­ne­ments de ce der­nier Fes­ti­val de Cannes, c’était à Cannes Clas­sics qu’il fal­lait le cher­cher, où était pré­sen­té en ver­sion res­tau­rée le très beau court-mé­trage d’un des plus grands ci­néastes vi­vants : Pa­pa­raz­zi, de Jacques Ro­zier. De l’oeuvre de Ro­zier, l’his­toire a sur­tout re­te­nu quatre mer­veilleux longs ( Adieu Phi­lip­pine, Du cô­té d’Orouët, Les Nau­fra­gés de l’île de la Tor­tue, Maine Océan), met­tant de cô­té toute la par­tie im­mer­gée (courts-mé­trages, émis­sions de té­lé, films vi­déo, pubs, bandes-an­nonces, etc.) d’un ice­berg qu’il se­rait urgent de re­dé­cou­vrir. Pa­pa­raz­zi est as­sez exem­plaire de la mé­thode Ro­zier, comme le confirme sa ge­nèse. En 1963, son ami Go­dard s’ap­prête à tour­ner Le Mé­pris avec Bar­dot : le jeune chien fou de la Nou­velle Vague qui ren­contre la nou­velle star (à la re­nom­mée mon­diale) du ci­né­ma fran­çais, voi­là du pain bé­ni pour Ro­zier, qui dé­cide d’y consa­crer un film, Le Par­ti des choses. Dé­bar­qué à Rome, le ci­néaste s’aper­çoit d’un phé­no­mène nou­veau : dans ses moindres dé­pla­ce­ments, Bar­dot est tra­quée par une horde de pho­to­graphes qui la suivent en ves­pa. On les ap­pelle des « pa­pa­raz­zi ». Le terme n’est pas en­core connu en France, il vient du nom d’un per­son­nage de jour­na­liste de La dolce vi­ta, sor­ti trois ans plus tôt. Pour Ro­zier, le mot fait tilt. C’est dé­ci­dé, il leur consa­cre­ra un film à part en­tière, un film où il s’agi­ra de pa­pa­raz­zer les pa­pa­raz­zis. Et plus par­ti­cu­liè­re­ment trois d’entre eux, les seuls à suivre l’équipe du Mé­pris à Ca­pri, au bord de la villa Ma­la­parte. Eux n’ont qu’une idée en tête : prendre un max de pho­tos de la star, et si pos­sible nue, lors d’une de ses bai­gnades aux­quelles, dit-on, elle aime s’adon­ner.

Ca­mé­ra foui­neuse

Do­cu­ment for­mi­dable sur une fu­rie mé­dia­tique en­core nou­velle, Pa­pa­raz­zi est aus­si un film sa­cré­ment re­tors, un em­boî­te­ment de re­gards qui ont be­soin l’un de l’autre pour exis­ter. A Ca­pri, Go­dard filme Bar­dot, elle-même shoo­tée par le pho­to­graphe of­fi­ciel du film, Ja­cky Dus­sart, et par les pa­pa­raz­zis plan­qués dans des buis­sons sur les hau­teurs, ces der­niers à leur tour cap­tu­rés par la ca­mé­ra foui­neuse de Ro­zier. Bien sûr, tout en se dé­ro­bant aux ap­pa­reils, Bar­dot sait qu’elle a be­soin des pa­pa­raz­zis pour son image de star, tout comme Go­dard pour la pro­mo de son film ; Ro­zier, lui, tout en pre­nant le par­ti de la star, a aus­si be­soin des pa­pa­raz­zis pour son propre film et, ayant sym­pa­thi­sé avec eux, n’hé­site pas à leur re­fi­ler des tuyaux. Tour de vis sup­plé­men­taire : la ca­mé­ra de Ro­zier capte elle aus­si à la dé­ro­bée quelques mo­ments du tour­nage, de loin, par­ti­ci­pant à ce qu’elle fait mine de dé­non­cer. C’est dire si ce « pe­tit » film, faux do­cu­men­taire et vrai es­sai sur le voyeu­risme, est plus riche qu’il n’en a l’air. •

PA­PA­RAZ­ZI EST VI­SIBLE SUR VIMEO. COM.

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