LES BONNES FEUILLES DU CINÉMABOULE

So Film - - Cahier Critique - L’A C TU DES LIVRES DE CI­NÉ­MA PAR L’ EN T ART EU R CI­NÉ­PHILE NOËL GO D IN

PRÉ­VERT PAR­TOUT

« Dans la vie, il faut sa­voir se conten­ter de… beau­coup » , pro­clame un porte-pa­role al­lu­mé de Jacques Pré­vert (Pierre Bras­seur !) dans le vé­ri­table ma­ni­feste hé­do­niste qu'est L'Arche de Noé d'Hen­ry-Jacques ( 1946). On se contente ef­fec­ti­ve­ment de beau­coup avec la tem­pé­tueuse of­fen­sive lit­té­raire pré­ver­tesque des der­niers mois dont les fleu­rons sont tout d'abord le do­du Édi­ter Pré­vert (Gal­li­mard) réunis­sant une pa­lan­quée de textes et de do­cu­ments du cor­ro­sif poète ( « Al­lons, al­lons, pres­sons. Pres­sons sur la gâ­chette » ), puis Ci­né­ma (Gal­li­mard aus­si), le pre­mier tome d'un re­cueil de ses scé­na­rios in­édits ren­trant dans le lard de la presse pour­rie ( Le Grand Ma­ti­nal), de la bien-pen­sance ( Jour de sor­tie ou la lan­terne ma­gique), du proxé­né­tisme gé­né­ra­li­sé ( Au Diable vert) ain­si que les études ar­tis­ti­co-his­to­riques poin­tilleuses de l'in­ex­té­nuable Ca­role Au­rouet : Pré­vert et le ci­né­ma (Les Nou­velles Edi­tions), Pré­vert et Pa­ris (éd. Pa­ris­gramme), Jacques Pré­vert – une vie (Jean-Mi­chel Place). Face à la liste des adap­ta­tions sur les­quelles l'illustre scé­na­riste faillit tra­vailler, on vol­tige de sur­prise en sur­prise. On y trouve par exemple un in­so­lite Por­trait de Do­rian Gray et même, rou­lons les tam­bours, un Ma­ry Pop­pins avec dans le rôle-titre Ar­let­ty.

L'HOR­REUR, L'HOR­REUR...

L'épou­van­to­logue Guy As­tic nous sort, au Rouge pro­fond, sous le titre Images et mots de l'hor­reur, deux hymnes à l'ou­trance ter­ri­fiante en lit­té­ra­ture, au ci­noche et dans les autres arts qui nous font tour­ner la tête par leur in­tel­li­gence in­si­dieuse, leur éru­di­tion mor­di­cante, leur ly­risme sty­lis­tique, leur goût du dé­rè­gle­ment. Dans la pre­mière de ces danses ma­cabres, Ou­trance et ra­vis­se­ment, on nous aco­quine, entre autres, avec Da­vid Cro­nen­berg, Ro­bert Bloch, Lu­cio Ful­ci, Ray Brad­bu­ry, Wes Cra­ven et Emile Zo­la. Dans la se­conde, Ter­ri­toires de l'ef­froi, c'est avec Te­rence Fi­sher, Da­vid Lynch, Ri­chard Ma­the­son, Ta­ka­shi Miike et Billy Wil­der him­self. Dans les deux en­semble, on gam­bille avec John Car­pen­ter, Tobe Hoo­per et le pa­roxys­tique Clive Bar­ker dont on n'a ja­mais si bien ana­ly­sé l'at­ti­rance pour « le bord dan­ge­reux des choses » .

FRENCH CANCANS

Mal tuyau­té sou­vent, mal fri­cas­sé, mal in­ten­tion­né, le livre à ra­gots s'avère certes être une des pires hontes de l'édi­tion. Il n'est dès lors au­cu­ne­ment ques­tion que nous vous rap­por­tions que, d'après Sexus ci ne ma­to­grap hic us( Nou­veau Monde) de Dé­si­ré Bau­dru, sous-ti­tré fi­nau­de­ment Les Amours se­crètes du ci­né­ma fran­çais, Mar­lon Bran­do se se­rait « em­bé­gui­né » d'Isa­belle Ad­ja­ni, Anouk Ai­mée au­rait pris son fade avec Omar Sha­rif, Yves Mon­tand au­rait eu Mar­lène Jo­bert dans le rai­si­né, Car­la Bru­ni au­rait fait la bête à deux dos avec Guillaume Ca­net, Ma­cha Bé­ran­ger se se­rait fait sau­ter par Louis de Fu­nès, War­ren Beat­ty au­rait en­ri­chi sa col­lec­tion avec la BB de 1968, Jeanne Mo­reau au­rait fait des par­ties d'écar­té avec Fran­çois Truf­faut, An­nie Gi­rar­dot se se­rait ac­cro­chée aux lustres Le­louch et Brel, Vincent Lin­don au­rait fait ça qu'est bon avec l'ex-garde des Sceaux Ra­chi­da Da­ti, Isa­belle Hup­pert au­rait ca­ram­bo­lé avec le tout puis­sant Da­niel Tos­can du Plan­tier et Ro­my Sch­nei­der au­rait fait cri­quon-cri­quette avec Serge Reg­gia­ni, Ri­chard Har­ris, Jacques Du­tronc… Non, non, non, ventre de boeuf ! Nous ne man­geons pas de ce pain ras­sis là, il n'y a pas de place ici pour le ca­ni­veau.

MO­RET­TI RO­MA

Dans les an­nées 1920, les da­daïstes or­ga­ni­sèrent des vi­sites ex­cen­triques à tra­vers un Pa­ris in­con­nu à com­plè­te­ment re­dé­cou­vrir afin de re­mé­dier à « l'in­com­pé­tence des guides et des ci­ce­rones sus­pects » . Le livre de Pao­lo Di Pao­lo et de Gior­gio Bi­fe­ra­li À Rome avec Nan­ni Mo­ret­ti (Quai Vol­taire) est une vi­site ex­cen­trique dé­li­cieuse de la Rome fil­mée de­puis 1976 par le ci­néaste. C'est un car­net de voyage « ima­gi­né comme un moyen de trans­port ur­bain et al­ter­na­tif » conviant les pas­sa­gers-lec­teurs à mon­ter et à des­cendre où et quand ça leur chante, à s'of­frir « un voyage dans le voyage » avec l'aide, s'ils le dé­si­rent, des plans et do­cu­ments in­sé­rés dans l'ou­vrage. Le­quel se cou­ronne par un en­tre­tien ver­ti­gi­neux avec Mo­ret­ti qui n'est pas loin de te­nir toute son oeuvre comme une sé­di­tieuse dé­rive psy­cho-géo­gra­phique. •

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.