STRAN­GER THINGS, UNE HIS­TOIRE VRAIE

AUX ORI­GINES DE STRAN­GER THINGS

So Film - - Sommaire - TOUS PRO­POS RE­CUEILLIS PAR M. D. SAUF MEN­TIONS

En­quête. Si Stran­ger Things a été una­ni­me­ment sa­luée pour ses ré­fé­rences aux films cultes des an­nées 1980 ( Les Goo­nies, E.T...), elle prend sur­tout ses ra­cines à Mon­tauk, pe­tite sta­tion bal­néaire hup­pée si­tuée à 200 km de New York. De­puis trente ans, c'est ici qu'une an­cienne base mi­li­taire sus­cite les théo­ries les plus folles. Plon­gée sur le ter­rain dans une his­toire qui res­semble à un bon vieux X-Files.

C'était un rêve ré­cur­rent, dans son en­fance. « Une pièce vert menthe, avec de grandes fe­nêtres. La seule autre per­sonne avec moi est un homme d’âge moyen, avec une cal­vi­tie, une blouse de laboratoire et un bloc-notes dans les mains. J’es­saie de dé­pla­cer une ma­chine à écrire dans les airs, par la pen­sée. » Maia Lei­bo­witz af­firme avoir 60 ans mais en pa­raît dix de moins, avec ses boucles blondes cou­pées court et son tee-shirt tur­quoise. Sans doute le ton, peu as­su­ré, et le dé­bit, en­tre­cou­pé de rires ner­veux, sont-ils aus­si trom­peurs. « Dans chaque nou­veau rêve, je fai­sais des pro­grès. Et fi­na­le­ment, j’ai réus­si à dé­pla­cer cette ma­chine à écrire sans ef­forts ! Je me sou­viens m’être sen­tie apai­sée et heu­reuse. L’homme en blouse était ra­vi de mes per­for­mances. » Pour qui a re­gar­dé Stran­ger Things, la scène a un pe­tit goût de dé­jà-vu. Dans plu­sieurs épi­sodes de la pre­mière sai­son, ce sont les pro­grès d'Ele­ven, fillette éle­vée en laboratoire, que l'on dé­couvre à l'écran par le biais de flash-back. Vê­tue d'une che­mise d'hô­pi­tal, des élec­trodes po­sées sur son crâne ra­sé, elle par­vient en se concen­trant à plier sans la tou­cher une ca­nette de so­da, ou à dé­pla­cer di­vers ob­jets sous le re­gard ap­pro­ba­teur d'une ar­mée de scien­ti­fiques. Sauf que dans le ré­cit de Maia Lei­bo­witz, on ne trouve ni Up­side Down, ni De­mo­gor­gon, ni bande de co­pains à vé­lo avec qui dé­vo­rer des gaufres Eg­go. De 2011 à 2015, sur son blog Mon­tauk Girl, elle a ra­con­té avoir fait par­tie d'un pro­gramme se­cret du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain avec des mil­liers d'autres en­fants co­bayes : le « Mon­tauk Pro­ject ». Toute res­sem­blance avec la sé­rie de Matt et Ross Duf­fer n'est évi­dem­ment pas for­tuite. Lors­qu'il a été ven­du à Net­flix, le pi­lote du show s'ap­pe­lait lui aus­si « Mon­tauk ».

Sur­nom­mé « The end » à cause de sa si­tua­tion à l'ex­tré­mi­té Est de l'île de Long Is­land, Mon­tauk est un vil­lage de 3 300 ha­bi­tants bien re­pré­sen­té dans les guides tou­ris­tiques. Au­tre­fois simple re­paire de pê­cheurs, il s'est im­po­sé en quelques dé­cen­nies comme l'une des des­ti­na­tions cô­tières les plus chics des dé­jà très chics Hamp­tons. Entre sa proxi­mi­té avec Man­hat­tan, ses grandes plages de sable ayant gar­dé un as­pect sau­vage, ses spots de surf ré­pu­tés et ses res­tau­rants de ho­mards, cette Ri­vie­ra new-yor­kaise n'a pas tar­dé à at­ti­rer une clien­tèle riche, et par­fois cé­lèbre. En cet après-mi­di de la mi-oc­tobre, l'ef­fer­ves­cence es­ti­vale pa­raît pour­tant dé­jà loin. Dans la rue prin­ci­pale, plu­sieurs en­seignes sai­son­nières ont plié bou­tique et une nappe de brouillard est tom­bée sur la ville. Quand on pousse à l'est jus­qu'au Mon­tauk Point State Park, der­nier rem­part de terre face à l'At­lan­tique, on ne dis­tingue plus l'ho­ri­zon à vingt mètres. « Mon­tauk a son propre cli­mat ! » , s'ex­clame Paul Pfeif­fer, en haut d'une fa­laise bor­dant la côte. Re­trai­té de 60 ans et ha­bi­tant de Long Is­land, il est ve­nu se pro­me­ner avec des amis après le dé­jeu­ner. Et ne semble pas sur­pris par la rai­son de notre vi­site : « Bien sûr que j’ai en­ten­du par­ler du Mon­tauk Pro­ject ! Tout le monde connaît la théo­rie ici : le pro­gramme se­cret, les ex­pé­riences en sous-sol dans les bun­kers, les re­cherches sur les voyages dans le temps…» Le pê­cheur ama­teur a éga­le­ment re­gar­dé Stran­ger Things, et ap­pré­cié la sé­rie. « Vous sa­vez, tout ça moi ça m’amuse. Et il ne faut pas se men­tir, ça amène des tou­ristes ici. D’ailleurs je suis sûr qu’après votre ar­ticle, on va voir dé­bar­quer plein de Fran­çais ! » , afirme-t-il en riant, avant de poin­ter l'in­té­rieur des terres. « Al­lez voir à Camp He­ro, du cô­té de la tour ra­dar. C’est là que les gens vont gé­né­ra­le­ment. »

Au­jourd'hui gé­ré par l'Of­fice des parcs de l'État de New York, le Camp He­ro State Park oc­cupe la par­tie mé­ri­dio­nale de Mon­tauk Point. L'US Air Force y a ins­tal­lé, en 1942, une base mi­li­taire. Un choix stra­té­gique : en cas d'at­taque al­le­mande par la mer, il fal­lait être en me­sure de dé­fendre New York. Si l'an­cienne place forte a été désaf­fec­tée à par­tir des an­nées 1980, cer­taines zones sont en­core fer­mées au pu­blic. « C’est pour ça qu’il y a au­tant de ru­meurs. Si les au­to­ri­tés ou­vraient en­tiè­re­ment le site, le mys­tère n’en se­rait plus un » , a lan­cé Paul Pfeif­fer, avec un air de vieux sage. La tour ra­dar de la base, qui a ser­vi après la Se­conde Guerre mon­diale à pré­ve­nir les at­taques so­vié­tiques, reste ain­si in­ter­dite : l'ac­cès prin­ci­pal à cet im­mense sque­lette de mé­tal en de­mi-lune, ju­ché sur un bloc de bé­ton, est bar­ré par de vieux grillages por­tant des pan­neaux « dan­ger ». À une cen­taine de mètres pour­tant, ca­ché entre les arbres, un trou dans la clô­ture, comme une in­vi­ta­tion. Les ef­forts pour em­pê­cher d'en­trer dans la zone ne semblent pas être la prio­ri­té de l'État. Pour preuve, les tags dis­tin­gués qui ornent les murs de bé­ton, où l'on ap­prend que « Stan était là » et que « Ja­son a cou­ché avec Kel­ly » . Ciel gris et bas, herbes hautes et bâ­ti­ments aux portes et fe­nêtres mu­rées, il règne à Camp He­ro une at­mo­sphère post-apo­ca­lyp­tique. Au pied de la tour ra­dar, une biche paît. La na­ture a re­pris ses droits.

Un « black pro­gram » du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain

C'est ici, à plu­sieurs di­zaines de mètres sous terre, qu'est né le Mon­tauk Pro­ject. Entre 1970 et 1983, une cel­lule se­crète du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain au­rait me­né des ex­pé­riences bar­bares sur des ga­mins en­le­vés dans la ré­gion. Les en­fants, en ma­jo­ri­té des gar­çons, sont sou­mis à di­verses tor­tures phy­siques et men­tales. L'ob­jec­tif de ce « black pro­gram » étant de dé­ve­lop­per une arme de contrôle men­tal, à uti­li­ser sur les masses comme sur les en­ne­mis. En treize ans, les tech­no­lo­gies de condi­tion­ne­ment s'af­finent, et évo­luent. Sur les der­nières an­nées du pro­jet, les scien­ti­fiques de Mon­tauk consa­craient toute leur éner­gie aux voyages dans le temps. À l'ori­gine de cette lé­gende, on trouve deux hommes, Pe­ter Moon et Pres­ton Ni­chols. En­semble ils ont écrit un livre, The Mon­tauk Pro­ject : Ex­pe­ri­ments in Time. Cou­ver­ture kitsch – un che­val do­ré sur fond vio­let – et ty­po­gra­phie désuète, l'ou­vrage, pa­ru en 1992, est le pre­mier

« Bien sûr que j'ai en­ten­du par­ler du Mon­tauk Pro­ject ! Tout le monde connaît la théo­rie ici : le pro­gramme se­cret, les ex­pé­riences en sous-sol dans les bun­kers, les re­cherches sur les voyages dans le temps…» PAUL PFEIF­FER, RE­TRAI­TÉ

d'une sé­rie de quatre titres. Pres­ton Ni­chols, né à Long Is­land en 1946, est un in­gé­nieur en élec­tro­nique éga­le­ment di­plô­mé en psy­cho­lo­gie. Pe­ter Moon, ex-proche de Ron Hub­bard, a un pas­sé dans la Scien­to­lo­gie et se pré­sente comme un spé­cia­liste de la re­cherche sur les voyages tem­po­rels. « J’ai contac­té Pres­ton parce que j’étais fas­ci­né par son tra­vail en tant qu’in­gé­nieur et in­ven­teur, et par ses confé­rences sur le pro­jet Mon­tauk » , ra­conte-t-il au té­lé­phone. « Il a été à par­tir de 1968 le res­pon­sable des opé­ra­tions tech­niques du pro­jet. » Une sorte de Dr Bren­ner avant l'heure, du nom du scien­ti­fique qui conduit les ex­pé­riences sur Ele­ven et que la fillette, dans la sé­rie, ap­pelle « pa­pa ». « Je n’avais ja­mais en­ten­du une telle his­toire avant. Libre à cha­cun d’y croire ou pas. » Pe­ter Moon vient de mettre le doigt sur l'obs­tacle au­quel se heurte tout es­prit ra­tion­nel : il n'y a au­cune preuve ma­té­rielle de l'exis­tence du pro­jet. Ni pho­tos, ni équi­pe­ments, ni do­cu­ments confi­den­tiels. Se­lon la ver­sion des au­teurs, les la­bo­ra­toires au­raient été in­té­gra­le­ment dé­truits et plu­sieurs scien­ti­fiques sup­pri­més après un mys­té­rieux incident sur­ve­nu en 1983 – pré­ci­sé­ment la date choi­sie par les frères Duf­fer pour faire dé­mar­rer Stran­ger Things.

Pres­ton Ni­chols lui-même ex­plique n'avoir pris conscience de sa par­ti­ci­pa­tion au pro­jet que plu­sieurs an­nées après sa fin. Ses sou­ve­nirs ont été ef­fa­cés par des la­vages de cer­veau suc­ces­sifs, et seule l'hyp­nose lui a per­mis de re­trou­ver la mé­moire, as­sure-t-il. Outre ses livres, l'in­gé­nieur en ra­dio­élec­tro­nique a té­moi­gné dans des émis­sions de ra­dio et té­lé­vi­sion dé­diées aux phé­no­mènes pa­ra­nor­maux, et don­né des confé­rences à tra­vers le pays. Au­jourd'hui âgé de 71 ans, il s'est re­ti­ré dans sa mai­son de Cai­ro, à 180 km au nord de New York. On y ac­cède par un pe­tit che­min sur­plom­bant la route prin­ci­pale de cette ville tran­quille des Cats­kills. Pe­ter Moon avait pré­ve­nu au té­lé­phone : « On n’a vrai­ment pas en­vie d’al­ler là-bas, c’est un lieu bi­zarre. » Si­tué en li­sière de fo­rêt, l'en­droit dé­passe en ef­fet l'en­ten­de­ment. À l'ex­té­rieur d'une mai­son bleu clair sur trois ni­veaux, vieux bi­dons, mo­bi­lier en plas­tique, bâches, ou­tils, pneus, car­tons, tuyaux et ré­si­dus élec­tro­niques s'en­tassent, comme à l'orée d'une dé­chet­te­rie. Dans le jar­din, un fri­go rouille, et une ca­ra­vane dé­fraî­chie coule de vieux jours. Du por­trait d'Einstein dans le sa­lon aux en­ceintes vin­tage qui as­surent la dé­co, l'in­té­rieur de la mai­son est tout aus­si pit­to­resque. Mais c'est sans doute l'ate­lier de Pres­ton Ni­chols qui ré­sume le mieux le per­son­nage. Amas­sés par cen­taines, des ap­pa­reils élec­tro­niques non iden­ti­fiés s'alignent le long des murs, quand ce ne sont pas les in­ven­tions du maître des lieux qui prennent toute la place : ici un sys­tème de trans­mis­sion ra­dio, là un lit élec­tro­ma­gné­tique sur­mon­té d'at­trape-rêves. Af­fai­bli phy­si­que­ment par un sé­jour ré­cent à l'hô­pi­tal, l'an­cien res­pon­sable des opé­ra­tions tech­niques ra­conte ses an­nées à Mon­tauk comme si c'était hier. « Nous nous sommes ren­du compte, avec un groupe d’une cin­quan­taine de cher­cheurs, que l’es­prit hu­main était sen­sible aux ondes ra­dio. Puis cette dé­cou­verte a glis­sé vers des re­cherches sur le contrôle men­tal. On l’a dé­ve­lop­pée jus­qu’au point où les co­bayes, sur une chaise spé­ciale re­liée à des or­di­na­teurs et trans­met­teurs, sont

par­ve­nus à ma­té­ria­li­ser des ob­jets par la pen­sée. Mais l’autre vo­let du pro­gramme a pro­gres­si­ve­ment pris le des­sus : nous avons réus­si à faire voya­ger des en­fants dans le temps ! » L'ex-cher­cheur est plus ré­ti­cent à évo­quer le sort des « gar­çons de Mon­tauk », im­pli­qués contre leur gré dans le pro­gramme. « Ils les ont lit­té­ra­le­ment bri­sés men­ta­le­ment. Ils étaient ca­pables de les bri­ser en mille mor­ceaux, de don­ner à chaque mor­ceau une fonc­tion bien pré­cise puis de les en­ter­rer pro­fon­dé­ment dans leur sub­cons­cient. Et j’étais char­gé, en­suite, de re­mettre tout ça en place. »

Réa­li­té, fic­tion et af­faires ju­teuses

La théo­rie du Mon­tauk Pro­ject pa­raît en tout point fan­tai­siste, mais elle a trou­vé un écho dans cer­taines sphères com­plo­tistes, et au­près de pas­sion­nés de phé­no­mènes in­ex­pli­qués. Sur le web amé­ri­cain, des sites tels que The Iron skep­tik, Weird US ou Real Unex­plai­ned Mys­te­ries re­laient la lé­gende. Cô­té fran­co­phone, c'est sur Nou­vel Ordre mon­dial, Stop men­songes ou La Ta­verne de l'étrange qu'il y est fait men­tion. L'his­toire au­rait d'ailleurs pu s'ar­rê­ter là : une fable pour conspi­ra­tion­nistes, ima­gi­née par deux ori­gi­naux. Un conte de science-fic­tion ten­ta­cu­laire, re­lié aus­si bien aux ex­tra­ter­restres qu'au Troi­sième Reich. Mais plu­sieurs élé­ments ont par­ti­ci­pé à faire gros­sir la lé­gende. La pré­sence op­por­tune, près de Mon­tauk, du Laboratoire na­tio­nal de Broo­kha­ven, dé­pen­dant du Dé­par­te­ment de l'éner­gie des Etats-Unis et abri­tant un ac­cé­lé­ra­teur de par­ti­cules. L'exis­tence, en face de Mon­tauk Point, du Centre de re­cherche sur les ma­la­dies ani­males de Plum Is­land, cha­peau­té par le Dé­par­te­ment de la sé­cu­ri­té in­té­rieure. La dé­cou­verte sur une plage, en 2008, d'une car­casse d'ani­mal non iden­ti­fié, im­mé­dia­te­ment bap­ti­sée « le monstre de Mon­tauk ». Sur­tout, la pu­bli­ca­tion du Mon­tauk Pro­ject : Ex­pe­ri­ments in Time, a eu des ef­fets in­at­ten­dus. Plu­sieurs per­sonnes y ont re­con­nu leur propre his­toire. C'est le cas de Maia Lei­bo­witz, qui a en­fin trou­vé une ex­pli­ca­tion aux ex­pé­riences étranges vé­cues de­puis l'en­fance. « Les sou­ve­nirs me re­montent par bribes, par­fois de ma­nière as­sez vio­lente » , ra­conte-t-elle, pen­sant avoir été en­le­vée vers ses 12 ou 13 ans. En re­tour­nant à Camp He­ro, elle a res­sen­ti une connexion éner­gé­tique très forte avec l'en­droit. Cer­tains de ses amis « sont au cou­rant de l’exis­tence de mon blog, mais nous n’en par­lons pas beau­coup. Je sais que cette his­toire est folle, et que je ne peux rien prou­ver. C’est peut-être le plus dou­lou­reux. »

Ste­wart Swerd­low, grand gaillard d'une cin­quan­taine d'an­nées, avait 13 ans lors­qu'il a été em­me­né pour la pre­mière fois à Camp He­ro. Mais con­trai­re­ment à la plu­part des « Mon­tauk boys », il n'a pas été choi­si parce qu'il était fu­gueur ou mar­gi­nal, et que per­sonne ne cher­che­rait à le re­trou­ver. Il énu­mère, d'un ton po­sé : « Mon père a ser­vi dans les ser­vices se­crets en ar­ri­vant aux Etats-Unis, ma grand-mère était une es­pionne, et je suis le des­cen­dant du ré­vo­lu­tion­naire russe Ia­kov Sverd­lov. Ma fa­mille était sur­veillée de­puis long­temps par le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain. J’ai mis du temps à réa­li­ser que ce que je vi­vais n’était pas nor­mal. » Comme la plu­part des té­moins en­core vi­vants du Mon­tauk Pro­ject, il dé­crit les nom­breux ni­veaux en sous-sol, l'éner­gie créée par la peur en­fan­tine, sur la­quelle se fo­ca­li­saient les scien­ti­fiques, les coups, les drogues, les ma­ni­pu­la­tions, les co­bayes dis­pa­rus. Com­bien le pro­gramme a-t-il fait de vic­times ? « Au moins 300 000. » A-t-il été me­na­cé, in­ti­mi­dé ? « Tous les jours de­puis trente ans. Ils ont es­sayé de me dé­pro­gram­mer, de m’en­voyer dans un camp, mais ils ne m’ont pas bri­sé. » Ce père de neuf en­fants, qui évoque sans

ciller un pacte entre les aliens et les na­zis et la main­mise des dif­fé­rents gou­ver­ne­ments – « dont votre pré­sident, Em­ma­nuel Ma­cron » – sur la moindre pro­duc­tion ci­né­ma ou té­lé, se moque bien de l'avis des autres. À tra­vers Ex­pan­sions, le site qu'il a lan­cé avec son épouse Ja­net, il mène sa pe­tite en­tre­prise éso­té­rique, quit­tant ré­gu­liè­re­ment le Mi­chi­gan pour don­ner des confé­rences en Eu­rope, ou des « ana­lyses men­tales » à des par­ti­cu­liers. Lui aus­si a pu­blié un livre, Mon­tauk : The Alien Connec­tion, chez Sky­books, la mai­son d'édi­tion de Pe­ter Moon. C'est sans doute l'autre réa­li­té qui pour­rait nuire à la cré­di­bi­li­té des té­moi­gnages. En de­hors de Maia Lei­bo­witz, la plu­part des per­sonnes im­pli­quées se connaissent, et ont ten­té de mon­nayer leur his­toire. Par­mi les per­son­nages clés du Mon­tauk Pro­ject, il faut ci­ter Dun­can Ca­me­ron. Il ex­plique qu'il a voya­gé dans le temps, et il est re­con­nu par tous comme le co­baye ayant at­teint les ré­sul­tats les plus im­pres­sion­nants avec la « chaise de Mon­tauk ». Au­jourd'hui, il dis­pense, entre autres, des thé­ra­pies de « net­toyage du champ d'éner­gie per­son­nel » pro­po­sées à 225 $ l'heure sur son site.

Le Mon­tauk Pro­ject ne se­rait-il qu'une vaste fu­mis­te­rie, conçue par des pe­tits ma­lins per­sua­dés d'avoir trou­vé un bon fi­lon ? Ce n'est pas exac­te­ment l'avis de Ch­ris­to­pher P. Ga­re­ta­no. Di­plô­mé de la pres­ti­gieuse Ecole d'arts vi­suels de New York, il a tra­vaillé pen­dant neuf ans sur le su­jet avant de réus­sir à ter­mi­ner son do­cu­men­taire, The Mon­tauk Ch­ro­nicles. « Même si les points les plus éso­té­riques ont pu se pro­duire, je crois qu’il faut se concen­trer sur les gar­çons en­le­vés à Mon­tauk. Si l’on ar­rive à prou­ver qu’il y a eu un pro­gramme de contrôle men­tal, alors tout est pos­sible. Le pro­gramme de ma­ni­pu­la­tion men­tale MK Ul­tra, entre 1950 et 1970, est réel, le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain l’a re­con­nu. Et les atro­ci­tés com­mises ont été consi­dé­rées comme de la fic­tion avant qu’elles ne soient avé­rées… » Un autre élé­ment a ai­dé le jeune réa­li­sa­teur à se faire une opi­nion. Peu après avoir don­né une in­ter­view à la ra­dio, il a été contac­té par un homme af­fir­mant être un an­cien « Mon­tauk boys ». La suite, il la montre dans son do­cu­men­taire. Sur les images, on voit l'homme, por­tant une ca­goule pour ne pas être re­con­nu, qui af­firme connaître l'em­pla­ce­ment pré­cis d'une trappe me­nant aux sous-sols où il a été em­me­né à l'époque par un agent du gou­ver­ne­ment. Loin de la tour ra­dar, dans une zone in­si­gni­fiante de Camp He­ro, il fouille quelques mi­nutes par­mi les feuilles mortes avant de tom­ber sur un ac­cès, bou­ché par une im­por­tante dalle de bé­ton. Im­pos­sible à dé­pla­cer sans un ma­té­riel consé­quent, mais l'ano­nyme semble avoir dit vrai. Les sou­ter­rains de Camp He­ro ren­ferment en­core bien des se­crets. •

« L'autre vo­let du pro­gramme a pro­gres­si­ve­ment pris le des­sus : nous avons réus­si à faire voya­ger des en­fants dans le temps. » PRES­TON NI­CHOLS

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