AVANT WEIN­STEIN : UN SIÈCLE DE HAR­CÈ­LE­MENT

BIEN AVANT L’ONDE DE CHOC PRO­VO­QUÉE PAR L’AF­FAIRE HAR­VEY WEIN­STEIN, HOL­LY­WOOD A TEN­TÉ DE BA­LAN­CER SES PORCS. LES GRANDES STARS VIO­LEURS, LES PRO­DUC­TEURS ADEPTES DE LA PRO­MO­TION CA­NA­PÉ, LES AGENTS PRÉ­DA­TEURS ET IN­TER­MÉ­DIAIRES VICELARDS EN TOUS GENRES. RETO

So Film - - Sommaire - PAR AXEL CA­DIEUX – PHO­TOS : COL­LEC­TION CH­RIS­TOPHE L.

Dès ses dé­buts, Hol­ly­wood a ten­té de ba­lan­cer ses porcs. Les big stars vio­leurs, les pro­duc­teurs adeptes de la pro­mo­tion ca­na­pé, les agents pré­da­teurs et in­ter­mé­diaires vicelards en tous genres. Re­tour sur un bon siècle de co­chon­ne­ries et d'abus de pou­voir.

«J’étais dé­sor­mais membre d’une grande conspi­ra­tion du si­lence. » An­ge­li­na Jo­lie ? Gwy­neth Pal­trow ? Asia Ar­gen­to ? L'une des in­nom­brables ac­trices sexuel­le­ment agres­sées par l'en­fant du Queens ? Tout faux : Glo­ria Swan­son, qui dé­voile dans son au­to­bio­gra­phie avoir été vio­lée par l'ac­teur Wal­lace Bee­ry à l'âge de dix-sept ans. C'était en 1916, il y a plus d'un siècle, moins d'une dé­cen­nie après qu'Hol­ly­wood a inau­gu­ré le pre­mier tour­nage de son his­toire. L'an­cien pa­tron de Mi­ra­max, com­mu­né­ment sur­nom­mé « The Pig » dans les cou­loirs et cui­sines du fes­ti­val de Cannes, n'était pas né. Ses pa­rents non plus. Swan­son, co­mé­dienne au vi­sage sculp­tu­ral, taillé à la serpe, n'était pas en­core de­ve­nue cette star ab­so­lue du muet, sta­tut qui lui ou­vri­rait les portes d'un film au­jourd'hui in­vi­sible, bap­ti­sé Hol­ly­wood, sor­ti en 1923 : une sorte de mi­roir sa­ti­rique de ce pe­tit monde aus­si fas­ci­nant que mal­sain, à la force hyp­no­tique presque vé­né­neuse. L'ac­trice, bien avant de fou­ler du pied ce mo­nu­men­tal es­ca­lier de marbre dans le Sun­set Bou­le­vard de Billy Wil­der, y joue son propre rôle et croise la route de Ros­coe « Fat­ty » Ar­bu­ckle. L'autre grande ve­dette de ce dé­but de siècle, la mieux payée du cir­cuit, à l'époque en­core plus en vue que Kea­ton ou Cha­plin. Un ac­teur-réa­li­sa­teur-pro­duc­teur à la dé­gaine de te­nan­cier de bar, cent ki­los au comp­teur et les joues roses mais une ca­pa­ci­té unique à jouer avec son corps, au point d'être sa­cré dans la presse « cham­pion du cent mètres des gros » . Mais Fat­ty n'a pas ré­sis­té à l'épreuve du temps : en 1921, il quitte son havre de Los An­geles pour un hô­tel de San Fran­cis­co. Une poi­gnée d'amis, beau­coup d'al­cool et quelques star­lettes, ac­cueillies en pyjama par le roi de la co­mé­die, l'at­tendent sur place. À par­tir de là, les ver­sions di­vergent. Seules cer­ti­tudes : la jeune ac­trice Vir­gi­nia Rappe se terre dans une chambre, prise de dou­leurs, bien­tôt re­jointe par Ar­bu­ckle qui s'en­ferme avec elle. Il y a des cris. Des convives in­ter­viennent. Quatre jours plus tard, Rappe dé­cède d'une pé­ri­to­nite consé­cu­tive à une rup­ture de la ves­sie. Fat­ty est ac­cu­sé de viol, con­dam­né par la presse avant d'être ju­gé – il se­ra in­no­cen­té à l'is­sue de pro­cès contro­ver­sés et de té­moi­gnages contra­dic­toires, mais sa car­rière est ter­mi­née. My­ra Nye, édi­to­ria­liste du Los An­geles Times, as­sène le coup de

grâce : « Quand un homme peut pas­ser de concierge de bar à star ul­tra-re­nom­mée et tou­cher plus de 5 000 dol­lars par se­maine, sim­ple­ment parce qu’il est gros et sait faire des gri­maces, alors que d’autres vrais ta­lents res­tent dans l’ombre, cer­taines va­leurs de la vie sont clai­re­ment brouillées. » Idole des jeunes le lun­di, per­sonne la plus haïe des EtatsU­nis le di­manche. Dans la fou­lée, en 1922, une as­so­cia­tion de pro­duc­teurs et dis­tri­bu­teurs (qui de­vien­dra plus tard la toute puis­sante Mo­tion Pic­ture As­so­cia­tion of Ame­ri­ca) im­pose des clauses de « mo­ra­li­té » dans les contrats des stars. On sauve les ap­pa­rences, ma­nière de dire que les ex­cès de quelques dé­pra­vés ne doivent pas en­ta­cher l'image d'une in­dus­trie ir­ré­pro­chable – et flo­ris­sante. Deux ans plus tard, un pe­tit jeune au vi­sage de ma­ria­chi, mous­tache fine et che­veux go­mi­nés, fait ses grands dé­buts à Hol­ly­wood. Il ne tarde pas à de­ve­nir une égé­rie mas­cu­line de la grande MGM et rayonne dans des suc­cès po­pu­laires tels que L’En­ne­mi pu­blic n° 1 ou Les Ré­vol­tés du Boun­ty. Puis, à l'is­sue du tour­nage de L’Ap­pel de la fo­rêt, lors du re­tour en train vers Hol­ly­wood, Clark Gable s'in­tro­duit dans le wa­gon de la star fé­mi­nine du film, Lo­ret­ta Young, et la viole. Quelques jours plus tard, il dé­croche l'Os­car du meilleur ac­teur pour New York-Mia­mi, de Frank Ca­pra. Young, vingt-deux ans, de­vra at­tendre neuf mois pour hé­ri­ter de son propre ca­deau : en no­vembre 1935, elle ac­couche de son pre­mier en­fant. Au­cun « ré­pa­ra­teur » ( fixer en an­glais, des équipes à la solde des stu­dios char­gées d'étouf­fer les scan­dales) n'est dé­pê­ché : l'ac­trice ne ré­vèle l'épi­sode qu'en 2000, dans ses mé­moires post­humes. Gable est mort de­puis qua­rante ans, mais au­ra quand même eu le temps d'as­sis­ter à cette soi­rée tris­te­ment mé­mo­rable de mai 1937. Les comptes de la MGM se portent au mieux et le stu­dio a dé­ci­dé de ré­com­pen­ser ses em­ployés en les conviant à Cul­ver Ci­ty, au coeur de Los An­geles, dans une sorte de ranch amé­na­gé. Il y a là Gable, mais aus­si Wal­lace Bee­ry (le vio­leur de Glo­ria Swan­son vingt ans plus tôt), quelques autres ac­teurs et sur­tout 300 cadres et ven­deurs, ve­nus des quatre coins du pays. Al­cool à vo­lon­té, buf­fet gar­gan­tuesque et, ce­rise sur le gâ­teau, 200 jeunes femmes, par­fois mi­neures, of­fertes sur un pla­teau. On les a ap­prê­tées tout l'après-mi­di, en vue de ce « cas­ting » au­quel elles s'at­tendent, en échange d'un plat chaud et de 7,50 dol­lars : cha­peau

« Et là, vous voyiez Hol­ly­wood à tra­vers leurs yeux : un grand bor­del sur­peu­plé, un ma­nège où les lits au­raient rem­pla­cé les che­vaux. » Ma­ry­lin Mon­roe

de cow­boy, bottes noires, jupe courte imi­ta­tion daim et ma­quillage de ci­né­ma. Sauf que sur place, il n'y a pas de ca­mé­ra. Les convives s'at­tendent à ce que l'on ap­pelle com­mu­né­ment une stag par­ty, sorte de nuit co­quine, di­ront les plus chastes. « C’était la soi­rée la plus sau­vage et la plus dé­gueu­lasse à la­quelle j’ai as­sis­té, confie­ra un ser­veur. Les gars étaient très agres­sifs. Ils tou­chaient les corps des filles, qui se dé­bat­taient, et es­sayaient de les al­coo­li­ser de force. » Une seule femme, Pa­tri­cia Dou­glas, vingt ans à l'époque, porte plainte pour viol : dé­bou­tée. Com­bien d'« in­vi­tées » ont pré­fé­ré se taire ? Com­bien ont choi­si d'évi­ter l'hu­mi­lia­tion d'un pro­cès et le sort ré­ser­vé à Dou­glas, re­pré­sen­tée au tri­bu­nal, comble de l'iro­nie, par un ami proche de Louis B. Mayer, boss de la MGM ?

« Le réa­li­sa­teur m’a ac­cueillie vê­tu d’un simple pyjama. Il m’a of­fert un verre, puis, j’ai com­pris ce qui était vrai­ment en jeu. » Char­lize The­ron

Cas­ting couch

Les fa­meux fixers font le bou­lot et l'af­faire est ra­pi­de­ment étouf­fée. On n'en en­tend plus par­ler

jus­qu'au dé­but des an­nées 2000, lors­qu'un jour­na­liste de Va­ni­ty Fair y consacre un ar­ticle puis un do­cu­men­taire, Girl 27, avec té­moi­gnage de Pa­tri­cia Dou­glas à l'ap­pui. Là en­core, Mayer, Gable et les autres se sont mis au ré­gime pis­sen­lit par la ra­cine de­puis long­temps. Shir­ley Temple, l'en­fant star des an­nées 30-40 (plus de qua­rante films entre ses quatre et douze ans), doit elle aus­si at­tendre près d'un de­mi-siècle et la sor­tie de son au­to­bio­gra­phie pour ré­vé­ler l'agres­sion sexuelle dont elle a été vic­time, à l'époque, dans un bu­reau de la MGM, lors­qu'un ponte ouvre sa bra­guette et s'ex­hibe face à son vi­sage. Quid de Ju­dy Gar­land, la pe­tite Do­ro­thy Gale du Ma­gi­cien d’Oz, plus grande égé­rie du stu­dio à l'époque ? Idem, ap­prend-on dans son au­to­bio­gra­phie pu­bliée en 2005, bien après sa mort. Elle avait treize ans lors de sa pre­mière au­di­tion de­vant Louis B. Mayer, qui as­soit pro­gres­si­ve­ment son em­prise sur l'ado­les­cente en lui four­nis­sant am­phé­ta­mines et bar­bi­tu­riques (comme à cer­tains ac­teurs d'ailleurs, dont Mi­ckey Roo­ney) et avec la com­pli­ci­té ac­tive d'une presse à scan­dale ti­trant sur son be­soin de perdre du poids et son in­ca­pa­ci­té à suivre un ré­gime. Ra­pi­de­ment, Mayer vante le coffre de celle que l'on sur­nomme alors « la pe­tite fille à la grosse voix », en lui pe­lo­tant les seins, puis la contraint à avor­ter clan­des­ti­ne­ment. Comment conti­nuer à jouer des rôles d'ado­les­centes avec un ventre rond ? Hors de ques­tion, pour le stu­dio, de se pas­ser de sa poule aux oeufs d'or pen­dant une an­née en­tière, sur­tout que plu­sieurs tour­nages sont dé­jà pré­vus.

La MGM, ac­cou­chant d'une cin­quan­taine de films par an à l'époque (dont Au­tant en em­porte le vent ou Ben-Hur), se­rait-elle alors le vé­ri­table can­cer de Hol­ly­wood, celle qui a mis le ver dans le fruit ? Pus­tule per­due dans l'écume d'un océan de bien­séance ? Ce se­rait ou­blier les fi­gures écra­santes d'Har­ry Cohn et Dar­ryl F. Za­nuck. Res­pec­ti­ve­ment boss de la Co­lum­bia et de la Fox, ces deux-là sont consi­dé­rés au sein du vil­lage ci­né­ma comme les vé­ri­tables in­ven­teurs du cas­ting couch, lit­té­ra­le­ment « cas­ting sur ca­na­pé ». « Tu veux jouer dans mon film ? J’ai un ser­vice à te de­man­der en échange… » Simple. Se­lon les ru­meurs, Za­nuck re­ce­vait quo­ti­dien­ne­ment, entre 16 h et 16 h 30, les « can­di­dates ». Quant à Cohn, il au­rait même an­ti­ci­pé la vogue du home sta­ging en amé­na­geant dans son bu­reau une an­nexe se­crète dé­diée à la pra­tique. Quelques ac­trices vont mal­gré tout re­fu­ser avec fer­me­té de pé­né­trer dans ce bu­reau. Par­mi elles, Kim No­vak, Joan Craw­ford et sur­tout Ri­ta Hay­worth. Elle a chan­gé son nom pour lui, teint ses che­veux pour son ma­ri et dan­sé sur les planches des ca­si­nos de Ti­jua­na sur in­jonc­tion de son père, à l'âge de douze ans ; mais Hay­worth, née Mar­ga­ri­ta Car­men Can­si­no, ne cou­che­ra pas pour un rôle, même si c'est son ma­ri – et sorte d'agent trouble – qui l'or­donne avec in­sis­tance. Même chose pour Lau­ren Ba­call, qui re­con­naît l'éten­due de la pra­tique mais re­fuse de s'y plier, avec Ho­ward Hu­ghes cette fois, qui achète la RKO en 1948. Les an­nées 40 connaissent alors leur cré­pus­cule, le

vi­rage de la nou­velle dé­cen­nie s'amorce à peine, et Hol­ly­wood entre dans cette pé­riode trouble et crasse au cours de la­quelle il est de bon ton de dis­si­mu­ler ses pul­sions lar­vées sous le ver­nis de fic­tions po­li­cées. Na­ta­lie Wood af­fiche dé­jà une ving­taine de films au comp­teur, po­lis­sant son image de pe­tite fille es­piègle. Une en­fant star, en­core. Se­lon son bio­graphe, c'est en 1954 qu'elle connaît son pre­mier viol, per­pé­tré par une grande star mon­diale. Elle n'a pas seize ans, sa car­rière ne de­mande qu'à s'en­vo­ler et sa mère fait tout pour ar­ron­dir les angles. « Si tu te tais, tu au­ras des op­por­tu­ni­tés incroyables. » Wood en­chaîne en ef­fet plu­sieurs col­la­bo­ra­tions avec Ni­cho­las Ray, John Ford, Elia Ka­zan ou Blake Ed­wards ; puis se­ra re­trou­vée noyée, au terme d'une soi­rée pas­sée en com­pa­gnie de son ma­ri Ro­bert Wa­gner et d'un cer­tain Ch­ris­to­pher Wal­ken, avec le­quel la presse lui prête une liai­son. « Je les ai tous ren­con­trés » , livre Ma­ri­lyn Mon­roe dans son au­to­bio­gra­phie, pu­bliée là en­core à titre post­hume, au su­jet des ci­néastes et pro­duc­teurs de l'époque. « Cer­tains étaient vi­cieux, cor­rom­pus. Mais en ma­tière de ci­né­ma, ils dé­ci­daient de tout. Donc vous vous as­seyiez à leurs cô­tés, écou­tiez leurs men­songes et stra­ta­gèmes. Et là, vous voyiez Hol­ly­wood à tra­vers leurs yeux : un grand bor­del sur­peu­plé, un ma­nège où les lits au­raient rem­pla­cé les che­vaux. » En 1962, l'icône est re­trou­vée morte dans son lit, dans des condi­tions res­tées troubles. Deux mois plus tôt, le Lo­li­ta de Ku­brick dé­bou­lait sur les écrans amé­ri­cains. Il au­rait presque pu s'agir de sa bio­gra­phie ca­chée. Ou de celle de Be­ver­ly Aad­land, du nom de cette jeune ado au­jourd'hui ou­bliée, qui fit un temps la une des jour­naux pour avoir par­ta­gé les deux der­nières an­nées de la vie d'Er­rol Flynn. Elle avait quinze ans, lui qua­rante-huit, et ne fe­ra plus au­cun film après la mort pré­ma­tu­rée du Ro­bin des Bois en leg­ging, dé­jà connu pour son amour — tout sauf pla­to­nique — des ado­les­centes.

Les "grandes dames"

1963, grande an­née pour le ci­né­ma mon­dial. Ce pro­jet mau­dit et dan­tesque qu'est Cléo­pâtre sort en grandes pompes, le dé­col­le­té de Liz Tay­lor au centre de l'af­fiche ; dans l'ombre, Joan Col­lins ronge son frein. L'ac­trice an­glaise, pa­ra­chu­tée à Hol­ly­wood des étoiles plein les yeux, pen­sait avoir dé­cro­ché le rôle ul­tra-convoi­té mais se voit écar­tée du pro­jet après avoir re­fu­sé de cou­cher avec l'un des pontes de la MGM. Les cas­ting couch ont la peau dure. Dans la fou­lée, Lu­chi­no Vis­con­ti re­part triom­phant du Fes­ti­val de Cannes avec Le Gué­pard, chef-d'oeuvre in­tem­po­rel. Sur la Croi­sette, le ci­néaste ita­lien a très pro­ba­ble­ment croi­sé la route d'Al­fred Hit­ch­cock, re­con­nais­sable entre mille avec son al­lure de culbu­to en­di­man­ché. À ses cô­tés, une jeune et sculp­tu­rale in­con­nue qu'il ne quitte pas d'une se­melle : Tip­pi He­dren. Le ci­néaste et son ac­trice sont ve­nus pré­sen­ter Les Oi­seaux, hors com­pé­ti­tion. Hitch fait le show. Il a ap­pris le fran­çais de­puis sa der­nière ve­nue sur le conti­nent et ne se prive pas de le par­ler, lors d'une in­ter­view ac­cor­dée à l'INA. Après de sa­vantes dé­fi­ni­tions de la sur­prise, du sus­pense et de la su­pé­rio­ri­té du se­cond sur la pre­mière, il sou­haite rendre hom­mage à ses muses : « [Grace]

Ros­coe « Fat­ty » Ar­bu­ckle, au centre donc.

Clark Gable et Lo­ret­ta Young

Be­ver­ly Aad­land et Er­rol Flynn

A droite, Co­rey Feld­man dans Stand by me

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