HO­NEST TRAI­LERS

Dans la fou­lée des ré­vé­la­tions concer­nant le « Pig » Har­vey Wein­stein (et la sus­pen­sion d'Har­ry Knowles, fon­da­teur du site Ain't It Cool News, tou­jours pour des al­lé­ga­tions d'agres­sions sexuelles), plu­sieurs femmes dé­ci­daient de bri­ser le si­lence. Dans le

So Film - - Sommaire - PAR AR­THUR CERF

Sto­ry. Dans la fou­lée des ré­vé­la­tions concer­nant le « Pig » Wein­stein, plu­sieurs femmes dé­ci­daient de bri­ser le si­lence. Dans leur ligne de mire cette fois-ci : An­dy Si­gnore, créa­teur de Ho­nest Trai­lers, l'émis­sion sa­ti­rique aux 150 mil­lions de vues. Un show dé­ve­lop­pé de­puis cinq ans par une bande de geeks et de ci­né­philes bi­be­ron­nés aux block­bus­ters des an­nées 1980, aux cri­tiques de Ro­ger Ebert et aux sou­rires en coin de Da­vid Let­ter­man.

Comme d'ha­bi­tude, ils avaient vu le film à deux ou trois re­prises. Une pre­mière fois, d'abord, d'une traite, pour se mettre en condi­tion. La deuxième en met­tant le film sur pause, ré­gu­liè­re­ment, le temps de grif­fon­ner quelques vannes sur un bout de pa­pier. Une troi­sième, en­fin, pour ne plus rien man­quer des der­nières in­co­hé­rences et autres fi­celles scé­na­ris­tiques. Mais cette fois-là, au mo­ment de se re­trou­ver en salle d'écri­ture pour tra­vailler sur Cap­tain Ame­ri­ca : Le Sol­dat de l’hi­ver, les au­teurs de l'émis­sion Ho­nest Trai­lers res­sentent comme un ma­laise. Pas l'ombre d'une blague sur leurs ca­hiers. Rien à dire : ils avaient tous ai­mé. Et ont donc tri­mé pour sor­tir un pre­mier brouillon. Des heures et des heures pas­sées à re­tour­ner le film dans tous les sens et à se « ta­per la tête contre les murs » , se­lon Dan, mon­teur de l'af­faire. De fait, cette vi­déo était une épreuve du feu pour l'émis­sion. « On a eu une longue conver­sa­tion sur la dé­fi­ni­tion d’une cri­tique juste, se rap­pelle-t-il. On s’ap­pelle Ho­nest Trai­lers et la seule ma­nière d’être hon­nête en par­lant de ce film est de dire que c’est vrai­ment bon, si­non on va pi­nailler. » Les hommes se lancent à re­cu­lons. Ré­sul­tat : la vi­déo a été vue plus de 10 mil­lions de fois. Un score au-des­sus de la moyenne pour la chaîne. « Ça a été un tour­nant pour nous parce qu’on a réa­li­sé que les gens re­gar­daient nos vi­déos pour leur hon­nê­te­té, et pas pour du pi­naillage. » Autre tour­nant, quelques se­maines

plus tard. Tou­jours lié au sol­dat de l'hi­ver. « Un jour­na­liste a de­man­dé aux frères Rus­so, (les réa­li­sa­teurs de Cap­tain Ame­ri­ca, ndlr) s’ils étaient au cou­rant qu’on avait ga­lé­ré sur leur film, dit An­dy Si­gnore, créa­teur des fa­meuses vi­déos. Et ils ont ré­pon­du qu’ils avaient tout fait pour rendre leur film im­per­méable aux Ho­nest Trai­lers. » Pas rien. L'im­pact va évi­dem­ment bien au-de­là de ce qu'il es­pé­rait en lan­çant la pre­mière bande an­nonce en fé­vrier 2012. Il y a cinq ans, lui et Brett Wei­ner étaient contac­tés par la com­pa­gnie De­fy Me­dia. Ordre de mis­sion : dé­ni­cher la bonne re­cette pour lan­cer des nou­veaux for­mats de vi­déos pour le compte de la chaîne YouTube Screen Jun­kies. Un temps, les deux geeks songent à créer des vi­déos de com­men­taires sur des vieux films. Pas fran­che­ment une bonne idée, An­dy n'est pas convain­cu. Lui sent bien que les You­Tu­beurs cri­tiques com­mencent à dé­col­ler. Il constate par ailleurs que les stu­dios misent de plus en plus sur les bandes an­nonces pour traî­ner les foules dans les salles de ci­né. Le nombre de boîtes spé­cia­li­sées dans la créa­tion de bandes an­nonces est en ef­fet pas­sé d'une di­zaine à plus d'une cen­taine au cours des quinze der­nières an­nées. Dans les six pre­miers mois de l'an­née 2015, près de 35 mil­lions d'heures de trai­lers sont alors vi­sion­nées sur YouTube. Une aug­men­ta­tion de 90 % par rap­port à l'an­née pré­cé­dente. La mode de la 3D qui per­met de re­cy­cler des vieux car­tons au box-of­fice comme Ju­ras­sic Park ou Ti­ta­nic va faire le reste. C'est en tout cas dans ce contexte qu'An­dy Si­gnore tombe sur la bande an­nonce de la ver­sion 3D de Star Wars I : La Me­nace fan­tôme. Se­lon lui, der­rière la su­per­pro­duc­tion rien d'autre qu'un piège à fric. « C’était mar­rant parce que le trai­ler es­sayait de vous pié­ger comme à la sor­tie du film, re­si­tue-t-il. On a juste dé­ci­dé de faire une pa­ro­die en ima­gi­nant ce que di­raient les stu­dios s’ils étaient hon­nêtes avec le spec­ta­teur, en dé­cri­vant le film tel qu’il est vrai­ment. » Ré­sul­tat : une voix off fleu­rant bon les trai­lers du mi­lieu des an­nées 90 dé­taille l'in­trigue de « la plus grosse dé­cep­tion de l’his­toire du ci­né­ma. (…) Des conver­sa­tions bu­reau­cra­tiques, des réunions pu­bliques et d’autres réunions pu­bliques. » En conclu­sion à cette mi­nute trente acerbe, un énig­ma­tique : « En 3D, parce que Georges Lu­cas doit bien chier quelque part. » La vi­déo est re­prise par tous les blogs de geeks ra­di­caux qui n'ont tou­jours pas di­gé­ré La Me­nace fan­tôme. La ma­chine est lan­cée. Da­vid Let­ter­man, as­cen­dant Ro­ger Ebert La sé­rie Ho­nest Trai­lers au­jourd'hui compte plus de 150 mil­lions de vues . Avec une pointe à 30 mil­lions pour la seule vi­déo dé­diée à La Reine des Neiges. Ces au­diences An­dy et Brett ont tou­jours du mal à les ra­tio­na­li­ser. Pour cause. Quand la for­mule com­mence à prendre, eux rament et ne pro­duisent qu'une vi­déo toutes les deux ou trois se­maines. Pas as­sez pour faire dé­col­ler la chaîne. Ils font alors tour­ner les au­teurs, les mon­teurs et pu­blient même des pe­tites an­nonces pour re­cru­ter des co­mé­diens. Spen­cer Gil­bert se rap­pelle être tom­bé sur l'une d'entre elles. À l'époque, l'homme vi­vote entre un tra­vail de scé­na­riste sur la deuxième sai­son de la sé­rie Billy on the Street et un job sur le site pa­ro­dique The Onion pour le­quel il gratte une cen­taine de blagues par se­maine. Gil­bert pos­tule et ra­pi­de­ment, fait son trou dans le cercle fer­mé des au­teurs de Ho­nest Trai­lers. « Pour moi qui me suis fait pié­ger par tel­le­ment de bandes an­nonces, cette émis­sion in­car­nait quelque chose de ra­frai­chis­sant. » « Au­jourd’hui il y a énor­mé­ment de vi­déos qui ana­lysent les films d’une ma­nière hu­mo­ris­tique, re­lance le mon­teur Dan Mur­rell. Mais à l’époque, il n’y en avait pas tant que ça. En tant que ci­né­phile, ces vi­déos cor­res­pon­daient à ce que j’ai­mais railler dans les films. Comme le fait que Kris­ten Ste­wart soit in­ca­pable de se ser­vir du Ket­chup dans Twi­light. »

Toutes les se­maines, les quatre hommes se re­trouvent au­tour d'une table pour plan­cher sur l'ul­time na­vet sor­ti en Blu-ray ou res­tau­ré en HD. Il y a An­dy, le boss éle­vé aux Die Hard, aux block­bus­ters de Spiel­berg, à l'émis­sion de ci­né­ma des cri­tiques Sis­kel et Ebert et à l'hu­mour pince-sans-rire de Da­vid Let­ter­man. À ses cô­tés, Brett, bi­be­ron­né aux cri­tiques les plus poin­tues du New York Times. Éga­le­ment fan des films de Jim Car­rey et d'Adam Sand­ler, lui pré­fère tou­te­fois se dé­fi­nir comme un « mo­vie geek » plu­tôt que comme un ci­né­phile. Qui d'autre au­tour dans la fa­meuse salle d'écri­ture ? Dan Mur­rell (mon­teur et pro­prié­taire d'un épais re­cueil des textes du cri­tique Ro­ger Ebert) et Spen­cer (un gar­çon qui ne va au ci­né­ma « qu’une fois de temps en temps » ) font aus­si par­tie de la bande. « Notre force et notre dy­na­misme viennent de là, théo­rise Spen­cer On a un bon mé­lange de ci­né­philes purs et durs et de spec­ta­teurs clas­siques. » Plus ana­ly­tique, Dan pose : « Les cri­tiques d’Ebert m’ont ap­pris à com­prendre comment la po­si­tion de la ca­mé­ra peut chan­ger l’ef­fet d’une scène, comment mon­trer le per­son­nage qui ne parle pas peut être aus­si im­por­tant que de mon­trer le per­son­nage qui parle. Par­fois, c’est su­per d’ap­pli­quer cet état d’es­prit très sé­rieux à un block­bus­ter, ça lui donne une di­men­sion qu’il n’a pas for­cé­ment. Mais quand on traite un film qui se prend un peu plus au sé­rieux, c’est bien d’avoir quel­qu’un qui dit : “Hey, moi j'aime bien les films, c'est tout ! Et ce­lui-ci est cool mais ce pas­sage-là est vrai­ment dé­bile !'” »

Cri­tique po­pu­liste ?

Comme la mé­ca­nique est bien ro­dée, l'af­faire peut être pliée en trois ou quatre jours. Tout au plus. « Pour chaque vi­déo, il y a un me­neur, pré­cise Brett Wei­ner qui a quit­té l'émis­sion de­puis. Quand c’était moi, je pre­nais des notes pen­dant que je re­gar­dais les films et en ar­ri­vant en salle d’écri­ture, je don­nais un pre­mier brouillon. Aux autres de re­prendre avec leurs re­marques. » Pour s'ins­pi­rer, Wei­ner traîne alors sur les blogs de ci­né­ma. « L’émis­sion a un as­pect po­pu­liste dans ses

« L’ÉMIS­SION A UN AS­PECT PO­PU­LISTE DANS SES CRI­TIQUES. DONC JE RE­GAR­DAIS TOU­JOURS CE QUE PENSE LA COM­MU­NAU­TÉ GEEK QUI BAIGNE DANS LA POP CULTURE. » BRETT WEI­NER CO- CRÉA­TEUR DE HO­NEST TRAI­LERS

cri­tiques, dit-il. Donc je re­gar­dais tou­jours ce que pense la com­mu­nau­té geek qui baigne dans la pop culture. » Une af­faire sérieuse donc, mais aus­si un exer­cice « ins­tinc­tif » . Ligne par ligne, An­dy re­mue les phrases à la re­cherche de la bonne vanne et de la meilleure tour­nure. « Il nous pousse sans cesse à re­ve­nir aux ra­cines de Ho­nest Trai­lers, c’est-à-dire ce lan­gage très simple qu’avaient les bandes an­nonces du mi­lieu des an­nées 1990 » , conti­nue Dan. La ver­sion est en­suite en­voyée à la « voix épique » . Dans ce rôle, Jon Bai­ley, ac­teur de Mem­phis dé­sor­mais ins­tal­lé à Los An­geles. Cou­tu­mier des voix off po­sées sur de vrais trai­lers l'homme n'a pas im­mé­dia­te­ment ac­cep­té l'offre de ser­vice d'Ho­nest Trai­lers. Pas sans rai­son, comme le rem­bo­bine Si­gnore : « Quand on l’a contac­té, il était mé­fiant. Les bandes an­nonces étaient son gagne-pain donc il ne vou­lait pas que ça lui porte pré­ju­dice de s’en mo­quer. » Bai­ley va pour­tant être vite ras­su­ré. Il tient là le rôle de sa vie. « Il y a des blagues ré­cur­rentes où la voix off parle de ses en­fants, de sa femme, de sa vie sexuelle et de ses in­cer­ti­tudes quant à son tra­vail, pour­suit An­dy. Il a su créer un vrai per­son­nage. Du coup, non seu­le­ment l’émis­sion est de­ve­nue plus forte grâce à lui, mais ça a aus­si fait dé­col­ler sa car­rière. » En 2016 et 2017, la sé­rie est nom­mée aux Em­my Awards. Con­sé­quence : les stu­dios hol­ly­woo­diens ob­servent Ho­nest Trai­lers avec de plus en plus d'in­té­rêt. « Les réa­li­sa­teurs sont sou­vent les pre­miers à les re­gar­der parce qu’ils veulent voir ce qu’on pense de leurs films, s'em­balle An­dy Si­gnore avant de clouer, sou­rire béat aux lèvres : « C’est in­croyable parce que d’une cer­taine ma­nière, on a un im­pact sur l’in­dus­trie. »

Bad pu­bli­ci­ty is good pu­bli­ci­ty

De fait, les frères Rus­so ne sont plus les seuls ci­néastes à guet­ter les pa­ro­dies de bandes an­nonces pu­bliées par la bande. Ré­gu­liè­re­ment, An­dy re­çoit des mes­sages en pro­ve­nance des stu­dios. « Cer­tains sentent leur vi­déo ar­ri­ver, ils en­voient des choses comme : “On n'a pas vrai­ment hâte de voir votre Ho­nest Trai­ler sur le film”, clin d'oeil clin d'oeil, ra­conte-t-il. On sort nos vi­déos au mo­ment de la sor­tie du film en DVD Blu-ray, ils savent que c’est une pu­bli­ci­té énorme, on a beau­coup de fans qui nous en­voient : “Votre vi­déo m'a don­né en­vie de re­voir le film !” » Con­sé­quence : de plus en plus sou­vent, des stars de Hol­ly­wood font des ap­pa­ri­tions chez Ho­nest Trai­lers. Il n'en fal­lait pas plus pour que Screen Jun­kies se mette à ca­pi­ta­li­ser sur le suc­cès de sa bande de tru­blions iro­niques. Pour ce­la, le site crée une émis­sion de dé­bats ci­né­philes, Mo­vie Fights, puis un spin-off des Ho­nest Trai­lers in­ti­tu­lé Ho­nest Reac­tions. Une sé­rie de vi­déos dans les­quelles les réa­li­sa­teurs, ac­teurs et scé­na­ristes des na­vets gros bud­gets sont fil­més en train de re­gar­der le Ho­nest Trai­ler de leur der­nier film. Zack Stentz, scé­na­riste de Thor était ain­si de pas­sage chez Screen Jun­kies pour vi­sion­ner la vi­déo dé­plo­rant les grosses fi­celles d'écri­ture de son film. L'ac­teur Ryan Rey­nolds s'est lui aus­si per­mis une ap­pa­ri­tion dans le « trai­ler hon­nête » de Dead­pool. Ré­gu­liè­re­ment, la chaîne or­ga­nise un hap­pe­ning avec Dwayne « The Rock » John­son quand l'ac­teur est en pro­mo pour un film qui fe­ra for­cé­ment l'ob­jet d'un fu­tur Ho­nest Trai­ler. Et der­niè­re­ment, Jor­dan Vogt-Roberts, réa­li­sa­teur de Kong : Skull Is­land, ve­nait lui aus­si co-écrire la fausse bande an­nonce de son film. Spen­cer Gil­bert se rap­pelle avoir lu le pre­mier brouillon au ci­néaste par té­lé­phone. « Il a ré­pon­du : “Non, non, je vais vous dire ce qui a vrai­ment mer­dé.” » Ré­sul­tat : une vi­déo aux fron­tières du réel dans la­quelle le réa­li­sa­teur peste contre ses per­son­nages mal écrits et son in­trigue mal fi­ce­lée. Faus­se­ment fu­rieux.

Mau­vais trai­ler

Mal­gré cette mar­chan­di­sa­tion de l'iro­nie, les au­teurs de Ho­nest Trai­lers gardent tou­jours ce qu'il faut de fu­reur vis à vis des films pro­duits par Hol­ly­wood. L'un d'eux a d'ailleurs ré­cem­ment mis Spen­cer Gil­bert hors de lui : l'ul­time re­make de La Mo­mie, avec Tom Cruise, un film cen­sé lan­cer toute une sé­rie de re­makes des vieux

suc­cès des stu­dios Uni­ver­sal. Pour Gil­bert, ce block­bus­ter s'ap­pa­rente à rien de moins qu'une vi­sion de l'en­fer. « Ce film re­pré­sen­tait toutes les mau­vaises in­ten­tions de l’in­dus­trie ac­tuelle, pose-t-il. Ils ont lan­cé un nou­vel uni­vers de films à gros bud­gets sans in­ves­tir dans l’his­toire et dans leurs per­son­nages. À l’heure ac­tuelle, les prio­ri­tés des stu­dios pour le lan­ce­ment d’un film c’est : 1) Est-ce qu’on a une fran­chise que les gens re­con­naissent ? 2) Est-ce qu’on peut ex­ploi­ter cette fran­chise sur plu­sieurs films ? 3) Est-ce qu’on a une star ? 4) Quelles sont nos plus grosses scènes d’ac­tion ? » Dans le mau­vais trai­ler, la voix épique pre­nait les ré­cents Ça ou Get Out comme contreexemples. « On se mar­rait en di­sant : “At­ten­dez un peu, donc vous vou­lez dire que si vous faites un film d'hor­reur ori­gi­nal avec des bons per­son­nages, les gens iront le voir ?”, ra­conte Dan Mur­rell. On fait de plus en plus de blagues sur le fait que Hol­ly­wood re­cycle tou­jours le même film et que les block­bus­ters ac­tuels confondent com­plexi­té et pro­fon­deur. Je pense qu’on pousse juste les stu­dios à s’as­su­rer qu’ils ont de bons per­son­nages et une bonne his­toire. Le spec­tacle est en train de de­ve­nir pa­res­seux : Trans­for­mers 5 était épui­sant et Get Out a très bien mar­ché, donc il y a moyen de faire des bons films. » D'ac­cord, mais qu'ad­vien­drait-il d'Ho­nest Trai­lers si Hol­ly­wood ar­rê­tait de pro­duire à la chaîne des mau­vais block­bus­ters ? Spen­cer étouffe un rire : « Je pense qu’on pour­ra ran­ger nos af­faires et er­rer sous le so­leil cou­chant. » Une pause, puis il re­lance : « Mais je ne me fais pas de sou­ci pour ça. » Si Spen­cer roule des mé­ca­niques, la pe­tite en­tre­prise Ho­nest Trai­lers semble pour­tant connaître les pré­mices d'une pre­mière crise. En cause, les af­faires de « har­cè­le­ment sexuel » im­pu­tées à son créa­teur. Quelques jours à peine après la pu­bli­ca­tion par le New York Times de sa fa­meuse en­quête sur la sé­rie d'agres­sions sexuelles pré­ten­du­ment com­mises par Har­vey Wein­stein, plu­sieurs femmes dé­cident d'ac­cu­ser pu­bli­que­ment An­dy Si­gnore. Mo­tif : lui aus­si se­rait un sa­cré per­vers. Dans un long mes­sage pu­blié sur les ré­seaux so­ciaux, Em­ma Bo­wers as­sure avoir re­çu de sales mes­sages en pro­ve­nance de Si­gnore alors qu'elle était en stage chez Screen Jun­kies. Sui­vra le té­moi­gnage d'April. Cette der­nière s'est re­trou­vée dans un hô­tel de Los An­geles pour un évé­ne­ment Screen Jun­kies et ra­conte : « An­dy est pas­sé dans ma chambre sans que je lui de­mande. Il a sor­ti un sex­toy de son sac et a es­sayé de l’uti­li­ser sur moi. Il a pris des pho­tos de moi sans ma per­mis­sion et a fouillé dans mon té­lé­phone pen­dant que j’étais dans la salle de bain. » En tout, cinq té­moi­gnages l'ac­cusent de har­cè­le­ment sexuel. Sus­pen­du dans un pre­mier temps, Si­gnore a fi­ni par être pu­re­ment et sim­ple­ment li­cen­cié du groupe De­fy Me­dia, pro­prié­taire de Screen Jun­kies qui avait ou­vert une en­quête in­terne en août der­nier, ar­guant dans un com­mu­ni­qué so­len­nel que rien ne pou­vait jus­ti­fier le « com­por­te­ment in­to­lé­rable » de leur em­ployé. Il y a fort à pa­rier que l'épi­logue de cette mau­vaise co­mé­die se dé­rou­le­ra en salle de tri­bu­nal, plu­tôt qu'en salle de mon­tage. Et sans voix off...•

« ON FAIT FAIT DE PLUS EN PLUS DE BLAGUES SUR LE FAIT FAIT QUE HOL­LY­WOOD RE­CYCLE TOU­JOURS LE MÊME FILM ET QUE LES BLOCK­BUS­TERS AC­TUELS CONFONDENT COM­PLEXI­TÉ ET PRO­FON­DEUR. » DAN MUR­RELL

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